N° 200
Décembre

http://piednoir.fr
    carte de M. Bartolini J.P.
     Les Bords de la SEYBOUSE à HIPPONE
1er Décembre 2019
jean-pierre.bartolini@wanadoo.fr
http://www.seybouse.info/
Création de M. Bonemaint
LA SEYBOUSE
La petite Gazette de BÔNE la COQUETTE
Le site des Bônois en particulier et des Pieds-Noirs en Général
l'histoire de ce journal racontée par Louis ARNAUD
se trouve dans la page: La Seybouse,
Écusson de Bône généreusement offert au site de Bône par M. Bonemaint
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EDITO
  LE DEUX CENTIEME NUMERO    

         Avec la dix-huitième année qui s'achève, ce numéro de la Seybouse est le 200ème de la série débutée en 2001, une " génération " qui atteint sa majorité !
         Ce numéro de La Seybouse, charnière entre une "saison" 2019-2020 qui s'achève et celle qui s'ouvre, demande, avant d'évoquer les projets pour demain, de faire un rapide bilan des années écoulées, de ce qu'ils ont apporté comme encouragements à persévérer.
         Ce sont des milliers de pages faites de passion, d'opinion, d'information, mises à notre disposition par des utilisateurs conscients de leur rôle de contributeurs de la sauvegarde de notre mémoire grâce aux envois de documents, photos et textes. La Seybouse, Gazette indépendante, c'est un lien entre les compatriotes, une bourse du savoir gratuite, offerte, sans lien politique, ouverte et sans prétention autre que la diffusion de notre mémoire même avec des liens d'actualité ; sans publicité, sans abonnement payant.
         Des inconnus, jamais rencontrés dans le réel, sont devenus des amis proches avec qui ont pouvait parler et échanger.

        
         Au fil des années La Seybouse a forgé son rythme de croisière avec ses 11 numéros annuels. Elle a du faire face aux attaques (même de P.N.), à la censure avec des coupures et fermetures de site, elle a su se redresser avec plus de force et à convaincre les " censeurs et coupeurs " qu'elle n'était pas subversive, raciste mais pour la vérité sans concession, sur notre Histoire.
         Face aux demandes d'insertion de sites commerciaux aux messages publicitaires agressifs, destinés à ficher et cibler les utilisateurs, La Seybouse a su rester propre sans publicité commerciale.

         Cela a demandé de gros efforts et beaucoup d'heures devant l'écran ou dans les livres, mais cela a procuré aussi énormément de joie, de souvenirs à nos compatriotes, du savoir à nos lecteurs étrangers qui ont découvert notre histoire sans haine, sans nostalgie parce que notre histoire est Belle, Triste et Encourageante pour l'Avenir avec les leçons que nous ont laissé nos Ancêtres, les Pionniers. Moi-même, j'ai beaucoup appris de La Seybouse et elle m'a donné aussi beaucoup de bonheur et de joie.

         Des projets pour l'avenir, je dois dire qu'à l'heure actuelle, physiquement, je ne peux pas me projeter dans le futur et je dis chaque jour qui passe, Merci.
         Je continuerai tant que je pourrai, j'espère le plus longtemps possible, avec la Seybouse qui est mon adrénaline et une de mes forces avec le moral. Mektoub.
         C'est vrai que certains vont dire que deviendra la Seybouse après JPB, je pense qu'il sera temps le moment venu d'en parler ou de trouver une succession qui respecte le même esprit. Pour le moment j'assume.

         Avec la Seybouse, nous avons déjà abordé dans des numéros précédents la question de l'histoire et de la mémoire, donc, nous continuerons cette mission d'être des passeurs de mémoire, celle de la mémoire individuelle et collective. Celle qui s'enracine dans la vérité, l'impartialité, la réalité, le temps avec les images, documents ou textes.

         Faire vivre et alimenter la complicité entre l'histoire et la mémoire est un moteur perpétuel. Des Pieds-Noirs ont à cœur de le soutenir et à contribuer à sa longévité. C'est la raison pour laquelle notre Seybouse accueille tous les mois à la fois des articles historiques et des témoignages du passé proche ou lointain de la vie en Algérie avant 1962, ainsi qu'après. C'est aussi une invitation à de futurs témoignages dont tout le monde reçoit par ce texte, car vous détenez " le plus beau matériau de l'histoire ", votre mémoire.

         Avant de terminer cet Edito, je tiens à remercier tous les anciens et nouveaux contributeurs et Amis qui m'aident par leurs envois, leurs soutiens et encouragements. Merci à ces centaines de milliers de lecteurs mensuels connus ou anonymes à travers la France, l'Algérie et le reste du Monde.
         Avec un peu d'avance, je vous souhaite de Bonnes Fêtes de fin d'année 2018.
Jean Pierre Bartolini          
        Diobône,         A tchao.




CIMETIERE DE BÔNE
Par M. Mounir Hanneche - Entrepreneur - 2019
FLEURISSEMENT de la TOUSSAINT
Réalisé par l'entreprise Bône-Construction, comme elle le fait depuis plus de 2008.
ENTREE DU CIMETIERE




Merci à l'entreprise BONE-CONSTRUCTION d'avoir persévéré et réalisé tous ce que nous lui avons commandé depuis 2007.


 
 Ceuta et Melilla
Envoyé par M. Piedineri
Voyage chez les derniers Européens d'Afrique du Nord : les Espagnols de Ceuta et Melilla



                 La France a conquis toute l'Algérie, elle n'en a pas conservé un seul kilomètre carré, par la décision absurde d'un vieil homme incompétent, cynique et criminel.
                 L'Espagne a conquis quelques dizaines de kilomètres carré sur la côte marocaine, elle les conserve toujours aujourd'hui...
                 Pour chercher l'erreur, nous vous invitons à partir à la rencontre de Ceuta et Melilla, ces deux villes enclavées situées sur la côte méditerranéenne du Maroc, appartenant à l'Espagne.
                 Ceuta et Melilla font partie des territoires Africains conquis par les royaumes d'Espagne et du Portugal aux XVème et XVIème siècles, dans le contexte de la Reconquista. Les fameux " présides " dont Oran faisait partie, jusqu'à son abandon par les Espagnols en 1792. Longtemps, elles ne furent que de simples campements militaires très peu peuplés. Ces conquêtes, s'inscrivaient à l'époque dans l'idéal de la Croisade chrétienne, comme une suite logique à la reconquête, sur l'islam, de la péninsule ibérique :

                 " Echos de la Terre Sainte, explique l'historienne spécialiste de la Méditerranée du XVIème siècle Anne Brogini, ce sont eux qui constituent le support, réel et fantasmé, de la croisade jamais achevée et toujours offensive, qui permet aux chrétiens de constituer de nouveaux Etats latins en terre musulmane. Plus que la mer, plus que les littoraux ou que les îles, ce sont les présides qui incarnent le rempart par excellence des chrétiens et la preuve concrète, inscrite dans le territoire infidèle, de la permanence de la guerre sainte " .
                 Malgré tous les efforts guerriers acharnés fournis pendant des siècles par les musulmans du Maroc pour reconquérir Ceuta et Melilla, efforts qui se sont avérés vains, ces villes, sont restées jusqu'à nos jours sous la souveraineté espagnole.

                 L'Espagne franquiste ayant abandonné en 1956, en même temps que la France, le protectorat que ce pays exerçait depuis le début du XXème siècle sur une partie du Maroc, elle n'en a donc pas moins conservé les deux villes de Ceuta et Melilla - à l'époque très majoritairement peuplées d'Espagnols. Villes constamment revendiquées depuis par le royaume du Maroc, leur défense relève pour l'Espagne du compromis d'honneur, les doutes sur leur souveraineté étant généralement dénoncés comme une " haute trahison à la patrie " . Plus qu'un " confetti d'Empire ", elles représentent l'ultime symbole de la présence espagnole en Afrique du Nord. Aujourd'hui vivent dans ces deux villes, territoires minuscules sans arrière-pays (18 km2 pour Ceuta, 12 pour Melilla), environ 170.000 habitants (85.000 habitants chacune).

C'est un fait que les médias ne parlent de Ceuta et de Melilla, frontière de l'Europe, uniquement au sujet de l'immigration clandestine, lorsque des migrants Africains parviennent à franchir les clôtures qui les séparent du Maroc. Ceci est bien dommage, et c'est pourquoi nous avons décidé, une fois n'est pas coutume, de nous intéresser aux habitants Espagnols de Ceuta et Melilla, ces grands inconnus. Car, beaucoup l'ignorent, il existe une population espagnole enracinée à Ceuta et Melilla. Une population avec son histoire et ses traditions, dont les premiers éléments remontent à plusieurs siècles dans le passé. Aussi il est important de savoir que ces deux villes, malgré tous les problèmes liés à l'immigration, restent encore aujourd'hui majoritairement espagnoles, très coquettes, sympathiques, et gardent un caractère bien plus européen que nombre de villes de la France actuelle, de Roubaix à la Seine-Saint-Denis.

                 Un tel sujet concerne d'autant plus les Pieds-Noirs qu'en 1956 et 1962, de nombreux Pieds-Noirs du Maroc et d'Algérie fuyant les persécutions, se sont réfugiés provisoirement à Ceuta et Melilla. Certains y sont restés, la plupart sont partis vers de nouveaux horizons. Lors de la guerre des Six-Jours, qui opposa en juin 1967 Israël aux pays arabes, un certain nombre de Juifs marocains menacés par le fanatisme musulman sont venus à leur tour s'y réfugier.

                 Les Espagnols de Ceuta et Melilla ont d'abord beaucoup de points communs, dans leur histoire et leur mentalité, avec les Pieds-Noirs. Ils sont par exemple - comme l'étaient les Pieds-Noirs en Algérie - très patriotes et très attachés à l'armée, bien plus que leurs compatriotes Espagnols de " métropole ". Alicia Fernández García, jeune sociologue spécialiste de ces deux villes explique :

                 " Dans ces enclaves, le patriotisme est sans doute le sentiment le plus véhiculé par les habitants lorsqu'ils définissent leur appartenance. En effet, lors de mes nombreux entretiens, j'ai constaté un très fort attachement à l'hispanité des villes et un dévouement passionné pour la patrie. [...] Pour les chrétiens, Ceuta et Melilla sont l'Espagne, et ont toujours appartenu à l'Espagne. Certains habitants se mettent d'ailleurs en colère lorsque l'on évoque leur emplacement géographique et l'influence du Maroc sur celles-ci. "


La Légion, très populaire dans les deux enclaves


Statue de Pedro de Estopiñán, conquérant de la ville, à Melilla

                 Dans ce contexte, l'armée est très présente à Ceuta et Melilla - en particulier la Légion, créée sur le modèle de celle de Sidi-bel-Abbès -, où elle est très appréciée de la population. Les drapeaux espagnols, se rencontrent partout dans les rues. Alicia Fernández García parle de villes " fortement militarisées et très liées aux guerres coloniales " . Les militaires sont en effet considérés à Ceuta et Melilla comme les meilleurs gardiens de l'hispanité (l'españolidad), c'est-à-dire de l'appartenance de ces villes à la souveraineté contestée, à l'Espagne. La sociologue, évoquant " la sensation d'être assiégés " des habitants, explique que " la méfiance chronique face au voisin marocain génère le ressenti d'un état de guerre latent, ce qui amène certains habitants à considérer nécessaire la présence de l'armée [...]. La présence des soldats rassure une population qui vit sous la peur d'une invasion marocaine. Elle constitue donc un antidote contre la " peur du maure ". " Régulièrement les habitants de Ceuta et Melilla assistent à des parades militaires et à des fêtes patriotiques, par exemple chaque 17 septembre à Melilla (décrété " Jour de Melilla "), en souvenir de la conquête de la ville par Pedro de Estopiñán le 17 septembre 1497 - exactement comme si aujourd'hui, des Pieds-Noirs, tous les ans continuaient à célébrer dans une partie de l'Algérie restée française, le débarquement de Sidi-Ferruch...

                 L'armée... et l'Eglise :
                 " Cette " militarisation ", écrit Alicia Fernández García, est devenue un signe identitaire et une fierté. De même, l'Eglise et le catholicisme constituent également des agents sociaux du conservatisme dans les villes. Les rues de ces deux enclaves montrent l'irruption de la foi catholique et son occupation symbolique de l'espace urbain, avec des immenses croix qui ornent les avenues et la quantité d'églises-chapelles ou les autels disséminés un peu partout dans les villes. Face à la " menace " persistante de l'islam et l'influence grandissante de la communauté musulmane, l'Eglise catholique cherche aujourd'hui encore à jouer le rôle d'une religion d'Etat au sein de ces enclaves, avec le soutien indirect des autorités locales. "
                 Comme vient de le rappeler notre sociologue, l'Eglise catholique joue un rôle important dans la vie sociale des habitants de Ceuta et Melilla, villes-frontières entre chrétienté et islam. Et la patronne de Ceuta depuis le XVème siècle n'est autre que... Notre-Dame d'Afrique ! Fait largement méconnu, c'est en partie elle qui a inspiré le culte algérois de Notre-Dame d'Afrique au temps de l'Algérie française. En voici l'histoire :

                 " En 1415, pendant les premières Vêpres de l'Assomption, Don Juan Ier, roi de Portugal, s'empare de Ceuta. Dès le lendemain, dans la principale mosquée, dédiée par lui à la Sainte-Vierge, il arma ses fils chevaliers. Le nom et la madone de Notre-Dame d'Afrique marquent cette religieuse époque qui est celle du premier établissement moderne des Européens en Barbarie ",
                 Il écrivait en 1858, dans son " Histoire critique du culte de la Sainte-Vierge en Afrique, depuis le commencement du christianisme jusqu'à nos jours ", Louis-Antoine-Augustin Pavy (1805-1866), évêque d'Alger ayant lui-même joué un rôle immense dans l'édification de la fameuse basilique algéroise, Notre-Dame d'Afrique. En ce sens, le duo Ceuta-Melilla apparaît bien aujourd'hui, après l'éradication des Pieds-Noirs par l'alliance du FLN et de renégats Européens, comme le dernier réduit, le dernier bastion des chrétiens et des Latins d'Afrique du Nord. " Premier établissement moderne des Européens en Barbarie ", pour reprendre le mot de Mgr Pavy, il en est aujourd'hui... le dernier.


Cathédrale de Ceuta

                 Les symboles religieux, les processions sont nombreuses à Ceuta, où la religiosité " demeure une pratique sociale très vivante " . Point commun avec l'Algérie française, c'est le culte marial qui y domine. Au mois d'août, à l'occasion de la Feria, de nombreux jours de fête sont ainsi consacrées à la Vierge Marie, dite " Vierge d'Afrique ".

Sanctuaire Notre-Dame d'Afrique, à Ceuta

                 La religion représente le principal facteur de différenciation entre les deux principales communautés de Ceuta et Melilla : communauté chrétienne et communauté musulmane. Pour la sociologue Alicia Fernández García,
                 " la frontière identitaire réside dans [l'opposition entre chrétiens et musulmans] ainsi que dans l'antagonisme chrétien-maure, déterminant les limites de ce qui est espagnol et de ce qui ne l'est pas. Dans le processus de construction identitaire, la pression sociale et les représentations religieuses jouent ainsi dans ces enclaves un rôle majeur. "
                 Voilà qui fait penser au général Jouhaud décrivant autrefois les relations entre communautés en Oranie française :

                 " Bien que, écrivait-il, contacts entre Européens et Musulmans aient, de tout temps, été courtois, on ne pouvait cacher l'antagonisme larvé entre les " Moros " et les descendants d'Espagnols. Le spectre du cardinal Ximenez, prêchant la croisade contre les infidèles, se profilait toujours en filigrane dans le ciel d'Oranie. "
                 Ceuta et Melilla sont des villes assez segmentées. On y trouve des quartiers majoritairement chrétiens (les plus riches), et d'autres majoritairement musulmans. Les communautés se côtoient dans la vie quotidienne, sur les bancs des écoles, dans la rue ainsi qu'au travail, mais se mélangent finalement assez peu. On a assez calomnié les Pieds-Noirs à ce sujet pour rappeler que cette règle, étrangement, se retrouve à chaque fois où chrétiens et musulmans sont amenés à cohabiter dans une même ville ! En revanche, comme en Algérie française, c'est peut-être à travers la cuisine que les communautés ont vocation à se rapprocher le plus. Les musulmans se plaignent régulièrement de discriminations raciales, et regrettent la mentalité qu'ils jugent " colonialiste " des catholiques d'origine espagnole. Les catholiques, eux, reprochent aux musulmans de vivre des aides sociales et de se replier sur leur communautarisme religieux. Les autorités des villes, quant à elles, élaborent un discours de fraternité et de vivre-ensemble célébrant " l'Espagne des trois cultures ", juive, catholique et musulmane (la " convivencia ").
                 Enfin Ceuta et Melilla ont un petit air d'Algérie française y compris dans leur paysage et leur architecture (voir photos). Ces deux villes, ont été construites à l'occidentale, ne différant quasiment pas du reste de l'Espagne ou de l'Europe du Sud. Rien de très exotique dans ce Maroc espagnol, pour le touriste européen avide de " souks " et d'ambiance " orientale ". Alicia Fernández García écrit encore, à propos du patrimoine à Ceuta et Melilla :
                 " On cherche à ancrer une souveraineté espagnole, à vanter un patriotisme et à dater des origines latines le plus loin possible dans l'histoire. Le pouvoir politique a très bien compris la valeur symbolique du patrimoine qui, dans ces villes, est le résultat d'une identification exclusive à l'Antiquité gréco-romaine et à la civilisation occidentale. "
                 Voici pour compléter le témoignage du chanteur Pied-Noir Jean-Paul Gavino à propos de Ceuta et de ses habitants qu'il nomme " les Pieds-Noirs Espagnols " : " Très coloré et très sympa. Une petite Algérie Française de l'époque... " Et en effet Christophe Rouet, qui a récemment consacré un livre à l'histoire des Pieds-Noirs (" Les Pieds-Noirs, L'épopée d'un peuple "), explique être allé visiter, en amont, Ceuta et Melilla, pénétré de l'intuition que ces villes " ne doivent pas être si différentes de ce que fut l'Oranie d'hier " .


Monument aux soldats tombés pendant la guerre d'Afrique (1859-1860), à Ceuta

Plaza de España (Melilla)

                 Ceuta et Melilla sont habitées aujourd'hui par quatre communautés religieuses :
                 - Espagnols d'origine péninsulaire de culture catholique, légèrement majoritaires, descendants d'immigrants venus le plus souvent de l'Andalousie toute proche. Les métiers qu'ils exercent concernent surtout le secteur tertiaire (services, fonctionnariat, tourisme...).
                 - Une très forte minorité (plus de 40 %) de musulmans d'origine marocaine, de plus en plus nombreux et de plus en plus influencés par l'islamisme (ce qui a tendance à inquiéter les chrétiens).
                 - Enfin une petite communauté juive présente depuis des siècles et très bien intégrée, ainsi que quelques hindous installés là-bas voilà quelques décennies.
                 Ceuta et Melilla étant donc multiconfessionnelles, les difficultés pour gérer la cohabitation entre habitants catholiques d'origine européenne et musulmans, sont nombreuses. Alicia Fernández García explique que " pour la plupart des Espagnols d'origine péninsulaire, la " cohabitation " " avec les musulmans "n'est acceptable que si elle maintient la domination de leur langue et de leur culture dans l'espace social " . Car c'est bien une certaine forme d'intégration - cette intégration que défendaient les défenseurs de l'Algérie française, et qui leur a valu d'être traités d'idiots ou d'utopistes - que les autorités espagnoles ont mise en place, certes à une toute petite échelle, à Ceuta et Melilla. Et ça marche ! Comme expliquait récemment Yves Zurlo, autre spécialiste de ces deux villes,

                 " La confiance des populations de Ceuta et Melilla en leur avenir] est renforcée par le fait que la population musulmane des deux entités exprime régulièrement son attachement à la nationalité espagnole : la menace d'une population musulmane qui, devenue majoritaire dans les deux villes, aurait pu réclamer son rattachement au royaume du Maroc, semble s'éloigner. Il semble bien que cette dernière apprécie les bienfaits de la démocratie hispanique. "

                 Et en effet, malgré de nombreuses difficultés d'intégration et de vivre-ensemble à Ceuta et Melilla, les listes électorales musulmanes prônant la sécession et la rétrocession de ces villes au Maroc n'ont jamais dépassé 6 % des voix. Pour Alicia Fernández García, il faut ainsi " souligner la faiblesse des partis ultranationalistes, pro-marocains pour les uns […] et pro-espagnols pour les autres […], qui promurent le repli identitaire ", cette dernière concluant que " tout en affichant un fort nationalisme espagnol, les élites politiques locales issues du collectif musulman traduisent la volonté des musulmans de s'intégrer dans la société dans le respect de droits et de libertés publiques qu'ils tâchent de rendre compatibles avec la protection de leur culture. "

                 Les partisans, la plupart du temps de gauche, de l'abandon de Ceuta et Melilla au Maroc n'ont pourtant pas lésiné sur les moyens. Et quelle meilleure façon de traîner une population et la cause qui lui est attachée dans la boue, qu'en les comparant aux Pieds-Noirs et à l'OAS ? Un intellectuel de gauche espagnol, le tiers-mondiste Juan Goytisolo, ouvrait le ban en 1979, critiquant une élite politique qui s'acharne à perpétuer dans ces enclaves une " mentalité de pied-noir ". " La presse marocaine a enchaîné, dénonçant, en réaction à un fait divers insignifiant, une " tentative fascisante de créer à Melilla une sorte d'OAS espagnole " . Plus récemment un universitaire français, regrettait en quelque sorte le " mollettisme " de la gauche ibérique attachée à la défense de la souveraineté espagnole sur Ceuta et Melilla, et les " hésitations voire [les] contradictions d'une " pensée de gauche " qui, le moins qu'on puisse dire est qu'en Espagne - tout comme dans la France des années cinquante - elle n'a pas brillé par sa lucidité. "

                 En effet nombreuses étaient les têtes pensantes qui dans les années 1960/1970 prévoyaient pour Ceuta et Melilla le même destin " inéluctable " que celui de l'Algérie française. En particulier les communistes, qui ont souvent milité pour ce qu'ils appellent la " décolonisation " de Ceuta et Melilla, et la " restitution " de ces villes au Maroc.

                 Aussi voyez comment Robert Rézette, un Français favorable à cette prétendue " restitution ", abordait en 1976 les garanties à donner à la population espagnole catholique après le " retour " de la souveraineté marocaine sur Ceuta et Melilla, un retour selon lui " inéluctable " :

                 " Mais, écrivait Robert Rézette, le souci de sauvegarder l'intérêt des populations de Ceuta et de Melilla doit rester présent à l'esprit des négociateurs : ces populations ne sont pas responsables de la situation conflictuelle créée dans les Présides et ont le droit de rester sur place et de poursuivre leurs activités productives. […]
                 La sauvegarde des intérêts des populations doit être cherché ailleurs, peut-être en ouvrant largement aux habitants de Ceuta et Melilla la possibilité d'avoir à la fois la nationalité espagnole et la nationalité marocaine, avec tous les droits de citoyenneté qui s'y rattachent. En respectant, aussi, les particularismes locaux : le culte de Notre-Dame d'Afrique à Ceuta, celui de Notre-Dame de la Victoire à Melilla, ce qui serait une marque éclatante de la tolérance dont ferait preuve la souveraineté marocaine rétablie sur ces territoires, marque bien propre à gagner les cœurs de ceux qui pourraient se sentir frustrés du changement de statut. […]

                 Derniers vestiges des affrontements entre deux pays qu'unissent en revanche une histoire et une civilisation en grande partie communes, les " Présides " pourraient alors devenir le symbole d'une réconciliation totale et définitive entre le Maroc et l'Espagne, et le gage pour l'avenir d'une coopération confiante et libérée à tout jamais de l'hypothèque coloniale. "

                 Cette péroraison de Robert Rézette a de quoi fasciner. Car c'est au mot près ce que réclamaient, une dizaine d'années avant lui, les partisans de l'indépendance de la Tunisie, du Maroc et de l'Algérie lorsqu'ils abordaient les garanties à donner aux Pieds-Noirs avec l'indépendance ! Or ce dernier ne pouvait ignorer que dans ces trois pays, les garanties n'ont jamais été respectées, les populations ayant toutes dû fuir de façon plus ou moins brutale sous la pression de l'islam et de l'arabisme. Il n'est donc pas exagéré de parler de fanatisme, chez Robert Rézette et beaucoup d'autres, dans cette propension à renouveler sans cesse les mêmes erreurs et s'engager sur les mêmes pentes sinueuses en dépit de toute observation réaliste des faits les plus évidents. Y compris lorsqu'il s'agit de territoires minuscules de 30 km2, appartenant à l'Espagne depuis des siècles et très majoritairement habités par des Espagnols de culture catholique comme l'étaient encore à cette époque Ceuta et Melilla. 30 km2 de souveraineté espagnole sur la côte marocaine, c'était déjà trop pour nos anticolonialistes !

                 Car c'est bien le même principe - ce qu'Alicia Fernández García nomme " la domination de sa langue et de sa culture dans l'espace social " -, qu'ont toujours rejeté gauchistes et libéraux " anticolonialistes ", pour l'Algérie française comme pour Ceuta et Melilla. Ainsi des communistes et d'une petite partie des socialistes Espagnols, qui encore aujourd'hui persistent à réclamer la cession de Ceuta et Melilla au Maroc au nom de la " décolonisation ", tout en sachant très bien qu'une telle décision signifierait une réelle perte de prestige pour l'Espagne et pour l'Occident (les islamistes réclamant régulièrement la reprise de ces villes, au nom de la dimension " arabe " et " islamique " de Ceuta et Melilla), ainsi que l'exode d'une centaine de milliers de leurs compatriotes - comme les communistes et une partie des socialistes Français réclamaient autrefois la cession de toute l'Algérie au FLN.

                 En effet le Maroc continue encore aujourd'hui à réclamer à l'Espagne les villes de Ceuta et Melilla, sous prétexte d'intégrité territoriale. Dès 1961, soutenu par de nombreux pays arabes ainsi que par l'URSS, il portait cette revendication devant l'assemblée générale de l'ONU. Il y eut même, à l'intérieur des deux villes, une campagne de terrorisme arabe dans les années 1970. Peine perdue. Le sens de l'Histoire n'existant pas, et l'Espagne, contrairement à la France gaulliste, ayant refusé de céder entièrement à l'alliance des pays arabes et communistes visant à la chasser d'Afrique du Nord, celle-ci est aujourd'hui toujours présente au Maroc. En conséquence de quoi les Espagnols de Ceuta et Melilla n'ont été ni chassés ni massacrés, et les chrétiens - mais aussi les juifs - peuvent continuer à y prier en toute liberté. " C'est pratiquement de toute l'Afrique du Nord que l'Eglise a maintenant disparu " , se désolait Jean Boisson-Pradier en 1968. De toute l'Afrique du Nord oui, sauf Ceuta et Melilla, derniers îlots de résistance.
                 Pourquoi, d'ailleurs, l'Espagne a-t-elle refusé de céder aux revendications marocaines ? Ecoutons Robert Rézette :

                 " Si des nécessités de prestige poussent l'Espagne à s'accrocher à ses anciens " Présides ", ce prestige se paie cher. Aucun avantage économique réel ne justifiant par sa contrepartie indirecte de telles dépenses, il est donc bien évident que l'Espagne ne se maintient dans ces territoires contestés que dans le souci de sauvegarder le mythe de la " hispanidad " à vocation africaine, et aussi avec la préoccupation, plus empirique, de conserver à 150 000 Espagnols leurs intérêts dans des territoires qui leur appartiennent depuis longtemps et qui ne sauraient sans injustice être jetés à la mer du jour au lendemain. Ce sont là des pièces essentielles du litige hispano-marocain ".
                 Le prestige et l'honneur, rien de plus. Tout le contraire soit dit en passant, de la fin de l'Algérie française, qui elle rime avec perte de prestige et déshonneur.
                 Mais puisque le Maroc et les organisations islamiques mondiales s'obstinent à réclamer Ceuta et Melilla au nom de la décolonisation, alors dans ce cas peut-être faut-il que l'Europe fasse de même. Peut-être, en effet, faut-il que l'Union Européenne aille à l'ONU demander par exemple que la Turquie évacue au plus vite la Thrace orientale (ce qu'on appelle plus communément la " Turquie d'Europe "), et si possible Constantinople, derniers vestiges de la colonisation turco-musulmane de l'Europe.

                 Conclusion
                 En réalité Ceuta et Melilla constitue la preuve ultime que les défenseurs de l'Algérie française avaient raison. Pourquoi ? Parce que, un demi-siècle après la " décolonisation ", à l'heure du bilan, que constate-t-on ? On constate que ces deux villes représentent tout simplement le dernier refuge des Européens d'Afrique du Nord, au nombre d'environ 100.000 personnes. C'est-à-dire que sur les 30 km2 de territoire de Ceuta et Melilla, résident cinquante fois plus de chrétiens d'origine européenne que sur tout le reste du territoire de l'Afrique du Nord ! Pourquoi ? Tout simplement parce que sur ces 30 km2 de territoire, règne la loi de l'Espagne ! Or que disaient les défenseurs de l'Algérie française ? Que la souveraineté française était LA SEULE protection des Français d'Algérie ! Ils ne disaient rien d'autre que cela, et ils avaient raison ! Les musulmans d'Afrique du Nord, qui ont certes beaucoup de qualités, ne sont pas encore assez mûrs pour accepter l'égalité et la coexistence avec les non-musulmans. C'est un fait. Peut-être le seront-ils un jour, n'insultons pas l'avenir, mais pour le moment ils ne le sont pas. Comme le rappelait Jacques Soustelle au moment où se déchaînait en Algérie française le terrorisme du FLN, " il peut être difficile à un métropolitain, s'il n'a jamais vécu en Algérie, de comprendre le caractère passionnel qu'y revêt la question de la souveraineté. " Mais - car comme dit l'expression, " chacun son tour " - les Français métropolitains commencent peu à peu à comprendre, sur leur propre sol maintenant, " le caractère passionnel " que revêt en face de l'islam la question de la souveraineté.
                 Ceuta et Melilla constitue également la preuve que la France aurait très bien pu se maintenir en Algérie, fût-ce sur un petit territoire. Ainsi l'Espagne, sans réelle colonisation de peuplement, est parvenue jusqu'à nos jours à conserver un territoire au Maroc, et l'on nous explique que la France, avec un million et demi d'Européens d'Afrique du Nord auxquels on doit ajouter plusieurs centaines de milliers de musulmans francophiles, et alors qu'Alger était en 1944 la capitale de la France libre, l'on nous explique que la France était condamnée à abandonner toute l'Algérie ? Est-ce une blague ? N'ayons pas peur de le dire, au risque de choquer les adeptes de " l'exode inéluctable " tombés dans le panneau de la propagande gaulliste et gauchiste : la France avait le droit et même le devoir de rester pour toujours en Algérie, là où le partage territorial, selon le mot de l'ancien Résistant Serge Groussard, " aurait dû constituer l'ultime des concessions acceptables pour la nation " . " Il vaut mieux ", disait Jacques Soustelle, " être un citoyen libre dans une oasis assiégée qu'un esclave dans un Etat totalitaire ". Cela l'Espagne, apparemment l'a compris. Et si aujourd'hui les Espagnols de Ceuta et Melilla ont la chance de vivre en citoyens libres dans une oasis assiégée, les Français d'Algérie, eux, ont dû prendre la valise pour échapper à l'esclavage que leur promettait de Gaulle dans l'Etat FLN totalitaire.

                 Il y a toujours eu trois peuples en Afrique du Nord : Berbère, Arabe, et Latin. C'est pourquoi après l'élimination des Pieds-Noirs d'Algérie, du Maroc et de Tunisie, les catholiques de Ceuta et Melilla doivent être considérés pour ce qu'ils sont : les derniers représentants du peuple Latin d'Afrique du Nord. Comme, en Amérique du Nord, vivent les dernières tribus d'Amérindiens. Et n'oublions pas que si Notre-Dame d'Afrique d'Alger est depuis 1962 otage de l'arabo-islamisme, sa grande sœur de Ceuta, elle, est toujours libre.
                 Salut au Maroc espagnol !
                 Salut aux cousins des Pieds-Noirs, les Espagnols de Ceuta et Melilla !
Marius Piedineri, novembre 2019


                 Quelques liens YouTube :
- Ceuta et Melilla vu du ciel : https://www.youtube.com/watch?v=AuOwV5bIjAc
- Patrimoine de Ceuta vu du ciel, sur fond de musique militaire : https://www.youtube.com/watch?v=0Osj4deUADY
- Spectacle de parachutistes à Melilla, septembre 2019 : https://www.youtube.com/watch?v=RHju7xLh4g4
- Procession en l'honneur de Notre-Dame d'Afrique à Ceuta, août 2016 : https://www.youtube.com/watch?v=g8kHEmbCWuw
                 Quelques photos :


Plage de Melilla

Ceuta




Synagogue de Melilla




Mosquée de Ceuta



Arènes de Melilla (source : spainisculture.com)


Melilla

Clôture contre l'immigration clandestine
       
Drapeaux de Ceuta (noir et blanc) et Melilla (bleu)

1- Anne Brogini, 1565, Malte dans la tourmente, Le " Grand Siège " de l'île par les Turcs, Editions Bouchène, 2011, p. 221-222.
2 à 8, 10, 12, 14,15,16- Alicia Fernández García, Vivre ensemble, Conflit et cohabitation à Ceuta et Melilla, L'Harmattan, 2017, p. 139.
9- Edmond Jouhaud, Ô mon pays perdu, De Bou-Sfer à Tulle, Fayard, 1969, p. 255.
11- Christophe Rouet (Préface de Jean Brua), Les Pieds-Noirs, L'épopée d'un peuple, Editions De Borée, 2019, p. 10.
13- Yves Zurlo, " Ceuta et Melilla, Villes espagnoles ou dernières colonies en Afrique ? ", in Grande Europe n° 28, janvier 2011 - La documentation française.
17 Bernard Bessière, " Préface ", in Yves Zurlo, Ceuta et Melilla, Histoire, représentations et devenir de deux enclaves espagnoles, L'Harmattan, 2005, p. 5-6.
18- Robert Rézette, Les enclaves espagnoles au Maroc, Nouvelles Editions Latines, Paris, 1976, p. 179-181.
19- Jean Boisson-Pradier, L'Eglise et l'Algérie, Etudes et recherches historiques, Paris, 1968, p. 297.
20- Jacques Soustelle, Aimée et souffrante Algérie, Editions Plon, Paris, 1956, p. 35.
21- Serge Groussard, L'Algérie des adieux, Plon, 1972, p. 79.


Mémoire……………..ne nous abandonne pas
Envoyé par M. Régis Guillem

                  Chers camarades
       Quand donc la vérité émergera? En ce jour de la Toussaint tout le monde a en mémoire le début d'une guerre (sic) qui allait ensanglanter ces territoires français d'outre Méditerranée. L'issue due à une trahison conduisit à l'exode de tout un peuple qui fut de surcroit rejeté par cette amère patrie qu'à peine 20 ans plus tôt il venait défendre.
       Lorsque le jeune instituteur Guy Monnerot fut tué, tous les médias et autres s'emparèrent de cet assassinat pour le désigner en 1ère victime, occultant ainsi les victimes précédentes.
       La raison en était fort simple: il fallait émouvoir le Peuple métropolitain; mais cela allait avoir une autre résonnance de par les opposants et plus particulièrement le parti communiste.
       Il n'est nullement question de vouloir créér polémique, mais ceci démontre bien pour autant qu'il le faille, que dans tous les évènements d'Algérie il y a eu soit tromperie, soit déformation.

       Laurent François a été abattu devant la porte d'une gendarmerie sourde aux appels. Laurent François par sa présence a déjoué plusieurs attaques des brigands et ainsi sauver très vraisemblablement des vies humaines, notamment les gendarmes et leurs familles.
       L'histoire retiendra t'elle son nom et son courage? J'en doute.
       C'est la raison pour laquelle je me suis permis de vous adresser le déroulement des évènements de ce 31 Octobre 1954 afin que vous-même, si vous le jugez utile, le transfériez.
       Cordialement à vous.
       Régis Guillem

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Mémoire……………..ne nous abandonne pas


        Dans la nuit du 31 Octobre au 1er Novembre 1954 plusieurs attentats étaient perpétrés en une trentaine de points du territoire Algérien.
        Soixante dix attentats furent commis causant une dizaine de victimes civiles et militaires.
        Les deux premières victimes, assassinées la veille de la Toussaint, sont deux Français d'Algérie : un chauffeur de taxi de confession juive, Georges-Samuel Azoulay et Laurent François, libéré depuis 6 mois du service militaire.

        Les autres victimes sont l'agent forestier François Braun, l'agent de police Haroun Ahmed Ben Amar et quatre appelés : le soldat Pierre Audat et le brigadier-chef Eugène Cochet, tués en pleine nuit dans le poste de Batna, dans le massif des Aurès, ainsi qu'André Marquet et le lieutenant Darneaud basés à Kenchela. Sont également tués le caïd Ben Hadj Sadok et Guy Monnerot, qui voyageaient ensemble.


        A Oran, il est 0h20, lorsque Georges-Samuel Azoulay, chauffeur de taxi prend en charge un musulman pour le conduire à Eckmühl ; en cours de route le client demande un changement d’itinéraire vers la poudrière. Azoulay refuse ; le client l’abat de trois balles, jette le corps sans vie et s’empare du véhicule. L’assassin est arrêté quelques semaines plus tard dans un douar près de St-Denis du Sig. Cet assassinat sera considéré comme un fait divers de droit commun.

        Dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre à 1h.30, le garde-forestier François Braun est attaqué dans la maison forestière de la Mare d’ Eau (entre Zahana et Oggaz ; il refuse de remettre son arme ; il est abattu par Ahmed Zabana qui est arrêté le 8 novembre 1954.
        L'exécution de la sentence est l'enjeu d'un bras de fer entre les élus d'Algérie, les responsables du FLN à Alger et les autorités françaises.
        Des élus d'Algérie réclament l'exécution des condamnés à mort, et le chef de la zone algéroise du FLN Abane Ramdane menace : « si le gouvernement français faisait guillotiner les condamnés à mort, des représailles terribles s’abattront sur la population civile européenne ». Khalfa Mameri, biographe d'Abane Ramdane, attribue à son héros une stratégie d’« accélération voulue de la répression », pour unifier le peuple algérien autour du FLN.

        Le ministre résidant Robert Lacoste laisse finalement guillotiner à la prison de Barberousse, le 19 juin 1956, deux condamnés à mort, dont Ahmed Zabana. Aussitôt, Ramdane Abane et Larbi Ben M'hidi, arrivé depuis peu à Alger, rédigent un tract menaçant : « Pour chaque maquisard guillotiné, cent Français seront abattus sans distinction ».
        C'est l'enclenchement de la bataille d'Alger.
        Fait remarquable, François Braun était le beau-frère de l’oncle de Laurent François.

        Lundi 1er novembre 1954 à 7 heures sur la route qui va de Biskra à Arris, un car avance lentement. La voie est étroite, sinueuse. Dans le car, des Musulmans dont Hadj Sadock, le Caïd de M’Chounèche, une petite localité des environs, et deux Européens. Un jeune garçon de 23 ans et son épouse de 21 ans, des nouveaux mariés, Guy et Jeanine Monnerot, instituteurs auxiliaires à Tiffeflel. Tous deux Limousins,en Algérie depuis trois semaines, ils ont profité du week-end pour visiter un peu la région. Le vieux car bringuebalant s’engage dans les gorges sauvages de Tighanimine… C’est Au kilomètre 77, la route qui surplombe le vide s’élargit, le chauffeur aperçoit un mince barrage de pierres au milieu du chemin. Au lieu d’accélérer et de bousculer le fragile obstacle, il stoppe. Un homme surgit à la portière, il est armé d’un vieux fusil allemand. L’homme somme le Caïd et les Monnerot de descendre du car. Une dizaine d’hommes entourent le car. Chihani Bachir, chef du groupe de rebelles, s’adresse au Caïd et lui demande s’il a reçu la proclamation du F.L.N. « de quel côté passes-tu ? Avec nous ou chez les Français ? » Hadj Sadok n’a qu’un rire méprisant pour ces « brigands » loqueteux, puis sèchement déclare : »Vous n’avez pas honte de vous attaquer à ces enfants…Ce sont des instituteurs, ils viennent pour nous aider… » Chihani Bachir marque le coup. Sadok, profitant d’un moment d’inattention, sort un pistolet de son baudrier de cuir rouge qu’il porte toujours caché sous sa gandoura. Sbaïhi Mohamed, l’un des hommes de Chihani, a surpris son geste. Il lâche une rafale de Sten en direction du Caïd. Le Caïd s’écroule atteint au ventre ; Guy Monnerot est touché à la poitrine et sa jeune épouse à la hanche.
        Les rebelles embarquent le corps de Hadj Sadok dans le car qui s’éloigne, laissant sur le bord de la route les jeunes gens moribonds. Une heure plus tard, l’ethnologue Jean Servier, le seul homme à n’avoir pas perdu la tête dans Arris encerclé, est mis au courant de l’attentat. Il accourt avec un vieux Dodge et deux maçons Italiens. Monnerot est déjà mort ; sa femme sera sauvée. Elle mourra, à 61 ans, peu de jours après le quarantième anniversaire du déclenchement de la guerre.

        La Toussaint rouge fut le nom donné à cette vague d’attentats, jour de la fête Catholique de la Toussaint.
        L’histoire a retenu que la toute première victime de cette Toussaint Rouge fut ce jeune instituteur Métropolitain, Guy Monnerot, tout fraichement arrivé de Métropole afin d’y enseigner dans le Bled.

        Bien que cet assassinat ait mérité d’être largement diffusé pour sensibiliser l’opinion, notamment Métropolitaine, il n’en reste pas moins que cette médiatisation ne devait en aucun cas occulter sciemment les 3 autres victimes civiles assassinées bien avant Guy Monnerot.
        Du reste la médiatisation du meurtre de Guy Monnerot ouvrit béante la porte aux détracteurs de la présence française en Algérie qui gangrénèrent l’opinion métropolitaine quant à sa souveraineté et, par la suite, l’envoi des troupes du Contingent.
        Depuis plusieurs années la vérité tente de s’installer, mais en vain ; l’histoire continue à poser sa chape de plomb sur les réalités.
        Ainsi 3 jeunes Français d’Algérie ne firent l’objet qu’un contre-filet dans la presse.

        Dès le début 2000 j’ai entrepris de relater l’histoire de Laurent François, ce jeune Mostaganémois assassiné dans des conditions abominables, le 31 Octobre 1954 à 23h.30, devant une Gendarmerie sourde aux appels de détresse.
        Je pus recueillir et reprendre l’historique de cet évènement grâce au témoin, compagnon de Laurent François, Jean-François Mendez.
        Jean-François Mendez est cousin germain de mon épouse ; Lors d’une visite nous avons évoqué cet attentat auquel il avait échappé miraculeusement.
        Dès lors je le décidai, malgré quelques réticences, à lui faire évoquer cette tragique soirée afin de rendre hommage à son ami Laurent François dont personne n’évoquait son assassinat, ni son acte héroïque.

