L’histoire vécue du brave BOUFENECHE
Par AUGU du REVEIL BONOIS

Il était, il y a déjà fort longtemps, un petit village où tous les habitants se connaissaient et vivaient en bonne harmonie, un village où l'agriculture étant la principale activité, la vie se déroulait immuablement rythmée par les saisons, comme beaucoup d'autres villages en Algérie, celui-ci s'appelait: JEMMAPES.

Dès l'aube, il y avait l'appel à la prière du muezzin du haut du minaret de la mosquée et le son des cloches de l'église, puis de défilé des chariots et autres engins tractés par les chevaux faisant sonner aussi leurs nombreuses cloches en partant pour les travaux des champs, ensuite venait les écoliers se rendant à l'école laïque et à l'école coranique.

Survenait alors l'événement attendu avec impatience chaque jour, l'arrivée des autocars qui assuraient les liaisons BONE, PHILIPPEVILLE ET CONSTANTINE ! ! !

Cela apportait beaucoup d'animations au village car c'était le lieu de rencontre entre villageois et voyageurs de la ville qui permettait de glaner les nouvelles.
C'était aussi l'arrivée de la dépêche de Constantine et des marchandises commandées auprès des grands magasins de la ville.

Là se trouvait aussi chaque jour BOUFENECHE qui détenait avec ses collègues le monopole de la livraison à domicile des colis et des valises. Cela s'effectuait dans la confiance et toujours avec rapidité.
Après le travail bien accompli BOUFENECHE et ses amis avaient l'habitude de se réunir à la sortie du village, pour se mettre au frais sous les arbres centenaires et profiter des longues après midi, en sirotant quelques bonnes bouteilles de vin, en attendant l'arrivé des autocars du soir ! ! !

Heureux moments sous l’œil bienveillant des gendarmes au courant agapes, de ces parfois appuyées, qui ne causaient d'ennuis à personne!

Puis arriva l'indépendance!
BOUFENECHE et ses amis furent convoqués par le nouveau commissaire du village pour se voir dorénavant interdire de boire de l'alcool avec l'obligation de venir deux fois par jour sur la place du village se mettre au garde à vous, la bouche grande ouverte pour le contrôle de l'haleine par celui-ci - avec parfois des brimades (crachats et insultes) des nouveaux gardiens de l'ordre et de la liberté, sous les lazzis et les rires moqueurs des badauds.

Honte et humiliation de ce brave BOUFENECHE qui était devenu triste et taciturne errant sans but dans le village
Une fois je pus lui causer discrètement, avant mon départ forcé et clandestin, moi qui avais cru aussi pouvoir vivre sur ma terre natale.

Que se passe-t-il BOUFENECHE ?