        Dès 2002 plusieurs sites accordèrent crédit à ce rappel : Site Algérie Française, Pieds Noirs d’Hier et d’aujourd’hui ; la Seybouse.
        Les faits et témoignages ainsi furent repris par divers compatriotes et association.

        Mais cette année 2014 est plus particulière car elle marquera le 60ème anniversaire des premières tueries de civils français d’Algérie.Elle donnera l’occasion de rendre hommage aux trois premières victimes.

        Laurent François ce jeune homme de 22 ans tout juste libéré de son service militaire qui plutôt que s’enfuir fit un détour pour alerter les autorités militaires.

        CASSAIGNE, nuit du 31 Octobre au 1er Novembre 1954
        Ce dimanche 31 octobre 1954, à la tombée de la nuit, un groupe d’hommes sous les ordres de Sahraoui et Belhamiti se réunit au lieu dit « Oued Abid ». Sahraoui dispose d’armes de guerre (3 carabines italiennes, un fusil mauser et des munitions) qui lui ont été procurées par Bordji Amar. Cette réunion a pour but l’organisation d’une attaque qui doit être déclenchée à une heure du matin.

        Une première réunion animée par Larbi Ben M’hidi avait eu lieu à Bosquet le 2 Octobre 1954 ; ce dernier rencontrait Bordji Omar pour lui fixer la date du déclenchement d’un soulèvement armé.
        Une seconde réunion réunissant des responsables locaux dont Benabdelmalek Ramdane, Bordji Omar, , Benaroum Hamou (Ouilis) Sebaa Miloud, Bennadjar Ahmed (Bosquet), Belhamiti Mohammed (Sidi Ali), Ouadani Youcef Ould Zine, propriétaire de l’abri, situé à l’Est du village Ouilis, se déroula le mercredi 27 octobre 1954.
        L’objectif principal du groupe de Sidi Ali, conduit par Bendhiba était d’attaquer la brigade de la gendarmerie française de cette localité. Celle-ci est composée de 4 gendarmes français et un cinquième, un musulman, un certain Bacha Hussein, originaire de la région de Kabylie et qui fournissait à Belhamiti toutes les informations sur la brigade, les armes et les munitions, entre autres.
        Benabdelmalek Ramdane a décidé, sur proposition de Belhamiti, de la mise en place du poste de commandement près de la zone de Djebel Chorfa à Achâacha où se trouvait une cellule composée de 13 militants non concernés par les opérations programmées. Leur rôle étant d’attendre l’arrivée de Benabdelmalek Ramdane avant le lancement des premiers tirs du 1er novembre 1954.
        Fort de ses 27 militants, le groupe de Bendhiba s’est dirigé, cette nuit là, vers la brigade en se scindant en deux groupes.
        Tous se réunissaient vers le centre de Cassaigne ; Belhamiti prenait la tête d’un demi-groupe composé de Mehantal, Belkoniène, Chouarfia qui devaient se poster légèrement au sud et à l’Est des bâtiments de la gendarmerie.
        L’autre demi groupe sous la direction de Sahraoui Abdelkader dit Mihoub et composé de Belkoniène Taïeb, Tehar Ahmed et Beldjilali Youssef allait par l’Ouest s’approcher de la cour extérieure de la gendarmerie.
        Pendant ce temps là, un autre groupe surveillait la brigade de la gendarmerie et un autre s’occupa de couper les fils téléphoniques de la brigade et ceux reliant Bosquet et Cassaigne.
        Pendant que les terroristes préparent leur embuscade, Laurent François et son ami Jean-François Mendez reviennent d’un bal organisé au Grand Hôtel de Mostaganem ; Laurent François a 22 ans, il est libéré du service militaire depuis 6 mois, Jean-François Mendez est son cadet de 18 mois.
        Tous deux habitent Picard, petit village du Dahra situé à 70 kms de Mostaganem. Plutôt que prendre la route principale, ils décident d’emprunter la route de l’intérieur qui est un peu plus longue mais en meilleur état ; cette route passe devant la ferme Monsonégo.

        Arrivés à hauteur de la ferme Monsonégo, les deux amis voient surgir dans le faisceau de la 4 CV un homme vêtu d’un tricot de peau et d’un slip qui agite ses bras de façon désordonnée en criant : «au secours ! au secours ! ».
        Il s’agit de monsieur Mira le gérant de la ferme Monsonégo qui vient d’être attaquée par un groupe de fellaghas dirigé par un certain Doual Miloud.
        A l’instant où Jean-François Mendez ouvre la portière des coups de feu claquent ; une balle fait éclater le pare-brise et une autre fait sauter la vitre de la portière avant gauche ; Laurent François a été touché à la tête.
        L’homme hurle d’avertir la gendarmerie de Cassaigne qui est tout proche mais qui contraint à un détour. D’autres coups de feu claquent et contraignent les deux amis à reprendre la route pour se rendre à Cassaigne.
        Tous deux ignorent que la gendarmerie est, elle-même, la cible de terroristes qui s’apprêtent à l’attaquer.
        En quelques minutes les deux jeunes gens arrivent devant la gendarmerie.
        Le demi-groupe de soutien de Belhamiti se dissimula alors dans le fossé bordant la route.
        Belkoniène et Tehar de leur côté, de peur d’être surpris eux aussi, cherchèrent à se cacher derrière les bâtiments de la gendarmerie ; ils y retrouvèrent Saharaoui Abdelkader qui leur donna l’ordre de se porter en avant et de tirer sur les arrivants.

        Pendant plusieurs minutes qui durent une éternité, les deux amis tambourinent en hurlant à pleins poumons.
        Plusieurs minutes s’écoulent sans que quiconque n’intervienne.
        Belkoniène et Tehar, en position de tireurs immédiatement derrière la clôture en fil de fer de la gendarmerie, à une vingtaine de mètres environ de Laurent François et de Mendez Jean-François, tirèrent chacun un coup de feu.
        Laurent pousse un cri et s’écroule devant Jean-François qui continue à cogner sur la porte de la gendarmerie.
        Le gardien de prison réveillé par les cris et coups de feu a allumé la rue.
        Il est 23h.30 ; Laurent François est à terre, râlant, crachant du sang ; une balle lui a fracassé le crâne.
        Les gendarmes sont toujours inexistants. Jean-François Mendez se précipite chez le docteur Gilbert qui s’habille promptement et se rend immédiatement sur les lieux du drame.
        La cour de la caserne est allumée mais la porte de la gendarmerie est toujours fermée. Laurent François, le malheureux, est là inanimé, baignant dans une large mare de sang. L’infortuné jeune homme est toujours en vie mais il rendra son dernier soupir à la clinique.
        Un gendarme, revolver à la main, se décidera à sortir après de nouveaux appels de Jean-François Mendez et du docteur Gilbert.
        L’intervention de ses deux jeunes gens aura fait échouer l’attaque prévue de la gendarmerie et ainsi sans nul doute sauver bien des vies ; devant cet échec les terroristes s’enfuirent et se replièrent au lieu-dit « La pierre Zerouki ».
        De même qu’ils ne purent faire sauter le transformateur électrique de Ouillis qui alimentait toute la région du Dahra.
        Le 2 novembre 1954, Belhamiti Mohammed fut arrêté lors d’une embuscade dressée par les forces de l’ordre.
        Le groupe d’Achâacha, constitué de 13 terroristes, n’a été arrêté, quant à lui, qu'au bout de deux mois.
        Benabdelmalek Ramdane, quant à lui, a été abattu le 4 novembre 1954 dans la forêt proche du village d'Ouled Sid Larbi après un violent accrochage avec les forces de l’ordre. Son compagnon, Doual Miloud, a subi de graves blessures. Il fut condamné à 20 ans de travaux forcés.
        De tout le groupe de terroristes qui ont participé à l’assassinat de Laurent François , seuls sont encore en vie en 2014
        Belhamiti Mohammed, Graoui Abdelkader et Mehantal Afif.
        Les gendarmes, quant à eux, firent tous l’objet de mutations sans qu’un motif ne soit évoqué ; et pour cause !
        De même on n’entendra plus parler de Cassaigne…………jusqu’au jour du procès des assassins de Laurent François le 23 Juillet 1955.
        Le verdict de la Cour d’Assises de Mostaganem fut prononcé le 24 juillet 1955 :
        Condamnés à la peine capitale : Belkoniène Taïeb, Tehar Ahmed et Saharoui Abdelkader ;
        Travaux forcés à perpétuité : Belhamiti Mohamed; ce dernier fut libéré le 4 mai 1962.
        20 ans de travaux forcés : Chouarfia, Belkoniène Mohamed.
        Ainsi périt dans l’indifférence générale un jeune Français d’Algérie, Laurent François né un 6 Février 1932, assassiné un 31 Octobre 1954 à 23h.30, qui n’hésita pas à se détourner de sa route pour alerter les autorités d’attaques
        Ce n’est qu’en 2007 que Laurent François eut les Honneurs de la Nation et fut reconnu Mort pour la France.Le rappel de ce tragique évènement démontre que les Français d’Algérie étaient déjà des « Français entièrement à part ».
Régis Guillem
25 Octobre 2014        

1 NOVEMBRE 1954 :
LA TOUSSAINT ROUGE
Par Hugues Jolivet
             Le triste anniversaire de faits sexagénaires,
             D'une terrible nuit, entraînant dans la mort
             Des civils français et quatre militaires,
             Doit être commémoré; un maigre réconfort.

             Appuyés par Nasser, ces rebelles assassins
             Ont frappé un grand coup pour marquer les esprits.
             Attentant en tous lieux, en ce jour de Toussaint,
             Ils ont tétanisé un peuple jusqu'au mépris.

             Attaquant, par surprise, l'Armée dans ses casernes,
             Ils souhaitent affirmer leur détermination,
             Marquer leur territoire, démontrer qu'ils gouvernent,
             En ralliant à leur cause toute la population.

             Ils ignorent, cette nuit-là, que la guerre qu'ils entament
             Sera presque aussi longue que les deux guerres mondiales,
             Et que dans les deux camps, nombreux seront les drames,
             Endeuillant les familles, brisant le lien social.

             Pour toutes nos victimes, c'est un jour de recueil,
             Que ceux qui croient en Dieu, demandent qu'Il les accueille !
Hugues JOLIVET
1 Novembre 2014
 


PHOTOS DE BÔNE
Envoyées par M. Jean Louis Ventura
    LE PORT


PLACE DES GARGOULETTES




LE COURS NATIONAL



LE MARCHE





LA CASBAH VUE SUR LA VILLE




FLIRT AFRICAIN





Une Eglise oubliée
Par M. Guy Bezzina

(L’Eglise catholique de Constantine au temps de l’Algérie française)

En hommage à tous les prêtres qui ont consacré leur vie à la communauté catholique du diocèse de Constantine et d’Hippone et qui les ont suivis dans leur exil.

     Mgr Paul Pinier

     Léon D’Agon,Abbés Louis Attard , Bernard Blaquart, Raymond Bonnello, Abbé Bruel -René Charlier , Mgr Jean Chazelles - Henri Clerc - Raymond Clauzel , Jean Coulomme, Henri Conseil, Norbert Crispi, Antoine Cutajar, Joseph Curmi, Mgr Jean Delpy, Pierre Ducros, Jean Claude Duhoux, Lucien Eschbach, André Fébo, Hector La Ferla, Antoine Galéa, Roland Garofalo , Paul George, Gérard Giordano, André Grima , Emmanuel Grima, Henri Houche , Jean Ichansou, Jean Issert, Louis Jeanne, Henri Lacrampe, Marcel Lafont Léopold Landerer, Louis Laurent, Edouard Lauro, Mgr Lembo, Levray, Alfred Lidy, Auguste Malafosse, Joseph Malchair , Jean Maniglier, Paul Marchetti, Bernard Mestivier, Gabriel Moreau, Edouard Nicolas, Gilbert Nicolas, Henri Niglio, Marcel Pastor, Marcel-Eugène Payan, Henri Pépin, Norbert Poupeney, Lucien Pei Tronchi, Jean Marie Perrier, Jean Pincos,, Lino Polibio, Joseph Porta, Dominique Porta, Louis Puel, Joseph Robert, Valentin Salette, Marcel Santina, René Sidi , Alexandre Stouvenot, Roger de Sulauze, Robert Sultana, Sauveur Taormina, Paul Teuma , Marcel Thiriot, Robert Vachino, Robert Viala, Albert Weck…

     Avertissement

     Retracer l’histoire d’une Eglise disparue en même temps que la communauté des chrétiens qu’elle accompagnait, est une gageure. La mémoire est devenue défaillante et parfois infidèle et la documentation rare et dispersée quand elle n’a pas été détruite…

     Pourtant, le silence qui couvre généralement cette période de l’Eglise d’Algérie au temps de la présence française semble révéler une gêne, comme si tout ce qui touchait l’Algérie française devenait suspect et tabou. jusque et y compris l’Eglise, ses œuvres et son clergé.

     L’Eglise de l’Algérie Française, dont les diocèses furent administrés par évêques et cardinaux venus de la métropole, est devenue l’Eglise oubliée, celle que l’actuelle Eglise de France n’évoque jamais et dont elle semble avoir honte.

     Malgré toutes ses imperfections, ses omissions, ses insuffisances, l’évocation de l’Eglise catholique de « notre « Algérie » m’est apparue nécessaire par simple devoir de reconnaissance et de justice.

     Puissent ces quelques lignes susciter d’autres témoignages, d’autres souvenirs, d’autres hommages.

     L’Eglise d’Algérie, ferment d’unité

     De 1831 à 1846, l’Algérie française n’avait qu’un diocèse créé par une bulle du pape Grégoire XVI en date du 9 Août 1838.

     C’est par une bulle du pape Pie IX en date du 25 juillet 1868 que fut créée la province ecclésiastique d’Alger avec un archevêque métropolitain à Alger et deux diocèses avec un évêque, à Oran et un à Constantine.

     Le premier évêque de Constantine fut Mgr de Las Cases qui ouvrit, en 1869, le premier séminaire à Ste Hélène, quelques kilomètres du Kroubs qui sera remplacé par un autre séminaire au Faubourg Lamy lui-même fermé au moment de la séparation de l’Eglise et de l’Etat en 1905. Un troisième séminaire construit grâce à la générosité des fidèles du diocèse fut inauguré le 27novembre 1918 au faubourg d’El kantara . Cette courte histoire des séminaires de Constantine illustre la vitalité de l’Eglise de ce diocèse

     Des curés furent installés très tôt dans les paroisses des villes et villages d’Algérie. Ils venaient de France avant que se créent les séminaires d’où sortirent les premiers prêtres issus de l’immigration.

     C’est autour d’eux que se rassemblèrent les chrétiens émigrés de divers pays : français, italiens, maltais ou allemands, différents et parfois rivaux, sans point commun , si ce n’est la misère et de la même soif d’un avenir meilleur. Les premiers colons de l’Algérie Française n’étaient pas naturellement prédestinés à former une communauté unie et se seraient sans doute enfermés dans des communautarismes hostiles sans le creuset d’unité que constituaient l’école de la République, l’armée de leur service militaire et l’Eglise catholique.

     Mais ces pauvres gens qui parlaient le français, le patois auvergnat ou languedocien, le corse, le maltais l’espagnol, l’italien ou l’allemand, se retrouvaient au moins une fois par semaine pour la messe du dimanche La misère pouvait les rendre jaloux, la foi leur faisait découvrir qu’ils étaient faits de la même pâte. L’Eglise en Algérie, même si elle n’a pas été la seule, a sans doute été l’institution qui a le plus contribué à faire tomber les cloisons qui divisaient les communautés d’immigrants. Comme au Canada où les français expatriés et abandonnés avaient retrouvé leur unité dans la communion à une même foi dans une même église. Ils apprenaient à vivre ensemble, à se libérer de leur méfiance et de leurs préventions, à se sentir solidaires dans les épreuves de la faim, de la maladie, de la guerre et de l’insécurité des premières décennies et trouvaient une unité passagère dans le latin de leurs prières et le grégorien de leurs chants.

     Des paroisses vivantes

     Dans les paroisses du diocèse de Constantine la vie religieuse, intense. Elle rythmait la vie quotidienne des chrétiens. Les offices de la semaine étaient suivis par des groupes de fidèles assidus. Les messes dominicales rassemblaient la grande majorité des catholiques. Hormis pour quelques familles notoirement « laïques » et parfois anticléricales, les événements importants de la vie étaient consacrés par une cérémonie religieuse. Baptêmes, communions solennelles, mariages, enterrements. La « densité » de la pratique religieuse ne se mesurait pas seulement à la fréquentation des offices religieux mais à l’engagement des fidèles aux activités paroissiales liturgiques, éducatives, caritatives, associatives.

     Toutes les activités déployées dans le cadre des paroisses n’étaient possibles que grâce au dynamisme et à la générosité des fidèles qui les animaient. Chaque paroisse organisait une kermesse annuelle et les produits mis en vente provenaient eux mêmes des dons des paroissiens.

     La kermesse la plus célèbre était celle du séminaire de Constantine qui se transformait en une grande foire, le temps d’un week-end et qui attirait une foule considérable. Elle abondait les finances du petit et du grand séminaire qui vivaient essentiellement de la générosité diocésaine.

     Les constructions de nombreuses églises, salles paroissiales, écoles et dispensaires furent financées principalement grâce aux dons mais aussi à la participation active et bénévole des fidèles.

     Une présence auprès des pauvres

     L’action du clergé, séculier et régulier comme des religieux et religieuses concerna non seulement la vie religieuse et spirituelle mais s’étendit dans les domaines de l’enseignement, des soins, de la vie sociale. Partout où un besoin se faisait sentir, se manifestait l’action de l’Eglise. Les associations caritatives de métropole étaient présentes dans les principales villes du Constantinois : Conférences de Saint Vincent de Paul, Action Catholique et Action catholique Féminine.

     Dès les premières années de la Conquête de l’Algérie, on trouve des religieux et des prêtres dans des initiatives caritatives. Ainsi, l’abbé Landmann, ému par le nombre considérable d’orphelins dont les parents avaient été décimés par la maladie, créa et administra un orphelinat à Guelma.

     Les hôpitaux de Constantine, de Bône, de Bougie, de Biskra font appel aux religieuses de la Doctrine Chrétienne, aux sœurs de Saint Vincent de Paul et aux sœurs blanches de Mgr Lavigerie pour assurer l’organisation des soins aux malades. A Sidi Mabrouk, près de Constantine, les religieuses de ND des Apôtres créeront une maternité dans les années 1950.

     Sur la colline d’Hippone, près de Bône, les petites sœurs des pauvres accueillaient dans une égale sollicitude les personnes âgées les plus défavorisées allant quêter en ville pour entretenir leur maison de retraite.

     A Constantine, des orphelinats (filles et garçons) étaient administrés par les religieuses de St Vincent de Paul alors que l’Institution du bon Pasteur à Sidi mabrouk accueillait des jeunes filles en difficulté.

     A Guelma, dans les années 1950, les religieuses de N.D des Apôtres avaient ouvert un dispensaire qui survivra quelques années encore après l’Indépendance.

     Une mission éducative

     Au début de la colonisation, les paroisses s’implantaient en même temps que les villes et les villages. Des prêtres d’origine métropolitaine puis, issus de la population locale, assuraient les charges pastorales. Mais leur rôle ne se limitait pas aux fonctions religieuses. Les populations étrangères trouvaient auprès du clergé, les médiateurs qui leur étaient nécessaires tant auprès des services publics que des particuliers. Le curé était le conseiller, celui qui assurait les correspondances et les formalités administratives. Le prêtre catholique était partout où un besoin se manifestait

     Les mouvements de jeunes se multipliaient toujours dans le cadre des paroisses : Louveteaux, Scouts de France, Jeannettes et guides, Cœurs vaillants et Ames vaillantes, patronages… Ces groupes catholiques de jeunes organisaient des colonies de vacances en Algérie ( Bessombourg, Bugeaud, Herbillon) ou en France ( Garin, Chilly, Venton, Habere- Lullin, Lus la Croix haute…) sous la conduite des abbés Grima ,Pépin, Lauro, Salette, Marchetti…

     De nombreux corps professionnels trouvaient dans l’Eglise des lieux de réflexion et d’action apostolique( JOC, JAC, JEC) ou de véritables institutions de formation comme Le Mouvement familial rural longtemps animé et dirigé par Melle Thérèse Godet.

     Dans le domaine de l’enseignement, l’Eglise avait créé de nombreux collèges et écoles

     Dans les dernières années de l’Algérie Française, Mgr Léon Etienne Duval avait fondé l’Association « Charles de Foucauld » dont le but était « la création, l’entretien, le développement d’écoles, d’établissements d’enseignement libre, d’œuvres d’éducation populaire, de patronage, de colonies de vacances d’œuvres postscolaires de toute nature… »

     L’appel à la générosité des fidèles rapportera à l’association 65.535.000 frs obtenus auprès de 565 donateurs

     Une Eglise intégrée à la communauté française d’Algérie

     Après les lois de séparation de l’Eglise et de l’Etat, les biens de l’Eglise furent confisqués. Le séminaire de Constantine devient une école normale d’instituteurs. Cet épisode n’a pas affaibli l’attachement du clergé pour la mère patrie. J’ai le souvenir très vivant d’un drapeau français dans le chœur de l’Eglise de Guelma… Les guerres de 1914/18 et de 1939/45 lui donnèrent l’occasion de prouver son patriotisme. Les prêtres et les séminaristes du diocèse furent présents sur les fronts de Tunisie, d’Italie, France, d’Allemagne et d’ailleurs; Certains y laisseront la vie

     La forte présence de communautés religieuses démontrait à l’évidence les liens étroits qui se tissaient entre les catholiques et leur église. Prêtres, religieux et religieuses exerçaient leur ministère essentiellement auprès des catholiques à l’exception des Pères Blancs et des Sœurs Blanches dont l’activité était consacrée aux soins et à l’éducation des musulmans du Sahara ou des régions montagneuses de la Kabylie.

     C’est sans doute dans les rapports que le clergé séculier entretenait avec leurs fidèles que la « symbiose » s’est le plus affirmée.

     Au début de la présence française en Algérie, les évêques et les prêtres diocésains venaient de France. Les évêques furent d’ailleurs toujours choisis dans le clergé métropolitain

     La création du Séminaire de Constantine en 1869 vit apparaitre un clergé issu de la communauté chrétienne du département de Constantine. Des prêtres venus de France et de pays européens (Belgique, Malte, Italie) s’associèrent au clergé local pour une expérience pastorale temporaire, la majorité, définitivement. Le séminaire de Constantine accueillait régulièrement des séminaristes français ou étrangers qui furent ordonnés et « incardinés » au diocèse.

     Par leur présence aux milieux des fidèles de leurs paroisses, par leur origine locale pour beaucoup, par le partage de la même culture, des mêmes coutumes, du même accent, du même attachement aux traditions, par leur dévouement exemplaire, les prêtes du clergé diocésain s’étaient faits » pieds-noirs parmi les pieds noirs » Aimés et estimés, ils jouissaient d’une autorité morale et spirituelle qui débordait largement la communauté catholique.

     Aux deux soulèvements de 1945 et de 1958, des prêtres partagèrent par le sang le sort des victimes .[2] On peut comprendre aussi que la plupart de ces prêtres ne se reconnurent pas dans les prises de positions des émeutiers et témoignèrent pas leur martyr leur union au destin de leur communauté.

     Jusqu’aux dernières heures de l’Algérie française, les prêtres diocésains manifestèrent, de façon . exemplaire et parfois par le sang, leur solidarité aux chrétiens d’Algérie dans le drame et dans l’exil.

     Quand l’Algérie fut secouée par les attentats terroristes du FLN, ces prêtres ne se reconnurent pas dans les prises de positions de certains journaux français dont La Croix et Témoignage Chrétien comme le scandale provoqué par les prêtres de la Mission de France, à qui Mgr Léon Etienne Duval avait confié la paroisse de Souk-Ahras et qui furent convaincus de collaboration avec les fellaghas… Le malaise sera encore aggravé par l’attitude pour le moins maladroite de l’archevêque d’Alger qui ne sut pas manifester, sa peine, sa solidarité et sa compassion aux chrétiens dont il était le pasteur au pire moment de leur histoire. C’est sans doute dans ces circonstances que la solidarité du clergé avec la communauté catholique du diocèse de Constantine se manifesta dans un engagement sans équivoque.

     Après avoir partagé le pain quotidien de leurs joies et de leurs peines, les prêtres du diocèse de Constantine ont fini par partager le déchirement de l’exil de leurs paroissiens. Les mêmes bateaux les ont emportés vers une France qui les a accueillis sans chaleur. A l’un de ces prêtres qui lui demandait de l’accueillir, un évêque du sud de la France eut cette réponse humiliante : « Je veux bien vous affecter dans une paroisse mais je ne pourrai jamais vous nommer curé, les paroissiens ne l’accepteraient pas »

     Jusque dans l’indifférence, voire l’hostilité de certains de leurs confrères, les prêtres du diocèse de Constantine ont partagé jusqu’au bout le sort du peuple que Dieu leur avait confié. Déracinés, beaucoup sont demeurés rattachés à leur diocèse en conservant leur incardination d’origine. D’autres, plus jeunes, se sont « reconvertis » dans l’aumônerie militaire, la plupart se dispersèrent aux quatre coins de France, quelques uns enfin quittèrent les ordres.

     Certains prêtres âgés terminèrent leur vie dans une douloureuse solitude.

     Quelques prêtres demeurèrent dans leur diocèse, la plupart pour quelques années seulement, un seul l’abbé Payan, jusqu’aux derniers jours de sa vie.

     L’Eglise du diocèse de Constantine et d’Hippone avait vécu un siècle et demi.

     La présence d’un évêque et d’une poignée de prêtres sur une terre qui ne comptait plus de chrétiens n’empêcha pas la sécularisation des églises et la nationalisation des écoles et des biens de l’Eglise. La plupart des Eglises furent transformées en mosquées, d’autres furent rasées ou affectées à des usages profanes. L’Eglise de Saint Augustin disparaissait une nouvelle fois dans les sables de l’Histoire mais l’Histoire ne retiendra sans doute pas l’extraordinaire vitalité d’une Eglise qui s’identifia au peuple dont elle avait la charge et contribua de façon décisive à son unité

     Témoignage d’affection et de gratitude

     L’Eglise catholique manifeste habituellement une particulière affection à l’égard de ses communautés persécutées. L’Eglise d’Algérie a subi la persécution de l’indifférence et de l’injustice.

     L’Histoire ne retiendra paradoxalement de la présence chrétienne en Algérie pendant 150 ans que le souvenir de Mgr Duval, archevêque et cardinal d’un diocèse sans prêtres et sans chrétiens. Elle oubliera cent cinquante ans de vie spirituelle, apostolique, caritative, sociale. Elle oubliera l’œuvre exemplaire éducative et civilisatrice de ces prêtres, religieux et religieuses, toutes origines confondues qui, dans les séminaires, les collèges, les hôpitaux, les dispensaires, les paroisses donnèrent le meilleur d’eux mêmes, de leur culture et de leur foi.

     Je mesure l’indigence de cette évocation, son caractère incomplet, ses inexactitudes peut-être, ses insuffisances sans doute. J’ai conscience du caractère tardif de ce témoignage alors que la plupart des prêtres, religieux et religieuses que nous avons connus sont morts et ne sauront pas le rôle essentiel qu’ils ont joué dans nos vies et combien nous les avons aimés. Mais plus encore et par-dessus tout, j’ai répondu à un besoin irrépressible de rendre témoignage à une Eglise oubliée, calomniée, abandonnée qui a nourri des générations de sa culture, de sa foi et de son ardente charité et à qui, une fois, une fois au moins, un témoigne de gratitude aura été rendu.
Guy Bezzina
     



M. René Mayer
Envoyé par M. N. Duchene

II ne suffit pas de changer d'administration
pour résoudre les problèmes algériens
C'est à Paris que se décide
le sort de la FRANCE en AFRIQUE
        
        LE Comité exécutif du Parti radical et radical-socialiste a siégé cet après-midi sous la présidence de M. Martinaud-Deplat. Il a entendu le rapport de politique générale présenté par M. Genton, dépoté du Cher, puis les Interventions de MM. Maury, des Jeunesses radicales, Coppens, délégué du Nord, et Zeittel, délégué d'Algérie.

        Mais il a été surtout marqué par les discours prononcés par MM. René Meyer et Pierre Mendés France,

Intervention de M. René Mayer

        M. René Mayer a déclaré qu'il ne fallait pas laisser s'installer en Algérie une sécession entre les éléments musulmans et européens. Or, il estime qu'un climat d'insécurité ferait peser sur nos amis musulmans, sur ceux qui se sentent pleinement français, une menace qui les obligeraient, bon gré anal gré, à se détacher de nous.

        " Les délégués à l'Assemblée algérienne sont pour le développement de nos institutions, mais lis veulent se sentir défendus et avoir la certitude qu'à aucun moment il ne sera cherché de négociations avec les extrémistes. "
        Et l'orateur rappelle que lui-même et le sénateur Borgeaud ont voté le statut de l'Algérie, tandis que beaucoup de ceux qui se disent pour des réformes aujourd'hui ne l'avaient pas voté.

        " Mais, dit-il, il faut que les efforts soient utiles. Il ne suffit pas de changer d'administration. Le vrai problème, c'est que la population augmente plus vite que les ressources. Le vrai problème dès lors est celui des dépenses d'investissement.
        " Si vous voulez garder l'Algérie, il faut consentir des sacrifices financiers.
        " Il faut, dit-il, en second lieu que ces réformes ne soient pas dangereuses. "


        Et l'orateur insiste sur le problème des populations qui vivent isolées dans le bled. " C'est, dit-il, le problème des communes mixtes. "
        M. René Mayer fait ensuite allusion, avant de terminer, à la nomination de M. Jacques Soustelle, et il demande si on a voulu compenser des défaillances possibles dans, les rangs radicaux par le concours d'autres partis.
        " Ce n'est ni à Rabat, dit-iI, ni à Alger, ni à Tunis que se décidera le sort de la France en Afrique, mais à Paris. "

M. Pierre Mendès-France

        M. Pierre Mendès-France, qui lui succède à la tribune rappelle le Congrès de Marseille et l'accord qu'il avait manifesté entre le Gouvernement et, les radicaux. Cet accord s'est toujours manifesté sur les grandes directions à suivre. Une autre loi que s'est imposé le chef du Gouvernement : c'est de dire la vérité.

        Le Président du Conseil, évoquant les questions traitées par M. Genton dans son rapport de politique générale, a annoncé que le projet de loi rétablissant le scrutin d'arrondissement allait être déposé dans les Jours qui viennent. Il a ajouté qu'il n'était pas question d'anticiper sur la date des élections, mais a fait remarquer que celles-ci se situaient maintenant à échéance normale de quinze mois.

Les problèmes nord-africains

        Il s'est étendu plus longuement sur l'Afrique du Nord.

        " L'Algérie, a-t-il dit, est la chair de la France, Le Gouvernement n'a pas cessé d'y penser et d'agir ", Il rappelle que le Gouvernement, à l'annonce des troubles, à la Toussaint a eu une réaction immédiate et mis aussitôt à la disposition des services d'ordre des moyens extrêmement puissants.

        Il remarque que depuis le 1er novembre, sauf des membres du service d'ordre, auquel il a rendu hommage, aucun Français n'ait été tué dans des attentats. Ce qui ne signifie pas qu'il ne faille point rétablir et renforcer la sécurité.

        Parlant de la nomination de M. Jacques Soustelle, il à déclaré :
        "On s'est étonné que nous ayons sollicité un homme qui appartient à un autre parti. Qu'est-ce que cela peut faire, s'il peut bien servir le pays ? ".

        Il expose que l'on a pensé à un haut fonctionnaire. Mais il apparut qu'il fallait tenter l'expérience d'un homme politique et d'un homme ayant le caractère de la décision et de l'autorité. Le passé prouve que chaque fois que l'on a envoyé des hommes politiques dans les territoires d'outre-mer, l'expérience a réussi."

La Dépêche de Constantine, le 27 janvier 1955



La Maison Exilée
ECHO D'ORANIE - N°280

         J'ai laissé ma maison dans une plaine brûlante
          Alors qu'un vent à l'augure mauvais répandait sa colère.
          Pétrifiée d'impuissance, je n'ai rien pu pour elle,
          Prisonnière et bien enracinée.
          De derrière ses yeux clos, je l'entendais hurler sa déchirure:
          Elle était comme une bête quand la mort veut la prendre.
          Seul, pour la consoler, un vieux rosier griffu
          L'étreignait tendrement, déposant sans compter,
          Sur ses flancs, des baisers écarlates.
          Malgré tout, dans un grand désarroi,
          Elle a senti longtemps vibrer l'âme des siens en chacun de ses murs...
         

        D'autres gens sont venus qu'elle ne connaissait pas; Et sous son propre toit elle a vécu l'exil
          Au cœur des sons, des gestes, des joies et des deuils.
          Quelques fois, je vais à sa rencontre dans des rêves insondables
          S'éclipsant au matin, et je vois que près d'elle,
          Le grand figuier d'antan qui soulevait d'orgueil le sol de la cour,
          Etale encore partout une belle ombre bleue émaillée de lumière,
          Et que des cruches d'argile posées, comme naguère,
          Sur le bord des fenêtres, transpirent leur fraîcheur.
          Maintenant elle est lasse,
          Le temps a fait son oeuvre et ses murs sont rongés
          Mais puisque tout finit inexorablement,
          Un jour elle périra avec tous ses secrets,
          Là-bas dans une plaine brûlante où mon coeur s'est brisé.

Monique PRADON -GEORGES
Lauréate de la Société des Poètes et Artistes de France



PHOTOS de BÔNE
Envoyée par Mme Elisabeth Matre
Palais Calvin et boutique Raymond
Photo Mme E. Matre Photo Mme E. Matre


Pontéba : " Quarante-huitards ".
Envoyé par M. Christian Graille

                  1848… La toute jeune République regarde vers l'Algérie et tente l'expérience restée connue sous le nom de " colonisation ouvrière de 1848 ".
                  Par l'arrêté du 19 septembre 1848, le gouvernement offre aux ouvriers parisiens la possibilité de partir pour l'Algérie où on leur donnera des terres.
                  Intéressés par cette offre, les Naudin, une famille parisienne, s'embarquent le 9 novembre pour le village prometteur de Pontéba, près d'Orléansville.
                  Dès le 23 septembre 1848, un avis public indiquait que les citoyens de toutes professions qui désiraient faire partie des 12.000 colons qui doivent être installés dans les colonies agricoles en 1848 sont invités à se faire inscrire dans leurs mairies respectives où les listes seront ouvertes en conséquence.

                  C'est la ruée : le 8 octobre, 36.000 volontaires déjà inscrits ; fin octobre plus de 100.000 personnes se sont portées volontaires et une commission doit statuer sur chaque candidat, au vu des papiers et certificats établissant sa position.
                  L'Algérie représente pour ces ouvriers souvent sans emploi, le pays de cocagne, la promesse d'un avenir prospère et radieux. Se voir octroyer :
                  - une parcelle de terrain de 2 à 10 hectares,
                  - une maison,
                  - des outils,
                  - des semences,
                  - des bestiaux,
                  - recevoir des rations de vivres jusqu'à ce que les cultures produisent,

                  Voilà une bien belle affaire ! Le plus curieux c'est que bon nombre de traditions familiales en feront plus tard des déportés politiques, alors que seule la misère et l'aspiration à une vie meilleure les poussèrent à partir.
                  C'est ainsi que Louis-André Naudin, ancien journalier à Corbeil, employé chez un grossiste en vins à Paris, s'inscrit avec sa femme, sa fille et ses trois fils.
                  Un beau matin un garde national en tenue se présente à son domicile porteur du carton annonçant que sa candidature est acceptée.
                  Le départ est prévu dans les prochains jours et personne n'a oublié " le guide de nouveaux colons en Algérie " que l'Administration a fait distribuer.
                  Les premiers colons quittent le quai de Bercy le 8 octobre 1848, en présence du général La Moricière, ministre de la guerre, et avec la bénédiction des autorités religieuses. Direction Saint-Cloud un petit village à créer dans l'Oranie.
                  Un voyage de trois semaines effectué :
                  - en chaland jusqu'à Chalon-sur-Saône,
                  - en bateau à vapeur jusqu'à Arles,
                  - En chemin de fer jusqu'à Marseille.
                  - Puis après une traversée de quatre jours, les côtes de l'Afrique du Nord se précisent.
                  Les Naudin sont du 9e convoi, à destination :
                  - de Montenotte,
                  - de la Ferme et
                  - de Pontéba, trois villages de la plaine du Chélif.

                  Le départ est fixé au 9 novembre.
                  C'est dans la joie que les familles embarquent sur les chalands (sur lesquels flottent les drapeaux des trois colonies à créer), encadrés par des policiers chargés du pointage et du maintien de l'ordre.
                  Le convoi part et bientôt les tours de Notre Dame s'estompent dans le lointain…
                  Trois semaines plus tard se dresse la silhouette massive du cap Ténès : voici l'Algérie ! Le nouvel eldorado !

                  Mais l'accueil des colons à Ténès n'est pas ce qu'ils prévoyaient ; non que la réception soit sans chaleur, bien au contraire, mais il leur est brossé un tel tableau de Pontéba et de la Ferme que tous veulent s'installer à Montenotte !
                  Les militaires, chargés d'organiser la création de ces colonies ne l'entendent cependant pas ainsi et la répartition par village s'opère.
                  En convoi, les colons partent pour leur lieu de destination. Mais comme la route de Ténès à Orléansville est en fort mauvais état, les carrioles de l'armée ne peuvent pas rouler trop chargées si bien qu'une bonne partie de leurs bagages doivent provisoirement rester à Ténès !
                  Une fois passée les gorges de l'oued Allala, les Parisiens arrivent à Montenotte où ils sont accueillis par le capitaine Lapasset.
                  Le gros du convoi continue son chemin à travers le massif de la Dahra.
                  Au soir de cette première journée assez éprouvante, les colons s'arrêtent à l'auberge du lieu-dit " les trois palmiers " où les femmes et les enfants peuvent coucher sur des paillasses, les hommes devant dormir sous des tentes de l'armée

                  Ils arrivent à Pontéba.
                  Au réveil il pleut et les quelques kilomètres qui restent à parcourir pour atteindre Orléansville sont péniblement accomplis.
                  Heureusement les habitants de la cité viennent offrir gîte et couvert aux Parisiens ce qui les réconforte.
                  Les colons se séparent selon leur destination et le 6 décembre 1848 enfin les Naudin arrivent à Pontéba situé à 6 kilomètres d'Orléansville.
                  Trois grandes baraques de 80 mètres de long sur 6 de large, construites par le génie militaire, une route défoncée, une rivière boueuse, le Chélif, pas un arbre, des collines nues, seuls quelques champs cultivés par les militaires.
                  Le mythe de l'Eldorado, déjà passablement éprouvé, s'écroule totalement et les beaux discours du départ ont maintenant un goût amer.

                  Réveil au tambour.
                  Le capitaine Michel Besse, du 16e de ligne, un vieux routier de l'Afrique est chargé de les encadrer. Dans un discours ferme, il leur applique sa méthode de travail :
                  - réveil au tambour, à cinq heures du matin (l'été à 3 heures !),
                  - départ en escouades aux champs pour le travail obligatoire.
                  - Récalcitrants et paresseux sont prévenus que leur mauvaise volonté les privera de nourriture.
                  Un ton :
                  - dur,
                  - brutal
                  - mais efficace.

                  Dès la fin de janvier 1849, le capitaine Besse peut noter dans son rapport : " Je n'ai qu'à me louer actuellement des bons procédés des colons.
                  Dans le commencement ils semblaient ne pas vouloir se soumettre au commandement du chef.
                  Quelques remontrances ont suffi pour les ramener à de meilleurs sentiments. Je pense, qu'animés du vrai désir de bien faire les colons de Pontéba pourront être signalés comme étant soumis et s'être occupés de la prospérité de la colonie. "

                  Une exception ce ton autoritaire ? Il semble bien au contraire être largement répandu. L'Administration demandait à de vieux briscards sortis du rang ou à de jeunes lieutenants d'encadrer des civils venus :
                  - défricher,
                  - cultiver et
                  - fonder des villages.
                  Une mission pour laquelle ces officiers n'étaient nullement préparés et qu'ils n'appréciaient pas toujours.
                  Le mépris des militaires pour ces civils, considérés à tort comme des " agités des barricades " n'arrangeait rien à l'affaire.
                  Il y aura certes des philanthropes :
                  - Lapasset adulé par les colons de
                  - Montenotte, de Malglaive qui engagera sa fortune personnelle pour sauver le centre de Marengo.
                  Il y aura également des profiteurs tels le lieutenant du village d'El Affroun qui n'hésitera pas à s'arroger un droit de cuissage sur les femmes des colons

                  A chacun sa méthode.
                  Entre les deux extrêmes, beaucoup d'officiers furent soucieux de remplir leur mission du mieux possible, malgré leur méconnaissance du travail de la terre et les faibles moyens alloués par une administration tatillonne. A chacun sa méthode : le capitaine Besse entend se faire respecter. Il s'occupe tout d'abord de :
                  - dresser l'état des lieux,
                  - répartir les lots,
                  - loger les familles.
                  Pontéba compte alors 321 habitants dont 78 concessionnaires se partageant 121 parcelles réparties en deux zones.
                  Mais comme le lotissement n'est pas fait (on ignore encore la superficie de Pontéba) les lots de la 2e zone n'ont pu être attribués.
                  Les quelques colons venus comme ouvriers d'art (maçons etc.) réclament et reçoivent un petit lopin.
                  Une baraque est réservée aux célibataires, les familles se partageant les deux autres. C'est alors que le capitaine Lapasset qui doit, mois par mois, envoyer un rapport sur la situation de la colonie à l'Administration (ces rapports deviendront trimestriels à partir de 1850) commence à prendre des notes en soulignant les points suivants :
                  1 - Situation morale de la colonie, disposition d'esprit des colons, habitudes, règles de conduite.
                  2 - Bien-être matériel des colons, nourriture, vêtements, appropriation intérieure des habitations,
                  3 - État d'avancement des constructions tant publiques que privées, des routes, des chemins,
                  4 - Superficie du territoire de la colonie,
                  5 - État des diverses cultures,
                  6 - Nombre et espèce de bétail possédé par les colons, nombre de charrues,
                  7 - État sanitaire de la colonie,
                  8 - Nombre de décès et de naissances pendant le mois (tenue du registre d'état civil)
                  9 - Effectif de la population au dernier jour du mois.

                  De plus des officiers du génie militaire et des inspecteurs se rendent, de temps en temps, dans les différentes colonies agricoles (42 pour toute l'Algérie).
                  Tous ces rapports étant conservés, on peut suivre, pas à pas, l'évolution des centres. A Pontéba tout le monde se met au travail au son du tambour.

                  Il faut s'occuper des parties communes : aménagement de la route allant à Orléansville et, construction de l'enceinte du village.
                  Dès février la route est finie, l'enceinte achevée sur deux de ses côtés (le génie militaire ayant au préalable tracé au cordeau le plan en damier du village).
                  Une 4e baraque destinée aux employés (en particulier ceux des entreprises de construction), à l'infirmerie et aux magasins est construite.
                  On bâtit des hangars pour remiser le matériel et abriter les chevaux. Les terres communes sont ensemencées :
                  - 260 quintaux de blé et
                  - 95 quintaux d'orge leur avaient été distribués,
                  - 2.200 arbres peupliers, mûriers, noyers, figuiers et
                  - 2.000 pieds de vigne sont mis en terre dès le premier mois !
                  On a distribué des grains en quantité suffisante pour subvenir plus tard à l'alimentation des colons ; ces grains sont en bonne voie de prospérité ; tout porte à croire que dans peu de temps les colons pourront recevoir les premiers fruits de notre labeur, note le capitaine Besse.
                  De plus les jardins (de 15 à 20 ares), situés en bordure du Chélif (premiers terrains sortis de l'indivision) sont distribués et déjà cultivés.

                  Riz et haricots : vin et pain de troupe.
                  Le capitaine-directeur se loue du moral des colons animés du désir de bien faire, mis à part quelques célibataires grincheux ramenés manu militari à de meilleurs sentiments.
                  Il semble, du reste, que les colons de Pontéba aient été des gens paisibles car cet officier et ses successeurs ne se plaindront jamais du mauvais vouloir de leurs administrés, bien au contraire.
                  Ils ne formuleront aucune demande de punition et ne feront état d'aucun délit répréhensible durant les quatre années d'encadrement militaire de la colonie (on est loin de la légende des " agités " et des " déportés ".)
                  - Si les plantations poussent,
                  - si les récoltes s'annoncent prometteuses

                  Le capitaine Besse remarque, en revanche, que le " bien-être matériel des colons est passable, qu'ils ont besoin de gagner quelque argent pour améliorer leur position. "
                  Les travaux collectifs étaient rémunérés.
                  Il note aussi un certain nombre de lacunes, en particulier à propos de l'alimentation :
                  - " La nourriture n'est pas assez abondante,
                  - le pain pourrait être meilleur, s'il était manipulé par un boulanger (…).,
                  - le vin est généralement mauvais (…),
                  - les légumes ne sont jamais variés,
                  - les colons se fatiguent de manger toujours du riz,
                  - la viande est bonne, mais pas assez abondante (…)
                  Mais l'administration ne réagit pas et les mois suivants le capitaine se plaint toujours de l'aigreur du vin (et de la mauvaise grâce que montre l'intendance militaire à le reconnaître !), du pain de troupe qui pourrait être meilleur, des légumes qui se divisent en riz et haricots.
                  Les haricots ne cuisent pas, ce qui fait que dans les familles on reste pendant les quatre jours que dure la distribution, sans légumes.
                  Heureusement la production des jardins améliore l'ordinaire et le salaire des travaux collectifs permet aux colons d'acheter aux marchands ambulants quelques boissons, d'ailleurs mauvaises !

                  Le foin jaunit.
                  Quant au confort matériel, il s'améliore. L'intérieur est bien tenu, chaque famille a reçu de cinq à six caisses à biscuits qui ont servi à faire :
                  - des lits,
                  - des étagères ou
                  - des bancs.
                  Les familles les plus nombreuses ont demandé des planches au génie, moyennant remboursement.
                  Quoi qu'il en soit, tout le monde a son lit.
                  Un vaguemestre assure la distribution du courrier deux fois par semaine ; il ne ménage pas sa peine sur les routes défoncées entre :
                  - Orléansville,
                  - la Ferme et
                  - Pontéba.

                  Les enfants vont déjà à l'école où un vieil instituteur leur fait la classe. Il semble cependant que les gamins soient plus doués pour l'école buissonnière, ce qui rend furieux l'officier-directeur.
                  A ses yeux un seul moyen pour les forcer à suivre les cours : La privation de nourriture !

                  Cependant une légère vague de chaleur se fait sentir fin janvier, début février 1849, le capitaine Besse fait part de ses angoisses. " La récolte, de magnifique qu'elle était, devient désespérante, surtout si la chaleur dure encore quinze jours ", écrit-il dans son rapport fin février 1849.
                  " L'orge et le blé souffre beaucoup, le foin qui promettait du succès jaunit déjà (…) les graines qui sont semées dans les jardins ne peuvent traverser la croûte de terres sèche, les pois et les fèves seulement prospèrent. "
                  La construction se poursuit : le fossé d'enceinte est terminé en avril, une voie reliant le village à la route de Miliana est entreprise. Des maisons se construisent :
                  - celle du directeur de la colonie,
                  - la forge, la boulangerie, et
                  - cinq maisons doubles et
                  - six maisons simples, en juin,
                  - la maison de secours et
                  - le presbytère.

                  48° centigrades !
                  En revanche la situation sanitaire des colons jusque-là satisfaisante commence à se dégrader, aggravée par les grosses chaleurs.
                  Le médecin affecté à la colonie constate dans l'ensemble que " les premières chaleurs et surtout le vent du désert qui a soufflé pendant huit jours et nous a donné à l'ombre 48° degré centigrade au mois de juin ont apporté dans la santé générale quelques modifications qui, heureusement n'ont rien d'inquiétant. "
                  Il s'agit essentiellement :
                  - d'embarras gastriques, d'une lassitude générale due à la chaleur,
                  - de quelques ophtalmies et conjonctivites douloureuses,
                  - de coliques et de diarrhées dues en particulier à la mauvaise habitude de trop boire et au manque d'hygiène alimentaire (les coutumes parisiennes devront être corrigées sous le soleil d'Afrique : régime sévère et port d'une ceinture de flanelle pour ne pas prendre froid), de quelques accès de fièvre.

                  Deux morts et un noyé.
                  En outre quelques colons commencent à se décourager et songent à partir.
                  - Deux petits enfants sont morts, emportés à l'apparition du sirocco.
                  - Nous avons de plus un triste accident ; un colon est allé se baigner après son repas s'est noyé.
                  - Enfin le 29 juin une jeune dame enceinte de deux mois et demi a eu un avortement suivi d'une perte utérine extrêmement grave qui n'a cédé qu'aux dernières ressources de l'art.
                  Cette dame, le lendemain lorsque son état a pu le permettre a été envoyé à l'hôpital :
                  - forceps,
                  - sondes,
                  - seringues
                  - et l'infirmerie reste toujours installée dans une baraque dont les planches sont mal jointes et insalubres.

                  Elles ne défendent pas de l'action du vent et sont sous l'action du soleil de véritables fournaises. Le jour excessivement chaud, elles laissent passer l'humidité et la fraîcheur des nuits.
                  De plus les habitations sont remplies d'insectes qui tourmentent les habitants, les privant de sommeil.
                  Dans ces conditions les malades graves sont évacués sur l'hôpital militaire d'Orléansville au moyen d'une carriole de l'armée.
                  Aussi le médecin réclame-t-il une voiture-maison pour le transport des blessés et des malades. Il souhaite la formation :
                  - de garde-malades,
                  - de secouristes,
                  - de sages-femmes parmi les dames de la colonie afin que l'entraide soit plus efficace.

                  Des mois passeront avant qu'il soit entendu.
                  Le capitaine Besse note en juillet 1849 que :
                  - pour vingt familles la réussite est malgré tout à peu près assurée,
                  - pour quarante-trois elle est possible,
                  - pour vingt elle est difficile.

                  Il mentionne également cinq récalcitrants notoires mais personne de physiquement incapable, d'évincé ou parti volontairement.
                  La terrible vague de chaleur de l'été va précipiter les choses : il ne reste plus que 248 habitants à Pontéba en septembre 1849 !
                  La chaleur a été accablante, les cultures :
                  - fourrages,
                  - céréales,
                  - tabac ont grillé sur pied,
                  - l'eau a manqué (il n'y a qu'un puits profond de seize mètres pour toute la population).

                  On compte des décès et des départs.
                  L'échec est général dans toutes les colonies agricoles : outre la sécheresse, le manque de savoir-faire de ces Parisiens qui n'ont pour la plupart jamais travaillé la terre auparavant se fait sentir.
                  En outre l'Administration refuse d'envoyer des moniteurs de culture.
                  A Pontéba, parmi les familles qui réunissent : les Naudin.
                  André Naudin ayant été longtemps cultivateur, prodigue des conseils et fait de son jardin et de sa parcelle de 7 ha l'une des moins désolées.
                  Néanmoins, tous les espoirs de récolte se reportent maintenant sur l'année suivante.

                  Fin décembre 1849, le capitaine Besse note que " les colons se livrent aux rudes travaux avec le zèle possible (…). La majeure partie d'entre eux sont animés du désir de prospérer ".
                  Il ajoute que la rude année qu'ils viennent de passer leur a servi de leçon.
                  Les travaux en commun sont détestés, il ne serait plus possible d'employer ce mode sans s'exposer à de nouvelles réclamations.
                  En outre le réveil au tambour et surtout la privation de rations alimentaires sont bien moins tolérés qu'avant.
                  Il estime que chaque famille pourra en 1850 récolter 58 à 60 quintaux de grains et il demande au génie militaire de construire des norias (système de godets sur chaînes pour puiser l'eau).
                  D'autre part, il distribue aux colons qui demeurent un " du laboureur algérien" édité par l'administration, ou mois par mois sont donnés des conseils élémentaires en matière d'agriculture ou d'hygiène de vie, en même temps que sont cités des cas exemplaires de colons venus sans rien, et maintenant prospères.

                  Les norias de Marengo.
                  Les colons de Pontéba louent volontiers leurs bras pour des travaux collectifs rémunérés, notamment pour la construction des routes ou le creusement des fossés délimitant les parcelles.
                  Un différend va les opposer un moment au génie militaire qui trouve excessives les sommes réclamées par le géomètre du village et le capitaine Besse. Cette affaire sera réglée à l'amiable.
                  Grâce au petit pécule ainsi gagné, les colons peuvent s'acheter des produits de première nécessité : vêtements et complément de nourriture.

                  Coup sur coup tombent deux mauvaises nouvelles.
                  L'Administration refuse tout d'abord de financer les norias sous prétexte que les colons de Marengo, Novi et autres centres ont creusé leurs puits individuels ; Or dans ces villages il suffit de creuser un sol de tuf solide pour trouver de l'eau à une profondeur de 5 m alors qu'à Pontéba l'eau se trouve à 16 m de profondeur dans un sol alluvial s'écroulant sans arrêt ; les puits nécessitent donc un coffrage.
                  On ne peut construire qu'un lavoir ; faute d'abreuvoir les bêtes doivent aller boire au Chélif.
                  Ensuite la sécheresse sévit de nouveau : " Si les colons ont réussi à ensemencer une moyenne de 5 ha chacun et si, tout leur présageait un meilleur avenir après la récolte (…) malheureusement la sécheresse qui se prépare encore cette année leur enlève tout espoir.
                  Leur moral s'affecte sensiblement de voir ainsi deux années perdues écrit le capitaine Besse à la fin du mois de mars 1850.
                  L'année 1850 sera épouvantable :
                  - le blé sèche sur pied,
                  - les départs se succèdent,
                  - la malaria fait des ravages (la mortalité infantile est particulièrement élevée).

                  Des volontaires venus de France viennent déjà remplacer les premiers colons découragés.
                  Parmi eux, la famille Noël, originaire d'un petit village de Normandie à qui l'administration a accordé " un secours de route " pour qu'ils puissent rejoindre Pontéba.
                  En attendant la construction de l'église, l'infirmerie sert de chapelle, le curé d'Orléansville se déplaçant pour dire la messe.
                  Faute de crédits l'intendant a refusé de donner une ambulance complète, les soins sont donnés à domicile, les malades graves étant toujours évacués sur Orléansville dans des conditions pénibles.
                  Commerces et artisanat se développent ; on compte :
                  - des débitants de boissons,
                  - un épicier,
                  - un cordonnier,
                  - un fleuriste,
                  - un tuilier.
                  Les jardins potagers produisent mais le problème de l'eau n'est toujours pas résolu et le capitaine Besse, soulevant la question des norias, évoque un projet de barrage et avertit l'administration : " Si on recule devant ce travail, je crains que l'on soit obligé d'abandonner la colonie ! "

                  Ils utilisent la charrue à " la Dombasle ".
                  Les colons les plus solides résistent ; des moniteurs enseignent les soins à donner aux bovins, apprennent aux Parisiens à cultiver de façon plus rationnelle.
                  Les pluies des mois d'octobre et de novembre réconfortèrent les colons, il ne reste plus à Pontéba que 188 habitants et 68 concessionnaires parmi lesquels un tiers de nouveaux venus.
                  Le capitaine Besse est remplacé, quatre officiers se succèderont en deux ans à la tête du village.
                  1851 est une année moins mauvaise quoique la situation demeure toujours bien précaire.
                  Les colons savent maintenant se servir de la charrue " à la Dombasle " (charrue avec versoir mais sans roues, peu coûteuse, légère, robuste, bien conçue, nécessitant une faible force de traction, inventée par Mathieu de Dombasle, agronome) et de charrues plus légères.
                  Le matériel agricole se complète. L'emploi du joug d'encolure pour les bœufs permet des labours plus importants.
                  En avril le génie militaire a achevé l'église (une maison double transformée), l'abbé Berthot vient s'installer au village, ce qui produira un effet immense sur toute la colonie.
                  Les constructions s'améliorent, le génie a reçu l'ordre de mettre à la disposition de chaque colon la chaux et les tuiles pour réparer les toitures, point faible de toutes les maisons, bien souvent construites par des entrepreneurs peu scrupuleux.
                  En revanche la route d'Orléansville , défoncée, est impraticable par gros temps et doit être réparée.
                  Le docteur Dours visite toujours les malades à domicile ; il n'y a toujours pas d'ambulance.
                  - Quelques marchands de vin,
                  - un épicier et
                  - un boucher
                  vivotent mais le manque d'argent empêche les industries de se former parmi une population qui n'a aucune ressource pécuniaire.
                  Le problème de l'eau reste entier.
                  En outre une invasion de sauterelles détruit de nombreuses cultures.

                  Des relations pacifiques.
                  Maintenant que le village est plus solidement implanté, les Arabes y viennent volontiers, et l'officier-directeur peut noter " qu'ils sont bien traités par les colons ; quelques-uns les emploient et leur accordent une confiance illimitée et peu de plaintes parviennent à l'autorité " (mars 1851).
                  Cependant au printemps les Indigènes pillent nos récoltes ; ils coupent les blés, lorsqu'ils ne trouvent pas de gerbes toutes faites que le propriétaire n'a pas enlevées dans la journée.
                  Malgré les patrouilles et les gardes particulières, il est impossible d'empêcher ces Arabes de se livrer à cette industrie qui les fait vivre aux dépends des cultivateurs "
(juillet 1851).
                  Malgré ces péripéties " les relations avec les Arabes sont toujours pacifiques. Ces derniers nous vendent quelques fruits, de la volaille et du bois " (octobre 1851).

                  La récolte est bonne.
                  Enfin l'administration accepte de financer les puits à norias. En octobre 1851, la construction de deux norias qui serviront à l'arrosage des jardins est entreprise.
                  La récolte de fourrage de 1852 est correcte et permet aux colons de rembourser des dettes qu'ils n'avaient cessé de contracter depuis trois ans.
                  L'école des filles et surtout celle des garçons restent toujours aussi peu fréquentées ! En revanche les maisons sont réparées ou finies.
                  L'esprit de prévoyance s'introduit peu à peu dans les ménages, ainsi de nombreuses basses-cours seront bien peuplées, les volailles et les chèvres y abondent, quelques vaches et quantité de cochons qu'on engraisse pour mettre dans le saloir.
                  Presque tous font leur pain eux-mêmes et avant les labours quinze voitures sont allées à Miliana faire moudre le grain (il n'y a pas de moulin au village, les colons sont obligés de faire une centaine de kilomètres jusqu'à la minoterie la plus proche !).
                  Les habitations sont bien entretenues par la majorité des colons, presque tous y ont ajouté des écuries en maçonnerie, des hangars aux étables, de sorte qu'aujourd'hui ils sont à peu près installés quant à leurs ressources et à l'exploitation de leurs concessions (décembre 1851).

                  Toujours pas de moulin.
                  En 1852, on peut affirmer que le village est sauvé, même si les conditions de vie demeurent encore très dures.
                  Les dettes remboursées, il ne reste que peu d'argent aux colons (seules vingt et une familles ne sont plus redevables à l'État.)
                  Il n'y a toujours pas de moulin au village, il faut encore aller à Miliana pour le moulage. Et encore là-bas fait-on attendre au moins quatre jours et quelquefois même le peu de bonne volonté des meuniers oblige les colons à revenir sans farine. Un troisième puits à noria est construit, Pontéba ne demanderait plus à l'État qu'une seule chose, celle de lui venir en aide pour la construction au centre du village d'un bassin qui servirait de lavoir, le tout alimenté par une noria placée au puits qui existe actuellement (septembre 1852).
                  Sur les 1.000 hectares fixés à l'origine comme devant être mis en valeur :
                  - 958 sont effectivement travaillés, plantés de vignes et d'arbres,
                  - 268 ha sont plantés de blé dur,
                  - 134, d'orge,
                  - 235 en fourrage.
                  Le cheptel se multiplie.
                  Le village compte une cinquantaine de maisons.

                  Fin 1852, l'armée se retire confiant l'administration du village à l'autorité civile.
                  Le premier maire, Pierre Paulet, un " quarante-huitard " tenace qui a réussi, représente Pontéba au conseil municipal d'Orléansville présidé par Ferdinand Duboc, le commissaire civil.
                  L'une des premières tâches de l'Administration civile sera de dresser, le 6 février 1853, l'état nominatif des colons ayant droit à titre de propriété.

                  André Naudin avec ses dix hectares de terre (il en a acheté 3 supplémentaires à un colon découragé) fait partie des prétendants sérieux ; il est vrai que ses fils participent à l'entreprise familiale ; la fille aînée s'est mariée à Orléansville avec un débitant de vin.
                  En revanche les quatre frères Noël eux aussi cultivateurs de profession avant de venir en Algérie, peinent beaucoup plus ; ils ont plus de bouches à nourrir, et leur terre donne peu.
                  - Ils ne réussiront pas,
                  - revendront leurs petites parcelles et
                  - trouveront à s'employer dans des fermes plus prospères aux alentours d'Orléansville.

                  1855, Ferdinand Duboc accorde à André Naudin un petit lot de terre pour compléter une parcelle déjà plantée en vigne sur les coteaux de Pontéba que le rude cultivateur arrose au bidon, pied par pied.
                  Deux ans plus tard tout est planté.
                  Vers 1860, sur la partie du lot formant plaine, le colon creusera un puits et construira une grande maison.
                  A son petit-fils, il demandera de mettre une bouteille de vin entre les pierres des fondations pour "porter chance ".
                  - La régularisation des titres de propriétés s'effectuera lentement,
                  - l'arrêté de concession est délivrée aux différents colons de Pontéba en 1857 , les titres de concession sont établis en février 1858,
                  - la régularisation des titres définitifs n'aura lieu qu'en juillet 1866,
                  Une fois que l'Administration aura vérifié que les terrains étaient effectivement :
                  - défrichés,
                  - plantés et
                  - clôturés comme s'engageaient à le faire les colons.

                  Entre-temps le village s'était encore agrandit.
                  Le génie militaire envisageait très sérieusement la construction d'un barrage sur le Chélif, près de Pontéba, ouvrage terminé en 1871.

                  17 coups de couteau.
                  La vie continuait. L'un des frères Noël décédait à l'hôpital militaire d'Orléansville d'une cirrhose du foie et de delirium tremens.
                  - Désespéré,
                  - ruiné, il s'était réfugié dans le vin.

                  André Naudin, quant à lui apprenait la naissance d'un autre petit-fils en novembre 1867.
                  Deux jours plus tard, le garde champêtre le trouvait allongé dans son champ, le corps lacéré de 17 coups de couteau.
                  Son chien blessé gisant à ses pieds, et hurlant à la mort. La tradition familiale rapporte qu'il aurait été assassiné par des Arabes, ce qui est fortement vraisemblable.
                  Le chien, qui survécut, se montra à partir de ce moment-là extrêmement et systématiquement agressif envers les Arabes.
                  Mais le ou les coupables ne furent jamais retrouvés et les preuves manquent pour trancher entre la thèse :
                  - du lâche assassinat,
                  - de la jalousie ou
                  - de la vengeance,

                  Car il faut bien dire que les colons, endurcis par les épreuves et un travail acharné, n'avaient pas toujours le caractère facile.
                  Quoi qu'il en soit on écrivit sur la pierre tombale : " Ici repose André Naudin, victimes des persécutions indigènes. "
                  Un colon disparaissait, un enfant était né : la vie suivait son cours …

Jean-Louis Donnadieu.
Algérie. Histoire et nostalgie. 1830-1987. (Historia juin 1987.)


                  Engagement d'un colon.
                  Jean-Baptiste Roussel, colon à Orléansville, obtint selon le procès-verbal de mise en possession (1er avril 1857) un terrain situé sur l'ancienne smala des spahis, portant le n° 11 du plan de lotissement (d'une superficie de l'ordre de 10 ha…). Ce terrain est de nature :
                  - de terre labourable,
                  - inculte,
                  - le sol est couvert de quelques jujubiers et de buissons épineux.

                  Il n'existe dessus ni constructions ni plantations.
                  Le colon s'engage à construire une maison d'habitation et clore par des haies vives ou des fossés la parcelle dont il sollicite la concession dans le courant de la présente année 1856 :
                  - planter 250 arbres (25 arbres fruitiers ou forestiers de haute tige par hectare),
                  - planter un tiers par année à partir de ce jour,
                  - défricher entièrement le terrain et
                  - arracher les jujubiers et autres pines qui s'y trouvent et mettre en culture la totalité des terrains concédés dans un délai de trois ans à partir du jour de la mise en possession.

(Archives nationales d'outre-mer : (Aix-en-Provence)


Le fonctionnarisme en 1892
Envoyé par M. Christian Graille

               Du Siècle le remarquable article suivant :
               " On a publié ces jours-ci un chiffre qui est très instructif. Il s'agit du nombre de candidats aux mille soixante et onze emplois dont la vacance est prévue dans les diverses administrations dépendant de la Préfecture de la Seine. Il n'y en a pas moins de 46.000.
               Il ne faudrait pas croire que ces 46.000 candidats fonctionnaires soient des malheureux sans travail, sollicitant le premier poste venu. Il en est qui sont sans emploi, mais le plus grand nombre est occupé.
               - Les uns sont dans le commerce,
               - les autres dans l'industrie,
               - beaucoup sont encore au service militaire et
               - sortent des champs où ils ne voudraient pas retourner.
               Des emplois sollicités, la plupart ont une rémunération très modeste. Sur 1.071 emplois présumés disponibles pour l'exercice en cours, il y a plus de 700 places de cantonniers dont le salaire, croyons-nous, ne dépasse pas 1.200 francs. Ces emplois sont aussi recherchés que les autres et cependant le métier de cantonnier est pénible. Il est aussi pénible assurément que celui de cultivateur.

               Comment se fait-il qu'il soit sollicité par des fils de paysans qui trouveraient certainement à la campagne, auprès de leurs familles, des occupations plus agréables et plus rémunérées ?
               Comment se fait-il que le métier de facteur rural, si dur, si rude, où il faut chaque jour, par tous les temps, parcourir vingt-cinq ou trente kilomètres avec une charge assez lourde, soit également très recherchés et qu'il y ait dix postulants pour chaque place ?
               Il y a là un problème social des plus intéressants à étudier parce qu'en l'étudiant, on découvre l'état moral de la nation, ce qu'on peut en tirer, ce qu'on peut en craindre.

               Il n'est pas permis de supposer que ce soit l'attrait de gros appointements qui attire chaque année, en France, plus de 300.000 personnes vers les emplois publics ; Les postes au-dessus de 2.000 francs sont très rares et les emplois du commerce et de l'industrie assurent un gain plus élevé.
               Ce n'est pas davantage l'honneur de servir le Gouvernement car la plaque du cantonnier et le képi à filet rouge du facteur, voire même la casquette et l'habit à boutons des garçons de bureau ne sont pas de nature à exercer une sérieuse fascination.
               On comprend que l'hermine du juge et l'épaulette de l'officier soient recherchées malgré la modestie des traitements de la Magistrature et de l'Armée parce que ces fonctions occupent un rang élevé dans les conventions sociales. Mais pour les petits emplois le galon est un prestige insuffisant.

               En réalité les emplois publics, même les plus modestes, sont très demandés pour deux raisons, d'abord parce qu'ils offrent tous une grande sécurité, en second lieu parce que la plupart d'entre eux permettent d'habiter la ville.
               Mais la vertu décisive de l'emploi public, celle qui entraîne le plus d'esprit, c'est la certitude de la tranquillité morale :
               - Pas de crainte de perdre sa place, à moins d'une grosse sottise,
               - pas de crainte de ne pas être payé à la fin de la semaine ou du mois,
               - pas de crainte de se trouver sans moyen d'existence quand la vieillesse rendra les bras et les jambes invalides.

               Les candidats fonctionnaires sont donc en immense majorité des candidats à la quiétude, à la vie paisible, des esprits qui ont peur de la lutte pour la vie et qui préfèrent une existence modeste et monotone, mais sans souci, à une existence plus brillante, plus variée mais plus agitée et plus incertaine.
               Le fait a l'apparence d'être sans intérêt, tant il est pour ainsi dire évident et banal, mais si l'on regarde de près, on voit qu'au point de vue des destinées de la nation il a des conséquences assez étendues. Cette horreur de la lutte pour la vie n'est pas un fait général, un fait commun à toutes les civilisations modernes :
               - L'Anglais,
               - l'Américain,
               - l'Allemand même n'ont pas cette disposition d'esprit. Ils ne redoutent pas les professions commerciales et industrielles, la vie libre et accidentée, l'émigration, les brusques ressauts de fortune.
               - L'Italien et l'Espagnol eux-mêmes, quoique inclinant souvent vers le farniente et la vie contemplative à bon marché, semblent encore plus armés que nous pour les batailles de l'existence. Ils luttent moins énergiquement, ils ont moins l'esprit d'initiative que l'Anglais ou le Yankee, mais ils supportent aussi philosophiquement la mauvaise fortune.
               - Le Français tend de plus en plus à supprimer toutes les difficultés de la vie, à éviter tout ce qui peut exiger un effort, une résistance. Il veut la vie toute faite, le travail régulier, le salaire certain, l'oisiveté morale assurée hors des heures de travail. La vie de l'employé ou du soldat, ou du moine qui a son pain quotidien garanti, son travail borné, ses heures de repas déterminées est pour lui l'idéal.
               Il ne faudrait pas croire, en effet, et c'est là le point le plus alarmant, que cette disposition d'esprit se trouve uniquement chez nos candidats fonctionnaires, elle se retrouve au même degré chez le plus grand nombre de nos travailleurs qui rêvent tous d'une société collectiviste, où chacun serait étiqueté, numéroté, aurait peu à faire et toujours la même chose à faire, et tout en un mot tendrait à garantir le moins de travail et d'efforts possibles avec le plus de sécurité possible, un État où selon l'idéal d'un romancier socialiste américain, il serait défendu d'être plus actif et plus intelligent que les autres.
               Cet état moral n'a rien de rassurant pour l'avenir de la puissance française dans le monde, et il montre combien le devoir des hommes éclairés est de défendre énergiquement les idées de liberté, de développer l'instruction et le caractère et d'encourager tout ce qui est œuvre d'énergie et d'initiative individuelle.
A. de La Berge.
La gazette algérienne (24 et 28-09-1892)


L'Algérie touristique
Envoyé par M. Christian Graille
Etude d'une brochure de 1924
I

                 Les réseaux de routes et de voies ferrées, réalisés de plus en plus denses malgré les difficultés, permettaient de consolider la pacification, de faciliter et encourager le développement économique, répandre la langue et la culture françaises, des modes de pensée occidentaux, enfin une meilleure connaissance des populations. Développement des ports, instruction et soins médicaux faisaient partie des réussites.
                 Pour les Métropolitains, les Européens en général, visiter l'Algérie représentait encore une aventure exotique mais beaucoup moins en 1924 que quarante ans plus tôt. Le touriste lui non plus n'était plus tout à fait le même ; les voyages et séjours commençaient à devenir plus accessibles et la province s'équipait d'hôtels de confort pour ce type de clientèle, moins adepte de luxe.

                 Des guides touristiques étaient donc consacrés à la seule Algérie ou à l'Afrique du Nord entière, avec le souci d'instruire sur le passé, les arts, les vestiges de quelque époque et de quelque civilisation qu'ils fussent, tout en mettant en valeur les réalisations modernes qui rapprochaient la colonie de la " mère-patrie."

I. Présentation du fascicule.

                 Parmi ces guides, intéressons-nous à une mince brochure d'apparence modeste, aisée à lire et à transporter dans un bagage, au contenu sobre, précis, pratique, en un mot utile.
                 Voyons comment l'Algérie y est présentée, quelles villes y pratiquaient le " tourisme réceptif ", quel était leur niveau de modernisation dans tous les domaines, quels sites, monuments, distractions elles proposaient aux voyageurs, souvent des " hiverneurs ".

                 Il s'agit d'un fascicule, numéroté XXI et vendu 1 franc, édité par la Fédération des Syndicats d'Initiative d'Algérie, avec le concours de l'Office National de Tourisme.
                 Il s'ouvre sur une carte où figurent 18 villes ou lieux (Liste des 18 notices : Aïn-N'Sour, Alger, Biskra, Blida, Bône, Bougie, Bou-Saada, Constantine, Côte de Turquoise, Djidjelli, El Biar et le Sahel, Fort-de-l'Eau, Laghouat, Oran, Tébessa, Ténès, Teniet-el-Haad, Tlemcen. La Côte de Turquoise relève du SI d'Alger et Aïn-N'Sour du siège de la Fédération des SI d'Algérie.), dont la page suivante reprend les noms en liste alphabétique citant le siège des 16 S.I. affiliés à la Fédération des S.I. d'Algérie (1 ter rue Michelet - Alger). Deux sont situés en Oranie, neuf dans le département d'Alger, six dans celui de Constantine, un dans les Territoires du Sud.



                 L'index alphabétique de la page 52 (la dernière) mentionne soixante et un noms de villes ou sites (forêt de Baïnem, par exemple) : il suffit de se reporter à la page indiquée pour trouver l'essentiel, en deux pages ou en quelques lignes.
                 En effet, les pages 49 à 51 énumèrent de brefs renseignements " sur des localités intéressantes situées sur le territoire de la Fédération des S.I. d'Algérie et ne possédant pas de S.I. ". Ces localités sont énumérées par département. Nous y reviendrons.
                 Les huit premières pages ont pour titre L'ALGERIE et présentent cette province.
                 L'essentiel, 36 pages, offre, en deux pages (recto et verso) pour chacun d'eux (rigoureuse égalité), le texte rédigé par chaque S.I., une photo étant placée au haut de chaque verso.
                 Un encadré avertit, en page 2 (Description de l'Algérie.), à propos de ces S.I. " Leur but est purement patriotique et désintéressé ".

II. Description de l'Algérie.

                 Le lecteur futur voyageur fait connaissance avec ce pays grâce aux Considérations Générales suivies d'une description des côtes, de l'orographie, de l'hydrographie, du climat, des populations ; l'Algérie Antique et l'Algérie Economique, une page chacune, terminent cette présentation conclue par quelques lignes au vocabulaire emphatique assez banal et ces derniers mots : " Amis Touristes, venez et vous serez conquis ".

1. Les Considérations Générales

                 Beaucoup moins banal en revanche, pour le lecteur actuel, est le contenu de ces Considérations Générales préliminaires, sur lesquelles il faut s'attarder.
                 " L'Algérie : Comme ce nom est cher à tous les cœurs français ! " En effet " grandeur et gloire ", " lumière et soleil ", " vie débordante et inlassable activité ", telles sont les idées et les images associées à ce nom.
                 " L'Algérie est certainement, de toutes nos colonies, celle pour laquelle nous avons le plus d'affection, voire même de tendresse." "C'est l'enfant de prédilection de notre génie colonisateur ; c'est le premier fleuron de notre empire colonial reconstitué " après la perte du Canada, de la Louisiane, de Saint-Domingue, des Indes … Cette " merveilleuse expansion " permet à la France " d'exercer librement et sans contrainte sa mission civilisatrice pour le plus grand bien de l'humanité tout entière. " Le dévouement de tout l'empire dans " l'épreuve de 51 mois de la plus formidable des guerres " peut rendre notre pays fier de son œuvre. " Formidable " a ici son sens premier et fort de redoutable, épouvantable, effroyable. L'Algérie s'y est dépensée " sans compter : elle a fourni ses hommes, ses travailleurs, son or, son blé ; elle s'est montrée aussi française que la France elle-même. Elle s'est affirmée comme étant bien la Fille aînée de la France. " La fille aînée de la France " : adaptation laïque et patriotique de " La France, Fille aînée de l'Eglise ".
                 Ainsi se clôt la partie Considérations Générales, qui invite le visiteur à observer et apprécier non seulement les paysages et les vestiges du passé mais aussi la modernisation bénéfique en cours de réalisation.

2. Orographie. Hydrographie. Climat. Populations.

                 La partie Orographie, dont la moitié est consacrée au Sahara (près d'une page), se termine par ces lignes qui trouvent un écho dans notre esprit.
                 " On ne doit pas oublier que ces régions sahariennes ont été dédaigneusement abandonnées au Coq Gaulois afin qu'il pût gratter le sable à son aise. En grattant ce sable, le Coq Gaulois a fait jaillir quantité de puits artésiens qui ont permis la création de superbes palmeraies, tout le long de l'Oued Rhir notamment. En se rendant de Biskra à Touggourt, par la voie ferrée, on peut se rendre compte des résultats obtenus. "

                 La partie Hydrographie fait la part belle au seul fleuve d'Algérie, le Cheliff.
                 Le climat est ensuite détaillé selon les régions : le Tell ; les Hauts Plateaux où l'air très sec permet de " supporter facilement la chaleur " ; les deux Atlas où l'été " les nuits sont toujours fraîches : Il sera donc possible, le jour où on le voudra, d'organiser en Algérie des stations climatiques d'été ; il en existe déjà, notamment à Bugeaud, dans les environs de Bône, à Chréa, dans les environs de Blida, c'est-à-dire tout près d'Alger. "
                 Puis sont décrits le climat extrême du Sahara, le SIROCO et enfin le régime des pluies.

                 Douze lignes résument " les populations " : en 1921, l'Algérie comptait 5.800.000 habitants dont près de 5 millions d'indigènes et un peu plus de huit cent mille européens. Les Arabes forment 70% de la population indigène, les Berbères " vraisemblablement autochtones " 30%. Il est précisé " Quant aux Arabes, leur première invasion conduite par Sidi Okba, date du VIIe siècle. "
                 " Les populations Berbères (Kabyles et Chaouias) sont presque uniquement sédentaires ; les nomades ne se trouvent que parmi les Arabes, et c'est surtout dans l'Algérie occidentale que le nomadisme est pratiqué en grand. "

3. L'Algérie antique

                 La partie VII cite les villes et monuments dégagés de l'Algérie antique qui bénéficia " de la paix romaine pendant quatre siècles, " le génie latin " qui refleurit maintenant dans l'œuvre française après le règne millénaire de l'Islam ". La phrase suivante évoque immédiatement la civilisation musulmane, en particulier Tlemcen et Alger.
                 Etrangement, les auteurs du fascicule placent dans cette partie des considérations attrayantes sur " l'Algérie terre d'élection du Grand Tourisme " et les facilités offertes au touriste " grâce à l'organisation de l'industrie hôtelière et des lignes d'autocars " jusqu'aux confins du désert. Le lecteur est invité à prendre part à la Semaine Algérienne du Tourisme afin de profiter des meilleures conditions. Il est même recommandé un ouvrage " L'Algérie ", grand album artistique " luxueusement édité ", paru lors de la visite de M. le Président de la République, contenant 150 reproductions photographiques : " C'est l'Algérie temps révolus qui s'oppose à l'Algérie d'aujourd'hui, vivante, en plein essor, accueillante au touriste et qui s'offre à toutes les énergies. "

4. L'Algérie économique

                 En une page, avec des données chiffrées, est brossé un rapide tableau des diverses productions et activités. Ports et trafic maritime ; productions d'un sol fertile bien mis en valeur (blé, orge, vin, alfa, crin végétal, huile, primeurs, tabacs) et d'un abondant cheptel, ovin essentiellement (dix millions de têtes) (laines, cuirs peaux …) ; liège, produits miniers (fer, zinc, cuivre, phosphate de chaux …) dont la prospection se poursuit. Le commerce est très actif ; " les cinq sixièmes environ du mouvement total des échanges intéressent la France ; parmi ses acheteurs, la Colonie occupe le cinquième rang. " Les importations sont surtout des produits manufacturés, outre le charbon, les huiles industrielles, les métaux, machines etc. Les minerais comptent parmi les produits exportés, comme les produits du sol et de l'élevage cités plus haut.

                 " Quant à l'industrie algérienne, si elle est encore beaucoup moins importante que celle de la Métropole, elle semble appelée à prendre une large extension, surtout lorsque sera résolu, d'une manière ou d'une autre, le problème du combustible. "
                 Les fabrications indigènes, sauf tapis et tissus, disparaissent peu à peu. " Les principales industries européennes sont les suivantes : minoteries et semouleries, tabacs, distilleries d'essences, crin végétal, alfa, tanneries, chaux et ciments, tuiles, briques et poteries, allumettes, produits chimiques, engrais organiques, tonnelleries, scieries, caisseries, industries extractives, etc. "

                 Cette description de l'Algérie se termine par l'appel cité plus haut : " Amis Touristes, venez et vous serez conquis. ", comme un prélude à la célébration du Centenaire : connaître pour juger et aimer.

III. Les notices : renseignements pratiques.
1. Remarques générales sur les notices

                 Les villes sièges des SI apparaissent, nous l'avons dit, de façon neutre par ordre alphabétique, et nullement par choix géographique, administratif ou catégoriel. D'ailleurs seule Aïn-N'Sour est qualifiée dans son cartouche de " station estivale " et Alger de " station d'hivernage ", même si plusieurs notices mettent en valeur les bienfaits du climat. Fort-de-l'Eau a " une plage de sable fin ". Pour toutes les autres est mentionnée l'altitude (sauf, naturellement, Bône, la Côte de Turquoise et Fort-de-l'Eau) ; sont citées deux stations d'altitude, à 1150 mètres : Aïn-N'Sour et Teniet-el-Haad. Une station, Biskra, est à la fois " Hivernale, Thermale, Climatérique et Touristique, la plus réputée du Nord-Africain ", à 121 mètres d'altitude, dans le département de Constantine.

                 Le SI de Bougie précise qu'il délivre " les billets de chemin de fer en première et deuxième classes pour les réseaux algériens et tunisiens. " ; celui d'El Biar édite des cartes postales, celui de Laghouat conseille deux ouvrages sur l'oasis, celui de Tébessa le guide de l'abbé Kopp. La plupart des SI éditent une brochure ou un livret-guide ou une monographie que le candidat au voyage recevra gratuitement ou pour telle somme. Le SI d'Alger édite en outre " un journal de propagande " L'Algérie Illustrée " (abonnement 25fr) " ainsi qu'un " programme de caravane concernant la visite des régions et sites les plus attrayants. "
                 Chaque notice est organisée de façon identique : moyens d'accès, renseignements généraux, distractions, spécialités, sites et monuments, promenades, excursions, hôtels et autres hébergements, voire garage(s) (à Tébessa et Tlemcen).
                 Enfin, l'Algérie étant à la mode et l'accès plus aisé, fréquemment apparaît la mention de la période la plus favorable, c'est-à-dire de moindre affluence, avec ces trois arguments :
                 Moins d'encombrements ;
                                Soins plus attentifs ;
                                               Conditions plus avantageuses. "

                 Par exemple pour Blida, préférer le printemps et l'été : " avant le 15 octobre et après le 15 avril ".

2. Les photographies

                 La plaquette étant mince, une seule figure par ville, soit 18 en tout. Photographies de 6cm x 9cm environ, en noir et blanc, modestes certes, mais renforçant l'appel à la découverte par d'autres ouvrages ou par un voyage.
                 Vue générale de Bougie, Constantine, Alger (" partie sud-est, vue prise en avion "), Oran (le port), Djidjelli, Fort-de-l'Eau (Plage et Casino), Miliana (dans la notice d'Aïn-N'Sour), Bône (les environs, pont et basilique) et " un coin " d'El Biar.
                 Plus caractéristiques du pays, la forêt de cèdres de Teniet-el-Haad, la mosquée de Bâb el Darb à Biskra, le cimetière de Sidi el Kébir à Blida, la mosquée de Laghouat, le vieux Ténès et ses mosquées ; pour Tlemcen : vue du village indigène de Sidi Bou Médine. Tébessa présente son temple de Minerve, Bou-Saada " oued " et palmiers, la Côte de Turquoise " Le Chenoua (montagne) et vue sur Tipaza ". A vrai dire, l'on discerne très mal les ruines romaines mais fort bien, sur la route carrossable, une voiture automobile conduite à l'air libre…

3. " Moyens d'accès "

                 L'on est entré tout récemment dans l'ère de l'automobile. Celle de l'avion commence à peine (Le SI d'Oran annonce : " Lignes aériennes Latécoère : Casablanca, Fez, Oran. ", lignes postales, et dès 1925 ligne postale Oran-Alicante-Toulouse. Les transports de passagers commencèrent peu après. Il existait 23 aéroports civils en 1960. ) ; seul le bateau permet de traverser de Métropole en Algérie, complétant le chemin de fer. Ainsi Constantine est à 1582 km (44 heures) de Paris ; à 1151 km (32 heures) de Bordeaux par Port-Vendres. Et elle est reliée par voies ferrées à Bône, Tunis, Tébessa, Khenchela, Touggourt.

                 Compter quatre jours de voyage de Bordeaux à Laghouat par Marseille et Alger ; d'Alger à Blida puis de Blida à Djelfa l'on emprunte les " voitures directes, chemin de fer P.-L.-M. " ; à Djelfa " services automobiles quotidiens Djelfa-Laghouat 110 km ". Cependant le touriste peut préférer un des " auto-circuits de la Compagnie Générale Transatlantique " d'Alger à Ghardaïa par Laghouat et retour par Bou-Saada. Des excursions sur le même parcours sont possibles " par auto-car de luxe de la Compagnie P.-L.-M. et des " Routes des Alpes et d'Algérie " (Etablissement Catelan, place de la République, Alger) ".
                 Le tourisme des régions les plus lointaines d'Algérie est encore réservé à une clientèle fortunée.
                 A l'intérieur de la province, le voyageur empruntera, comme la population locale, le chemin de fer, dénommé selon les lignes C.F.R.A., P.-L.-M., de l'Etat Algérien. Il utilisera aussi les services réguliers d'autobus, ainsi de Bougie vers Djidjelli " par magnifique route en corniche. " Il existe des auto-cars : du 1er mai au 1er octobre, un auto-car conduit les Algérois à Fort-de-l'Eau, que les habitants de Maison-Carrée gagnent par " voitures à chevaux toutes les heures. Taxis à volonté. " L'ère du cheval n'est pas close, celle des tramways électriques est ouverte, notamment dans Alger et sa banlieue.

                 Retenons que Biskra, fleuron du tourisme de santé exotique, est d'" accès facile pour les automobiles par grandes routes ou bonnes pistes d'Alger, Tunis, Bou-Saada, Timgad, Touggourt etc. "

4. Un cas particulier : Aïn-N'Sour (1150 mètres)

                 Plus proche, d'accès plus rapide avec un hébergement moins onéreux est la " station d'estivage " qui convient aussi " aux cures d'air ou d'altitude ", le village d'Aïn-N'-Sour " créé par M. le Gouverneur général Jonnart en 1907. Un chalet-hôtel fonctionne depuis 1914 (24 chambres) ". Chemin de fer puis tramway de Miliana-Margueritte jusqu'à Miliana et enfin voiture particulière à chevaux (1h30) ou autobus de l'hôtel (30 minutes). L'on s'approvisionne à Miliana par " d'excellentes routes carrossables ". Médecins et pharmaciens viennent de cette ville, " le téléphone fonctionne quand l'hôtel est ouvert ". Le court de tennis doit être apprécié. Les promenades aux alentours, très nombreuses, sont le plus souvent ombragées. Le Zaccar-Chergui et le Zaccar-Dharbi appellent les ascensionnistes, qui pourront jouir " d'une vue très étendue sur la presque totalité du département d'Alger. "

                 Cette station " abritée des vents du Sud et ouverte aux brises du Nord assure des nuits fraîches et reposantes aux personnes fatiguées par le climat débilitant des plaines et du littoral. " L'hôtel accueille " les villégiateurs " du 1er juin au 15 octobre ; avant le 14 juillet et après le 1er septembre l'on évitera l'affluence. Point d'habitants l'hiver.

5. L'équipement hôtelier

                 Il n'est pas possible de commenter les données très succinctes de cette brochure : énumération d'hôtels souvent suivie de " etc. ", prix des chambres, mention ou non de restaurants, de pensions de famille ; pour les villas et appartements meublés, le SI renseignera. De toute façon, il faut " s'entendre au préalable avec MM. Les Hôteliers ".
                 A Laghouat, l'Hôtel Transatlantique est ouvert du 1er octobre au 15 mai, l'Hôtel Saharien en revanche " toute l'année, salle de bain, garage, cinéma etc. " Deux hôtels également à Tébessa (du Cours et du Progrès), trois à Ténès (des Arts, de l'Univers, Hôtel Camping Transatlantique). A Bou-Saada, l'on descendra à l'hôtel du Petit-Sahara, ou bien de l'Oasis, par exemple…

                 Le touriste s'instruira et se distraira, observera aussi bien le pays que ses habitants et leurs coutumes, les productions du sol et du sous-sol, les ressources et richesses actuelles et en développement ; le passé phénicien et romain, la beauté des monuments musulmans susciteront son intérêt, mais il saura ne pas négliger le présent si actif et prometteur.


1 " Renseignements généraux "

                 Cette partie des notices permet de saisir le degré d'équipement moderne des villes ainsi que quelques caractéristiques du site et du climat, si important pour la santé.
                 Voici comment est présentée Bou-Saada : " commune mixte civile ; Chef-lieu de canton ; 6776 habitants, dont 131 Européens ; Postes, Télégraphe, Téléphone ; Médecin, Pharmacien ; Hôpital ; Ecoles européennes et indigènes ". Suivent des remarques sur le site qui a inspiré tant de peintres et la ville arabe préservée.
                 Souvent sont mentionnés gaz, électricité, commerces et, bien sûr, les jours de marché. Les cultes catholique et musulman sont assurés partout, presque partout le culte israélite, plus rarement protestant. Pour Oran sont spécifiés cultes luthérien, évangélique.

                 Toutes les villes ne mentionnent pas leurs écoles ; elles en avaient, nous le savons. Constantine annonce : " Lycées de jeunes filles et de jeunes gens ; Chaire d'arabe ; Ecoles normales de garçons et de jeunes filles ; Ecoles primaires de garçons et de jeunes filles ; Ecoles indigènes. " Oran mentionne : " Lycées de filles et de garçons ; Ecoles de commerce ; Cours industriels ; Tribunal de première instance ; Chambres de Commerce française et espagnole ; Loge maçonnique (Union Africaine) ; Consulats ". La liste n'est pas plus longue pour Alger, qui n'entre pas dans les détails : " Université (médecine, droit, lettres et sciences) " : qui peut le plus peut le moins. Une description plus ou moins brève du site, de la ville, est souvent accompagnée d'un rapide historique, de façon à éveiller la curiosité ou susciter le rêve, préparant aux promenades et excursions. La notice de Bougie cite dans cette partie ses ressources : " Importantes exploitations minières ; Importants vignobles dans toute la région ; Vapeurs de pêche. Commerce de liège ; Fabriquede bouchons. "

2. " Distractions "

                 Elles peuvent être sportives, culturelles, de pur divertissement, occidentales ou typiquement autochtones. Certaines villes mentionnent leur(s) musée(s) ou leur bibliothèque publique ; l'absence de mention ne signifie pas nécessairement inexistence. Ainsi Alger cite la Bibliothèque Nationale mais passe sous silence ses musées ; elle est la seule ville à indiquer conférences et expositions artistiques, qui se tenaient certainement aussi à Constantine et à Oran, au moins. Le cadre rigoureux de 2 pages, photo et cartouche de titre inclus, explique ces choix.

                 Les distractions de pleine nature, chasse et pêche, sont très souvent citées et souvent détaillées. A Teniet-el-Haad : " perdreaux, lièvres, lapins, sangliers " auxquels s'ajoutent pour Bou-Saada " mouflons, gazelles, hyènes, chacals, renards, outardes, gangas, canards, pluviers dorés, grives " et chasses au faucon. Point de lions mais " battues à la panthère " à Djidjelli ; Tlemcen signale que l'on peut chasser des panthères " dont il existe quelques couples dans le pays montagneux et boisé. " Le pêcheur séjournant à Blida pêchera " carpes, barbeaux, mulets, aloses, anguilles " dans la Chiffa, le Mazafran, l'Oued Mokta.

                 Sports nautiques et régates à Oran, canotage à rames et à voile sur la Côte de Turquoise, polo et golf à Alger, tennis en plusieurs lieux complètent la liste des distractions sportives ; les bains de mer et le football ne sont pas souvent mentionnés, quoique largement pratiqués.
                 Le touriste qui craindrait d'être dépaysé assistera à des concerts, à des représentations théâtrales (à Alger, Blida, Bône, Constantine, Fort-de-l'Eau, Oran, Tlemcen), ira au cinéma (à Alger, Blida, Bône, Bougie, Constantine, Djidjelli, Fort-de-l'Eau, Tébessa, Tlemcen), se rendra aux " bals et dancings ", se risquera au casino à Fort-de-l'Eau et à Biskra. Oran lui offrira des courses de taureaux.
                 Les spectacles indigènes typiques l'émerveilleront : danses des Ouled Naïl à Bou-Saada, à Laghouat ; " fantasias indigènes à pied et à cheval, avec ou sans coups de feu " à Bou-Saada, à Teniet-el-Haad ; " Fêtes arabes " à Tlemcen, " fêtes locales diverses " à Laghouat. Constantine mentionne " Fêtes indigènes, dites Fêtes du Printemps ; Courses et Fêtes dites des Vautours (5 septembre) " ; Blida évoque les nombreuses fêtes données par les " confréries religieuses indigènes " et Biskra " Fêtes arabes tout l'hiver ".

                 Tout cela sans préjudice des nombreuses fêtes locales européennes, non citées.

3. " Spécialités "

                 Elles sont soit alimentaires soit traditionnelles et commerciales soit industrielles et commerciales.
                 Djidjelli présente ses " sardines, anchois, bonites et maquereaux salés, vins, huiles, céréales ", Oran ses primeurs et les " orangeries célèbres à Misserghin (13 km) ", Bougie " huiles d'olive, figues sèches, oranges et mandarines, liqueur de mandarine " ; Blida est connue pour ses oranges, ses vignes, ses pâtes alimentaires ; à Biskra, le touriste pourra savourer les célèbres dattes Deglat-Nour, les oranges sanguines et citrons. Alger cite, entre autres, " cuisine et confiserie arabes ".

                 L'artisanat local est bien vivant, le voyageur ne sera pas déçu : broderie sur cuir dite " fillali ", tentures et tapis locaux à Laghouat ; poteries et céramiques, bijouterie indigène à Bône ; broderies indigènes, tapis orientaux à Blida. Alger offre un choix de tapis, tissus, broderies et bijouterie indigènes. A ces articles s'ajoutent à Tlemcen " cuirs et peaux décorés, broderies d'or et d'argent, couvertures décorées, velours, nattes etc. " Tébessa indique " fabrique de tapis et de broderies indigènes (ouvroir). " La variété est plus grande à Bou-Saada : " soieries indigènes ; Couteaux très connus en Algérie ; Cadres en bois sculpté ; Burnous ; Poterie primitive ; Orfèvrerie indigène ; Armurerie indigène. "

                 Des spécialités industrielles et commerciales sont liées à l'exploitation forestière : industrie du liège à Bône, Bougie, Djidjelli qui note également " chênes zéens pour traverses de chemin de fer" et " ébauchons de pipes de bruyère. " Bône énumère " manufacture de tabacs, d'allumettes, de produits chimiques ", Tébessa " alfa et briques ".
                 Il est certain que, la place leur étant comptée (rappelons-le : deux pages pour chaque SI), les SI ont été contraints de faire des choix ; les productions du pays étaient moins importantes à signaler au touriste que les beaux paysages, les villages typiques, les monuments remarquables, l'histoire.

                 La notice de la Côte de Turquoise, qui énumère les sites de la Pointe Pescade à Cherchell puis les hôtels et cafés-restaurants, indique une seule spécialité : " Tapis de haute laine à points noués (à Cherchell) ". En deux pages en effet il faut donner tous les renseignements et développer quelque peu la description du Tombeau de la Chrétienne, de Tipaza, de Cherchell, tout en soulignant que cette région se prête aussi bien à l'hivernage qu'à la saison estivale " dans d'aussi bonnes conditions que sur la Côte d'Azur et à des prix bien plus avantageux ".

4. Sites et monuments

                 Très tôt, dès avant 1848, au début de la conquête, les découvertes de sites antiques donnèrent lieu à des croquis, des descriptions, des relations au Ministère de la Guerre, des essais d'interprétation, car les officiers comme les administrateurs étaient imprégnés de culture classique. Il fallut créer des musées. Quant aux monuments arabes ou turcs, ils émerveillèrent et connurent des sorts divers, la plupart étant préservés ou réutilisés.
                 A Ténès le touriste instruit et curieux s'intéressera aux " tombeaux phéniciens sur le bord de la mer " ; à Bône aux " murs cyclopéens d'origine phénicienne ou égéo-crétoise ", comme aux ruines d'Hippone, aux anciennes citernes d'Hadrien (Iie siècle) ; à Bougie au " cype romain, relatant un fait de la Cité Romaine Saldae, aujourd'hui Bougie. " La civilisation romaine est très présente par ses monuments, à Tébessa (l'antique Théveste), Tipaza, Cherchell. Timgad et Djemila sont décrites en page 50, ne possédant pas de SI.

                 Les fouilles en cours à Djemila font espérer que bientôt elles seront " aussi bien relevées que celles de Timgad " ; sont signalés basilique chrétienne, fort byzantin, théâtre, thermes etc. musée. S'y rendre est onéreux : " automobiles 1fr le km ".
                 Timgad, à 38 km de Batna, bénéficie de services d'autobus quotidiens ; les ruines romaines sont " splendides, admirablement relevées " : forum, basilique, théâtre, arc de triomphe de Trajan etc.
                 La seule photographie de monument antique est celle du temple de Minerve à Tébessa (Théveste), siège d'un SI, car la " vue sur Tipaza " n'est pas nette sur la photographie de la Côte de Turquoise.

                 En revanche cinq photographies offrent à la découverte des mosquées ou sites arabo-musulmans : Biskra, Blida, Laghouat, Ténès, Tlemcen. Les notices mettent en valeur " les mosquées nombreuses et d'un art remarquable (XIIe au XVe siècle) " de Tlemcen ainsi que ses remparts anciens ; les sept mosquées de Bou-Saada ; " le vieux Ténès arabe " ; les Kasbahs des différentes villes. Bône cite ses vieux remparts turcs, Oran le Rosalcazar, Alger différents " palais d'architecture musulmane " et ses trois grandes mosquées.
                 Les réalisations récentes ne sont pas négligées : ouvrages d'art (à Constantine), superbes routes, théâtres, cathédrale, basilique Saint-Augustin ; Oran mentionne sa gare P.-L.-M. et Biskra la " villa de Bénévent, au milieu d'un parc de végétation magnifique ; Trianon au désert ".

                 Les sites naturels sont parfois simplement nommés telles les gorges de Taza à Djidjelli, ou décrits comme les stations préhistoriques des environs de Tébessa (grottes de Joukous, Damous et Aljmar " avec de beaux revêtements de stalactites et stalagmites, habitées à l'époque néolithique "). Le site extraordinaire de Constantine suscite l'admiration ; la montagne offre bien des plaisirs aux yeux : près de Blida " des sites pittoresques avec ses pentes accidentées, ses vallées verdoyantes, ses gorges, ses cimes que couvrent les neiges pendant plusieurs mois de l'année. "
                 Dans les très brèves notices des trois dernières pages, le voyageur méthodique note que la visite des cinq villes du M'Zab s'impose, " le pays le plus original qui soit au monde ". De Tizi-Ouzou on fera excursion à la forêt de Yacouren. Des remparts d'Orléansville, " belle vue sur la vallée du Chélif et les escarpements rougeâtres du Dhara. " La merveille d'Hamman-Meskoutine est la fameuse cascade ; l'établissement thermal, réputé, est ouvert du 15 novembre au 31 mai (" superbes sources thermales ferrugineuses carbonatées calciques "). A Philippeville, " pittoresque route de la Corniche ", " ruines d'un théâtre romain rue Gambetta ". Sétif est une " ville régulièrement construite ". A Touggourt " belles palmeraies très étendues ; ville de construction saharienne ". Hôpital militaire à Mascara. Port de 18 hectares à Mostaganem. " Chute d'Icare (sculpture) " à Sidi-Bel-Abbès. Nedroma est une " ville très pittoresque ; maisons en terrasses entourées de beaux vergers ; mosquées et oratoires ; ateliers de tisserands et de potiers. "

5. " Promenades "-" Excursions "

                 Elles sont dissociées dans la plupart des notices et découlent des renseignements généraux donnés sur la ville et sa région, ainsi que sur les sites et monuments décrits ou énoncés.

                 Les promenades se font à pied ou à dos de mulet. Les excursions de même mais les distances imposent en général d'emprunter le chemin de fer ou l'autobus, voire l'autocar ou une voiture louée, parfois des chevaux.

                 Voyons quelques exemples de cette sorte.
                 Parti de Blida, le touriste découvrira le Tombeau de la Chrétienne, Tipaza et Cherchell, le col de Chréa (refuge du ski-club) : " 3 heures à mulet, route carrossable en construction ".
                 Vers l'Ouest, à Oran, il traversera les gorges du Khiss en auto, se rendra par voie ferré à Tlemcen en 9 heures, découvrira Frenda et le Djebel Amour.
                 Peut-être, à l'est, à 8 km de Tébessa, le voyageur sera-t-il séduit par les belles gorges de Ténouchka ou Youks-les-Bains à la source thermale sulfureuse et il sera sur le chemin des plus importantes " mines phosphatières d'Algérie et merveilleusement outillées " : celles du Kouif.

                 Si l'on est à Biskra, il est tentant de se rendre aux thermes d'Hamman Salahin : le tramway y conduit. Par voiture cependant, l'on ira plus loin pour " 5 francs l'heure le jour, 8 francs l'heure la nuit. " Dans la brève notice de Mostaganem (p.51), un avertissement sans détour prévient : " la piste Biskra-Touggourt n'est guère recommandée aux automobilistes ". Il est vrai que la notice de Biskra, elle, citait " écuries, chevaux de selle, ânes, chameaux " pour les promenades ou excursions dans le désert ou la montagne, en plus de ou à la place des " automobiles et voitures pour promenades. "
                 Les excursions sont onéreuses si l'on en fait plusieurs lors du séjour ; les promenades pédestres, gratuites, mettent en contact avec la nature, et entretiennent la santé. La province, du moins les régions qui sont modernisées, offre de superbes paysages accessibles à tous.

                 La lecture du fascicule XXI de 1924 nous fait revenir quelque quatre-vingts ans en arrière, dans une Algérie qui s'européanisait tout en faisant connaître sa géographie, ses régions différentes, son histoire. Chaque pays offre aux touristes ce qu'il a de plus beau, ce qui lui est le plus cher, ce qui l'enracine dans le passé pour le propulser dans l'avenir. " L'avenir " de 1924 s'est arrêté, pour une partie de la population, en 1962. Il est toujours utile de savoir ce qui a existé et de quelle façon ce pays était perçu par les étrangers et la " mère-patrie " elle-même.
Etude, commentaires et rédaction par Josette Zevaco-Fromageot

Fonctionnaire en 1903
Envoyé par M. Christian Graille

         Vous devez bien certainement le connaître.
         Derrière son guichet, tel un patron derrière son comptoir, il trône et pontifie. Fidèle gardien du règlement, il ne souffre point qu'on en méconnaisse les indiscutables beautés : en d'autres termes il ne veut point que l'on discute la qualité de sa marchandise. A mon avis, il n'a pas tort. A quoi bon, en effet, vouloir discuter une chose que l'on doit fatalement subir ? Dura lex sed lex ; lui ne connaît que cela et sait au besoin vous le prouver.
         Ancien sous-officier, le père Rondecuir, c'est ainsi qu'il se nomme, depuis longtemps déjà, a l'honneur, l'insigne honneur d'appartenir à cette belle administration que l'Europe nous envie tout en nous en laissant le monopole. Le chef couvert d'une toque de velours, un tant soit peu crasseuse il est vrai, mais de cela on ne peut raisonnablement lui faire grief, ayant revêtu les traditionnelles manches de lustrine ; La plume à l'oreille et le grattoir en main, tel vous apparaît ce digne représentant de l'Autorité lorsque, discrètement et non sans peine parfois, vous avez pu faire s'entrouvrir le solennel guichet qui le dérobait à vos yeux.
         Vous le trouvez toujours fort occupé :
         - soit à compulser attentivement les chiffres de ses énormes registres,
         - soit à parfaire consciencieusement la lecture d'un palpitant feuilleton,
         - soit encore, et ne faut-il pas que chaque chose ait son heure, à cultiver amoureusement la blancheur ivoirine de ses ongles de déesse.
         - Laissez-le vaquer en paix à ces intéressantes occupations dont l'importance vous échappe peut-être mais ne saurait être discutée. Si vous le surprenez assoupi, gardez-vous de troubler par d'importuns propos un sommeil auquel il a bien droit, le pauvre.
         - Si vous ne brusquez pas l'entrevue et vous souvenez que pour attraper les mouches on se sert d'ordinaire plutôt de miel que de vinaigre, soyez tranquilles, tout se passera bien.
         - Armez-vous de courage et s'il vous faut patienter un quart d'heure et même davantage, songez que ces quelques instants sont bien peu de chose en regard de l'incommensurable éternité.

         Quand le digne fonctionnaire daignera condescendre jusqu'à s'apercevoir de votre présence et qu'il voudra bien lever un œil jusqu'à vous, alors, mais alors seulement sera venu le moment de prendre contact avec lui. Cet instant a toujours quelque chose de solennel.
         De ce premier contact doit dépendre, en effet, votre destinée heureuse ou malheureuse.
         Oh ! Combien je les plains ces imprudents qui viennent à son tribunal sans même chercher à se rendre compte de la gravité de la situation ; ils brusquent les choses et vont même parfois, dans leur coupable inconscience, jusqu'à mettre flamberge au vent.
         Les pauvres pots de terre ! Leur sort est bien vite réglé ; en un instant ils ne sont plus que miettes.

         Mais vous ô gens intelligents et raisonnables qui voulez bien me lire, suivez le conseil que je me permets de vous donner. Soyez gentils, soyez souriants quand vous irez voir M. Rondecuir ; commencez d'abord par vous informer de sa précieuse santé.
         Pour être fonctionnaire il n'est pas moins homme et vos bonnes paroles ne pourront que chatouiller agréablement son épiderme et vous créer des titres sérieux à son ineffable miséricorde. Il ne faut, du reste, point vous faire d'illusions. En matière de règlement, vous n'êtes que des ignares auprès de cet homme qui a blanchi sous le harnois ; de misérables vers de terre en face de ce dragon, gardien inexorable de la loi sacro-sainte.

         Quant à vous qui venez à lui avec cette belle assurance et même parfois avec cette morgue hautaine qui si haut vous fait dresser la tête, réellement vous me faites pitié.
         Vous arrivez la loi en main et prétendez lui dicter les ordres.
         Mais insensés que vous êtes, vous ne savez donc pas que pour une loi que vous invoquez le bonhomme en a dix à vous objecter et dix qui vous condamnent sans merci ; vous ne savez donc pas que si avec le ciel il est des accommodements, il n'en est point avec celui qui personnifie majestueusement l'intangible règlement.
         Croyez-en ma vieille expérience. Humiliez-vous et rentrez en vous-même. Songez à ce que vous êtes, voyez sa puissance et dites-vous bien ceci :

         La raison du plus fort est toujours la meilleure.

Henri de Mès.
Les Clochettes d'Algérie et de Tunisie (08-11-1903)



Algérie, colonie mixte
de peuplement et d'exploitation
Envoyé par M. Christian Graille

                 Les colonies sont généralement classées en deux catégories : les colonies de peuplement, les colonies d'exploitation.
                 Les colonies de peuplement sont celles qui sont peuplées, en majorité, de métropolitains ou d'autres Européens. Les sociétés exotiques que ces éléments ont créées reproduisent, à peu près, l'image de la Métropole. Les Indigènes, naturellement peu nombreux, ou refoulés, apparaissent à peine. Les colonies de peuplement se trouvent, toutes, dans les zones à climat tempéré, seules habitables pour les Européens. Exemples : l'Australie, le Canada, deux colonies anglaises. L'Australie compte 5 millions d'habitants, d'origine anglaise, et 150.000 Indigènes ; le Canada 7 millions d'habitants (5 millions d'Anglais, près de 2 millions de Français), et 100.000 Indigènes.

                 Les colonies d'exploitation sont celles dont la Métropole se contente " d'exploiter " les ressources, sans y transporter d'autre population européenne que des fonctionnaires, quelques chefs d'industrie ou de maisons de commerce, quelques gérants de grandes fermes. Dans toutes les branches d'activité, l'élément européen ne fournit, au plus, que le personnel dirigeant. La main-d'œuvre est assurée par les Indigènes, nègres, jaunes, mulâtres, souvent très nombreux. Les colonies d'exploitation sont généralement situées dans la zone tropicale ou torride. Les Européens peuvent y séjourner quelque temps, non y vivre et fonder des familles. Exemples : l'Inde pour l'Angleterre, l'Indochine pour la France. L'Inde compte 300 millions d'Indigènes et 100.000 Anglais ; l'Indochine française, 15 millions d'Indigènes et 10.000 Français.

                 L'Algérie n'entre franchement ni dans l'une, ni dans l'autre de ces deux catégories très tranchées : elle participe des deux.
                 Elle est colonie de peuplement parce que, s'étendant sous des latitudes moyennes (37°-34°) où ont toujours prospéré des races blanches, elle jouit d'un climat très supportable pour les Européens. Une société, française ou francisée, originaire des rives de la Méditerranée latine, a pris racine dans le pays. Elle comprend déjà près d'un million d'Européens, et, chaque année, témoigne de sa vitalité en dénombrant beaucoup plus de naissances que de décès (22.000 contre 14.000). D'ailleurs en 1830, l'Algérie comptait, tout au plus 2 millions d'Indigènes, pour un territoire presque aussi grand que la France. La colonisation pouvait s'étendre à l'aise.

                 Pourtant les obstacles s'opposaient à ce que le pays devînt une colonie de peuplement.
                 D'abord, la salubrité n'y était pas parfaite. Les régions basses, plaines et vallées, fertiles et peu peuplées d'Indigènes, étaient désolées par le paludisme.
                 D'autre part, les Indigènes, pour peu nombreux qu'ils fussent, occupaient néanmoins la presque totalité du territoire. En dehors des régions à marécages, il y avait peu de terres libres et sans maîtres. Entre 1850 et 1860, une partie de l'opinion professait qu'il fallait " cantonner " les Indigènes à l'intérieur de limites précises et largement suffisantes pour leurs besoins. Le Gouvernement français, dans un sentiment d'humanité, se refusa toujours à adopter ces suggestions. De ce fait, le peuplement européen de l'Algérie est devenu plus difficile.
                 Par surcroît, le régime confus de la propriété, chez les Indigènes, rend fort compliqué le rachat de leurs terres : l'acquéreur européen de bonne foi risque d'interminables procès. Ainsi de gros obstacles se sont dressés devant la colonisation libre et le peuplement européen.

                 Aux premiers temps de la conquête, beaucoup de Français se seraient contentés d'une simple " exploitation " de l'Algérie entreprise par des industriels ou des commerçants et sans " peuplement " véritable. Les faits ont heureusement vaincu ces timidités. L'Algérie n'en garde pas moins certains caractères des colonies d'exploitation.
                 La population indigène, qui a beaucoup prospéré, conserve une grosse supériorité numérique : elle est 5 ou 6 fois plus importante que la population européenne. Celle-ci ne peut guère se passer de la première dans presque tous les travaux exigeant l'emploi d'une main-d'œuvre abondante : mines, travaux publics, manutentions commerciales dans les ports, et surtout exploitation des domaines agricoles. Dans les villes ou dans les campagnes, trois cent mille ouvriers indigènes travaillent sous des directions et des surveillances européennes, concurremment avec la main-d'œuvre espagnole, italienne et française, à l'essor des entreprises européennes, publiques ou privées.

                 Enfin, s'il est exact que le climat ne ralentit pas le développement des races européennes, il est non moins certain que, pendant l'été, les fatigues anémiantes de la saison invitent la population aisée à l'estivage en France ou sur les plages du littoral.
                 L'Algérie est donc devenue, comme l'Afrique du Sud anglaise, dont les conditions générales de peuplement et de climat sont assez semblables aux siennes, une colonie mixte, où toutes les formes d'activité, tous les genres de vie coexistent, et où deux sociétés se développent côte à côte.
L'ALGERIE :
HISTOIRE, COLONISATION, GEOGRAPHIE, ADMINISTRATION
par P. Bernard et F. Redon, 1926132
Notre avenir en Afrique du Nord

                 L'Afrique du Nord, s'étendant d'un seul jet d'est en ouest sur plus de 2.000 kilomètres, présente une unité géographique, géologique, agricole et morale ; néanmoins, par l'artifice des deux lignes fictives, qu'on appelle frontières, elle se trouve fragmentée en trois provinces différentes soumises à trois régimes différents.
                 C'est tout d'abord l'Algérie, partie intégrante du territoire français, organisée en départements du modèle métropolitain, et qui relève du ministère de l'intérieur par l'intermédiaire de son gouverneur général, haut représentant du pouvoir central.

                 Ce sont ensuite le Maroc et la Tunisie, protectorats, comportant chacun son statut spécial et évoluant au milieu de contingences particulières. Respectivement gouvernés, l'un par le Sultan, l'autre par le Bey, dont nos résidents généraux, hauts-commissaires de la République, sont les ministres, c'est du Quai d'Orsay qu'ils reçoivent l'impulsion métropolitaine.
                 Cette triple disparité politique trouve son reflet dans le domaine économique. Les rapports commerciaux de l'Algérie et de la Tunisie avec la Métropole prennent leur définition dans les lois d'union douanière. Le Maroc reste soumis à l'acte d'Algésiras, qui institue chez lui le préjudiciable régime de la " porte ouverte " et maintient le commerce français dans la même condition que celui de l'étranger.

                 En conclusion, l'unité que l'Afrique du Nord tient de la nature et que les progrès de la civilisation ont rendue plus totale, n'a pas reçu sa traduction sur le plan organique. De là, vient la difficulté, pour la politique française, d'harmoniser ses conceptions et de " centrer " son action.
                 Quoi qu'il en soit, cette situation constitue un fait acquis résultant de circonstances historiques et d'engagements internationaux à caractère évident d'opportunité. Si l'on ne peut songer, présentement, à la transformer, il apparaît tout au moins possible d'arriver à en corriger les effets. Il est certains problèmes qui débordent les frontières factices séparant l'Algérie de la Tunisie et du Maroc, et s'élargissant à toute l'Afrique du Nord. Leur solution d'ensemble, dont l'urgence n'est pas niable, semble postuler une rénovation de notre politique.

                 Sans la mise en pratique d'une unité de vues et d'action fondée sur de rationnelles prévisions, notre effort devant normalement englober dans sa compétence, non seulement les générations présentes, mais encore celles à venir, comment pourrait-on, par exemple, résoudre le problème capital qui se trouve inscrit dans les résultats des derniers recensements effectués en Afrique du Nord ?

                 En cette année 1936, l'Algérie compte plus de 6 millions d'indigènes et 970.000 Européens, le Maroc, plus de 6 millions d'indigènes et 380.000 Européens, la Tunisie, 2 millions d'indigènes et 213.000 Européens.
                 A considérer le domaine du " devoir démographique " la situation devient plus suggestive encore. Les recensements nous révèlent des natalités indigènes exubérantes, en progression constamment accélérée et d'un pourcentage très supérieur à celui de la natalité française. Intensive prolifération due d'abord, sans doute, à la rusticité toujours profonde des races indigènes, mais aussi encore à la sécurité que nous leur avons apportée et au développement des œuvres d'hygiène et d'assistance que la France a organisées et qui ont réduit considérablement la mortalité infantile.

                 Ces constatations nous conduisent à affirmer que normalement, dans 30 ou 40 ans, l'Afrique du Nord sera peuplée de 25 à 30 millions d'habitants indigènes présentant un caractère d'homogénéité indiscutable, notre politique ayant toujours tendu à effacer ou à rapprocher les sectes, et à fondre ou à conjuguer les races qui les divisaient.
                 Dès lors, voici les points d'interrogation qui nous sont proposés :
                 La terre nord-africaine va-t-elle être capable d'assurer la subsistance et l'évolution sociale de cette population en voie certaine d'accroissement massif, comme elle a réussi à le faire jusqu'à ce jour avec le concours de 900.000 Français, à travers bien peu d'incidents et de conflits, il convient de le souligner ?

                 Et, par ailleurs, pour ne prendre que l'exemple de nos départements algériens, bastions de l'Afrique du Nord, un siècle de colonisation n'a-t-il pas suffisamment démontré que ce serait une utopie de croire que 900.000 Français sont susceptibles d'assimiler 6 millions d'indigènes musulmans ?
                 Tel est le problème qui se dessine de plus en plus à nos horizons et qu'il faut bien que nous nous appliquions à résoudre si nous voulons, que, dans un avenir prochain, les 25 ou 30 millions d'indigènes annoncés par les statistiques viennent compléter efficacement et durablement la Métropole et former un bloc stable avec elle.
                 A notre avis, la solution devrait être trouvée, non dans la formule de l'assimilation reconnue chimérique à l'usage, mais dans la méthode de l'association, laquelle, est-il besoin de le dire, s'étendrait dans l'avenir aux trois provinces, et solidariserait leurs populations aux 45 millions de Français. Car, il convient de ne pas oublier, d'abord qu'une mesure appliquée dans l'une d'elles provoquerait les revendications des indigènes des deux autres, ensuite que le problème est général et non local.

                 Et maintenant, les mérites de cette méthode d'association ont-ils besoin d'être expliqués ? N'apparaissent-ils point incontestables quand on réfléchit que les populations de l'Afrique du Nord ne pourront utilement travailler à assurer leur subsistance qu'en fonction des nouvelles conditions de sécurité économique que leur consentira la Métropole, tant en ce qui concerne la production et la valorisation des richesses du sol et du sous-sol qu'en ce qui regarde l'immigration en France de leur main-d'œuvre rationnellement substituée à celle de l'étranger.
                 Certes, c'est là toute une politique à inaugurer. Elle dépasse le cadre de nos conceptions antérieures. Elle exige d'être élaborée avec calme et lucidité, appliquée avec prudence et continuité par nos dirigeants, dominés par le souci permanent de la souveraineté nationale.
L'ŒUVRE de Joseph Serda
Texte figurant dans
" Lectures géographiques. Tome II. La France d'outre-mer "
par Mme R. Ozouf et R. Ozouf, géographes, 1938
La question des races
et la question des langues indigènes

                 Il y a, en Algérie, deux races considérées comme indigènes : la race arabe et la race berbère.
                 Sans les confondre tout à fait, on crut longtemps que la prépondérance numérique revenait, sans conteste, à la race arabe. La conquête opposa aussitôt après la disparition des Turcs, et pendant longtemps, les Arabes aux Français, et ceux-ci ne virent guère, chez les Indigènes, que des Arabes.
                 Abd-el-Kader était un Arabe. Les deux expressions Indigène et Arabe devinrent à peu près synonymes. Les Berbères ou Kabyles étaient considérés comme un groupe isolé, assez peu nombreux de paysans montagnards. L'occupation de la Kabylie, réalisée très rapidement, ne modifia pas les idées sur l'importance respective des deux races. Napoléon III fut, lui-même, victime de l'illusion commune. Ayant, dans un document officiel qui fit grand bruit, à qualifier l'Algérie indigène, il l'appela : un royaume " arabe ". Aujourd'hui encore, l'opinion courante est convaincue que le fond de la population indigène, en Algérie, est arabe.

                 C'est une erreur. Tous les historiens, tous les érudits qui ont étudié la question reconnaissent qu'il y a beaucoup plus de sang berbère que de sang arabe dans les veines de nos Indigènes algériens. Les Berbères ont, pendant des siècles, occupé la totalité du territoire. Ils y sont de toute antiquité et n'en sont presque jamais sortis. Leur race y a de puissantes racines.
                 Les Arabes sont venus tard et en petit nombre. Les incursions du 7e siècle n'ont amené que des combattants, sans familles. Seule, la migration hilalienne du 11e siècle a fixé en Algérie des tribus arabes, mais elles n'ont pu submerger les Berbères. L'Arabie, d'où sortirent ces nomades, était alors, comme aujourd'hui, un pays médiocrement peuplé, incapable de fournir des masses considérables d'émigrants. D'ailleurs les Hilaliens n'ont guère occupé que les Plateaux algérois et oranais, ainsi que la lisière du désert. La plus grande partie du territoire, les régions les plus peuplées restèrent berbères et aucun événement ultérieur n'a modifié cette situation. Hilaliens : membres d'une tribu arabe qui émigra vers l'Afrique du Nord.

                 Ce qui a amené, et amène encore, la confusion des idées dans la question des races, c'est la question des langues.
                 Des deux langues indigènes parlées en Algérie, l'arabe et le berbère, c'est la première qui est la plus répandue. Elle a suivi les progrès de l'islamisation. Beaucoup de tribus berbères, gagnées à la religion musulmane, ont adopté peu à peu la langue du Coran et de ses propagateurs. Ce phénomène est assez semblable à celui qui, en Gaule, a substitué la langue latine au parler gaulois, sans que le " sang des races " ait subi d'altération sensible. En Algérie, les tribus s'arabisèrent surtout dans l'ouest (département d'Oran), ou, du Tell aux Plateaux et des Plateaux au Tell, grâce à la vie nomade ; les hommes et les influences circulent aisément : aucun grand massif n'a permis à la résistance berbère de s'organiser, par suite, à la langue de se défendre. D'autre part, l'arabe, seul, est une langue écrite ; le berbère, depuis très longtemps, n'est qu'un patois : notable cause d'infériorité.

                 La région de Bône-Guelma semble avoir été arabisée au contact de la Tunisie, où les conquérants arabes sont presque toujours restés les maîtres. La petite Kabylie, elle aussi, parle un dialecte arabe.
                 Les tribus berbères qui ont adopté la langue arabe s'attribuent volontiers une origine arabe. Mais les savants rétablissent la vérité par l'étude des institutions et des mœurs. Certains érudits se croient même fondés à penser que, de par son hérédité lointaine, Abd-el-Kader n'était pas un arabe de race pure, mais un berbère.
                 Une enquête minutieuse, effectuée en 1910, a fixé comme suit l'importance respective, à cette date, des deux langues indigènes employées en Algérie : la langue arabe est parlée par 3.200.000 Indigènes, la langue berbère par 1.300.000.

                 Parmi les Berbères, beaucoup parlent les deux langues. Le fait est plus rare chez les Indigènes dont l'arabe est la langue familiale. Cela tient à ce que les Berbères, tout au moins les Kabyles, quittent plus volontiers les régions d'où ils sont originaires et circulent davantage en Algérie, pour gagner leur vie. Il y a, à Alger, presque autant de Berbères venus du Djurdjura que d'Arabes (20.000 contre 30.000).
                 La langue berbère ne s'est conservée que sur les hautes montagnes : Aurès, Djurdjura, Bibans, Zaccar, Dähra, sommets de l'Ouarsenis. Encore faut-il ajouter qu'elle s'est laissée pénétrer par de nombreuses expressions arabes. Tout le reste de l'Algérie indigène parle l'arabe.
L'ALGERIE :
HISTOIRE, COLONISATION, GEOGRAPHIE, ADMINISTRATION
par P. Bernard et F. Redon, 1926
Enseignement technique

                 L'instruction publique des Indigènes. L'instruction publique spéciale aux indigènes comprend :
                 1° des écoles d'enseignement supérieur musulman, qui sont appelées medersas. On y enseigne la théologie et le droit musulmans, la littérature arabe, ainsi que la langue française et les éléments des sciences. On y prépare les futurs fonctionnaires indigènes (cadis, etc.). Il y en a 3 en Algérie : une à Alger, une autre à Tlemcen (dép. d'Oran), une troisième à Constantine.
                 2° des écoles primaires spéciales. Environ quarante mille garçons indigènes les fréquentent. On y apprend la langue française usuelle, notre système de poids et mesures, notre numération. Dans les campagnes, on y exerce les élèves aux travaux agricoles, et dans les villes aux métiers manuels.
                 3° des cours complémentaires agricoles ou industriels, annexés aux écoles primaires. Ils initient les Indigènes, dégrossis par leur passage dans les classes primaires, soit aux travaux perfectionnés de l'agriculture et au machinisme agricole (Ben-Chicao, dép. d'Alger ; Mazouna et Ammi-Moussa, dép. d'Oran), soit aux arts musulmans : travail du cuir, du cuivre etc. (Alger, Tlemcen).
                 A l'usage des filles indigènes, ont été créées des écoles ouvroirs, où ces enfants apprennent surtout à coudre, à broder, à confectionner des tapis etc.

                 Enseignement technique. L'enseignement technique s'organise peu à peu. Toutes les écoles de cet ordre sont ouvertes aux Indigènes comme aux Français.
                 L'enseignement agricole dispose d'établissements divers.
                 Au premier degré, il faut mentionner l'École d'agriculture de Philippeville (dép. de Constantine), l'École d'apprentissage horticole d'Alger, et, pour les filles, l'École ménagère agricole d'Alger. Ces deux derniers établissements sont installés au Jardin d'Essai.
                 Au degré supérieur, l'enseignement agricole est donné à l'Institut agricole de Maison-Carrée (dép. d'Alger) qui prépare des chefs d'exploitation, des gérants de fermes, des directeurs de grands domaines ruraux. Il peut attribuer à ses meilleurs élèves, après concours, le titre d'ingénieur.

                 L'enseignement industriel est donné par des sociétés d'apprentissage, des écoles manuelles diverses, des cours industriels, répartis dans les grandes villes.
                 Les établissements les plus importants sont : au premier degré, l'École d'apprentissage de Dellys (dép. d'Alger) ; au deuxième, les Écoles pratiques d'Alger, d'Oran et de Constantine (ces deux dernières, en construction) ; au de gré supérieur, l'Institut industriel de Maison-Carrée qui prépare des ingénieurs et des chefs d'usines.

                 L'enseignement commercial est donné à l'École pratique de commerce d'Oran et à l'École supérieure de commerce d'Alger, ainsi que dans la plupart des Écoles primaires supérieures.
L'ALGERIE :
HISTOIRE, COLONISATION, GEOGRAPHIE, ADMINISTRATION
par P. Bernard et F. Redon, 1926
Assistance publique.
Protection de la santé publique

                 En Algérie l'assistance publique est organisée comme en France. Elle y rend des services encore plus considérables, surtout aux indigènes qui comptent beaucoup d'indigents, et qui généralement ignorants de l'hygiène, sont très accessibles aux maladies et aux épidémies.
                 L'assistance aux indigents. Elle est donnée, sous des formes différentes, principalement dans les Bureaux de bienfaisance et les Monts-de-piété (Caisses de crédit municipal).
                 Les Bureaux de bienfaisance distribuent des secours en argent aux nécessiteux. Il en existe dans la plupart des grandes communes. Ils permettent d'interdire la mendicité publique, qui se confond trop souvent avec le vagabondage.
                 Les Monts-de-piété sont des établissements où les pauvres gens, dans les moments de gêne, viennent mettre en gage leurs bijoux, leurs hardes. Ils peuvent les retirer, par la suite, en remboursant le prêt qui leur a été consenti. Il en existe un dans chaque chef-lieu de département algérien.

                 L'assistance à l'enfance. Pour la première enfance, l'assistance est donnée dans des crèches, des " gouttes de lait ", des pouponnières ; y sont admis les tout petits enfants dont les mères sont occupées, pendant le jour, à gagner leur vie.
                 Le service des Enfants assistés s'occupe spécialement des Orphelins. En bas âge, ils sont envoyés dans les crèches ; à partir de six ans, ils sont placés dans des orphelinats, ou confiés à des familles qui doivent, moyennant une rétribution, les élever, les nourrir, les faire instruire, et, à 13 ans, leur donner un métier.
                 Ce service est organisé dans chaque chef-lieu de département.
                 Il existe aussi, à Alger deux établissements destinés aux enfants infirmes : une École de Sourds-Muets et une institution de jeunes Aveugles.

                 L'assistance aux malades. Elle est donnée dans les hôpitaux civils et les hôpitaux militaires.
                 Quand un seul établissement hospitalier existe dans une région, il accueille tous les malades, militaires ou civils. Les Indigènes sont admis et traités, comme les Européens. Dans les régions peuplées spécialement d'Indigènes, des infirmeries ont été créées à leur usage.
                 Dans les régions de colonisation où la dispersion de la population française n'aurait pas engagé de médecin à s'installer, l'Administration nomme et rétribue des " médecins de colonisation " qui doivent des soins gratuits aux indigents, vaccinent les Indigènes etc.
                 Les vieillards, infirmes ou impotents, sont reçus dans quelques Asiles ou Hospices.

                 Protection contre les épidémies. La protection générale du pays contre les épidémies est assurée, en Algérie par le Service de l'Hygiène publique.
                 Sa surveillance vise particulièrement les milieux indigènes, souvent infestés de typhus ou de variole, et les ports. C'est par les ports que les bateaux, venus d'Orient ou d'Extrême-Orient, et particulièrement ceux qui ramènent les pèlerins musulmans de la Mecque, risquent de propager la peste et le choléra, permanents en Asie.
                 Contre la peste on agit préventivement par la destruction systématique des rats, agents de transmission de la maladie. On dispose aussi, contre cette maladie et contre le choléra, de vaccins très efficaces.
                 Ces épidémies, autrefois effroyables, sont presque inconnues aujourd'hui dans notre pays. Quand elles apparaissent en Algérie, elles sont limitées à quelques cas particuliers et immédiatement enrayées.
                 Le service d'Hygiène est aussi chargé de vacciner contre la variole tous les émigrants.

                 L'Institut Pasteur d'Alger. Une institution rend à la santé publique, en Algérie, et à la science, les plus signalés services : c'est l'Institut Pasteur d'Alger.
                 Il traite, comme tous les établissements de ce nom, les personnes mordues par un animal atteint ou suspecté de rage. Il fabrique les sérums et les vaccins, utilisés contre tant de maladies, soit humaines (variole, diphtérie, fièvre typhoïde, etc.) soit animales (clavelée des moutons etc.).
                 Il dirige la lutte contre certaines maladies spéciales au pays : le paludisme, le typhus, la fièvre récurrente. L'Institut Pasteur d'Alger a découvert, ou confirmé, que l'agent propagateur de ces deux dernières maladies est le pou. Il étudie aussi les maladies parasitaires du cheptel algérien (chameaux, moutons, bœufs), et celles des cultures algériennes.
L'ALGERIE :
HISTOIRE, COLONISATION, GEOGRAPHIE, ADMINISTRATION
par P. Bernard et F. Redon, 1926141
L'évolution des Indigènes algériens

                 Quoique les indigènes soient très conservateurs et très traditionalistes, ils ont évolué et évoluent de plus en plus rapidement au contact de la population européenne. Le grand mouvement qui s'est produit dans ces dernières années en Orient, notamment en Turquie et en Égypte, dans le sens de la laïcisation de la société, de la modernisation de l'Islam, de l'affranchissement de la femme, commence à gagner l'Algérie. En Kabylie le vieux droit barbare est battu en brèche. Les travaux domestiques exigent un personnel féminin moins nombreux qu'autrefois, il en résulte une diminution de la polygamie, qui est devenue assez exceptionnelle. La division du travail, le perfectionnement des échanges, la recherche du bien-être tels que nous les voyons poindre tendent à l'affranchissement de la femme. Le jour où celle-ci jouera au foyer familial le rôle d'intendante et de conseillère comme la bourgeoise ou la paysanne française est encore éloigné, mais l'école peut en préparer l'avènement. Ce sera la transformation la plus profonde qu'on puisse véritablement souhaiter et espérer dans la société indigène.

                 L'attitude des musulmans à l'égard de l'école s'est beaucoup modifiée ; autrefois assez réfractaires à notre enseignement, ils le réclament aujourd'hui, non seulement pour les garçons, mais pour les filles. Il n'est nullement chimérique de vouloir faire des indigènes algériens des francophones. Dès à présent, la langue française a fait chez eux des progrès considérables. Il n'y a pas de raison qu'ils n'apprennent pas le français, comme ils ont appris successivement le punique, le latin et l'arabe.

                 De grands changements ont eu lieu ; d'autres se préparent. Peu à peu, une société essentiellement guerrière, religieuse, patriarcale, se transforme en une société déshabituée des luttes à main armée, de plus en plus préoccupée des questions matérielles, où des groupements d'intérêts se substituent aux anciens groupements de tribus et de familles.

                 Au point de vue économique, un premier fait de grande importance est l'augmentation considérable de la population qui a passé de 2 millions en 1872 à 6 millions en 1926. La cessation de l'état de guerre, la disparition des famines et des épidémies ont été pour les indigènes d'incontestables bienfaits. En outre, nous nous sommes efforcés d'améliorer leurs conditions d'existence, de remédier dans la mesure du possible à leurs misères physiques et morales par des œuvres d'assistance et d'hygiène.

                 Des modifications assez notables se sont produites dans la vie matérielle. Le contact de la civilisation a créé aux indigènes des besoins nouveaux. Si frugale que soit demeurée leur existence, ils ont pris de plus en plus l'habitude de consommer du café, du thé, du sucre. Ils achètent des tissus de fabrication européenne, des objets de quincaillerie et des ustensiles de cuisine. Ils savent adopter nos coutumes quand ils en ont reconnu les avantages et surtout quand nos objets usuels sont à la portée de leurs moyens d'achat. Pour le vêtement, sans parler des Israélites qui ont complètement adopté notre costume et copient nos modes, les préventions contre le costume européen ont disparu dans certains milieux ; dans les villes, de plus en plus nombreux sont ceux qui ne conservent que la chéchia. Beaucoup d'indigènes portent des chaussures. Ils affluent vers les villes européennes et bon nombre d'entre eux s'établissent dans les centres et les fermes. Même dans les campagnes, ils commencent à habiter des maisons européennes construites avec des matériaux européens ; ils tendent à se fixer au sol, remplaçant la tente par le gourbi, le gourbi par la maison.

                 Tandis que les indigènes augmentaient en nombre, les surfaces dont ils disposaient ont été réduites par la colonisation européenne. Néanmoins, l'étendue des terres effectivement cultivées a augmenté ; ils tirent meilleur parti des espaces qui leur ont été laissés ; ils emploient des charrues françaises, pratiquent les labours préparatoires, ce qui leur a permis d'augmenter et de régulariser les rendements des céréales. Ils ont aussi fait des progrès en matière d'arboriculture, ont adopté des cultures nouvelles, comme celle de la pomme de terre, excellent dans la culture du tabac. En matière d'élevage, les progrès, moins sensibles, sont néanmoins réels. Des centres d'éducation professionnels propagent les bonnes méthodes agricoles chez les fellahs, auxquels les sociétés de prévoyance facilitent l'achat des animaux et des instruments.

                 De louables efforts sont faits pour remédier à la décadence des industries indigènes, notamment celles de la broderie et des tapis. De nombreuses écoles ouvroirs ont été fondées. Une maison de l'artisanat forme des monitrices qui vont dans les douars enseigner à leur tour. L'administration pourvoit les ouvrières de métiers, leur prête des modèles, leur fait l'avance des laines.

                 L'intervention des Européens, si éclairée qu'elle soit, enlève souvent aux industries indigènes la spontanéité qui en faisait tout le prix. Cependant les tapis fabriqués en Algérie, soit dans le style régional, soit en imitant le tapis d'Orient, sont appréciés par les grands magasins de Paris, qui viennent maintenant acheter dans la colonie une part des approvisionnements qu'ils demandaient aux pays d'Orient. Ainsi les industries familiales deviennent pour la femme une source d'enrichissement et d'affranchissement.

                 Dans l'ensemble, il ne paraît pas douteux que les conditions de vie indigène vont en s'améliorant. Notre rôle est de guider cette évolution, d'aider les indigènes à s'adapter aux conditions nouvelles d'existence qui leur sont faites. Entre indigènes et Européens se nouent de plus en plus des liens économiques. Bien loin que les intérêts des indigènes et ceux de la colonisation soient opposés, ils sont étroitement solidaires ; l'évolution des indigènes ne peut être l'œuvre que des colons français. L'exemple est le meilleur des maîtres ; plus il y aura de colons français en Algérie, plus à leur contact les indigènes abandonneront leur routine et subiront l'infiltration du progrès.

Augustin Bertrand
(L'Algérie, coll. Des anthologies illustrées des colonies françaises, H. Laurens édit.). Texte figurant dans
" Lectures géographiques. Tome II. La France d'outre-mer "
par Mme R. Ozouf et R. Ozouf, géographes, 1938144

Géographie de l'Algérie

1. Le Sahara


                 Après mille détours, je découvre le sentier qui descend à l'oasis. Il faut avoir parcouru, sous un soleil torride, d'immenses étendues pierreuses, et traversé en plein midi les ruelles de ce village embrasé pour sentir le bonheur de se trouver tout à coup dans une vasque de fraîcheur et d'ombre. Ici plus de maisons, un dédale de petits murs de terre sèche, des milliers de vergers secrets : on est dans la forêt des dattiers. A dix mètres au-dessus du sol, leurs palmes recourbées se joignent et forment un dais verdoyant entre le ciel en feu et la tiède humidité de la terre. Sous les taillis de lauriers-roses, une traîne embaumée. Dans son ravin de sable rouge, la rivière presque desséchée par les canaux qui l'épuisent, glisse en minces filets de lumière parmi les masses fleuries.

                 Un cavalier en burnous blanc, monté sur un cheval azuré, vole de rocher en rocher au milieu de ce bouquet, et sous les pieds de sa monture, l'eau jaillit en étincelles. Des formes blanches, jaunes ou bleues, toutes couvertes de bosses, où il est vraiment malaisé de deviner une femme, descendent du village dans l'ombre verte des sentiers. Sitôt arrivées au bord de l'oued et débarrassées de leurs fardeaux, battoirs, linges, marmites, larges plats de bois, enfants même, elles retroussent leurs draperies et piétinent leur linge en cadence, ou bien elles le battent à deux mains, avec une crosse de palmier, d'un geste large et pareil à celui d'un exécuteur. Au milieu des lauriers, les enfants s'ébattent dans l'eau. La rivière trop peu profonde pour qu'ils y plongent tout entier, le bain n'est plus qu'un jeu, une bataille où ils s'éclaboussent à plaisir ; le moindre bruit met en fuite ces gracieux oiseaux sauvages.

                Dans les innombrables jardins prisonniers des petits murs de terre sèche, pas de fleurs, rien que des verdures. Elles vous arrêtent au passage ; il faut courber la tête sous les vignes en berceau pour éviter les grappes qui vous frappent au visage, ou l'énorme concombre qui se suspend au grenadier.

                 Le sol disparaît sous les felfels, (piments), les poivrons, les melons d'eau, mille plantes familières ou inconnues : un puissant parfum de menthe s'exhale de la terre mouillée ; le vert bleu du figuier se marie au vert foncé de l'abricotier vivace ; l'oranger et le citronnier mêlent leurs feuilles au laurier noir ; et, jaillissant de ce peuple pressé, les grands dattiers s'élancent et laissent retomber leurs longues palmes d'un gris bleu.

                 Quels soins il a fallu pour maintenir sous un ciel implacable cette végétation luxuriante ! A deux pas le désert, le grand pays brûlé où rien ne bouge que la lumière qui tremble, où rien ne fleurit que le thym. Comme on comprend, sous ces verdures, le désordre passionné de la poésie arabe et son éternelle promesse de paradis verdoyants ! Le bonheur d'une race respire au milieu de ces vergers ; on croit le toucher de la main, on croit l'entendre qui murmure dans cette eau diligemment distribuée, qui s'en va répandant partout son mystère de fraîche vie. Elle est l'âme du bien, et dans tous ces jardins que pas un souffle n'anime, la seule chose mouvante. Elle entre par un trou de mur, va toucher chaque plante, la caresse un moment, répand dans chaque enclos sa fraîcheur et son léger bruit, et puis soudain disparaît : une main parcimonieuse vient de lui barrer le passage avec une motte de boue, et l'eau a pris sa course du côté d'un autre verger. Ainsi de muraille en muraille et de jardin en jardin, elle glisse à travers l'oasis ; tantôt dans un sentier et toute brillante de lumière, tantôt sous les ombrages et ne se révélant qu'à son bruit. Et rien comme cette eau courante à travers ces jardins de sable ne donne une pareille idée de richesse et d'économie, de stérilité et d'abondance. Les plaines fortunées de Beauce semblent moins riches que cette fraîche oasis ; le Limousin tout bruissant de sources, moins mouillé que cette terre qu'un mince filet d'eau arrose ; et nulle forêt n'est plus profonde que ce bouquet d'arbres au désert…

                Quand je rentrai dans le village, les marchands réveillés distribuaient des denrées, dont je ne précisais ni le nom ni l'usage, à de vieilles sorcières dévoilées et à des Juives au teint pâle. De graves citadins, accroupis dans leurs lainages, bavardaient en buvant un épais café au sucre ou du thé à la menthe ; d'autres jouaient aux dames. Au milieu de la place, de petits fourneaux en plein vent répandaient dans l'air calme une odeur de graisse fondue. Un grand diable, immobile devant un fagot de bois sec, le couvait du regard comme si c'eût été un trésor.

                 Des chameaux habitués aux grandes étendues vides, et sans doute fâchés de se trouver entre des murs, poussaient leur grognement atroce et rebroussaient chemin dans une indescriptible mêlée de longues pattes et de longs cous… Des artisans, dans leurs échoppes, se livraient silencieusement à de menus travaux : ils travaillaient comme on rêve, comme on fume une cigarette. Ni mon passage ni ma curiosité ne leur faisaient lever les yeux de la babouche ou du bijou sur lesquels ils étaient penchés. Chacun d'eux avait près de lui un petit animal ou quelque objet charmant, celui-ci deux fleurs dans un vase, celui-là une gazelle, cet autre un beau geai bleu ; ils ne regardaient pas plus la fleur, la gazelle ou l'oiseau qu'ils ne s'occupaient de moi, mais ces présences légères formaient autour d'eux un charme dans lequel ils semblaient vivre. A quoi songeaient-ils ainsi, ces ouvriers silencieux ? Quel songe secret poursuivaient-ils, de religion ou d'amour ?… Échappés du Coran et vifs comme des lézards excités par la chaleur, des enfants se bousculaient dans mes jambes, tourbillonnaient autour de moi avec des cris d'hirondelles au crépuscule, tandis que leurs petites sœurs, un chiffon sur la tête, une étoile bleue sur le front, un bijou puéril au bras, et dans leurs yeux déjà peints un éclat inouï de coquetterie et de malice, jouaient gravement aux osselets, accroupies dans la poussière.

LA FETE ARABE
Jérôme et Jean Tharaud, Plon éditeur, 1926
Texte figurant dans
" Lectures géographiques. Tome II. La France d'outre-mer "
par Mme R. Ozouf et M. R. Ozouf, géographes, 1938



PHOTOS D'ECOLE
Envoyée par Mme E. Matre
Photo  Mme E. Matre

Photo  Mme E. Matre
                         Dans ces classes, est-ce que quelqu'un peut ajouter des noms et donner le nom de l'Ecole à Bône ?


La Fée
Envoyé par Monique

           Un migrant qui vient de débarquer rencontre une représentante d’ONG qui le renseigne et l’accompagne voir une fée qui travaille pour les Services Sociaux, qui lui annonce :
           - Comme tu es un migrant, tu peux faire trois vœux que je vais exaucer.

           Le migrant réfléchit un instant et lui dit :
           - 1er , je veux de l'argent tous les mois pour vivre, moi et ma famille.
           La fée consulte la loi française , pas de problème.

           - Pour le 2e, je veux une grande maison, pour pouvoir loger toute ma famille.
           La fée reconsulte encore la loi française, pas de problème.
           Alors le migrant réfléchit et dit alors :

           - Pour le 3e , je veux être français.
           Et du coup plus de maison, plus d'argent : tout à disparu, le réfugié manifeste et crie :
           - Hé c'est quoi ça ?
           La fée lui répond :
           - Maintenant que tu es français, si tu veux quelque chose , … travaille !



Employés des postes
Envoyé par M. Christian Graille

               Depuis quelques années, de nombreux employés des postes et télégraphes quittent l'administration à laquelle ils appartiennent pour rentrer dans les compagnies anglaises.
               Ils s'expatrient, attirés par l'appât d'un gain supérieur. Les uns vont au Sénégal ; d'autres en Amérique et beaucoup hélas ! Ne reviennent point, ou retournent en Algérie la santé ruinée pour toujours.
               Leur émigration ne s'arrête pas néanmoins, elle augmente même d'année en année ; il est probable cependant qu'ils savent bien ce qui les attend dans ces pays lointains et malsains.
               Ils n'ignorent pas qu'ils seront constamment menacés là-bas :
               - de la fièvre jaune,
               - de la dysenterie,
               - du choléra et surtout
               - de l'anémie terrible des pays chauds qui tue plus lentement mais plus sûrement.

               Ils se disent aussi qu'ils seront, dans leur exil, bien isolés, séparés de tous les êtres qui leur sont chers, du sol natal auquel leur cœur tient par toutes ses fibres. Ils n'en partent pas moins.
               Pourquoi ? C'est qu'avant de songer à vivre selon son gré, dans le pays que l'on préférait, auprès des parents et des amis que l'on aime, il faut penser à vivre.
               Les uns ont une famille à nourrir, et les appointements qu'ils touchent dans l'Administration des postes n'y suffisent pas ; les autres ont de vieux parents à soutenir et les 100 ou 120 francs qu'ils reçoivent…leur sont indispensables pour leur seul entretien. Quelques-uns rêvent de se marier, et ils cherchent à acquérir une position qui ne condamne pas leur fiancée à la misère.

               C'est que le traitement qu'on leur assure là-bas et si séduisant ; on fait miroiter sous leurs yeux des 3 ou 700 francs par mois et des augmentations rapides et successives. Ils gagneront, au début, dans les compagnies anglaises, cinq fois plus qu'ici, après plusieurs années de service, plus qu'ils ne toucheraient en Algérie à la fin de leur carrière. Ils vont à la conquête de la toison d'or.
               Oh ! Tout n'est pas bénéfice ! Les vivres de là-bas sont plus chers ; les moindres objets fabriqués par l'industrie s'y achètent à un prix très élevé, mais ces exilés économiseront facilement un tiers de leur gain, une somme au moins égale à celle qu'ils recevaient, comme employés d'État. Ils feront ces épargnes en menant une vie sevrée de tous les plaisirs, afin d'échapper plus longtemps aux mille fléaux qui les guetteront dans ces pays meurtriers, du moins, ils reviendront dans leur patrie avec une petite fortune !

               Hélas ! Beaucoup n'y reviennent pas ! Aussi, l'on peut dire qu'ils sont les premiers qui perdent à s'expatrier, bien qu'ils soient guidés, le plus souvent, par des motifs louables.
               Mais, le public n'a rien à gagner non plus à l'exil de ses employés. Ce sont généralement des fonctionnaires d'élite que les compagnies anglaises attirent ainsi à elles, ceux qui auraient le mieux occupé, dans l'avenir, les postes supérieurs de leur Administration ; ce sont ceux qui actuellement, remplissaient le mieux les emplois inférieurs dont ils étaient chargés. Ils étaient intelligents, et comptaient de nombreuses années d'exercice. Ce sont donc nos meilleurs serviteurs qui nous sont ainsi enlevés par l'étranger.

               Ne pourrait-on les retenir parmi nous, non pas de force, ce serait injuste et impossible, mais en leur faisant, en Algérie, une carrière plus enviable ? Sans doute leurs travaux valent plus que le salaire dont on les paie, puisque les compagnies anglaises offrent à ces fonctionnaires des traitements bien plus élevés.
               Il ne s'agit pas, bien entendu pour l'État de leur attribuer des 7 à 800 francs par mois, mais il serait désirable qu'on ne leur donnât pas à choisir entre la misère sur le sol natal et une large aisance loin de la patrie. Si beaucoup de ces émigrants espéraient après 20 ou 25 ans de services, arriver à des appointements moitié moindres de ceux auxquels ils atteindraient dans les compagnies anglaises, ils demeureraient fonctionnaires français.
               Ils toucheraient moins d'argent, mais ils feraient entrer en ligne de compte la joie de vivre dans les lieux aimés, auprès des personnes chères, de notre existence plus facile et moins privée de plaisirs de la civilisation.

               L'Administration des Postes et Télégraphes peut faire des sacrifices pour conserver ses meilleurs agents, puisque c'est, dit-on, la seule qui rapporte à l'État plus qu'elle ne lui coûte.

               L'Administration des Postes et Télégraphes

               Il y aura bientôt un an, l'Administration des Postes et Télégraphes faisait subir un examen sur les principales matières des programmes primaires aux candidats qui voulaient entrer dans ses bureaux. Il y eu beaucoup d'appelés et peu d'élus.
               Ceux qui furent reçus à cette première série d'épreuves étudièrent ensuite, sans traitement ni indemnité d'aucune sorte, les différents services qui pourraient plus tard leur être confiés.
               Quand on jugea que leur instruction technique devait être achevée, on leur fit passer un nouvel examen. On s'assura qu'ils savaient :
               - lire et transmettre couramment un télégramme,
               - diriger, par la voie la plus rapide, une lettre vers son destinataire,
               - libeller un mandat, en se trompant moins que certains employés actuels, et même
               - vendre des timbres-poste, puisque c'est là, paraît-il, une des parties les plus importantes de leur tâche professionnelle.

               Il y eut encore des vaincus à ces secondes épreuves et aussi des vainqueurs. Croyez-vous que ceux-ci furent immédiatement après inscrits au budget de l'État, puisqu'on avait reconnu que leurs connaissances théoriques et techniques étaient suffisantes ?
               Détromper-vous.
               Depuis plus de trois mois ils continuent à travailler gratis dans les bureaux de l'Administration :
               - Ils sont tenus à des heures de service régulières ,
               - on les charge même de faire des intérims,
               - ils remplacent des employés manquants ou malades ; mais on ne songe pas à les payer.

               Leurs chefs s'imaginent peut-être que ce sont des millionnaires déguisés, et qui se trouvent assez récompensés de leur peine en mettant sur leur carte de visite : " Employés du Ministère des Postes et Télégraphes. "
               On les nourrit bien… d'espérances ; on leur montre bien là, tout proche, à portée de la main, ces appointements qui leur sont destinés et qu'ils toucheront… demain, mais, à mesure qu'ils avancent pour les saisir avidement on recule en riant : " Allons ! Viens mon ami ! Encore un pas de plus ! " Et nos pauvres postiers in partibus, voient des mois succéder aux mois sans voir tomber sur eux la bonne manne gouvernementale.
               Si quelques-uns se lassent d'attendre et quittent l'administration : tant mieux, celle-ci en aura moins à placer, elle veut encourager la constance ; si certains mouraient par hasard de faim, qu'importe ! On n'aurait pas non plus à les pourvoir d'emplois.

               On dresse ainsi des fonctionnaires qui sauront vivre de peu, puisqu'ils vivent de rien et résister aux plus cruelles privations. Les démissionnaires et les morts n'en auront pas moins rendu, durant quelques mois des services gratuits et ce sera autant d'attrapé pour le gouvernement.
               Mais si, il faut tout prévoir, ces jeunes gens pressés par le besoin arrêtaient au vol quelques lettres chargées ou prenaient dans leur caisse pleine, leur bourse étant vide, aurait-on le courage de les condamner, surtout s'ils ne s'attribuaient qu'une somme inférieure ou égale aux appointements auxquels ils ont droit ?

               On me dira : on n'a pas de crédits pour les payer ; on n'a pas d'emplois vacants à leur offrir. Cette objection me paraît bien faible. Il ne fallait pas les admettre à l'examen théorique et particulièrement à l'examen technique si vous n'aviez pas de quoi rémunérer leur travail.
               En les recevant vous vous êtes engagés à leur accorder une place et un traitement. Montrez-vous plus difficile à l'avenir pour les candidats à l'Administration des Postes, refusez-en davantage mais n'exigez pas un labeur gratuit de ceux que vous accueillez. Ne les leurrez pas continuellement de fausses promesses !
               Vous n'échapperez pas à ce dilemme. Ou bien ces jeunes ne sont pas capables de remplir les intérims que vous leur confiez et alors le public a lieu de se plaindre puisqu'il verse des impôts pour être bien servi : ou bien, ils s'en occupent à la satisfaction de tous, et dans ce cas, il faut leur donner des appointements comme à de véritables fonctionnaires puisqu'ils en tiennent lieu.

Jean Fructueux
Les Annales algériennes (114-04-1893 et 21-04-1892)


Droits des colons
Envoyé par M. Christian Graille

(Les colons appelés du gouvernement ont des droits).

               Depuis quelques années, on ne parle que des droits sacrés des indigènes. Ne serait-il pas opportun d'évoquer ceux non moins sacrés des colons ?
               - D'où sont-ils venus ces colons qu'on trouve trop nombreux aujourd'hui ?
               - Qui les a appelés ?
               - Qui les a installés ?
               - Qu'ont-ils fait pour qu'on annonce, avec une sorte de joie, la liquidation de leurs entreprises, comme on se réjouirait de l'élimination d'un corps étranger gênant la marche de la prospérité algérienne ?

               Le plus grand nombre est venu de France, à la suite d'appels du Gouvernement dans les départements de la métropole. Pour encourager l'émigration, on donnait :
               - des frais de route,
               - des passages gratuits pour la traversée,

               On délivrait des terres,
               On ajoutait à titre de primes d'encouragement des subsides :
               - en argent,
               - en matériaux,
               - en main-d'œuvre militaire, pour aider à la construction de l'habitat de la famille.

               Quand, ce qui arrivait souvent, le colon ne trouvait pas dans son lot un hectare à cultiver immédiatement, l'armée venait le lui défricher, afin qu'il eût au moins un petit coin de terre pour y planter des choux.
               D'autres sont des soldats qui étaient sous les drapeaux en Algérie, qui avaient combattu l'ennemi et auxquels on disait, deux ans avant leur libération du service : " Voici un congé de trois mois. Allez-vous marier dans votre pays. Revenez avec une payse, et au retour vous recevrez, avec une exonération du service militaire,
               - une maison bâtie,
               - un champ de bétail,
               - des semences et
               - des rations de vivres pour vous nourrir jusqu'à la première récolte ".


               Ceux qui n'avaient pas décidé une compagne à les suivre sur la terre algérienne, revenaient à Toulon, où ils trouvaient, sous le patronage de grandes dames, un dépôt de jeunes filles à marier, parmi lesquelles ils avaient à faire un choix, dans le plus bref délai, car on avait un besoin urgent de colons et de colonnes pour peupler des villages créés ou en projet.
               Le Gouverneur et le Ministre de la Guerre menaient les mariages de ces soldats le plus militairement possible. On était pressé, très pressé.

               Ces mariages improvisés ayant été l'objet de légitimes critiques et l'armée d'Afrique ne suffisant pas au recrutement des colons, une seconde circulaire du Ministre de la Guerre aux Préfets des départements, circulaire qui fut affichée dans toutes les communes de France, informa les anciens militaires, rentrés dans leurs foyers et mariés, que le Gouvernement était disposé à leur faire de grands avantages s'ils voulaient devenir colons en Algérie. Un grand nombre répondit à cet appel.
               En même temps les Congrégations religieuses agricoles étaient sollicitées à venir fonder des établissements en Algérie.
               En 1842, je fis partie d'une commission présidée par M. Laurence, et je vins, en cette qualité, de Paris dans les provinces d'Alger et de Constantine pour y faire choix des emplacements qu'on pourrait proposer aux Trappistes et aux Frères de Saint-Jean-de-Dieu.

               Enfin arriva la levée de 1848. Cette fois c'était le pouvoir souverain, dans sa plus haute expression, qui faisait appel à la population ouvrière de Paris. L'appât était " un crédit de 50 millions ouvert au ministère de la guerre pour être spécialement appliqué à l'établissement de colonies agricoles ".
               Une commission fut instituée à l'effet de présenter à l'approbation du Ministre de la Guerre les listes de candidats choisis entre tous ceux qui justifieraient de leur moralité, de l'aptitude physique et professionnelle, nécessaires ainsi que de la qualité de Français.
               Cette commission était composée :
               - de neuf représentants du peuple,
               - de quatre maires de Paris,
               - de quatre médecins.

               La loi fut promulguée le 19 septembre. Seize convois partirent :
               - les 8, 15, 19, 22, 26, 29 octobre,
               - les 2, 5, 9, 12, 16, 19, 23, 26 novembre,
               - les 3 et 10 décembre.

               Les convois s'embarquèrent sur les quais de Seine, dans des bateaux remorqués par la vapeur qui les conduisirent à Marseille.
               Chaque départ donna lieu à une fête solennelle à laquelle présidait un des plus hauts fonctionnaires de l'État. A l'arrivée en Algérie, le clergé venait, en grande cérémonie, bénir chaque essaim et lui souhaiter la bienvenue.
               Depuis 1848, le Gouvernement ne procédait plus au peuplement de la colonie par des appels généraux mais il encourageait et subventionnait le recrutement individuel. C'est ainsi qu'on a installé quelques colonies départementales.

               L'action gouvernementale dans l'expatriation des colons français était telle qu'on peut dire, sans crainte de se tromper, que le plus grand nombre avait été poussé, par les deux épaules, sur la rive africaine de la Méditerranée.
               Pour quelques catégories d'étrangers, on a procéda de même. Ainsi, ceux qui peuplaient les villages :
               - de Kouba,
               - de Delly-Ibrahim,
               - de Sainte Léonie,
               - d'Aïn-Stidia et autres appartenaient à des émigrations allemandes qui venaient dans nos ports de France s'embarquer pour l'Amérique et qu'on avait détournées de leur destination.

               Les colonies protestantes et catholiques de la Suisse ont toutes été dirigées sur l'Algérie par le Gouvernement. Tous nos Consuls de la Méditerranée ont reçu du Ministère des Affaires Étrangères des instructions pour encourager et protéger l'émigration en Algérie.
               En cherchant, par tous les moyens, à recruter des colons, le Gouvernement n'obéissait pas à une pression incompétente de l'opinion publique ; il donnait satisfaction à un des besoins les plus impérieux de l'armée d'occupation.
               Nos soldats, enfermés :
               - dans les villes,
               - dans les forts,
               - dans les camps, sans habitants, manquaient de tout et mouraient de misère et de nostalgie, même dans les positions les plus salubres.

               Je citerai comme exemple la première garnison de Miliana, qui ne comptait pas cinquante hommes en état de faire la route quand on est venu la relever.
               Peu de temps après sa rentrée à Alger, le brave colonel qui l'avait commandée comptait par unités le nombre de ses compagnons d'armes survivants.

               A Médéa où était le Général Duvivier, la première garnison avait perdu plus de la moitié de son effectif, et, sans les mesures extrêmes de salut public prises par son chef, elle eût succombé toute entière, comme celle de Miliana.
               Depuis qu'il y a des colons dans ces deux villes, la mortalité de la troupe y est moindre que dans aucune garnison de France.

               A cette époque l'armée tirait une partie de sa consommation en viande d'Espagne, de Sardaigne ou de Tunis et, pour mener au pâturage les bêtes amaigries par la traversée, des bataillons sous les armes étaient obligés de les garder, et chaque jour, la garde de ces pauvres petits troupeaux ramenait des blessés et des tués.
               Pour économiser la viande fraîche, le soldat recevait le plus souvent des salaisons des États-Unis.
               Depuis qu'il y avait des colons en Algérie, la troupe, nourrie de bonne viande, se portait très bien et n'avait plus besoin d'aller faire le coup de fusil pour disputer à l'ennemi sa ration du lendemain.

               Avant la colonisation la cavalerie demandait ses fourrages à l'Europe, et à raison de la dépense, le nombre des chevaux et des bêtes de transport, malgré leur extrême utilité, pour ne pas dire leur nécessité absolue, les Arabes ne nous attaquant jamais que montés sur des chevaux rapides, l'effectif de notre cavalerie était restreint au plus strict nécessaire. Depuis la création de villages agricoles, mais seulement depuis, la cavalerie française a pu prendre le développement exigé par la conquête totale du pays.

               Avant la colonisation les routes étaient coupées entre nos postes militaires par des partis ennemis ; on n'allait de l'un à l'autre que par gros détachements ; quand ils étaient trop faibles, ils trouvaient, comme celui commandé par le sergent Blandan, le héros de Béni-Méred, des embuscades leur barrant le passage.
               Alors les colonnes expéditionnaires étaient obligées de prendre dans les magasins du littoral tout ce dont elles pouvaient avoir besoin pour vivre jusqu'au retour.

               A défaut de bêtes de somme suffisantes, chaque soldat portait dans son sac, outre son approvisionnement en cartouches :
               - huit rations complètes en biscuit,
               - riz,
               - lard,
               - sel,
               - sucre,
               - café,
               - plus les marmites et les gamelles pour les faire cuire.

               Quand le pauvre malheureux devait faire une marche forcée pour atteindre l'ennemi ou le surprendre, il était accablé de fatigue et bientôt l'ambulance devait venir à son secours.
               Malgré les efforts inouïs, malgré le dévouement de tous, on avait des succès mais la conquête ne faisait pas de progrès.

               Les difficultés sur les routes étaient jugées considérables par l'armée elle-même, car le Colonel d'un régiment débarquant de France pour aller tenir garnison à Constantine, demanda sérieusement une escorte pour faire franchir à sa troupe les trois étapes qui la séparaient de sa destination.
               Quelle différence depuis que les colons étaient établis sur toutes les routes ! Je ne parle pas des diligences qui les parcouraient chaque jour et plusieurs fois par jour, même malgré les insurrections. Je ne veux que signaler les services rendus à l'armée par les villages.

               A chaque étape, elle trouva des rations fraîches pour elle et ses chevaux, sans être obligée de s'en surcharger et elle arriva ainsi jusqu'aux limites du désert. Avait-elle des malades ? Elle les confiait aux colons qui les portaient sur leurs charrettes à l'hôpital militaire le plus rapproché.
               Était-elle dans la nécessité d'aller combattre des insurgés ?
               Ses communications et ses approvisionnements restaient assurés sur ses arrières par le concours de colons.

               Le colon était devenu utile au soldat à ce point, qu'aussitôt l'établissement d'un nouveau poste militaire, ce dernier réclamait la création d'un village annexe.
               C'est que le village était la patrie, et non plus le pays ennemi.
               Que les adversaires de la civilisation le sachent bien : il y a en Algérie plus d'un village dont la raison d'être ne peut être justifiée que par l'intérêt de l'armée, car les colons ne peuvent jamais y trouver des conditions de prospérité.
               D'ailleurs le réseau entier de la colonisation a été créé par le Gouvernement, d'abord exclusivement, puis principalement dans l'intérêt de l'armée et très accessoirement dans celui des colons.
               C'était le droit et le devoir de l'État d'en agir ainsi chaque fois qu'il offrait des avantages particuliers aux immigrants.

               Maintenant je pose cette question sans craindre la réponse que les plus malveillants pourront y faire : Les colons, appelés à concourir à l'œuvre de l'armée, ont-ils jamais failli à aucun de leurs devoirs envers elle, envers le Gouvernement qui a disposé d'eux à son gré, envers la France qui a consenti à de grands sacrifices pour vivifier une conquête qui eût été stérile si elle eût été exclusivement militaire comme des gens à courte vue le demandent aujourd'hui ?

               On parle du martyrologe de la colonisation pour la combattre ; mais ses martyrs font sa gloire, car la moitié des décès dans les rangs des colons sont des actes de dévouement à l'armée. Boufarik et Oued-el-Alleug, que l'Empereur a tant admirés, ont d'abord été le camp d'Erlon et le camp de Oued-el-Alleug.
               - Le premier gardait les prairies sur lesquelles on faisait les foins de la cavalerie,
               - le second surveillait le marais de Ferguen, où l'on entretenait le parc de réserve des troupeaux de l'administration militaire.

               Nos soldats y mouraient, tués par l'infection paludéenne, quoiqu'on eût soin de les relever tous les trois mois. Les colons étaient venus et ils dirent à l'armée :
               " Frères, vos fusils et vos sabres ne peuvent rien contre les miasmes ; nos bêches et nos pioches sont impuissantes contre l'ennemi.
               A chacun son métier. Allez vaincre l'Arabe, nous nous chargeons de garder vos prairies et vos troupeaux et en même temps de faire disparaître les marais ".


               Les colons ont tenu parole en rendant un immense service à l'armée.
               En vain, les indigènes se sont coalisés avec les effluves délétères,
               - ni les balles,
               - ni les incendies de récoltes,
               - ni la captivité n'ont réussi,
               - pas plus que les miasmes, à faire reculer d'une semelle

               Quand un colon mourait, deux le remplaçaient, et, peu à peu, Boufarik et Oued-el-Alleug sont devenus ce qu'ils sont aujourd'hui, les deux perles de la Mitidja. Les autres camps de la province d'Alger, plus ou moins insalubres au début, ont été remplacés par des villages de colons :
               - Kouba,
               - Hussein-Dey,
               - Birkadem,
               - Bou-Zaréa,
               - Douéra,
               - Mahelma,
               - Maison-Carrée,
               - Birtouta,
               - Quatre-Chemins,
               - Beni-Méred,
               - Fondouk,
               - l'Arba,
               - Rovigo,
               - Mouzaïville,
               - Oued-Boutan etc., etc.

               Il y en a été de même dans les autres provinces. Partout les colons ont succédé aux soldats dans les stations insalubres et les ont assainies :
               - au camp du Figuier,
               - à Aïn-Bridia,
               - à Saint Denis du Sig
               - à la redoute Perrégaux, dans la province d'Oran,
               - à Dréan,
               - à Medjez-Ahmmar,
               - au camp d'Ed-Dis,
               - à El-Arrouch,
               - à Smendou,
               - au Kroubs, dans la province de Constantine.

               Partout où l'armée a dû rester, les colons y ont complètement modifié les conditions d'existence ; c'est pourquoi les campagnes en Algérie ont cessé d'être comptées doubles.

               Comme les soldats, les colons ont plus d'une fois reçu le baptême du sang en 1839, en 1845 et 1846, en 1864, sans parler des attaques isolées, et, en toute occasion ils ont prouvé qu'il y avait parmi eux beaucoup d'anciens militaires qui n'avaient pas dégénéré pour n'avoir pas pris de chevrons dans l'armée d'active.
               Tout écrivain impartial, qui fera l'histoire de la conquête militaire de l'Algérie, accordera aux colons auxiliaires de nos soldats, une part égale à celle de l'armée elle-même, dans le succès de cette grande entreprise car quelle que soit la puissance de cette force disciplinée pour vaincre les obstacles physiques, tangibles, ceux qu'on peut renverser la baïonnette ou le sabre à la main, elle eût été obligée de reculer devant d'autres obstacles :
               - économiques,
               - climatiques,
               - nostalgiques,

               Qu'aucune armée n'a pu vaincre et aujourd'hui nous ne serions plus en Algérie.
               Le plus accrédité et le plus en faveur des adversaires de la colonisation prétend, que, dans l'état de la domination de l'Algérie, vouloir continuer à la coloniser est un double anachronisme politique et économique.
               Je réponds : " Pas un Ministre de la Guerre, pas un Général ne se chargerait de conserver l'Algérie, avec soixante mille hommes et soixante millions par an, si tous les colons devaient rentrer en France demain ".
               Et j'ajoute : " Si la France, par une cause quelconque, était obligée de retirer d'Algérie toute son armée et de lui refuser tout subside, il est à peu près certain que les 225.000 colons qui y sont la conserveraient, si on leur laissait l'armement et les munitions des arsenaux et qu'avant une année ou deux, leur nombre, au lieu de diminuer, serait quintuplé ".

               C'est que les colons, sans droits sacrés, honnis et vilipendés par quelques-uns, sont une chose très importante en Algérie ; c'est qu'ils connaissent leur valeur, et elle est grande car ils ont la foi, et avec la foi, dit l'Écriture, on transporte les montagnes et à plus forte raison on surmonte de petits obstacles humains.

               Je conclus donc que les colons ont des droits, et qu'en leur qualité d'appelés du Gouvernement, après avoir dignement, loyalement, sincèrement accompli la mission difficile à laquelle on les avait conviés, ils ont droit à être au nombre des élus. Je suis sans inquiétude à cet égard.
               Dans sa lettre au duc de Malakoff, l'Empereur se félicitait d'avoir fait honneur aux engagements pris par le duc d'Aumale en rendant la liberté à Abd-el-Kader.
               Il veut également ratifier la promesse faite par le Gouvernement de la Restauration de respecter la religion et les propriétés des indigènes en les rendant propriétaires incommutables des territoires qu'ils occupent, à quelque titre que ce soit.

               Des promesses ont été faites et des engagements ont été pris envers les colons par les Gouvernements antérieurs et l'Empereur les considère comme sacrés.
               Nous en avons pour garant ce paragraphe de son discours du 19 septembre 1860 :
               " Quant à ces hardis colons qui sont venus implanter en Algérie le drapeau de la France et, avec lui, tous les arts d'un peuple civilisé, ai-je besoin de dire que la protection de la métropole ne leur manquera jamais ".
               Après ces paroles de l'Empereur, les colons doivent être à jamais rassurés car un Souverain qui respecte les engagements de ses devanciers ne peut jamais manquer aux siens.

L'Algérie devant l'empereur par le Dr Warnier,
membre de la commission scientifique de l'Algérie,
ancien directeur des Affaires Civiles de la province d'Oran,
ancien membre du Conseil du Gouvernement de l'Algérie.
Édition 1865


Vers le Sud
Envoyé par M. Christian Graille


                 Les essieux grincent, les charnières grincent, tout grince dans la patache, et encore plus les voyageurs que le mauvais sort y a relégué.
                  Tout remue dans la vieille diligence ; les bagages, qui a tout instant menacent de dégringoler sur les têtes, les banquettes mal assujetties, les portières qui ne ferment point et par-dessus tout l'estomac des pauvres patients jetés de-ci de-là, au petit bonheur.
                  Le postillon leur écorche l'ouïe du bruit du long fouet qu'il fait claquer avec vigueur ; leurs côtes, leurs reins sont meurtris par des heurts répétés ; les maigres haridelles leur font peine à voir.

                  Oh dérision, le journal du jour annonce tout au long les avantages et les commodités d'une nouvelle voiture automobile ; il fait connaître un peu plus loin les raids merveilleux couverts par nos hardis aviateurs et, véritable anachronisme, le lourd véhicule pour prix d'un véritable supplice, comme rançon d'une endurance, sans égale, avance péniblement, lentement pas plus vite que les trains de l'État.
                  Heureux ceux qui se tirent, seulement estropiés, d'une pareille épreuve.
                  Il s'est pourtant trouvé des gens qui regrettent la diligence.

                  Je veux croire qu'ils n'en ont jamais goûté les effets, mais je propose pour les punir d'une telle aberration, qu'on leur inflige un châtiment d'importance.

                  Qu'ils soient punis par où ils ont péché et qu'une promenade de plusieurs heures dans un de ces véhicules qui leur sont chers soit la dure mais la juste sanction de leur outrecuidance.
                  Les voyages formant la jeunesse, je l'admets, exception faite pour les voyages en pataches, qui, eux, la déforment.
                  Je me suis du reste toujours apitoyé sur le sort du malheureux, obligé de recourir à ce genre de locomotion. C'est toujours avec tristesse que je l'ai vu emprunter à ceux qui me sont chers, certain que j'étais de les revoir pour le moins abîmés.

                  Ce qui toujours m'a paru le plus attendrissant dans l'histoire de Manon, c'est le voyage qu'elle fit en coche pour se rendre à Paris, et ce que j'ai trouvé plus admirable dans notre histoire si fertile en actes téméraires, c'est le sang froid avec lequel nos ancêtres se rendaient en voiture de Paris à Marseille.
                  Aussi la crainte raisonnée que je professe pour la diligence, véritable instrument de torture, auquel je suis étonné que les membres de l'Inquisition n'aient point songé, n'est pas étrangère à l'orientation de mes opinions politiques.
                  Je suis socialiste extra avancé ; je la veux, l'égalité, sous la forme de l'automobile gratuite et obligatoire.

Pierre de l'Écho.
L'Écho de Tiaret (23-10-1910)


La légion étrangère
Envoyé par M. Christian Graille

                 Les sombres évènements de l'Extrême-Sud et notamment le sanglant combat d'El-Moungar où deux officiers de la Légion étrangère, le capitaine Vanches et le lieutenant danois Selchenhausen ont trouvé la mort après une lutte héroïque contre une nombreuse harka de Berbères ont mis de nouveau à l'ordre du jour cette vaillante milice qui compte déjà tant de glorieuses victimes.

                 La Légion étrangère se compose d'éléments disparates, hétérogènes, voire même parfois hétéroclites. C'est une mosaïque bizarre, bariolée, où se rencontrent en une démocratique promiscuité, les types les plus variés, les personnages les plus originaux, où fraternisent peu ou prou, sous l'uniforme égalitaire, sans distinction de rang, d'éducation, de valeur morale, d'origine plus ou moins équivoque, ces gens de tout acabit, de toute condition, qui, le plus souvent, dissimulent sous le voile d'un prudent pseudonyme, leur véritable identité, soit à cause de leurs antécédents rarement irréprochables, soit en raison de leur noble extraction, soit pour des considérations d'ordre privé, intime, et afin d'échapper à d'indiscrètes investigations qui seraient de nature à compromettre gravement leur avenir ; soit enfin, par une sorte de pudeur, de respect humain et pour tâcher de rompre avec un passé inavouable, infamant, où l'honneur familial a failli sombrer dans la honte !…

                 C'est une étrange macédoine, un curieux amalgame où l'on voit côte à côte, incorporés pêle-mêle en une nombreuse et vaillante milice, des sujets forains appartenant aux nations les plus diverses :
                 - Allemands,
                 - Alsaciens,
                 - Belges,
                 - Italiens,
                 - Espagnols,
                 - Danois,
                 - Anglais,

                 Jargonnant entre eux en une langue qui fait songer à l'antique Babel :
                 - Français de toute farine, depuis la plus pure jusqu'à la plus avariée
                 - viveurs décavés, miséreux, réduits aux louches expédients,
                 - avocats en rupture de barreau,
                 - agents d'affaires véreux, poursuivis, traqués, cherchant un refuge parmi une foule compacte de légionnaires,
                 - déclassés, tarés de toute espèce
                 - épaves sociales ballottées par les flots, allant à la dérive et venant échouer enfin sur cette plage hospitalière,
                 - prêtres défroqués, troquant sans vergogne leur fine soutane contre l'uniforme du simple soldat,
                 - officiers indisciplinés, dégradés, déchus, rentrant humblement dans le rang afin de reconquérir leurs galon,
                 - repris de justice s'efforçant de se régénérer par le patriotisme,
                 - disciplinaires, anciens travaux publics n'ayant plus d'autres ressources que de s'engager à la Légion accueillante et de se faire réhabiliter un jour, à la faveur d'une conduite réparatrice pendant leur séjour prolongé sous les drapeaux,
                 - jeunes aventureux à l'imagination ardente, encore épris d'idéal, en quête de lointaines expéditions, d'exotiques promesses caressant l'espoir souvent chimérique de faire là-bas, en des pays inconnus, inexplorés, prestigieux, des prodiges de valeur et de cueillir, au cours de sanglantes escarmouches, de mirifiques lauriers, voire même, qui sait ?

                 La glorieuse croix des braves, au risque de tomber soudain, mortellement frappés d'une balle meurtrière, stupide, ou d'agoniser lamentablement, aux affres de la fièvre impitoyable, loin de la Mère Patrie, et des chers parents vers lesquels iront peut-être bientôt, par-delà la Grande Bleue, une dernière pensée d'amour, avec de nostalgiques regrets, de pieux souvenirs d'enfance… Et cette foule :
                 - bigarrée,
                 - composite,
                 - anonyme,
                 Grouille sans cesse en le joyeux hourvari des blanches casernes aux vastes cours ensoleillées, manœuvrant gaîment au son des vibrantes claironnées et des roulements de tambours, prête à partir au premier signal où le devoir l'appelle, résolue d'avance à maintenir haut et ferme le drapeau de la France, cette commune Patrie.

                 Durant la semaine, ils traversent les rues de la ville en rangs serrés, d'un pas cadencé, automatique, précédés des clairons sonores et des fifres pimpants, escortés de sémillants officiers à la démarche souple, le torse cambré, l'on dirait corseté dans leur dolman noir galonné d'or : c'est sur leur passage, des yeux écarquillés, des visages épanouis, accueillants, des sourires furtifs, enjôleurs, tandis qu'ils défilent guillerets, raides, le fusil sur l'épaule, l'allure martiale, comme pour une solennelle revue.
                 Le dimanche, on les voit de-ci de-là, les bras ballants, on dirait guindés en leur uniforme flambant neuf, soigneusement astiqué, reluisant du haut en bas, déambuler à pas lents, aux alentours des remparts, le long des glacis, à l'ombre des verdoyantes futaies, ou se répandre parmi les populeux faubourgs et se livrer béats, aux douceurs du repos dominical, en baragouinant dans leur idiome national, de joyeux propos ponctués de stridents éclats de rire ou saupoudrés de saillies égrillardes.

                 Il leur arrive aussi parfois de s'adonner, dans les cantines et autres bouis-bouis plus ou moins interlopes à de trop copieuses libations, grâce à la complicité intéressée des affriolantes tenancières de ces établissements équivoques où l'on flirte sans vergogne et d'où l'on sort trop souvent aveuli par l'ignoble débauche, abruti par l'écœurante ivresse, idoine aux stupides querelles.

                 Il n'est pas rare, alors, de rencontrer au cours d'une paisible promenade aux abords de la ville, de pauvres légionnaires débraillés :
                 - titubants,
                 - zigzaguant de-ci, de-là, en quête d'un point d'appui,
                 - proférant des cris inarticulés,
                 - vomissant des imprécations saugrenues,
                 - éructant d'obscènes injures entremêlées de nauséeux hoquets.

                 Puis, soudain, l'œil en feu, la mine farouche, la bouche écumante, comme en proie à un subit accès de fureur alcoolique, se ruant brutalement, sabre au clair, sur l'un de leurs camarades, voire sur un agent au zèle intempestif, et ne recouvrant à demi la raison que lorsqu'on est parvenu à grand-peine à les désarmer, à les rendre inoffensifs.
                 Cependant d'autres légionnaires se promènent par groupes, en devisant à voix basse sur l'une des places de la ville où va et vient, avec de houleux remous, une foule bariolée, exubérante, loquace, tandis que réunis en cercle, dans un joli kiosque en bois qui leur est destiné, les nombreux virtuoses composant l'exquise musique du 1er régiment étranger, exécutent avec une véritable maestria, sous l'habile direction de leur chef, les divers morceaux de leur charmant répertoire.

                 Les uns déambulent d'un pas rythmé de fantoches mécaniques, engoncés dans leur longue capote de drap bleu, une longue ceinture de flanelle entourée autour de leur taille épaisse, le képi déformé, aplati à la Saumur, enfoncé jusqu'aux oreilles sur leur nuque rasée, brunie par le hâle, les bras écartés, trimballant le long du corps amorphe les mains rougeaudes, calleuses, le teint haut en couleur, la physionomie atone, inexpressive, béate, cependant que d'autres assis benoîtement sur des bancs, à proximité du kiosque d'où coule avec de mélodieux bruissements des flots d'harmonie, restent là, bouche bée, immobiles, impassibles, on dirait figés en une attitude extatique, avec des regards mouillés, langoureux, des airs penchés, ineffables.

Jean de l'Escaut.
Les clochettes algériennes et tunisiennes (13-12-1903)


Aperçu topographique de l'Algérie
Envoyé par M. Christian Graille
De ses maladies et de leurs causes

                 Située au nord de l'Afrique, l'Algérie occupe la limite qui sépare les climats tempérés des climats chauds.
                  L'année, dont la température moyenne diffère peu de celle du Midi de la France et de 'Espagne, n'offre guère que deux saisons, la première qui est tempérée est comprise entre le 1er novembre et le 1er juin, intervalle pendant lequel se développe, avec les pluies une végétation vigoureuse ; l'autre qui dure depuis le 1er juin jusqu'au 1er novembre est chaude et sèche ; elle rappelle les chaleurs de la de la zone équinoxiale. Les nuits sont alors fraîches et souvent accompagnées de rosées abondantes.

                  Les villes, déjà nombreuses, qui couvrent la surface du pays, occupent les pentes Nord et Sud de la double chaîne de montagnes (grand et petit Atlas) qui, étendue de l'Est à l'Ouest, représente assez bien la figure générale de nos possessions.
                  Le versant septentrional, dont le pied baigné par la mer, en reçoit les brises jusqu'à une certaine distance, et qui plus loin est rafraîchi par les vents du Nord, est sensiblement moins chaud, plus fertile et plus peuplé que l'autre versant, exposé à l'ardeur du vent du Sud (le sirocco).

                  Ces montagnes sont tantôt divisées par des ravins souvent très profonds ou des vallées humides, tantôt tronquées ou séparées par de larges plaines, dont plusieurs sont encore à l'état de marais. Ces marais, couverts d'eau pendant la première saison se dessèchent en totalité ou en partie pendant la seconde cette période de l'année.
                  En somme, le climat et le sol de l'Algérie sont généralement sains et agréables ; aussi, à l'aide de quelques précautions hygiéniques, les Européens peuvent-ils y conserver leur santé, ou au moins diminuer beaucoup le nombre et les atteintes de diarrhée, de dysenterie et de fièvre intermittente, dont à leur arrivée ils sont menacés par suite de l'action :
                  1° d'une haute température à laquelle ils ne sont pas encore habitués,
                  2° des exhalaisons qui se dégagent des plaines ou des vallées marécageuses mais que la culture et de convenables aménagements feront disparaître,
                  3° dans certaines localités, du froid humide des nuits contre lequel ils ne se tiennent pas assez en garde.

                  Habitations
                  Les colons à leur arrivée en Algérie, pendant la saison chaude, préfèreront toujours comme étant plus saine, si toutefois ils en ont le choix, l'habitation du littoral, ou mieux encore celle d'un coteau septentrional bordant la mer.
                  Il sera avantageux pour eux de n'aller dans l'intérieur qu'après quelques mois de séjour dans un lieu voisin du littoral et de choisir une situation à mi-côte. Dans quelque position qu'ils se fixent, ils devront autant que possible se tenir loin des plaines ou des flaques d'eau stagnante et à l'abri du vent dominant, si ce vent souffle d'une plaine marécageuse ou d'une vallée. Ils devront :
                  - déblayer,
                  - régulariser les cours d'eau auprès desquels ils se trouveront,
                  - planter les bords d'une végétation élevée qui, sans nuire à la marche des eaux, en prévienne la trop grande évaporation et décompose les miasmes tout en fournissant de l'ombrage.

                  Ils devront ne pas s'entasser en trop grand nombre dans un local insuffisant.
                  En Algérie, l'encombrement a des inconvénients plus graves qu'en Europe. La chambre qu'ils occuperont devra présenter deux ouvertures opposées ; sans cette condition, l'air s'y renouvellerait mal.
                  Les habitations ouvertes le jour seront fermées depuis le coucher du soleil jusqu'à son lever, parce que les miasmes sont surtout condensés près de la terre pendant la nuit.

                  Mais comme alors le défaut de renouvellement d'air extérieur pourrait avoir d'autres désagréments, il conviendra qu'outre les deux ouvertures, chaque chambre ait une cheminée dont le tirage sans feu suffira pour rétablir ce renouvellement d'air. Les colons qui habiteront une baraque devront, si dans celle-ci existe un premier étage, de choisir de préférence au rez-de-chaussée pour s'y coucher.
                  Ils feront bien d'élever le sol de ce rez-de-chaussée de 4 à 5 décimètres au-dessus du plan extérieur, de le carreler ou l'enduire d'une couche de béton à la chaux. Eloigner des habitations :
                  - les eaux ménagères,
                  - les ordures,
                  - les fumiers et
                  - les latrines est un soin trop négligé par les colons en Algérie.

                  C'est particulièrement dans l'intérieur, c'est-à-dire loin du littoral, qu'il faudrait sur ce point redoubler de précautions.
                  La plus grande propreté est nécessaire contre les insectes et la vermine dont en Algérie la chaleur développe la fécondité.
                  Le badigeonnage avec le lait de chaux au-dedans et au-dehors des habitations a le double avantage de détruire ces insectes et d'affaiblir l'action de la chaleur solaire. Le badigeonnage devra avoir lieu au moins une fois chaque année, au mois d'avril.

                  Vêtements
                  Des vêtements légers, amples, de couleur claire et d'un tissu isolant, c'est-à-dire en laine ou en coton sont nécessaires en Afrique pendant la saison chaude.
                  Un chapeau de paille ou de feutre gris, à larges bords, est ce qui convient le mieux pour la tête pendant le jour.
                  Une ceinture de flanelle est une indispensable précaution contre les conséquences possibles de refroidissements de la sueur, dont la peau, celle du ventre particulièrement, est constamment baignée chez les arrivants.
                  Un pantalon à larges plis est préférable à un pantalon européen.

                  Soins relatifs à la peau
                  A leur arrivée en Afrique, les colons indépendamment des ablutions quotidiennes du visage, des mains et des pieds en usage partout devront de temps en temps, chaque jour, lorsqu'ils seront en sueur, s'essuyer tout le corps avec un linge qu'ils promèneront vivement sur toute la surface de la peau ou se faisant rapidement des ablutions générales après lesquelles ils s'essuierons de la même manière.
                  Quand s'apaisera la transpiration excessive que leur aura causés la première impression du nouveau climat, les bains de mer leur seront favorables.
                  Ces bains devront être pris le soir après le repas. Avant d'entrer dans l'eau, ils attendront que la sueur ait cessé, ils s'y jetteront sans hésitation, n'y séjourneront pas plus d'un quart d'heure et, à la première sensation pénible du froid se rhabilleront et feront un léger exercice.

                  Aliments
                  Les colons se tiendront contre les dangers de l'augmentation d'appétit qu'on éprouve assez souvent en Algérie.
                  Bien que ne changeant rien à la nature de leur régime habituel en Europe, ils tâcheront cependant d'en diminuer, pour quelque temps au moins, plutôt que d'en augmenter la quantité, ils feront bien aussi d'en observer les effets, et leurs digestions languissaient ou s'ils étaient pris de diarrhée, ils auraient de suite recours à des aliments plus légers.

                  Les fruits quand ils sont mangés mûrs ou en quantité modérée, surtout après d'autres aliments ou avec du pain, n'ont rien de nuisible en Afrique ; ils sont au contraire rafraîchissants et agréables.

                  C'est l'abus qu'on en fait quand ils sont verts ou d'un goût trop acide qui rend malade ou occasionne la diarrhée et la dysenterie. Il importe particulièrement de s'abstenir de manger en abondance des figues de Barbarie avec les petits grains qu'elles contiennent car il en résulte souvent des constipations opiniâtres et pénibles.
                  L'eau rougie est, pour les repas, la meilleure boisson que les colons pourront prendre. Dans l'intervalle, l'expérience a démontré que lorsque la chaleur est accablante, la boisson la plus convenable parce que tout en désaltérant, elle soutient les forces et prévient l'excessive abondance de la sueur, c'est l'infusion de café à la manière des Arabes.

                  Les boissons, fussent-elles même de nature et de qualité convenables sont toujours contraire à la santé, si on en ingère trop à la fois. Mais l'excès nuit surtout si elles sont chargées d'alcool ou si ne consistant que dans de l'eau, celle-ci est tiède ou bue trop fraîche, le corps étant en sueur ; si enfin elle provient d'une mare infecte saumâtre ou d'une rivière bordée de joncs ou de roseaux comme assez souvent on la trouve en Afrique loin des villes.

                  L'eau de citerne et l'eau courante sont, en général, les meilleures pour tous les usages. Une eau qui ne cuit qu'incomplètement les légumes et qui dissout mal le savon n'est pas bonne à boire.

                  Les colons qui, pressées par la soif, n'auront pour se désaltérer qu'une mauvaise eau, devront, à la manière des Arabes, au lieu de la boire, sen humecter la bouche et s'en mouiller à plusieurs reprises le visage et les mains.

                  Il importe que les colons n'oublient pas que l'eau des mares, des étangs ou des ruisseaux contiennent souvent en Algérie, de jeunes sangsues que leur extrême finesse rendent presque imperceptibles et que, si on les avale, il en résulte des accidents fort graves ; pour éviter ces accidents, il est indispensable de passer l'eau à travers un linge.

                  Au surplus il ne faut pas oublier qu'en Algérie, pendant les chaleurs, plus on boit, plus on sue ; il faut apprendre à résister à la soif, on supporte alors beaucoup mieux et beaucoup plus longtemps le travail et l'on s'épargne beaucoup de maladies. Nos meilleurs marcheurs dans l'armée d'Afrique et nos hommes les plus valides sont ceux qui boivent le moins.

                  Exercice musculaire
                  Les colons à profession fatigantes et qui travaillent au soleil interrompront ce travail au milieu du jour : ils feront bien alors de prendre un moment de sommeil.

                  Ce temps de repos ou sieste, leur donnant de nouvelles forces, les rendra plus aptes à supporter impunément les fatigues du travail de l'après-midi.

                  On ne doit ni travailler ni voyager la nuit ; si cependant on ne peut l'éviter, il convient alors de se couvrir la tête, le cou, les oreilles avec le capuchon du caban.

                  Préceptes généraux
                  Nulle part les prompts secours et une bonne hygiène ne sont plus nécessaires ni plus efficaces que dans les pays chauds.

                  En Algérie donc, plus encore qu'en Europe, les maladies demandent à être traitées dès leur début ; les affections les plus graves commencent quelquefois sous la forme la plus simple et la fièvre peut tuer au second accès.

                  Dès qu'ils seront indisposés, et surtout dès qu'il y aura fièvre, les colons devront consulter un médecin, en attendant son arrivée, s'ils ne peuvent le voir immédiatement ils suspendront l'usage de tout aliment solide pour ne prendre que quelques bouillons.

                  Ils se souviendront dans tous les cas des précautions recommandées ci-dessus et dont les propositions suivantes offrent le résumé :
                  1° Choisir autant que possible une habitation située au Nord, à mi-côte, bien aérée, qu'ils tiendront propre et où ils éviteront l'encombrement ainsi que le voisinage des marais et des matières putrescibles.
                  2° Porter des vêtements amples légers de nuance claire et d'un tissu qui préserve à la fois du chaud et du froid.
                  3° Tenir la peau propre.
                  4° s'abstenir des excès en tout genre, et particulièrement dans le boire et le manger ; être sobre surtout de liqueurs alcooliques et maîtriser la soif.
                  5° Faire une heure ou deux de sieste au milieu du jour.
                  6° Ne pas négliger une indisposition ; recourir aux secours de la médecine dès le début des maladies.
                 
Extraits d'un document officiel 1848


PHOTOS D'ECOLE
Envoyée par Mme E. Matre
Photo Mme E. Matre

Photo Mme E. Matre
                         Dans ces classes, est-ce que quelqu'un peut ajouter des noms et donner le nom de l'Ecole à Bône ?


La vieille dame
Envoyé par Mme Eliane

         La femme d'un pasteur attendait un bébé.
         Le pasteur, se tenant devant l'assemblée de ses fidèles, leur demanda une augmentation.
         Après de longues discussions, ils adoptèrent la règle selon laquelle chaque fois que la famille du pasteur s'agrandirait, ils augmenteraient sa paie.

         Après la naissance du 6ème enfant, il commençait à coûter vraiment cher, et l'assemblée décida de tenir une autre réunion pour discuter la nécessité d'une augmentation de salaire.

         Beaucoup de discussions animées s'ensuivirent : combien d'autres enfants le pasteur pourrait-il encore avoir et combien ça finirait par coûter ?

         Après les avoir écoutés pendant environ une heure, le pasteur se leva de sa chaise et dit de manière solennelle, d'une voix grave :

         "LES ENFANTS SONT UN DON DE DIEU, ET NOUS EN PRENDRONS AUTANT QU'IL NOUS EN DONNERA".
         Un lourd silence tomba alors sur l'assemblée.
         Au fond du temple, sur le dernier banc, une vieille dame, ayant du mal à se tenir debout, parvint à se lever et dit de sa voix frêle :

         "LA PLUIE AUSSI EST UN DON DE DIEU, MAIS QUAND NOUS EN RECEVONS TROP ... NOUS ENFILONS DES "IMPERMÉABLES".


La jeunesse algéroise
Conseils d'un vieillard
Envoyé par M. Christian Graille
Deuxième année - N° 12 - mardi 21 janvier 1908

           Il est difficile de s'adresser aux jeunes. Ils trouvent dans la vieillesse trop de prétention à vouloir parler en conseillère et ils lui reprochent, avec raison quelquefois, d'accepter les règles de l'expérience comme règles de la vie sociale, tandis que chez eux,
           - brille l'imagination ardente,
           - se gonfle le cœur d'émotions généreuses,
           - s'émancipe l'esprit libre et large.

           A Alger particulièrement où commence seulement à vivre une jeunesse intellectuelle, souche nouvelle en qui on espère, et qu'on a, pour cela flattée, les qualités dont peut s'enorgueillir un garçon de vingt ans devraient se faire remarquer encore plus que partout ailleurs. Aussi bien :
           - colons,
           - industriels,
           - négociants
           - médecins,
           - avocats,
           - journalistes,

           Tous ont besoin pour faire de notre pays une jeune France, de cette sagesse qui arrive en même temps que le bonheur, à mesure que l'ignorance s'enfuit quand s'éclaire l'intelligence et que se fortifie le jugement.

           Comme aux seigneurs reviennent tous honneurs et toutes charges parmi nos fils, ceux qui sont appelés par leur situation future à former la mentalité de la masse, à diriger ses efforts, devraient, dès leur premier âge de raison, s'habituer à prendre conscience de leurs devoirs, à devenir des hommes, bien mieux que d'apprendre déjà la façon de manger dans l'assiette au beurre ou de croquer les marrons tirés par d'autres du feu.
           Les élèves des Facultés seront les premiers de mon avis, puisqu'ils composent l'élite du peuple et composeront, directement ou indirectement le corps des élus de demain.

           Qu'on entende point que j'ai des accusations à formuler contre nos pupilles ; mais le mieux étant toujours désirable, il faut pour parler dans la forme des proverbes, les vieilles gens aiment à en user, gronder pour ne pas gâter.
           Une simple constatation suffira à distinguer dans la jeunesse algéroise trois groupes (classer est souvent nécessaire) principaux et originaux. Nous possédons nos littérateurs, nos étudiants et nos …danseurs (ne vous étonnez pas mais ouvrez plutôt un journal local et rendez-vous compte du nombre croissant d'associations plus ou moins mondaines).

           De crainte qu'un critique fielleux ou qu'un pâle pamphlétaire ne travestisse ma pensée, je vais rendre de suite à César ce qui lui appartient et dire que, dans nos trois catégories, ceux qui les composent remplissent généralement, et d'une façon suffisante, le rôle que la vie leur a assigné; mais j'ajouterai, pour me faire complètement entendre, que " l'effort supplémentaire " donné par les uns et les autres consiste malheureusement à danser, faire des phrases et écouter de la musique en buvant un apéritif.

           Aux danseurs (de jeunes employés pour la plupart) nous dirons que nous nous en voudrions certes de les enlever aux délices de Terpsichore (muse de la danse) ou aux caprices du flirt. Les minutes de joie sont rares chez le peuple qui a le droit et le devoir de s'amuser.
           Nous, nous contenterons de rappeler à tous ces zélés (le mot est juste !) organisateurs de séances chorégraphiques, ainsi qu'à leurs délicieuses salamandres, qu'un prolétariat ne rougissant nullement de n'être pas bourgeois ni quant aux idées, ni quant aux manières, s'intéresse dans les Universités populaires aux livres nouveaux, aux inventions récentes, à tous les problèmes humains.
           Je passe sur les sociétés de bienfaisance, d'assistance, secours mutuels dont les créations sont les preuves de louables efforts.

           Atteignons maintenant le Parnasse.
           Nous sommes respectueux devant le labeur de jeunes artisans. Mais nous pensons que s'il est bon de travailler, de s'exercer dans le métier des belles lettres ou des Beaux-Arts, c'est à condition de ne pas s'exposer trop tôt aux regards de ses juges, avant le perfectionnement suffisant pour attirer l'attention, appeler les encouragements et les bravos.
           Et qu'avons-nous vu dans notre cité, sinon une théorie de vilains talents dont le seul mérite a été d'imiter quelque maître, puissant créateur, ou quelque artiste arrivé à la gloire ?

           Avec le corps enseignant, l'étudiant a la mission d'être le berger instruit et éclairé. S'il veut dans l'existence compter comme un être pensant et agissant, il faut que ses connaissances s'appuient et s'éclairent mutuellement.
           S'il tient à se conduire avec succès et honorablement, en se garant de l'ignorance, de la crédulité, du mauvais savoir, il aura à cœur de s'habituer, de bonne heure, à penser et à juger.
           Avec les leçons de l'expérience, l'étude lui fournira les éléments un jour utiles à son action. Or il est un fait réel, des professeurs ont pu le constater, c'est que notre étudiant se contente de fournir la somme de travail nécessaire à l'obtention de son diplôme, sans plus tenir compte de ce qui existe en dehors des ouvrages inscrits au programme choisi par lui.
           Je sais ce que je dis de l'étudiant algérien, je le généraliserai facilement et l'appliquerai à bien d'autres étudiants. Mais n'oublions pas que l'étudiant occupe chez nous une place générale, qu'il n'y a rien en Algérie qui représente mieux et plus que lui, le niveau intellectuel de la colonie, son degré de civilisation.

           Certes, on parle de fortifier l'éducation de nos enfants par la création d'une Université. Il est urgent qu'eux-mêmes s'efforcent à gagner la sympathie du monde pensant.
           Je ne leur en veux pas de leurs joyeuses farces, je ne leur tiens pas rigueur de ne pas se courber nuit et jour sur un livre, alors que le soleil rayonne et que les brasseries convient au plaisir.
           Mais pourquoi nos jeunes gens ne cherchent-ils pas à faire appel à leurs propres efforts, à s'aider réciproquement de leurs connaissances en se servant, par exemple, de ce moyen facile et agréable de vulgarisation, conférence ?
           Qu'ils prennent modèle sur la Société " les Amis de l'Université ".

           Il existe aux Ecoles Supérieures assez d'étudiants en médecine, en droit, lettres, sciences pour organiser, avec et pour leurs camarades, ces causeries où seraient résumés et rendus intelligibles les grands mouvements d'idées, les découvertes scientifiques. Les professeurs seraient les premiers à les aider, à les guider, quittes à les laisser ensuite s'en aller se reposer au café-concert, au théâtre, au café ou ailleurs.

           Je ne peux m'appesantir plus longuement sur ces idées exposées à la hâte. Loin d'être chimériques, elles ne demandent, pour leur réalisation, qu'un peu d'initiative. Cette initiative ne doit pas effrayer les jeunes aux âmes bien nées.
           Que la jeunesse algéroise ou algérienne se mette donc à l'œuvre et ne dise, si elle veut chercher des exemples, que Pantagruel était un joyeux mais savant compagnon !

Envoyé par Mme Eliane Albert
Sans information complémentaire



Vers le Djerid (1)
Envoyé par M. Christian Graille

(Notes de voyage dans le sud tunisien).

                Sfax ! On sent le désert dans l'air sec et chaud qui agite sur la ville des nuages de sable, Sfax a pourtant figure de grande cité maritime avec :
                 - sa populeuse " médina " étroitement ceinte de hautes murailles moyenâgeuses,
                 - sa ville européenne, vaste et propre, tracée à l'américaine et
                 - son port où les cargos en rangs serrés viennent dévorer des montagnes de phosphates.

                 C'est de cette ville " champignon ", poussée en quelques trente ans sur les sables de la Méditerranée, que je m'embarque, ce soir, sur le petit train blanc, pour un voyage que je crois encore être un rêve…
                 D'ailleurs, n'était la lenteur de ce grand jouet, j'aurais l'illusion de partir vers un Biarritz ou une Nice des sables ; les wagons éclairés à l'électricité n'ont pas leurs égaux dans l'Afrique du Nord pour le confortable et la propreté.

                 Quelle heure est-il ? Je suis incapable de le dire. Le jour cru qui se répand dans le wagon me ferait répondre : midi mais derrière les vitres froides, là-bas, les dernières chaînes de l'Atlas commencent à peine à s'ourler d'or. Le soleil n'a pas encore jailli dans notre ciel et déjà leur relief s'accuse rehaussé de bleu et d'orangé, déjà les sables brillent de tous côtés…

                 Sur la montagne du bled " Maknassi " l'œil ne découvre, malgré la limpidité de l'atmosphère aucun arbre, aucune habitation.
                 Le vent et le sable, intimement associés, ont ravivé au cours des siècles ses pentes dénudées à la façon de pluies torrentielles, et le " Djebel " apparaît comme la face brune d'un vieux Berbère tournée vers l'immensité jaune qu'elle semble surveiller.
                 Derrière le train, deux longues chaînes grises se déroulent lentement le rail, objet vil et hideux dans ce paysage de grandeur et de beauté.
                 Et pourtant, c'est à vous, barres d'acier exilées à jamais sur ces terres de silence que je dois d'être venu jusqu'ici sans heurt et sans fatigue ; c'est à toi métal, divinité toute puissante que je dois d'être descendu dans ce royaume de l'extase…

                 Quarante-cinq kilomètres sans une station, sur un train lent comme le nôtre, c'est une bien longue étape…
                 Ah ! Un sifflement : le tac-tac monotone des roues est étouffé par le cri du petit monstre d'acier qui nous hâle. Le train ralentit sa marche ; pourquoi ? Je n'aperçois aucun bâtiment sur la steppe désolée, pas même un signal commandant l'arrêt. Le petit monstre essoufflé se refuse-t-il à nous traîner ? Le sable a beau paraître tiède et moelleux, le soleil a beau répandre une lumière éclatante dans un ciel magnifique, cette perspective n'est pas s'en m'inquiéter.
                 Les freins grincent, le train s'arrête.
                 " La panne ! " mais je suis subitement rassuré par un voisin complaisant : à droite de la locomotive se dresse un cube d'une éblouissante blancheur ; il abrite la famille d'un indigène préposé au désensablement des rails. Je verrai d'autres cubes semblables le long de la voie.
                 Nous avons stoppé pour ravitailler celui-ci en eau potable transportée par wagon-citerne.
                 L'opération est longue ; j'en profite pour sauter sur le ballast de sable. Je me baisse et plonge mes mains dans la poussière d'or que je désirais tant palper depuis mon départ. J'en jette des poignées au vent, je le piétine comme un enfant ; qu'il est fin, qu'il est tiède, qu'il est coloré le sable du désert !… Mais le train siffle, je dois laisser là ce jeu captivant, nous repartons.

                 Premier contact avec le Sahara, émotion neuve, bouillonnement de joie. J'imagine aussi profonde et douce la surprise d'un saharien qui verrait la mer pour la première fois
                 Nous débarquons à dix heures, à Tozeur, capitale du Djerid, sur le bord du " chott des Palmes ". Le soleil darde ses rayons sur l'espace nu qui sépare la gare des premières maisons du village ; je relègue ma casquette au fond de ma valise pour arborer mon casque et mes lunettes vertes sans lesquels je ne pourrais traverser cette " zone dangereuse ".

                 J'assiste alors à une scène des plus émouvantes : avec nous, ont voyagé de jeunes soldats indigènes, permissionnaires de l'Armée du Rhin. Tout ce que l'oasis contient de mères est venu les attendre à l'arrivée du train blanc :
                 - faces ridées,
                 - bouches édentées,
                 - cheveux gris s'échappant du foulard bleu en mèches revêches,
                 - oreilles allongées par des lourds anneaux d'argent,
                 - seins desséchés ballottant sous la large tunique berbère,
                 - pieds étalés et racornis par des années de marche sur un sol brûlant…

                 Les premiers soldats apparaissent, la foule bariolée s'agite, les " you-you " fusent de tous côtés.
                 Sous l'uniforme de drap épais qu'ils ont promené dans les brouillards de Mayence ou de Coblentz, les fils ont gardé, avec le souvenir des vieux parents, l'âme palpitante et sauvage…
                 Ils se jettent au cou des mères, l'étreinte est longue, mâle, puissante ; leurs lèvres s'écrasent sur les lèvres des vieilles, puis les vieilles se retournent la face inondée de larmes pour reprendre la litanie des " you-you ". J'en vois même qui déchirent leur visage de leurs ongles.

                 Peut-on prétendre que le cœur des primitifs est aussi dur que les pierres de la route, qu'il ne connaît ni la tristesse ni la joie d'aimer ?

                 Sur la place du marché, quatre méharas se sont accroupis, quatre fantômes blancs en sont descendus, la poitrine barrée par la courroie d'un fusil ; ils dénouent en silence le voile qui protège leur visage et leur face apparaît hâlée et desséchée.
                 L'un d'eux, plus grêle et moins haut que les autres porte un képi et des bottes signe de commandement. Un lieutenant français et trois chambâs (anciens nomades pillards acquis à notre cause) arrivent de la frontière libyenne après six jours de marche à travers le grand erg de l'Est. La foule est accourue et les entoure.

                 Quel symbole à nos yeux ! L'admiration gonfle le cœur quand on songe aux quelques centaines d'hommes de cette trempe, méprisable petite armée d'officiers qui en vingt ans à peine, ont su purger de ses pillards un désert grand comme quinze France…Tâche magnifique, d'autant plus magnifique qu'ils l'accomplissent vaillamment dans le silence des solitudes pierreuses.
                 Voulez-vous un exemple de ce courage et de cette modestie ?
                 Nous revîmes, le soir, à Nafta, le lieutenant de méharistes qui avait fait étape le matin, en même temps que nous à Tozeur. C'était le lieutenant M. d'Alger. Nous le reconnûmes difficilement tant ses traits avaient changé.

                 Pour des raisons d'ordre sentimental, il s'était donné corps et âme à cette noble vie de garde du désert ; son corps maigre, majestueusement drapé dans les voiles blancs, avait un air mâle et guerrier qui contrastait avec sa timidité de jeune fille.
                 Il m'invita le soir à voir sa chambre : une chambre de " fondouk " auprès de son " cher méhari " où il dormait côte à côte avec ses chambâs " ses grands frères noirs ", sur un burnous jeté à même la terre battue.
                 A vingt mètres du fondouk, l'Hôtel lui offrait ses lits moelleux.

                 Sur les cartes , Tozeur paraît être un port sur le bord du chott qui paraît être une mer. Nous voulions voir cette mer et, comme les guides nous l'indiquaient, nous avons marché deux heures pour arriver à la lisière Sud de cette immense forêt de palmiers qu'est l'oasis de Tozeur.
                 Mais là nous n'avons rien trouvé qui ressemble à de l'eau. Quelles vilaines farces débitent les guides !

                 J'avoue ma déception, je connaissais le sens de " chott " et, fort de l'étymologie, je m'attendais à voir une vaste lagune aux eaux salées ; je me suis rarement aussi fortement trompé ; une vaste lagune, oui, une mer même, mais asséchée par le soleil d'Afrique et montrant à l'infini son fond plat et boueux. Du sel, aussi, en abondance, mais solidifié en plaques brillantes qui égaillent de leur éclat neigeux cette cuvette grisâtre.
                 Le chott décevant nous a tout de même payés d'un beau spectacle ; les vapeurs roses qui traînaient à l'horizon se sont groupées et composées pour former un gigantesque village dévoré de flammes.
                 Nous avons assisté, émerveillés, à l'incendie céleste ; puis avec la chute du jour, l'imposant tableau s'est insensiblement estompé ; il n'est est plus resté que des vapeurs violettes.

                 Les maisons de Tozeur sont fort curieuses : leur style est propre au " pays des palmes " : cubes dont les façades sont ornées de dessins géométriques que forme un agencement de briques en terre brune à demi-enfoncées dans la maçonnerie des murs.
                 Les thèmes de cette décoration en relief rappellent ceux de l'ornement kabyle.
                 L'amoncellement de ces cubes où l'ocre et le rose si délicatement se marient, forme, le soir, sur le vert profond de la palmeraie, un tableau d'une émouvante beauté.
                 Soudain, près de moi, sur un minaret rustique fait d'une boue jaunâtre qui prend, à cette heure, des reflets chatoyants, un homme se dresse, drapé dans un burnous blanc. " Allah ! ila Allah, Mohamed ressoul Allah ". Le muezzin lance vers la palmeraie l'invitation à la prière. Les dernières notes passent au-dessus de moi, lentes et souples comme un vol de colombes.

                 Là-bas sous la voûte ajourée des palmiers, dans le jardin clos de branches sèches où circulent les parfums de l'oranger et du jasmin, le fellah :
                 - dépose sa bêche
                 - essuie la sueur qui perle de son front et, le dos empourpré par les reflets du couchant,
                 - entame la cinquième prière.
                 Tout se tait, on n'entend plus que le murmure de l'eau dans les seguias. Lentement, une ombre bleutée se glisse sous les palmes au bout desquelles s'allument les étoiles…

                 Clair de lune dans le désert : triste et inquiétant mystère ! Une lumière blanche se répand de tous côtés sur les sables immobiles, vestiges d'un monde anéanti. Rien ne trouble le silence de ce paysage lunaire, rien ne fait tache sur ce vaste suaire qu'un squelette de chameau tombé au bord de la piste.
                 Seule, mon ombre vacillante me rappelle que je suis encore moi et que le sol où j'avance c'est toujours la terre….
                 L'haleine tiède des dunes monte autour de nous et pourtant de longs frissons crispent mon dos. Nos mulets se sont rapprochés à se toucher.
                 Je souffre de ne rien trouver où poser mon regard hors leurs oreilles inquiètes.
                 Mal étrange de la solitude…

                 (1) Région de belles palmeraies dans le sud de la Tunisie.

Jean Jielle.
Sfax-Nefta, avril 1924.
Alger-Étudiants (05-02-1927)


Cireurs high-life
Envoyé par M. Christian Graille

                 A côté du petit yaouled, " ciri kif kif " la glace, se trouve un terrible concurrent, le grand cireur high-life, le cireur du grand monde, fin de siècle.
                 A chaque coin des arcades Bab Azzoun, de la Régence et du Boulevard, vous verrez son fauteuil garni de velours rouge, lustré par l'usage et enjolivé de clous à tête dorée ; il vous tend ses bras étiques. Satisfaites l'envie qu'a ce siège de vous embrasser et vous retrouverez là tout le confort désirable pour le décrottage et le polissage de la chaussure.

                 Au lieu de vous tenir en équilibre, debout avec un pied sur une affreuse petite boîte ronde, carrée ou longue, on ne sait trop et trébuchant à chaque mouvement, vous êtes commodément assis dans un fauteuil authentique ; celui-là est élastique, ses ressorts vous bercent mollement dans un agréable balancement. Vos pieds posent sur une large et haute boîte où se trouve en relief l'empreinte de deux fortes semelles.
                 A portée de votre main une Dépêche algérienne du jour passablement chiffonnée et plissée et parfois ne fleurant pas trop bon pour avoir été pressée, foulée par tant de … post tergum. (Postérieurs)

                 Enfin, vous pourrez encore y lire les nouvelles locales. Le cireur high-life, qui est d'ordinaire un biskri de transition en passe de devenir un porteur d'eau ou débardeur de la Marine, en un tour de main vous relève le bas de votre pantalon, pour le garantir du cirage et sortant de sa boîte tout son attirail, brosses bien poilues, boîtes à cirage noir ou jaune suivant la circonstance vous rend en moins d'une minute votre chaussure aussi brillante qu'une glace étamée au point de pouvoir vous y mirer.
                 Parfois les cireurs high-life se mettent à deux pour avoir plus tôt terminé leur besogne. En quittant votre fauteuil votre chapeau, votre veste, gilet et pantalon reçoivent un dernier coup de brosse, et le tout pour dix centimes.

                 La bande de petits yaouleds de la rue jalousent leur grand confrère, qui leur enlève pas mal de pratiques et regardent aussi d'un œil d'envie le bienheureux fauteuil auquel ils aspirent et qu'ils comptent bien avoir un jour…quand leur moustache aura poussé. Pour le moment ils se contentent de maudire en leur for intérieur celui qui leur cause un aussi grand tort dans l'exercice de leur humble profession.
                 Plusieurs cireurs high-life sont aussi :
                 - marchands de journaux,
                 - commissionnaires
                 - guides pour la ville et les environs, comme l'indique un tableau pendu au-dessus de leur fauteuil,
                 - loueurs de villas ou d'appartements
                 - marchands de cages d'oiseaux : Canaris, voire même oiseaux cardinaux.
                 Bientôt ils se feront marchands de colis postaux et de primeurs.
                 Ils suivent la voie du progrès et rien ne pourra faire tomber leur fauteuil, si ce n'est l'invention d'une brosse et cireuse mécanique.

Jacques Terzuali.
Les clochettes algériennes et tunisiennes (22-03-1903)


L'esprit du brocanteur juif
Envoyé par M. Christian Graille
Et sa mission occulte

                  Qui en a di bo…o…till's ? Voilà ce que crie à tue-tête, du matin au soir, le Juif si parfaitement dépeint par J. Terzuali dans un précédent numéro des Annales.
                 Tous les Algériens l'auront reconnu ; c'est le portrait, on ne peut plus frappant, du brocanteur qui sillonne notre cité, tous les jours exceptés, par exemple, le samedi et jours de fêtes " cachirs."
                 J. Terzuali ne vous l'a présenté, chers lecteurs et très chères lectrices que sous son aspect extérieur. Cela ne suffit pas car l'âme est tout chez le Juif.

                 Comme vous le savez, Corbeillard le brocanteur achète tout, pourvu, toutefois, que le prix dérisoire qu'il offre soit accepté. Tout est bon pour lui ; depuis :
                 - les objets mobiliers et autres de plus ou moins de valeur,
                 - jusqu'aux hardes en loques,
                 - chiffons pourris,
                 - vieilleries de toutes sortes,
                 - peaux de lapins,
                 - bouteilles (mêmes cassées) etc…

                 Ah ! Il faut lui rendre cette justice qu'il paie comptant ; ces marchandises il ne les prend pas pour rien, allez… mais, pour si peu en plus !
                 Voyez-le sa corbeille classique sous le bras ; dans sa main libre transformée en trompette de Jéricho, il pousse son cri aigu et perçant, aussi désagréable que peut l'être celui des sirènes si décriées depuis que les plus petits rafiots en sont pourvus (pour effrayer et étourdir les squales même, probablement) ?

                 Ne croyez pourtant pas que Corbeillard est aussi bête lorsqu'il traite une " affir " dans une chambre sombre ou un cabinet de débarras, au fond d'une cave ou en plein vent. Apprenez et souvenez-vous surtout que c'est un psychologue distingué en son genre.
                 Ses études n'ont point pour but la connaissance approfondie des facultés de l'âme humaine, ni celle de l'action, de la conscience sur la conduite d'ici-bas ; pas plus que celle des rapports qui peuvent exister entre le domaine physique, dans lequel grouillent nos corps et celui de la métaphysique qui nous rattache, par l'esprit, aux célestes régions. Oh ! Non !

                 Bien loin de là et bien plus bas encore ! Ses recherches portent seulement sur l'ensemble des idées du citoyen ou de la citoyenne avec lesquels il marchande en véritable diable ; parlant et agissant de façon à les laisser découvrir le fond de leurs sentiments les plus intimes envers ses coreligionnaires. Il a des manières à lui pour :
                 - exciter,
                 - disposer ou
                 - indisposer,
                 - retourner en un mot le sujet dont il analyse les plus subtiles expressions.

                 Lorsqu'il quitte une maison, il est parfaitement fixé sur l'opinion générale des locataires avec lesquels il s'est mis en rapport quelques instants.
                 C'est ainsi qu'il opère un recensement, spécial et très précieux, des anti-Juifs à tel et tel degré, par quartiers et par rues. Ces renseignements classés avec ordre en haut et religieux lui constituent un des principaux éléments de la police secrète occulte des Juifs.

                 Aussi que sa corbeille soit vide ou pleine, Corneillard ne perd pas son temps. Donc, n'oubliez plus que tout est bon pour lui, particulier, et pour eux, Juifs, qu'il représente avantageusement, n'est-ce pas ? Il tire aussi bien parti de :
                 - vos effets hors d'usage que
                 - de vos paroles,
                 - de vos moindres gestes,
                 - de vos pensées les plus cachées.

                 Apprenons bien par cœur et chantons souvent ce refrain mélodieux dans le ton qui plaira à chacun :
Du vieux Juif déjouons les tours
Vendons-lui vieux pois, friperies
Mais gardons-nous de sa rouerie
Toujours, Toujours, jusqu'à la fin des jours…

(Poésie inédite du célèbre ouf)
Mysticus.
Les Annales algériennes (04-12-1892)



 Baba Salem
Envoyé par M. Christian Graille

                  Qui de nous Algériens, n'a vu, sur notre Boulevard ou devant les terrasses de nos grands cafés, ce nègre du Soudan, aux lèvres épaisses, noires et lippues, aux yeux étincelants, jouant de la bamboula, sorte de cithare à une corde, qu'il porte attaché en bandoulière, rendant toujours le même son et sortant, sans aucun doute, d'une fabrique de Tombouctou.
                 Salem, tel est le nom de ce musicien ambulant.

                 Son portrait orne toutes les vitrines de nos photographes, tous nos caricaturistes en ont fait la charge. Salem, un habile s'il en fut, dédaigne les petites bourses et s'adresse directement au monde high life, c'est sa clientèle.
                 Il reconnaît les hiverneurs de chaque saison et sait distinguer les grands mercantis de la ville ou du dehors auxquels il distribue sans compter ses plus gracieux sourires et ses plus aimables salamalecs.
                 Sa bouche crispée par un rire ou mieux un rictus éternel, laisse entrevoir quelques dents branlantes et clairsemées dont le ton d'ivoire tranche visiblement sur le noir du visage.
                 Sa bouche noire et crépue qui commence à blanchir, accuse seule les ans, l'irréparable outrage ; car ses rides, à lui, disparaissent complètement sous la couche épaisse du noir qui lui sert de fard.

                 Rien de plus drôle et de plus macabre que les danses de ce nègre :
                 - tantôt balançant sa tête et son torse de droite à gauche et de gauche à droite,
                 - tantôt frappant la terre du pied et tournant lourdement sur lui-même,
                 - tantôt se ramassant pour sauter, lui et sa guitare, aussi haut que les forces de son âge le lui permettent.

                 Il accompagne ses danses d'une espèce de grognement sourd qui n'a rien d'humain, et qui semble sortir à la fois :
                 - du ventre,
                 - du nez et
                 - de la bouche du musicien.

                 Quand il aperçoit une ou plusieurs dames à un balcon, il dirige vers elles son rayon visuel, et pour les engager à délier les cordons de leur bourse, il leur chante d'une voix creuse son grand air :
La madama, donar oun sou
Zou-zou
Moi tener biti montchachou
Zou-zou.

                 Puis il évolue sur lui-même de la façon la plus comique, et les sous de pleuvoir, voire même des pièces blanches.
                 Parfois une bande de gamins et de yaouleds s'amusent à le tirer par le fond de son sarouel (pantalon).
                 Furieux, il se retourne pour les mettre en fuite, et les terrorise d'un regard, tel Jupiter faisant trembler le mont Olympe.
                 Je me suis laissé conter que Salem, sou par sou, pièce par pièce, avait amassé assez d'argent pour devenir propriétaire de deux maisonnettes dans le haut quartier de la Casbah, ce qui ne l'empêche pas de nous seriner du matin au soir son air devenu populaire :
La Madama donar oun sou
Zou-zou
Moi tener biti moutchachou
Zou-zou.

                 Chacun le sait, tout le monde lui donne. C'est un malin.

Jacques Terzualli.
La Revue mondaine oranaise (17-01-1904)


Le contrat
Envoyé par Mme Eliane

         Avant de signer un contrat, un industriel visite une usine qui produit des objets à base de caoutchouc. C’est le Directeur en personne qui lui fait faire le tour du propriétaire.

         Ils s’arrêtent devant une première machine qui émet des sons étranges : Dong… Plouss. Dong… Plouss. >
         «Vous voyez, explique le Directeur à son hôte, ici on fabrique des tétines pour les biberons des bébés.
         Le «dong», c’est lorsque la tétine est moulée par la machine et le «plouss», c’est quand elle perce un trou à l’intérieur. »
         Les deux partenaires s’arrêtent ensuite devant une autre machine qui ne produit que des «dong» à répétition : Dong, dong, dong, dong…

         C’est quoi, ça ?, interroge le visiteur.

         Ça, c’est une machine qui fabrique des gants de vaisselle, explique le Directeur.
         Évidemment ils sont imperméables, c’est pour cela que vous n’entendez que des «dong».
         Ils poursuivent tous deux la visite de l’usine et s’arrêtent devant l’atelier de conception des préservatifs.
         Le visiteur est très surpris lorsqu’il entend : Dong… Dong…Dong... Plouss. Dong…Dong… Dong… Plouss. Et il interpelle immédiatement le Directeur : «Dites moi, votre machine est défectueuse, elle fait des trous dans les préservatifs.»
         Le propriétaire des lieux explique : « Oui, un préservatif sur quatre qui sort de l’usine est percé . »
         « Percé ? !!! Mais c’est pas très bon pour la réputation de la marque ... », répond le visiteur troublé.

         Et le Directeur de répliquer : «Non, mais c’est excellent pour le commerce des tétines ! »


PHOTOS SOUVENIR
Envoyée par M. Yves Jan et Nicolas Duche

MAISON LAUSSAT
Un Cintre
Photo M. Y. Jan

Papier d'Emballage
Photo M. N. Duchene



QUELQUES PAGES D'UN VIEUX CAHIER

Source Gallica

Souvenirs du Général Herbillon (1794 - 1866)
Publiés par son petit-fils

        CHAPITRE XXIII
Prise de Malakoff (8 septembre 1855). - Ordre du général Pélissier. - Le général de Mac-Mahon prend le commandement du corps de réserve (17 septembre). - Lettre au maréchal Pélissier. - Insistance du maréchal de Castellane pour faire donner la Grand Croix au général Herbillon. - Hivernage de 1855-1856. - Armistice (29 février 1856). - Signature de la paix (2 avril 1856). - Commandeur de l'ordre du Bain (avril 1856). -Nommé membre du Comité consultatif d'infanterie (21 mai 1856). - Départ pour la France (10 juin). - Grand croix de la Légion d'honneur (19 juin), de Saint-Maurice et Lazare (4 juillet), Medjidié de 2e classe (15 novembre)..

        On s'attendait à une nouvelle attaque, car les officiers prisonniers, questionnés sur les projets russes, étaient unanimes à déclarer que l'ennemi tenterait certainement une nouvelle opération, sachant combien notre effectif était faible par rapport au sien. Le 19 août, j'attirai l'attention du général en chef sur ces renseignements et lui demandai de faire rentrer les bataillons détachés à Baïdar, Kamiesh et autres lieux, de compléter la division Faucheux qui avait été la plus éprouvée le 16, et de remplacer le général Sencier que la gravité de sa blessure devait pendant longtemps écarter de son commandement.

        Il fut fait en partie droit à ces demandes. Je pris en même temps provisoirement, le commandement du corps de réserve, le général Regnaud de Saint-Jean d'Angély étant tombé sérieusement malade.
       Les travaux du siège furent continués très activement, mais les difficultés devinrent de plus en plus grandes; il fallut souvent placer vingt gabions pour en conserver trois ou quatre. L'artillerie de la ville tirait toujours avec force et était bien approvisionnée; néanmoins, malgré certains qui prévoyaient que nous aurions un nouvel hiver à passer ici, en général, on espérait que la fin était proche.
        Le 7 septembre me parvenait l'ordre suivant :
        "Devant Sébastopol, le 7 septembre 1855.
        Confidentielle
        " Général, "

        " Je vous informe à titre confidentiel que l'attaque contre la ville aura lieu demain 8 courant à midi.
        En conséquence, vous retiendrez sous un prétexte quelconque tout votre monde sous la main dans la matinée.
        A midi, vous ferez prendre les armes à l'infanterie, la cavalerie montera à cheval et l'artillerie attellera ses pièces de manière que vous soyez prêt à parer aux événements imprévus qui viendraient à se produire.
        " Vous enverrez des ordres analogues au général d'Allonville afin qu'il prenne, à la même heure, les mêmes dispositions sur la ligne qu'il occupe. "
        Le Général en Chef,
        Par son ordre, le Général de Division,
        Chef d'État-major,
        DE MARTIMPREY. "

        P. S.- Vous ne préviendrez les généraux en chef piémontais et turcs de ces dispositions qu'au moment même où vous les prendrez, c'est-à-dire à midi. "

        La ville de Sébastopol tomba en notre pouvoir le 8 septembre au soir. L'assaut avait été donné à midi sur la tour de Malakoff, le grand Redan, le petit Redan, les bastions Central et du Mat. De ces cinq points, un seul fut enlevé, c'est la tour de Malakoff, dont la division du général, de Mac-Mahon entraînée par lui s'empara brillamment. Les Russes firent sauter le Grand Redan, mirent le feu à plusieurs quartiers de la ville, commencèrent leur retraite et l'évacuation de la ville.

        Les troupes ont été merveilleuses de courage et d'entrain, mais cette belle victoire nous coûta cher. Les généraux de Saint-Pol, Marolles, Rivet, Breton et de Pontève furent tués; les généraux Trochu, Mellinet, de Failly, Bosquet et d'autres blessés; les colonels Dupuis et Javel tués et de nombreux officiers tués et blessés, les pertes dans la troupe furent aussi très sérieuses.
        Pendant cette attaque, mes régiments étaient sous les armes, mais il n'y a eu aucune démonstration de l'ennemi de notre côté. Dès que Sébastopol fut pris, les Russes semblèrent battre en retraite sur Batkchi-Seraï et Simféropol.
        La prise de Sébastopol est un fait de la plus haute importance; mais la guerre n'est sans doute pas finie, car les Russes sont encore en force et ils vont fortifier de nouvelles positions. Nos forces ne sont pas suffisantes pour les poursuivre et les en empêcher.
        Le 17 septembre, je reçus la lettre suivante qui me froissa péniblement :
        "Devant Sébastopol, 17 septembre 1855
        "Général,

        Par dépêche télégraphique arrivée ce matin, le ministre m'annonce que M. le général de Mac-Mahon, commandant la 1re division du 2e corps, est appelé
        Au commandement du corps de réserve.

        En cette qualité, il commandera la ligne de la Tchernaïa.
        Le Maréchal, Commandant en Chef,
        Par son ordre :
        Le Général de Division, Chef d'État-major général,
        DE MARTIMPREY.

        Or je commandais les lignes de la Tchernaïa depuis trois mois, par suite du départ du général Regnaud de Saint-Jean d'Angély j'avais le commandement provisoire du corps de réserve. Après l'affaire du 16 août, il me semble que j'avais quelques droits à ce commandement. Il paraît que j'étais dans l'erreur. Je repris donc le commandement de ma division.
        Mais, d'autre part, je pouvais espérer recevoir le grand cordon de la Légion d'honneur, comme me l'avait fait pressentir le maréchal de Castellane. Or, MM. les généraux Bosquet et Mac-Mahon l'avaient reçu ; je n'avais pas à en être jaloux, mais je fus profondément peiné de cet oubli, et je ne pus m'empêcher d'écrire au maréchal Pélissier dans les termes suivants :

        Camp de Balaclava, le 25 septembre 1855.
        Monsieur le Maréchal,

        Après avoir longtemps hésité à vous écrire, je me suis enfin décidé à le faire, non pour vous parler d'injustice, j'en suis incapable, mais quand on a le cœur froissé à qui doit-on s'adresser si ce n'est au chef qui occupe une si haute situation que la vôtre, dont dépend l'avenir de tant de braves officiers, et le sort de ceux qui, après une longue carrière, comptent su votre appui pour la récompense de leurs bons et loyaux services.
        Ce n'est pas l'ambition qui m'a fait venir en Orient. Heureux à Lyon, je ne demandais rien. Ma division est partie, j'ai marché à sa tête. Arrivé en Crimée, je fus appelé au commandement des lignes de la Tchernaia et cela par mon ancienneté de grade. Pendant trois mois que je gardai le commandement, je crois, Monsieur le Maréchal, l'avoir rempli consciencieusement et avec honneur. Attaqué le 16 août par des forces considérables, je m'empressai de vous en prévenir. Quoique ayant peu de troupes à ma disposition, des instructions écrites que j'avais données depuis longtemps à MM. les généraux qui étaient sous mes ordres et des dispositions prises d'avance nous permirent, non seulement de résister, mais encore de repousser l'ennemi. Je n'en tirai d'autre vanité que celle d'avoir fait mon devoir.

        Remplacé par M. le général de Mac-Mahon dans le commandement du corps de réserve que j'exerçais provisoirement et par suite dans celui de la Tchernaïa, je l'avoue franchement et vous le comprendrez, mon amour-propre fut blessé; car, quand on n'est pas un sot et que dans sa longue carrière on a eu des commandements importants, de pareils faits font un mal horrible. Chez moi, ce fut l'affaire d'un instant. Le Chef qui doit assumer sur sa tête toute la responsabilité des actes de ses lieutenants, a le droit de prendre celui dans lequel il croit devoir mettre sa confiance. Malheureusement pour moi, ce n'est pas la première foisque cela m'arrive, et, chose à signaler, c'est que ce fut toujours après des affaires de guerre où j'obtins un succès complet.

        Quant à la décoration, il m'est impossible de le prendre avec autant de philosophie, les motifs n'étant pas les mêmes. Quarante-trois ans de service, 24 campagnes faites en Europe, aux Antilles, en Afrique, en Orient, quelques beaux faits d'armes; six ans de grade de grand officier dans la Légion d'honneur, une conduite irréprochable, celle que j'ai tenue le 16 août et que vous avez signalé dans vos rapports me paraissent des droits acquis. Et, vous le dirai-je, Monsieur le Maréchal, j'étais intimement persuadé que vous prendriez fait et cause pour un officier général qui, comme vous, est resté longtemps en Afrique où il a commandé une province, a laissé des souvenirs honorables, vous l'avez écrit vous-même. Je ne doutais nullement de votre appui et j'avais le droit de compter sur cette récompense qui m'aurait dédommagé de bien des peines et de la manière injuste dont j'avais été traité après Zaatcha.

        Je me suis trompé, Monsieur le Maréchal, il est probable que vous aviez des raisons qui vous ont empêché de me recommander à la bienveillance de Sa Majesté. Ce n'est pas à moi de les approfondir, et cependant je ne vois rien dans mes actes qui ait pu me retirer votre appui pour me faire obtenir une récompense que je crois avoir méritée.
        J'ai l'honneur de vous écrire un peu longuement, ce qui n est pas dans mes habitudes ; mais je devais à ma conscience de vous dire avec calme et avec respect ce que j'ai sur le cœur! Je le fais sans arrière-pensée et malgré, Monsieur le Maréchal, que j'aie été cruellement oublié, je n'en conserverai pas moins souvenir et reconnaissance pour l'avancement que vous avez donné à mon fils lorsqu'il était sous vos ordres à Oran et pour son grade de capitaine.

        J'ai l'honneur d'être, etc...

        Le Général de Division,
        E. HERBILLON.

        Décidément, comme je l'écrivais au maréchal de Castellane, les bons et loyaux services, de nombreuses, campagnes, une belle conduite sur-le-champ de bataille ne sont pas toujours des titres pour être récompensé, il en faut d'autres que je ne puis posséder.
        L'étonnement du général avait été partagé par ceux qui l'entouraient, et le capitaine de Sachy s'exprimait ainsi :
        Une seule chose m'attriste, c'est de voir l'oubli inqualifiable dans lequel on laisse mon brave et digne Général. N'est-ce dons pas à lui que l'on doit la défaite des Russes à Traktir?...

        La rancune du maréchal Pélissier n'était pas éteinte et il fallut une vigoureuse intervention de la part du maréchal de Castellane pour faire réparer cette injustice.
        On lit, en effet, dans le Journal de celui-ci (tome V) (1) ;
        L'Empereur m'a fait entrer dans son cabinet... je lui dis :
        Le général Herbillon vient d'avoir un beau combat sur la Tchernaïa, il a bien gagné la grand croix de la Légion d'honneur. J'ai trouvé qu'on avait eu tort de ne pas parler de lui dans la dépêche télégraphique, et que dans le rapport, on ne disait pas assez positivement que c'était lui qui commandait ; cependant en élevant ceux qui se sont rapprochés de soi, on se grandit soi-même.
        L'Empereur. - C'est vrai.

        Le 7 mars 1856, il revient sur ce sujet dans une conversation avec l'Empereur :

        A propos de mes généraux de division, je lui ai parlé du général Herbillon qui n'a pas été récompensé du combat de Traktir, il m'a répondu : " Mais se sont des soldats qui l'ont gagné seuls." "Sire, les soldats ne gagnent pas seuls un combat ; le général Herbillon avait pris ses dispositions.
        Si le maréchal Pélissier avait été maréchal alors, le général Herbillon serait très probablement grand croix. Le général La Marmora a parlé au Consul en passant à Lyon de son étonnement que le général Herbillon ait été oublié. C'est une injustice, c'est un très brave homme, cela peut se réparer. "

        Grâce à cette insistance, le maréchal Pélissier, sur l'invitation de l'Empereur lui-même, dut cesser de faire la sourde oreille et établit une proposition. Le général Herbillon fut nommé grand croix de la Légion d'honneur le 18 juin 1856.
        Le 29 févier 1856, l'armistice a été signé. Les Russes descendent en masse des plateaux de Mackensie; ils viennent sur la rive gauche de la Tchernaïa, conversant avec nos hommes, et les uns et les autres se font des petits cadeaux.
        Le jour de Pâques, nous avons appris la naissance d'un Prince impérial. Français, Anglais, Piémontais et Russes ont fait des feux de joie. La santé des hommes n'est pas bonne les régiments se dépeuplent, car les évacuations sur Constantinople sont incessantes, et les décès nombreux. Le scorbut et la fièvre typhoïde font beaucoup de victimes. Les officiers de santé, les aumôniers et les sœurs de charité ont payé largement leur tribut au fléau.

        La paix fut signée le 2 avril 1856 et le 10 juin, le général repartit pour la France.
        Une lettre du ministre, datée du 24 mai 1856, lui avait annoncé que, par décision du 21, il était nommé membre du Comité consultatif de l'Infanterie, dont le général Schramm était le président, et dès son arrivée à Paris une lettre de service lui faisait connaître qu'il était nommé inspecteur général d'infanterie (juillet 1856).
        Le général Herbillon avait été nommé commandeur de l'ordre du Bain le 26 avril 1856. Il fut nommé grand-croix de l'ordre de Saint-Maurice et Saint Lazare, le 4 juillet, et reçut l'ordre de Medjidié de Turquie (2e classe) le 15 novembre 1856. Le 19 juin, il eut enfin la satisfaction de recevoir le grand cordon de la Légion d'honneur.
A SUIVRE


ALGER OCTOBRE 1959
Par M. Bernard Donville

             Bonjour à tous en ce 1er novembre , triste souvenir pour de multiples raisons, reprises dans les couvertures que j'ai retenues de l'Echo pour ce mois.
            Dans Alger on va découvrir la zone bleue, subir encore la présence de grenades voire peut être de la rage ? J'apprécie toujours dans "de tout un peu" ces lecteurs prompts à fournir les solutions de tous les problèmes: voir ici la vitesse sur la moutonnière! Je me suis lancé pour vous présenter la réclame de Lejaby dans la mode ! Dans le spectacle beaucoup de présence féminines dans les artistes de passage.
            J'ajoute ce mois deux pages:" la vie maritime", intense pour notre grand port, et "l'écho agricole". Enfin Marie Elbe à l'honneur tant par le"coup de cœur" pour les femmes kabyles que en "Bonus" pour les prémices de l'Université d'Alger.
            Bonne lecture

Voir la suite du dossier sur : donville-novembre1959.pdf


            Un petit complément de novembre
            Aoud-el-Hamra

            Plan de Constantine



OXYGENE ET FUMIGENES
De Hugues Jolivet




      
       J'ouvre radio ou télé, une voix anxiogène
       Ressasse le même discours, pénible et hypnogène,
       D'une France à sauver, malade et pathogène,
       De la vie en danger de millions d'indigènes !
       J'interromps cette voix, ce sermon allergène
       Pour l'esprit et le corps. J'ai besoin d'oxygène !

       La sinistrose conduit au tonneau de Diogène,
       Au dégout de la vie, stupide et "merdogène"
       Qui résulte d'un Etat miné, hétérogène,
       Peuplé de pauvres hères, tels les aborigènes !
       Pour masquer le réel, écrans de fumigènes,
       Pour calmer les requêtes, des gaz lacrymogènes !

       Comme le ver dans la pomme, la menace endogène
       S'est révélée à Nice et à Paris, sans gêne.
       A Marseille, le tueur, terroriste allogène,
       Assassine sous l'emprise d'un hallucinogène !
       Notre France est souffrante, tendances criminogènes
       D'ennemis en son sein, facteurs cancérogènes !

       Triste famille française, tu n'es plus homogène,
       "La manif pour tous" dit, cruement, que "l'Homo gêne" !
       PMA, GPA, batardisent les gènes
       D'un enfant, sans parents, qu'on baptisera "Eugène" !
       Un papa, une maman, quelle bouffée d'hydrogène
       Pour vivre excellemment, entouré d'anti-gènes !


Hugues Jolivet         
Le 29 octobre 2019          

A SUIVRE



ET ILS PARTIRENT VERS LA TERRE PROMISE…
Par M.José CASTANO,


« Du temps de la France, l’Algérie c’était le paradis ! » (HOCINE AIT AHMED, chef historique du F.L.N algérien)

       La question de la mémoire entre la France et l’Algérie demeure toujours, plus d’un demi-siècle après l’indépendance, un problème récurrent savamment entretenu par les chefs d’état de ces deux nations…

       Les trois derniers présidents français ont pointé, chacun à leur manière, la responsabilité française dans la guerre et la colonisation, dénonçant tour à tour, une France qui « manquait à ses valeurs universelles » pour François Hollande, et un système colonial « profondément injuste », pour son prédécesseur Nicolas Sarkozy.

       Le 15 février 2017, à Alger, le candidat à la présidentielle Emmanuel Macron, choisit de condamner la colonisation française en Algérie en ces termes : « C’est un crime, un crime contre l’humanité, c’est une vraie barbarie. Et ça fait partie de ce passé que nous devons regarder en face, en présentant nos excuses à l’égard de ceux envers lesquels nous avons commis ces gestes. »

       La France avait donc commis un « crime contre l’humanité » lorsque, en 1830, elle avait abordé les côtes algériennes dans le but essentiel de mettre fin à la terreur barbaresque en Méditerranée, libérer les esclaves chrétiens et éradiquer la traite des blanches liée à la culture du harem… Et il aurait fallu « présenter nos excuses » à l’égard de ceux qui pillaient, rançonnaient, massacraient et réduisaient en esclavage (principalement) la chrétienté ?…

       Si Monsieur Macron avait pris la peine de s’informer sur les raisons réelles de cette expédition, il aurait appris qu’à cette époque, l’Algérie n’était pas un territoire indépendant mais une possession turque. Elle ne constituait pas un Etat, encore moins une nation. Elle n’avait pas de frontières. Elle constituait une mosaïque de tribus qu’aucun lien, sauf le religieux, n’unissait entre elles… et encore seulement d’une façon très fragmentaire.

       La mission remplie, qu’allait-on désormais bien pouvoir faire de ce pays libéré de la tutelle turque ?

       Si la France abandonnait le terrain, tout donnait à penser que d’autres Etats lui succéderaient, particulièrement l’Espagne et l’Angleterre. A quoi auraient donc servi tant d’efforts ? De sacrifices humains ? D’argent dépensé ?...

       Alors, la conquête du pays fut décidée et avec elle, l’envoi des premiers colons…

       En 1848, après les sanglantes journées de juin, le gouvernement français choisit de faire de l’Algérie un lieu de déportations et c’est pour éviter une nouvelle révolution que, le 19 septembre 1848, l’Assemblée Nationale vota 50 millions pour la création de 42 « colonies de peuplement » ou « centres agricoles » pour établir 13500 « colons » français dans le but « d’occuper » ces Parisiens jeûneurs malgré eux et qu’on devinait prêts à se faire turbulents.

       Les premiers déportés furent les « communalistes », qui devaient être rejoints en 1852 par ceux qui avaient osé répondre « NON » au plébiscite, puis par les Alsaciens-lorrains de 1870. Que savaient les uns et les autres de l’Afrique ? Pas grand-chose… si ce n’était que le pays était chaud, où les soldats enjuponnés de rouge qu’on appelait zouaves se battaient six jours sur sept contre les « Mahoms » dont le péché mignon était de couper la tête aux chrétiens, et que certains civils, dont on avait dit qu’ils étaient allés chercher fortune par là-bas, n’étaient plus reparus.

       Ils retrouvèrent sur place ceux qui, depuis une dizaine d’années déjà, pataugeaient dans les boues des marécages infestés de miasmes, rongés par le paludisme et la malaria, la cervelle à moitié cuite sous l’aveuglant et lourd glissement du sirocco et qui étaient partis vers l’Afrique, comme on se met en marche vers la terre promise…

       On avait promis à ces malheureux des merveilles… ils découvrirent un désert, une lande hérissée de broussailles au bord d’un marais pestilentiel où pullulaient les moustiques. Mais ils ne pouvaient pas repartir ! Ils étaient pris au piège de leur propre rêve, prisonniers de l’Afrique… et déjà promis à la malédiction qui allait s’abattre sur elle…

       Dans un pays où certaines régions de colonisation étaient en majeure partie des marécages, le paludisme faisait des ravages effrayants. En 1841, dans son étude « Solution de la question d’Algérie », le général Duvivier écrivait : « Les plaines telles celles de la Mitidja, de Bône et tant d’autres ne sont que des foyers de maladies et mort. Les assainir, on n’y parviendra jamais… Les plaines pour les Européens, sont et seront toujours longtemps de vastes tombeaux. Qu’on abandonne ces fétides fosses ! ».

       Vastes tombeaux ! Fétides fosses ! Quel programme engageant ! Et le général Berthezène d’affirmer, menaçant : « La Mitidja n’est qu’un immense cloaque. Elle sera le tombeau de tous ceux qui oseront l’exploiter ! ».

       Pourtant, quelques années plus tard, à force de courage, de patience, de persévérance, d’abnégation, mais aussi de privations, de souffrance, de misère et de centaines de morts usés à la tâche, la Mitidja, « ce marais pestilentiel », devint la perle et la plus riche contrée agricole de l’Algérie : « la première victoire de la quinine », « la plus belle réalisation du génie colonisateur de la France », « l’émeraude pêchée dans la vase », écrira le colonel Trumelet.

       Typhus, choléra frappèrent inexorablement. Bugeaud, rentré en France, mourra du choléra en 1849. Dans les Centres de colonisation, où l’hygiène était rudimentaire, ce mal surtout faisait des ravages terribles. Des villages entiers furent décimés.

       Chacun était désormais lié au sol, au ciel, aux périls de toujours et devait se défendre, à la fois, contre les éléments et les bandes armées qui parcouraient le pays. Elles le ravageaient au jour le jour, sans plan arrêté. L’insécurité régnait partout. Les cavaliers en burnous, les yatagans, les Hadjouths et les pillards se chargeaient de trancher les gorges et d’enlever les femmes pendant que les hommes tentaient de maîtriser les meules de fourrage en proie aux flammes, produit de leur labeur de forçat.

       Dans les cimetières, les rangées s’ajoutaient aux rangées où s’affirmait ainsi le commencement d’un peuple. L’Afrique devenait une « terre à sépultures »…

       Rien de ce qu’ils avaient rêvé ne s’était accompli comme ils l’avaient espéré. Tout s’était passé autrement, avec plus de dureté et de cruauté, mais à force d’énergie à travers les échecs, les souffrances, les malheurs, à force de volonté, de patience et de génie, ils avaient donné un sens à ce que le destin et l’Histoire leur avaient confié.

       Alors arrivèrent pour essayer de vivre à côté de ces Français têtus, des frères latins, tout aussi miséreux : Espagnols, Italiens, Maltais, Génois, Siciliens… Un point commun les unissait : l’extrême misère ! L’Algérie –leur avait-on déclaré- c’était l’eldorado ! Et puis, ce pays était plus proche de l’Europe que la Californie…

       Comme il y eut un rêve américain après la seconde guerre mondiale, il y eut à partir de 1840, un rêve algérien…

       « Français de France », les fils de cette France qui les avait exilés protestèrent contre l’intrusion de ces nouveaux défricheurs :
       « Ne sommes-nous pas capables d’arriver nous-mêmes à nos fins ? Ne l’avons-nous pas suffisamment prouvé ? »


       La mère-patrie leur répondit doucement :
       « Ces étrangers sont là pour vous aider dans votre tâche. Ils auront des terres qui auraient fini par vous tuer. Ils réussiront à n’y pas mourir, habitués qu’ils sont déjà à la grande misère, à l’extrême fatigue. Ne les renvoyez pas ! Accueillez-les au contraire en associés ».

       Tous, étaient des déportés de la politique et de la misère, des réfractaires, des exilés, mais ils portaient en eux ce germe qui s’appelle l’audace et que leurs parents demeurés dans les vieux pays d’Europe allaient inexorablement laisser mourir comme des semailles gelées.

       Ensemble ils édifièrent cette Afrique latine qui, en bonne justice, se fondit, s’harmonisa en une seconde France. C’est ainsi que la grande famille européenne se forma et à côté d’elle, la famille musulmane commença à concevoir que ces roumis n’étaient –tout compte fait- ni des adversaires, ni des parasites, et que par conséquent il n’était nul besoin de leur couper la tête… Elle se risqua, se rapprocha, écouta, puis accepta l’invitation à l’initiation.

       Les étrangers poussaient la charrue un peu plus loin que les Français. Les Arabes consentaient à venir à la rescousse de l’effort des uns et des autres. L’Afrique du Nord toute entière devenait un musée ethnographique où allaient commencer à se désintégrer dans le silence baignant des paysages vitrifiés, les débris de toutes les races du monde méditerranéen donnant naissance à une nouvelle race : Les Pieds-Noirs.

       La foi, l’amour, la bonne volonté, la ténacité, les sacrifices, la confiance, les chagrins n’avaient pas manqué. Et tout cela, avec les morts et avec les vivants, avec ceux qui creusaient, ceux qui labouraient, ceux qui conseillaient, tout cela, ensemble, avait contribué à écrire l’histoire de l’Afrique du Nord.

       Ils fondèrent une colonie à l’image de la France, offrirent aux indigènes les premiers enseignements de notre culture, débrouillèrent à notre intention l’écheveau des connaissances locales indispensables. Puis, satisfaits de leur effort, ils demandèrent à cette terre qu’ils avaient prise de les accueillir dans son sein pour l’éternité et ils s’éteignirent, loin des doux réconforts de la mère patrie.

       La France, du reste, n’avait pas attendu leur décès pour les rayer du nombre de ses enfants. Dès leur départ, souvent définitif, elle avait considéré comme perdus ceux qui allaient porter au loin son renom et son drapeau. Elle avait revu sans gratitude ceux d’entre eux qui revenaient lui consacrer leur vieillesse, alors que d’autres ne purent même pas atteindre le port et succombèrent en mer.

       C’est ainsi que naquit, grandit puis se dissipa dans des vapeurs de sang, de larmes et de passions, un miroir épique vers quoi des millions d’hommes et de femmes marchèrent en portant les douleurs et les enchantements de l’amour.

       Si les pierres de gloire ne gardent pas leurs noms, si leur sacrifice est demeuré anonyme, nous n’en devons que davantage apporter l’hommage de notre piété reconnaissante à ces rudes artisans de la plus splendide entreprise française qui ait jamais été tentée.

       En deux siècles, sous deux Empires et quatre Républiques, ces hommes allaient servir dans les Armées françaises. Officiers ou simples soldats, la plupart du temps, volontaires, ils allaient être de tous les combats mais aussi de toutes les tâches quotidiennes, même les plus modestes. Pour les morts et pour les blessures du corps et de l’âme, la France leur décerna des croix… puis elle les combattit, les chassa de cette terre ingrate qu’ils avaient arrosée de leur sueur et de leur sang, et les effaça de sa mémoire.

       En politique, c’est peut-être la foi qui sauve, mais ce sont les œuvres qui comptent. C’est par ses œuvres que l’Algérie, fille de la force française, a montré au monde qu’elle n’a pas démérité des magnifiques énergies qui se sont, aux temps héroïques, inclinées sur son berceau. Ce rêve de misère ensoleillé dura 132 ans et il durerait encore si les forces du mal n’avaient pas en ce monde souvent l’avantage sur les apôtres du bien.
José CASTANO 
      1 Novembre 2019
e-mail : joseph.castano0508@orange.fr

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       Emmanuel Macron adresse ses "vœux les plus sincères au peuple algérien"

       Décrété "Fête de la Révolution", le 1er novembre est férié en Algérie. Le chef de l'Etat français a choisi ce jour pour adresser ses "vœux les plus sincères" au peuple algérien.
       « Pour la fête nationale algérienne, j’adresse mes vœux les plus sincères au peuple algérien et rends hommage à son esprit de responsabilité en cette période cruciale pour son avenir. Je souhaite que nos amis algériens relèvent par le dialogue, en toute liberté, les défis futurs. »
       Sur le Forum des Parachutistes : Cliquez sur : http://paras.forumsactifs.net/t26916-les-collabos-du-jour#175281
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C'est de cette façon....
De M. Gomez
Envoyé par M. Jolivet.
              C'est de cette façon qu’en juillet 1962, on traita les rapatriés d’Algérie pourtant français à part entière.

              Maintenant ont construit aux migrants des centres où ils auront logement, nourriture, aide médicale, etc., bien sur aux frais des contribuables français.



              Le 26 juillet 1962, le maire de Marseille,le socialiste Gaston Defferre, accorde une interview au quotidien Paris-Presse l’Intransigeant.Sujet : l’arrivée massive des rapatriés d’Algérie.
              53 ans plus tard, il m’apparait comme instructif, pour les générations qui n’ont pas connu, ou mal connu, ces évènements tragiques, de faire souvenir de quelle manière ont été accueillis ces Français lors de leur arrivée, contre leur gré et emportés par le vent de l’Histoire, dans leur pays, leur patrie, la France.

              Le « bafouilleur marseillais », Gaston Defferre, ne se prive guère de donner son avis :
              « Ils fuient. Tant pis ! En tout cas, je ne les recevrai pas ici. D’ailleurs, nous n’avons pas de place. Rien n’est prêt. Qu’ils aillent se faire pendre où ils voudront ! En aucun cas et aucun prix je ne veux des pieds-noirs à Marseille. »

              À la question « Voyez-vous une solution aux problèmes des rapatriés à Marseille ? »,
               il répond : « Oui, qu’ils quittent Marseille en vitesse, qu’ils essaient de se réadapter ailleurs et tout ira pour le mieux. »

              Mais Gaston Defferre n’est pas un cas isolé.
              Un sondage IFOP début juillet indique : 62 % des métropolitains refusent toute idée de sacrifice à l’égard des Français d’Algérie.

              Voici d’ailleurs un rapport découvert lors de l’ouverture des archives :
              « Les Français d’Algérie qui débarquent en métropole font l’objet d’une froide indifférence, ou même d’appréhensions. On ne les connait pas. On ne sait d’où ils viennent ni s’ils sont “vraiment” français. Jugés premiers responsables du conflit qui vient de se terminer et qui a coûté la vie de trop nombreux soldats métropolitains, ils ne semblent pas “mériter” que l’on porte sur eux le regard compatissant que beaucoup espèrent ».

              Conseil des ministres du 18 juillet 62, Louis Joxe s’exclame :
              « Les pieds-noirs vont inoculer le fascisme en France. Dans beaucoup de cas, il n’est pas souhaitable qu’ils retournent en Algérie ni qu’ils s’installent en France. Il vaudrait mieux qu’ils aillent en Argentine, au Brésil ou en Australie. »

              Pompidou, Premier ministre, appuie cette idée : « Pourquoi ne pas demander aux Affaires étrangères de proposer des immigrants aux pays d’Amérique du Sud ou à l’Australie ? Ils représenteraient la France et la culture française. »

              De Gaulle : « Mais non ! Plutôt en Nouvelle-Calédonie ! Ou bien en Guyane, qui est sous-peuplée et où on demande des défricheurs et des pionniers ! »

              Le 22 juillet 1962, Gaston Defferre poursuit ses anathèmes sur Paris-Presse :
              « Français d’Algérie, allez vous faire réadapter ailleurs. Il faut les pendre, les fusiller, les rejeter à la mer… Jamais je ne les recevrai dans ma cité. »

              Dans le centre de Marseille, une inscription sur un grand panneau :
              « Les pieds-noirs à la mer. »

              À l’aéroport d’Orly, la direction interdit aux pieds-noirs d’emprunter l’escalier mécanique parce qu’elle estime que leurs valises et leurs ballots volumineux sont une gêne pour les autres voyageurs.

              Pas l’once d’une compassion parmi les responsables politiques français
              « L’intérêt de la France a cessé de se confondre avec celui des pieds-noirs », dit froidement de Gaulle, le 4 mai 1962, en Conseil des ministres.

              Un autre jour, à Peyrefitte qui lui expose « le spectacle de ces rapatriés hagards, de ces enfants dont les yeux reflètent encore l’épouvante des violences auxquelles ils ont assisté, de ces vieilles personnes qui ont perdu leurs repères, de ces harkis agglomérés sous des tentes, qui restent hébétés… »,
              Le Général répond sèchement :
              « N’essayez pas de m’apitoyer ! »

              Parlant d’Edmond Jouhaud, l’un des généraux putschistes du 13 mai 1958
               «Ce n’est pas un Français, comme vous et moi, c’est un pied-noir.»

              Voilà, tout est dit. Ceux qui ne savaient pas le savent à présent. Quant à ceux qui n’ont jamais voulu savoir, qu’ils croupissent dans leur ignorance.
Manuel Gomez


Macron : barbus radicalisés
et patriotes RN, même péril !

Envoyée par Mme B. Leonelli

        Dans l’Airbus militaire A330 qui le ramenait de la Réunion, Emmanuel Macron s’est confié à Valeurs Actuelles. Mais en prétendant durcir le ton sur l’immigration et l’islam politique, il a littéralement insulté des dizaines de millions de Français et notamment les 11 millions de patriotes qui ont voté Marine lors des présidentielles.

        Car le « président de TOUS les Français » s’est permis de mettre dans le même sac « le communautarisme et le Rassemblement National, deux périls qu’il faut éviter » !!

        C’est ainsi qu’il répond aux 61 % de Français qui jugent que l’islam est incompatible avec les valeurs de notre société : en mettant les patriotes qui défendent leur identité et leur héritage culturel dans le même sac que les barbus radicalisés qui haïssent la France ! Tous seraient des périls pour la République.

        C’est tout simplement ignoble de la part de celui qui prétend rassembler, qui prétend ne pas stigmatiser les communautés. Il vient tout simplement de stigmatiser des millions de Français patriotes et de rejeter les électeurs RN, les désignant clairement comme des ennemis de la République !! Ahurissant.

        On comprend mieux pourquoi il n’a cessé de rabaisser la France à l’étranger, de l’humilier, de la salir. On comprend mieux pourquoi il n’a cessé d’insulter les Français depuis trois ans. La France, non seulement il ne la connaît pas, que ce soit son histoire, sa géographie ou sa culture, mais il ne l’aime pas. Sa seule obsession, c’est le pouvoir et sa réélection en 2022. Il sera prêt à tout pour ça.

        Il faut dire qu’avec 62 % des Français qui pensent que son élection a été une mauvaise chose pour la France, il commence à s’inquiéter. Sa capacité à réformer, plus personne n’y croit. Pas plus qu’à sa volonté de déradicaliser la France islamisée ou de restaurer la sécurité. Les Français ont compris qu’il n’était qu’un bonimenteur.

        Et 59 % des Français pensent qu’il ne sera pas réélu en 2022 !! C’est dire l’échec de sa politique aux yeux des électeurs. Il commence à paniquer et l’artillerie médiatique aux ordres élyséens a commencé son pilonnage de l’opinion. Macron est déjà en campagne.

        Il ne se passe pas un seul jour sans qu’on nous bassine avec l’augmentation du pouvoir d’achat, historique depuis 2008, ou la baisse du chômage.

        Mais les médias se gardent bien de nous dire que ce pouvoir d’achat a été financé par l’emprunt et que nos voisins font bien mieux que nous en matière de chômage et de gestion des finances publiques. Mensonge, comme toujours…

        Il prétend combattre l’islam politique tout en déclarant que le voile n’est pas son affaire, alors que c’est l’affaire de 80 % des Français.

        Il prétend combattre l’immigration sauvage, tout en disant aux Mahorais que Marine leur a menti et qu’on ne peut rien contre le tsunami migratoire.

        En fait Macron sait très bien qu’en menant sa politique mondialiste, il est devenu l’otage des musulmans et qu’il n’a plus aucun moyen d’action pour désislamiser la France. D’autant plus qu’il courtise le vote musulman.

        Refuser le voile, pour tout élu, c’est se priver du vote musulman. L’UOIF l’a suffisamment dit. En affirmant que le voile n’est pas son affaire, Macron ne fait que se soumettre aux tenants d’un islam radical.

        Le CFCM vient d’ailleurs de lui signifier que « le voile était une prescription religieuse », alors que nulle part dans le Coran il n’y est fait référence. Pas plus que dans les hadiths. Mais le CFCM est passé sous la coupe des Frères musulmans et c’est leur vision de l’islam qui s’impose en France, un islam rigoriste incompatible avec la loi républicaine.

        Il est irresponsable de prétendre que le port du voile n’est qu’une liberté individuelle ou un simple signe de piété. Il y avait des musulmans en France dans les années 80 et pas de voiles dans les rues. Or, le port du voile a explosé quand les islamistes ont compris qu’ils pouvaient s’appuyer sur la naïveté et les lâchetés d’un pouvoir républicain faible.

        Le voile, c’est l’étendard de la conquête musulmane de l’Occident. C’est un marqueur de l’avancée de l’islam politique dans la société, prémices à l’instauration future de la charia dans les quartiers islamisés.

        Tout ce que peut dire Macron n’est que pipeau. Ce sont les Frères musulmans de l’UOIF, les Musulmans de France, qui font la loi et sont seuls habilités à dire ce qu’est l’islam de France.

        Le CFCM a totalement échappé au pouvoir. Ce sont les pays étrangers qui contrôlent nos musulmans via les mosquées toujours plus nombreuses.

        Car plus un pays contrôle de mosquées et plus il a de sièges au CFCM. Merci Sarkozy pour cette belle trouvaille de répartition des sièges !!

        En deux ans, Macron a tout aggravé. Il arrive 500 000 immigrés chaque année, qui ne repartent jamais. Tout explose : le nombre de visas, le nombre de demandeurs d’asile, le nombre de mineurs isolés, le nombre de clandestins.

        En applaudissant à la politique de Merkel et en disant aux Français qu’on ne pouvait rien contre la démographie africaine, il a envoyé un signal à tous les migrants de la planète.

        La France est l’Eldorado qui accueille à bras ouverts et n’expulse plus. Moyennant quoi les Français travaillent de plus en plus pour financer l’immigration, un gouffre qui représente l’essentiel de nos 2 500 milliards de dettes. Tout autre discours n’est que mensonge bien-pensant.

        Cette immigration dévastatrice a ruiné l’État, les régions, les départements et les communes. Il n’y a plus d’argent pour les services publics, pour l’entretien des routes ou des lycées. Tout part dans l’accueil des migrants toujours plus nombreux. La France est le réceptacle de tous les déboutés du droit d’asile de toute l’Europe.

        Pour conclure, puisque Macron a fait des électeurs RN des ennemis de la République, le grand péril qu’il faut combattre au même titre que l’islamisme, rappelons quelques évidences.

        Ce ne sont pas les patriotes RN qui bloquent les rues pour la prière ou réclament des horaires décalés dans les piscines. Ce ne sont pas les patriotes qui montent des guet-apens contre policiers et pompiers.

        Ce ne sont pas les électeurs RN qui vandalisent et saccagent trois églises par jour, ce dont personne ne parle, alors que l’affaire de Bayonne monopolise tous les médias nuit et jour, en diabolisant la sphère patriote et identitaire.

        Ce ne sont pas les patriotes qui sont responsables des 262 morts et plus de 1 000 blessés tombés au cri de Allahu akbar. Ce ne sont pas les patriotes du RN qui occupent 70 % des places de prison.

        Les électeurs RN veulent sauver la France, les islamistes veulent la détruire pour imposer la charia. En assimilant les patriotes aux ennemis de la France, Macron se fait le complice de l’islam radical. Ça s’appelle trahir le peuple français et c’est éminemment criminel.
Jacques Guillemain



APPEL DE ZINEB EL RHAZOUI
AU PEUPLE FRANCAIS

Envoyée par Mme B. Leonelli
Ben oui! En réponse à cette mise en garde le président français a souhaité une "bonne fête" aux tortionnaires et leurs descendants!

         Elle a 37 ans. Née à Casablanca en 1982, franco marocaine, elle est journaliste, militante des droits de l’homme, écrivain (auteur de « Détruire le fascisme islamique »).
         Journaliste à Charlie Hebdo, elle a échappé par miracle à la tuerie de janvier 2015.
         Comme notre ami Eric Zemmour, et comme de trop nombreuses personnes courageuses, elle vit, elle et sa famille, sous protection policière permanente. Parce que penser, parler, dire, écrire ce qu’on pense d’une religion mortifère moyenâgeuse et obscurantiste est un crime, pour les illuminés de l’islam, en 2019, en France, patrie de Voltaire et de la tolérance…
         Combien sont-ils, en France, à être ainsi protégés ? Comment en sommes-nous arrivés là ? Quels dirigeants traîtres ou inconscients ont-ils laissé ainsi sombrer la France qu’on leur avait confiée ?
         Savez-vous, mes chers compatriotes, ce que représente vivre dans le danger permanent ? Jour et nuit, tous les jours de la semaine. Soi-même et sa famille. Partout…
         Quand, quelques jours après l’attentat meurtrier de la Préfecture de Police de Paris, une femme voilée s’autorise à faire de la provocation au Conseil Régional de Bourgogne et tente d’émouvoir la France par les larmes de son fils, on a du mal à contenir sa colère en pensant aux enfants des policiers assassinés dont personne ne parle déjà plus…
         Zineb El Rhazoui n’a pas peur. Elle est en colère, et ne se taira pas.
         Elle vient de lancer sur les réseaux sociaux un appel bouleversant au peuple français.
         Nous devons l’entendre, l’écouter, le relayer, le répandre, partout, dans les villes, dans nos familles.
         Zineb se bat pour nous, pour la France, pour la liberté. Elle risque sa vie chaque jour.
         Dans les heures terribles que nous vivons, nous avons besoin d’elle, nous avons besoin d’hommes et de femmes courageux comme elle. Protégeons-là comme nous le pouvons.
         Vous tous, qui étiez « Charlie » il y a presque 5 ans, soyez « Zineb » aujourd’hui.
         Soyez, comme Zineb, en colère, en sainte colère.
         Dites-le ! Ecrivez-le ! Criez-le ! N’ayez pas peur !
Marc Le Stahler, 28 octobre 2019

         “À l’heure où les islamistes et leurs complices communautaristes s’émeuvent de cette “maman voilée humiliée devant son enfant”, les pires sévices, mortels, me sont promis publiquement sur les réseaux sociaux, et personne ne s’en émeut, à part vous tous, mes amis et soutiens laïques, humanistes et républicains.

        Comme si je n’étais pas moi aussi une maman, comme si mon enfant qui lirait un jour les menaces des défenseurs de l’islam, “Nik Ta mer la gross putte”, “On te retrouvera égorgée dans ta baignoire”, “Tu seras violée par tous les trous”, n’en éprouverait aucun traumatisme, ceux qui volent au secours de la hijabiste du Conseil régional se taisent sur ce que je vis au quotidien. Un silence qui en dit long sur les dégâts de la terreur islamique sur l’inconscient collectif français.

        Les menaces, les insultes, les humiliations publiques, les diffamations sont si nombreuses, quasi incessantes ces dernières semaines, que je n’ai même plus le temps de les compiler, même plus les moyens de les poursuivre toutes.

        Pour autant, je ne ressens pas que “ma vie a été détruite” comme le prétend la menteuse hijabisée. Au contraire, voir mon pays, celui que je léguerai à mon enfant, sombrer dans cette aliénation islamiste, le voir trembler devant ce retour de l’inquisition sous une autre étiquette religieuse, me donne le courage de continuer, de me battre avec encore plus de force qu’auparavant. C’est mon devoir de femme, de citoyenne et de mère.

        Comme moi, ne cédez jamais à la terreur, ne faiblissez pas devant l’intimidation, ne soyez même pas effleurés par la calomnie des fascistes qui vous traitent de racistes, d’islamophobes, de “putes”, “pédés” et autre injures qui vont avec et qui leur servent d’arguments. Résistez! C’est vous les plus forts.”
Zineb El Rhazoui



Par Hugues Jolivet

DEMAIN

            Demain, terre inconnue, si proche et si lointaine
             Dont les contours brumeux, la teneur incertaine
             Incitent à la prudence ou bien à l'aventure,
             Dilemme quotidien de toute créature.
             Est-ce l'aspect timoré que tout être sensé
             Rejette en l'ignorant, exclut de ses pensées ?

             Demain, certains le disent, sera tel qu'aujourd'hui.
             Le train-train quotidien, que la routine conduit,
             Sera, hélas, bloqué par un seul grain de sable,
             Ce malheureux hasard, cruel, impitoyable.
             De lâches attentats, inattendus, soudains,
             Plongeront ils dans la peine familles et citadins ?

             Demain de nos enfants ? La conquête du monde
             Pour en faire le tour, puisque la terre est ronde !
             Heureux, bel avenir, les start-up de génie,
             Surfant sur leurs atouts, dans quelques décennies,
             Conquerront les planètes de l'univers astral,
             En évitant, toutefois, le vide sidéral !

             Demain, O Terre seras tu, facile à vivre ?
             Les enfants ont conscience du chemin qu'il faut suivre,
             Sermonnant leurs parents sur le respect de l'eau,
             De l'air, de la nature, d'être bons écolos.
             Courir pour une fleur et pratiquer les sports,
             C'est vivre sainement, s'habituer aux efforts.

DEMAIN

            Demain est océan, rivage et horizon,
             Où flottent les espoirs durables de guérison
             De maladies malignes que la science maîtrise
             Par stricte application des connaissances acquises.
             Demain, la vie en bleu, demain, la vie en rose
             Pour des handicapés. Adieu la sinistrose !

             Demain, fosse abyssale des promesses non tenues
             Publiques et privées, possibles ou saugrenues.
             ''Demain, on rase gratis'', promesse de candidat.
             Mais, qui paie le barbier ? Le Trésor de l'Etat !
             Promesses, devant le Maire et devant les témoins,
             Se noient dans le chagrin au divorce des conjoints.

             Demain est réceptacle du report volontaire
             De tâches quotidiennes, pénibles ou terre à terre,
             Vouées à l'oubli total, lorsque leurs responsables
             Sont las, non motivés et laissent filer au diable.
             Mais un report privé a moindre conséquence
             Que celui du Public garant de la confiance.

             Demain reste un mystère quasi impénétrable,
             Que, seuls, les astrologues nous vendent agréable !
             Demain, après la mort, quel sera le destin
             De l'Homme ? Paradis radieux de Saint Augustin ?
             Ou, nuit noire du Néant, le vide sans lendemain ?
             Prions pour le premier en joignant les deux mains !
            

Hugues JOLIVET
6 Février 2017
 



LA GRANDE MUETTE PARLE !
Par M. Général Antoine-Roch Albaladéjo,


Ça y est, même de hauts gradés commencent à en parler...
Général Antoine-Roch Albaladéjo Ancien De La Légion Etrangère.
Quelques éléments de réflexion sur l'affrontement avec les islamistes.

       1° Ouvrir les yeux et admettre une bonne fois pour toutes que les islamistes ont déclaré la guerre à l'occident, avec la France en première ligne. Se persuader que cette guerre ne se fera pas sans mort, sans prise d'otages, d’autres attentats, qu'elle se fera aussi chez nous et donc qu'il faudra nous montrer plus vigilant et moins vulnérable y compris émotionnellement. Savoir que notre ennemi trouvera parmi nous des sympathisants et des complices dans tous les milieux et en plus grand nombre que ce ne fut le cas pour le FLN.

       2° Cesser de reculer devant les exigences toujours plus grandes de ces extrémistes et de leurs complices, qui, en affaiblissant notre culture et en imposant la leur, cherchent surtout à tester et à saper notre esprit de résistance.

       3° Agir en portant le fer là où apparaît un furoncle :
       - une immigration débridée qui rend insolubles les problèmes du logement, du chômage, de la dépense publique, ça se contrôle.
       - des barbus, des imams ou des rappeurs qui appellent à la guerre sainte, à la haine et au ime, ça se sanctionne.
       - des quartiers qui caillassent les représentants de l'État, qui rackettent les artisans, ça se neutralise.
       - de discrètes écoles coraniques qui forment les djihadistes de demain, ça se ferme.
       - des clandestins, ça s'expulse, surtout les délinquants.
       - des subventions à toutes ces associations qui font leur beurre dans l'anti-France, ça se supprime, et ......on revoit nos programmes d'histoire, on jette la repentance aux orties, on laisse la transparence aux vitriers .........etc.etc.

       Et ne me dites pas qu'il s'agit là de racisme, de fascisme ou d'extrême droite! Il s'agit de légitime défense et de résistance dans le respect de la loi, ni plus, ni moins !
       Vous pensez sans doute que ce n'est pas demain la veille ?......

       Je crois néanmoins que, sans un sursaut, le pays de la douceur de vivre, le plus beau pays du monde, risque fort de disparaître dans d'atroces soubresauts ou dans une coupable et morne résignation, pour être remplacé par une autre que certains, et pas des moindres, semblent appeler de leurs voeux, on se demande pourquoi, et qui commence à faire peur..
       Mais je me trompe peut-être.. J'aimerais tellement avoir tort...

       Enfin, réfléchissez, ne soyez ni sourds, ni aveugles, ni muets. »
   Général Antoine-Roch Albaladéjo Légion Étrangère    



Une manifestation honteuse
en ce 10 novembre 2019

Par M. Robert Charles PUIG


       Quel drôle de pays que le nôtre qui accepte que défilent des personnes voulant lutter contre une soi-disant " islamophobie ", mais ne disent rien lorsqu'une église est vandalisée, que des tombes juives ou chrétiennes sont dégradées. Le pire, c'est cet accompagnement de partis politiques de la gauche " mal-pensante ", celle qui semblait favorable à la laïcité depuis la loi de 1905 et qui tout à coup, à l'approche d'élections se sentent concernées par l'autorisation du voile salafiste, la burqa ou le burkini islamiste, la viande hallal pour tous et les prières dans les rues. C'est à mon avis le sens qu'ils donnent à ce déshonorant défilé. Où se cache la laïcité dans ce rassemblement qui ose se comparer à un holocauste ? Porter sciemment une étoile d'un autre temps de la honte et se faire passer pour des martyrs !

       Heureusement les nombreuses personnes arabes et françaises qui vivent en métropole ont une autre façon de pratiquer leur religion sans les excès de ces marcheurs évalués à environ 10 à 15.000, ce qui ne représente par rapport aux 6 ou 7 millions de musulmans vivants en France, une goutte d'eau dans un vase... sans faire bouger sa surface.

       Qui a initié ce rassemblement où Mélenchon du LRI et l'écologiste Jadot se sont fourvoyés ? Des suppôts des frères musulmans et leurs alliés du communautarisme qui veulent nous imposer un " islam politique ". L'islam est une philosophie religieuse. La politique une doctrine civique et laïque. Les deux sont incompatibles. Allons-nous nous laisser berner par ce mélange des genres ? Nos gouvernants sont pris au piège de cette fausse tautologie, ce sophisme d'une engeance qui se veut différente de la France profonde, qui se veut " à part " avec des lois " à part ! " tout en souhaitant se présenter aux élections municipales. Pour quelle raison, sinon une sécession d'une partie de pays ? Sont-ils Français ceux qui se veulent différents ou sont-ils une avant-garde de l'extrémisme musulman qui souhaite une France fille du Coran et non plus fille de l'église et de la chrétienté ?
       Drôle de France donc où le pouvoir demeure paralysé et impuissant. En d'autres temps ce même pouvoir pro-arabe a pu, par le feu des armes, blesser tuer des patriotes sans aucun remord. Est-il aujourd'hui incapable de conserver à la France sa fierté de pays occidental et laïque sans compromis avec le diable, comme il semble enclin à l'envisager ?
       Clovis et Charlemagne doivent se retourner dans leur tombe. Les morts de nos différentes guerres aussi. Ils défendaient le pays, l'Occident, une liberté de vivre sans le poids d'une religion qui tue au nom d'une loi religieuse qui se veut au-dessus des lois de la République. Laisserons-nous une dictature religieuse et étrangère avec des partis politiques français qui ont perdu le sens de la Patrie nous gouverner, demain ?

Robert Charles PUIG / 11 / 2019       
      


Émigration clandestine
par Envoyé par M. P. BARISAIN
Émigration clandestine: 3700 Algériens ont traversé la Méditerranée pour rejoindre l’Europe en neuf mois


           3700 migrants algériens ont traversé la Méditerranée pour rejoindre l’Europe durant les neuf premiers mois de l’année 2019, selon les données publiées par le Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés.

           2900 des 3700 migrants ayant traversé la Méditerranée sont arrivées en Espagne, tandis que les 800 autres migrants sont arrivés sur les côtes italiennes. Les migrants algériens restent cependant bien moins nombreux que les 7500 migrants marocains ayant traversé la Méditerranée durant les trois premiers trimestres de l’année en cours.

           Les Algériens sont également bien moins nombreux que les migrants syriens ayant effectué la traversée (10 700 arrivées) ou encore les migrants en provenance d’Afghanistan (14 400 arrivées). 3000 migrants tunisiens ont également traversé la Méditerranée entre les mois de janvier et septembre 2019.

           Au total, 81 300 migrants ont rejoint l’Europe en traversant la Méditerranée durant les neuf premiers mois de 2019, en baisse par rapport à la même période l’année précédente lorsqu’ils étaient 102 700 et encore moins que durant les trois premiers trimestres de 2017 lorsque 143 400 avaient traversé la Méditerranée pour rejoindre l’Europe.

           46% des arrivées entre janvier et septembre 2019 étaient des hommes, contre 21% de femmes et 33% d’enfants. 1042 personnes sont également portées disparues durant cette période en 2019, contre 1853 à la même période en 2018, précise le HCR.

L'Actualité en temps réel Par: Yacine Babouche 07 Nov. 2019



Le jour où l'Islamisme européen...
par Envoyé par M. P. BARISAIN

Le jour où l'Islamisme européen menacera l'Afrique du Nord et le monde arabe !


           Ce jour-là n’est pas aussi lointain que vous l’imaginez ! C’est le compte à rebours ! Ce jour-là ne tarda pas à frapper à nos portes pour nous annoncer une autre terreur, une autre sauvagerie religieuse ! Aujourd’hui en Europe, tous les ingrédients politiques et socioculturels sont réunis pour que l’islamisme européen prenne le dessus, saisisse sa férocité. D’abord à cause du laxisme et de l’indifférence avec lesquels les intellectuels rationalistes européens regardent leur islamisme.

           Les méthodes angéliques avec lesquelles ils établissent leurs analyses. L’islamisme grignote l’Europe morceau par morceau, secteur par secteur ! Puis, les biens de la démocratie dont jouissent les islamistes européens en tant que citoyens, et tant mieux, mais ces derniers n’ont jamais cru, et ne croient point en les valeurs de la démocratie. Aux yeux des islamistes, qu’importe la nationalité affichée, la démocratie est incompatible avec les principes de l’islam. Elle est une sorte d’hérésie qofr. Pour eux, la démocratie est un moyen pour grimper l’échelle, et une fois en haut, ils tirent sur la démocratie et les démocrates.

           Et puis les biens des droits de l’homme, fruit d’un long combat humain universel, abolir l’esclavage, combattre le racisme, éradiquer la haine religieuse et ethnique, défendre l’égalité entre les femmes et les hommes, assurer les droits d’enfants, garantir la liberté individuelle à tous les êtres humains, qu’importe leur orientation sexuelle, leurs confessions religieuses, leurs langues, mais toutes ces valeurs, aux yeux des islamistes européens, sont un égarement du chemin de leur Dieu. Fourvoiement ! Tous les biens acquis de l’humanité, à savoir la démocratie, la laïcité et les droits de l’homme, il faut les remplacer par la charia, ne cessent de hurler les islamistes européens.

           Aujourd’hui, en Europe, les femmes sont de plus en plus voilées. De plus en plus agressées par des discours religieux à cause de leurs choix vestimentaires. Les harcèlements à caractère religieux des femmes en plein jour, à Paris, à Bruxelles, à Berlin… La liberté individuelle recule. L’accès à quelques cafés est déjà interdit aux femmes, cela se passe à Paris et non pas à Riyad. Après la violation des principes de l’école républicaine, les islamistes occupent des postes au sein des institutions sensibles, celles chargées de la recherche ou de la sécurité (l’attentat de la préfecture de police de Paris, le 3 octobre 2019).

           Les magasins hallal sont de plus en plus visibles. Dans les écoles, une séparation idéologique entre les enfants s’impose à cause d’un menu ! Les guerres des petits télécommandées par les grands ! Les élus, quelques maires français, vendent âme et conscience afin de sauvegarder leur poste. Un chantage électoral imposé par les islamistes européens aux maires : construire une mosquée contre trois mandats successifs assurés ! La gauche traditionnelle européenne use d’un discours flou dès qu’il s’agit de l’islamisme.

           Peu de débats philosophiques, voire rien, beaucoup de bavardages médiatiques et politicards sur les écrans et sur les réseaux sociaux ! L’extrême droite profite de ce phénomène afin d’instaurer un climat de peur et de chaos sociétal. Un fonds de commerce politique juteux pour les deux partis : l’islamisme et l’extrême droite. Le premier s’installe dans le rôle de l’agressé par l’étranger et le deuxième joue le rôle de la victime. Les décideurs européens ont peur de décider, dès qu’il s’agit de l’islamisme ! À l’heure où les pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient se libèrent difficilement de leur tragédie islamiste vécue dans le sang, la société européenne s’engouffre dans son islamisme.

           Les citoyens européens d’origine musulmane, et à l’occasion de tous les rendez-vous électoraux dans leur pays d’origine, votent en majorité pour les partis islamistes. Les Tunisiens pour le parti Ennahda de Rached Ghannouchi, les Marocains votent PJD, Parti de la justice et du développement, de Saâdeddine El Othmani, les Turcs votent pour le Parti de la justice et du développement d’Erdogan, les Égyptiens votent pour le parti des Frères musulmans !

           Aujourd’hui, après une amère expérience faite dans la destruction, les pays d’Afrique du Nord se réveillent avec l’espoir de se libérer de la horde islamique. Mais de l’autre côté, les enfants originaires de ce même espace géoculturel et géo-religieux installés en Europe depuis au moins quatre générations, se radicalisent. Ils ne feront pas mal uniquement à l’Europe, mais aussi à leur pays d’origine.

           Au moment où, ici au Maghreb, les femmes mènent une lutte acharnée afin de se libérer du machisme sexiste religieux et de l’asservissement symbolisé, entre autres, par le port du voile imposé, de l’autre côté, les femmes européennes d’origine musulmane, victimes ou poussées par une idéologie islamiste masculine, reviennent au port du voile !

           Le voile religieux n’est pas un choix personnel, mais un engagement communautaire. L’islamophobie, dont l’origine idéologique est un acte raciste perpétré contre l’islam, condamnée par toutes les lumières intellectuelles, est, aujourd’hui, détournée de son sens original. L’islamophobie est utilisée par les islamistes européens, incarnant le rôle de la victime, comme un pare-choc, afin de faire face à toute critique condamnant l’islam communautaire.

Amine Zaoui 29/10/2019



LIVRE D'OR de 1914-1918
des BÔNOIS et ALENTOURS

Par J.C. Stella et J.P. Bartolini


                            Tous les morts de 1914-1918 enregistrés sur le Département de Bône méritaient un hommage qui nous avait été demandé et avec Jean Claude Stella nous l'avons mis en oeuvre.

             Jean Claude a effectué toutes les recherches et il continu. J'ai crée les pages nécessaires pour les villes ci-dessous et je viens d'ajouter Petit, Clauzel, Gelât Bou Sba, Héliopolis, des pages qui seront complétées plus tard par les tous actes d'état civil que nous pourrons obtenir.

             Vous, Lecteurs et Amis, vous pouvez nous aider. En effet, vous verrez que quelques fiches sont agrémentées de photos, et si par hasard vous avez des photos de ces morts ou de leurs tombes, nous serions heureux de pouvoir les insérer.

             De même si vous habitez près de Nécropoles où sont enterrés nos morts et si vous avez la possibilité de vous y rendre pour photographier des tombes concernées ou des ossuaires, nous vous en serons très reconnaissant.

             Ce travail fait pour Bône, Aïn-Mokra, Bugeaud, Duvivier, Duzerville, Herbillon, Kellermann, Millesimo, Mondovi, Morris, Nechmeya, Penthièvre, Randon, Kellermann et Millesimo, va être fait pour d'autres communes de la région de Bône.
POUR VISITER le "LIVRE D'OR des BÔNOIS de 1914-1918" et ceux des villages alentours :

CLIQUER sur ces adresses : Pour Bône:
http://www.livredor-bonois.net

             Le site officiel de l'Etat a été d'une très grande utilité et nous en remercions ceux qui l'entretiennent ainsi que le ministère des Anciens Combattants qui m'a octroyé la licence parce que le site est à but non lucratif et n'est lié à aucun organisme lucratif, seule la mémoire compte :

http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr
                         J.C. Stella et J.P.Bartolini.
 


NOUVELLES de LÁ-BAS
Envois divers

POUR DÉBATTRE DES CONTRAINTES QUE RENCONTRE LA FILIÈRE

Envoyé par Raymond
https://www.liberte-algerie.com/est/les-transformateurs-de-la-figue-de-barbarie-en-conclave-a-oum-el-bouaghi-327515

Par Liberté Algérie par B. Nacer le 06/11/2019

Les transformateurs de la figue de Barbarie en conclave à Oum El-Bouaghi

             La Chambre d’agriculture de la wilaya d’Oum El- Bouaghi a abrité, lundi, un regroupement national des transformateurs de la figue de Barbarie, venus de 10 wilayas, pour débattre des contraintes que rencontre la filière en matière de commercialisation des sous-produits de la figue de Barbarie et créer un groupement économique. En effet, il a été décidé la création d’un groupement d’intérêt commun pour la figue de Barbarie avec siège à Oum El-Bouaghi (Chambre d’agriculture). Medfouni Lyazid a été élu président de ce groupement.

             La commercialisation demeure une préoccupation partagée par tous les transformateurs que nous avons approchés. Pour Djilali Afghoul de Aïn Defla, “cette rencontre est la première du genre en Algérie, notre problème c’est la commercialisation, la production existe, les producteurs aussi, on essaie de trouver des solutions. Nous allons créer un organe et augmenter la production, il va y avoir du travail, de la plantation, il y aura un grand résultat qui ne se limitera pas aux huiles mais aussi aux dérivés du produit”.

             “La figue de Barbarie a pris une nouvelle dimension ces derniers temps, notamment dans les wilayas de l’Est, elle se développe. Cette rencontre est pour l’organisation, le développement et l’étude du marché national et pourquoi pas international”, dira Hamdi Mohamed, transformateur de Souk Ahras.

             De son côté, Mme Oulabsir Nadira, vice-présidente de l’Association nationale pour le développement du cactus (figue de Barbarie), nous a déclaré : “Nous avons, parmi les objectifs de l’association, l’accompagnement des producteurs, des transformateurs et même ceux qui font la commercialisation des produits de la figue de Barbarie.

             On trace toute la filière de l’amont à l’aval, on les accompagne avec des formations à la demande et des formations avec le ministère de l’Agriculture, dans le cadre du programme Prchat. Aujourd’hui, on est ici à Oum El-Bouaghi avec l’objectif de rassembler les producteurs et les transformateurs, beaucoup plus les transformateurs, pour constituer une force afin de pouvoir entamer le marché international.

             La production n’est pas énorme, elle existe, mais on n’arrive pas à la commercialiser, il y a le problème de la certification. Celle-ci coûte cher avec les experts internationaux qui viennent. On n’a pas un audit interne ici en Algérie, de même qu’on n’a pas d’organisme certificateur. Il y a également le problème de quantité qui se pose, étant donné qu’il y a une forte demande sur l’huile de figue de Barbarie”, devait-elle conclure.
B. NACER           


PRODUCTION OLÉICOLE À ANNABA

Envoyé par Josette
https://www.liberte-algerie.com/est/plus-de-15-000-quintaux-dolives-attendus-327803


Liberté Algérie   l Par M. APS - 29 juin 2019

Plus de 15 000 quintaux d’olives attendus

        La direction des services agricoles (DSA) de la wilaya de Annaba prévoit d’atteindre une production de plus de 15 700 q d'olives, au terme de la campagne de collecte oléicole 2019, a-t-on appris avant-hier samedi de cette direction. Un total de 764 hectares de vergers oléicoles est ciblé par cette campagne de collecte oléicole, selon la même source qui a indiqué que cette année verra une augmentation du rendement des oliviers en comparaison aux cinq dernières années passant ainsi de 15 à 20 quintaux/hectare.

        Les services de la DSA ont par ailleurs fait savoir que 80% de la production oléicole des communes de Berrahal, Chetaïbi, Oued Laâneb et Triat seront orientés à la production prévisionnelle de 13400 litres d'huile d'olive. Avec un rendement de 18 litres/hectare, la production totale d'huile d'olive connaîtra une augmentation remarquable par rapport aux dernières années. Celle-ci devrait passer de 1500 à 2291 hectolitres, a-t-on souligné.

        L'évolution de la filière oléicole dans la wilaya de Annaba est à mettre au crédit du programme de plantation d'arbres fruitiers mené par la DSA, mais également à l'accompagnement apporté en permanence aux agriculteurs à travers la tenue de plusieurs sessions de formation sur le suivi de l'itinéraire technique, a souligné la même source.
APS           


Le jour où l'Islamisme européen menacera l'Afrique du Nord et le monde arabe !

Envoyé par Léon
https://www.liberte-algerie.com/chronique/le-jour-ou-lislamisme-europeen-menacera-lafrique-du-nord-et-le-monde-arabe-467


par liberté Algérie, A. Z. 26/10-2019 , A. Z.

Ce jour-là n’est pas aussi lointain que vous l’imaginez ! C’est le compte à rebours !

           Ce jour-là ne tarda pas à frapper à nos portes pour nous annoncer une autre terreur, une autre sauvagerie religieuse ! Aujourd’hui en Europe, tous les ingrédients politiques et socioculturels sont réunis pour que l’islamisme européen prenne le dessus, saisisse sa férocité. D’abord à cause du laxisme et de l’indifférence avec lesquels les intellectuels rationalistes européens regardent leur islamisme.

           Les méthodes angéliques avec lesquelles ils établissent leurs analyses. L’islamisme grignote l’Europe morceau par morceau, secteur par secteur ! Puis, les biens de la démocratie dont jouissent les islamistes européens en tant que citoyens, et tant mieux, mais ces derniers n’ont jamais cru, et ne croient point en les valeurs de la démocratie. Aux yeux des islamistes, qu’importe la nationalité affichée, la démocratie est incompatible avec les principes de l’islam. Elle est une sorte d’hérésie qofr. Pour eux, la démocratie est un moyen pour grimper l’échelle, et une fois en haut, ils tirent sur la démocratie et les démocrates.

           Et puis les biens des droits de l’homme, fruit d’un long combat humain universel, abolir l’esclavage, combattre le racisme, éradiquer la haine religieuse et ethnique, défendre l’égalité entre les femmes et les hommes, assurer les droits d’enfants, garantir la liberté individuelle à tous les êtres humains, qu’importe leur orientation sexuelle, leurs confessions religieuses, leurs langues, mais toutes ces valeurs, aux yeux des islamistes européens, sont un égarement du chemin de leur Dieu. Fourvoiement ! Tous les biens acquis de l’humanité, à savoir la démocratie, la laïcité et les droits de l’homme, il faut les remplacer par la charia, ne cessent de hurler les islamistes européens.

           Aujourd’hui, en Europe, les femmes sont de plus en plus voilées. De plus en plus agressées par des discours religieux à cause de leurs choix vestimentaires. Les harcèlements à caractère religieux des femmes en plein jour, à Paris, à Bruxelles, à Berlin… La liberté individuelle recule. L’accès à quelques cafés est déjà interdit aux femmes, cela se passe à Paris et non pas à Riyad. Après la violation des principes de l’école républicaine, les islamistes occupent des postes au sein des institutions sensibles, celles chargées de la recherche ou de la sécurité (l’attentat de la préfecture de police de Paris, le 3 octobre 2019).

           Les magasins hallal sont de plus en plus visibles. Dans les écoles, une séparation idéologique entre les enfants s’impose à cause d’un menu ! Les guerres des petits télécommandées par les grands ! Les élus, quelques maires français, vendent âme et conscience afin de sauvegarder leur poste. Un chantage électoral imposé par les islamistes européens aux maires : construire une mosquée contre trois mandats successifs assurés ! La gauche traditionnelle européenne use d’un discours flou dès qu’il s’agit de l’islamisme.

           Peu de débats philosophiques, voire rien, beaucoup de bavardages médiatiques et politicards sur les écrans et sur les réseaux sociaux ! L’extrême droite profite de ce phénomène afin d’instaurer un climat de peur et de chaos sociétal. Un fonds de commerce politique juteux pour les deux partis : l’islamisme et l’extrême droite. Le premier s’installe dans le rôle de l’agressé par l’étranger et le deuxième joue le rôle de la victime. Les décideurs européens ont peur de décider, dès qu’il s’agit de l’islamisme ! À l’heure où les pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient se libèrent difficilement de leur tragédie islamiste vécue dans le sang, la société européenne s’engouffre dans son islamisme.

           Les citoyens européens d’origine musulmane, et à l’occasion de tous les rendez-vous électoraux dans leur pays d’origine, votent en majorité pour les partis islamistes. Les Tunisiens pour le parti Ennahda de Rached Ghannouchi, les Marocains votent PJD, Parti de la justice et du développement, de Saâdeddine El Othmani, les Turcs votent pour le Parti de la justice et du développement d’Erdogan, les Égyptiens votent pour le parti des Frères musulmans !

           Aujourd’hui, après une amère expérience faite dans la destruction, les pays d’Afrique du Nord se réveillent avec l’espoir de se libérer de la horde islamique. Mais de l’autre côté, les enfants originaires de ce même espace géoculturel et géo-religieux installés en Europe depuis au moins quatre générations, se radicalisent. Ils ne feront pas mal uniquement à l’Europe, mais aussi à leur pays d’origine.

           Au moment où, ici au Maghreb, les femmes mènent une lutte acharnée afin de se libérer du machisme sexiste religieux et de l’asservissement symbolisé, entre autres, par le port du voile imposé, de l’autre côté, les femmes européennes d’origine musulmane, victimes ou poussées par une idéologie islamiste masculine, reviennent au port du voile !

           Le voile religieux n’est pas un choix personnel, mais un engagement communautaire. L’islamophobie, dont l’origine idéologique est un acte raciste perpétré contre l’islam, condamnée par toutes les lumières intellectuelles, est, aujourd’hui, détournée de son sens original. L’islamophobie est utilisée par les islamistes européens, incarnant le rôle de la victime, comme un pare-choc, afin de faire face à toute critique condamnant l’islam communautaire.
          
aminzaoui@yahoo.fr                      


Et si Marcel Proust était un écrivain algérien ?

Envoyé par williams
https://www.liberte-algerie.com/chronique/et-si-marcel-proust-etait-un-ecrivain-algerien-466


 Liberté Algérie - Par Amine Zaoui - 15 octobre 2019

Nous parcourons l’Algérie du nord au sud, de l’est à l’ouest, nous frappons aux portes de ses villes, les petites, les moyennes et les grandes, les côtières, celles de l’intérieur ou celles du désert, nul ne donne l’impression qu’effectivement ces cités ont connu dans leurs murs, un jour, un écrivain, un peintre, un musicien !

           Les villes sont grandes par leur capital de symboles, et les écrivains sont un capital inépuisable. Nous visitons quelques-unes de ces villes, mais nul ne prouve qu’un Mohamed Dib est né à Tlemcen, que Tahar Ouettar est à Sedrata, que Abdelhamid Benhedouga est l’enfant d’El- Mansoura, que Kateb Yacine est né à Constantine, que Rachid Boudjedra est de Aïn Beïda, rien ne prouve que Moufdi Zakariya soit le créateur de l’hymne national, l’enfant de Taghardait !
           Nos villes donnent le dos à leurs écrivains et à leurs artistes !
           Tout ce qui relève de ces écrivains est effacé. Même leurs tombes sont perdues parmi celles des inconnus. Une ville sans mémoire n’est qu’un couloir exposé à un courant d’air !

          
           Ce sentiment d’amertume m’a envahi en arrivant, cet été, dans un petit village français appelé Illiers, situé dans le département d’Eure-et-Loir, lieu qui a inspiré Marcel Proust (1871-1922) pour écrire son chef-d’œuvre À la recherche du temps perdu, couronné en 1919 par le prix Goncourt. L’un des meilleurs textes romanesques universels du vingtième siècle.
           Dans ce village perdu, l’enfant Marcel Proust venait pour passer ses vacances chez sa tante Léonie inspirée de sa véritable tante Elisabeth Amiot (entre 1877 et 1880). Dans À la recherche du temps perdu, on reconnaît facilement les détails du village, les paysages, les villageois, la tante, l’oncle, le jardin, la fameuse madeleine trempée dans son infusion de thé, la maison familiale… Dans À la recherche du temps perdu, Proust a installé le décor de son roman dans un village qu’il a appelé Combray inspiré avec beaucoup de fidélité du village Illiers. En 1971 et à l’occasion du centenaire de la naissance de Marcel Proust, les responsables du village Illiers ont procédé à un jumelage entre le nom réel du village et le nom romanesque, ainsi le nom du village est devenu officiellement “Illiers-Combray” ! Fusion magique entre le réel et l’imaginaire ! Le personnage de tante Léonie dans le roman n’est que la tante Elisabeth Amiot dans la réalité. Ainsi la maison de cette dernière qui a été inaugurée “Maison Léonie”, fait partie du musée Proust, tout en sauvegardant les anciens meubles, les services à café et à thé, le lit de l’enfant Marcel Proust, l’ancien papier peint… Aujourd’hui, des milliers de visiteurs, les fans de Proust, les chercheurs proustiens, les littéraires, les cinéastes, les poètes, le monde de l’intelligentsia créatrice, se bousculent pour visiter le lieu, pour un pèlerinage littéraire !

           En arrivant dans ce petit village oublié, et qui par la mémoire de son écrivain, par la magie de À la recherche du temps perdu est devenu une destination touristique élitique, je me suis demandé : et si Proust était un écrivain algérien ? L’Algérie est le pays du père du roman universel, Apulée de Madaure (125-170), maître de L’âne d’or, considéré comme premier roman de l’histoire de la littérature universelle. Apulée est né à Souk Ahras, à l’Est algérien, et dans cette même ville, la première université africaine a été construite sous le règne de Syphax. Aujourd’hui, il est impossible de retrouver la moindre trace célébrant la mémoire de cette immense personnalité littéraire, dans sa ville natale. Et qu’avions-nous fait de cette fameuse historique grotte appelée “Grotte de Cervantès” située à El-Hamma, dans le quartier de Belouizdad à Alger ? Un lieu fort symbolique ; c’est dans cette grotte que Cervantès a trouvé refuge après son évasion de prison.

           Et c’est ici où il a entamé l’écriture de son roman Don Quichotte, un texte marqué par l’air algérois ! Aujourd’hui, ce lieu lié à Cervantès, comblé d’histoire littéraire universelle, est complètement abandonné, oublié, violé ! Et qu’avions-nous fait de Taghaste Souk-Ahras Taghast, la ville qui a enfanté Saint-Augustin (354-430), philosophe, religieux et écrivain maître de deux grands textes Les confessions et La Cité de Dieu, celui qui a bouleversé la culture européenne et universelle ?

           La culture sauvage bédouine a assassiné l’histoire de nos cités, elle a violé la mémoire, elle a démoli nos symboles littéraires et philosophiques universels.
A. Z.                      


MESSAGES
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De M. Pierre Jarrige

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Pierre Jarrige
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Le journal
Envoyé par Monique
       Une maîtresse d' école demande à ses élèves de faire une phrase dans laquelle il y a l' expression "je présume".

       Une petite fille dit :
       - "Hier, Maman lavait la vaisselle à la main, je présume que le lave-vaisselle était en panne."
       - "Très bien, dit la maîtresse."

       Un autre dit :
       "Ce matin, papa est sorti du garage avec la Volkswagen, je présume que la BMW ne voulait pas démarrer."
       - "Bravo!"

       Un p'tit gars au fond de la classe lève la main.
       - "Hier, j' ai vu grand père sortir de la maison et se diriger vers le bois avec le journal sous le bras, je présume que ...."
       - "Je t'arrête, dit la maîtresse parce que là, tu ne savais pas du tout ce que ton grand-père allait faire.
       Et tu ne peux rien présumer."
       - "Maîtresse, laissez moi terminer ma phrase, dit le petits gars."
       - "Très bien, vas-y", dit-elle.
       - Donc, comme je viens de vous le dire, j'ai vu mon grand père sortir de la maison et se diriger vers le bois avec le journal sous son bras.
       Je présume qu'il allait au petit coin car il ne sait pas lire !!!"


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Notre liberté de penser, de diffuser et d’informer est grandement menacée, et c’est pourquoi je suis obligé de suivre l’exemple de nombre de Webmasters Amis et de diffuser ce petit paragraphe sur mes envois.
« La liberté d’information (FOI) ... est inhérente au droit fondamental à la liberté d’expression, tel qu’il est reconnu par la Résolution 59 de l’Assemblée générale des Nations Unies adoptée en 1946, ainsi que par les Articles 19 et 30 de la Déclaration universelle des droits de l'homme (1948), qui déclarent que le droit fondamental à la liberté d’expression englobe la liberté de « chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit ».

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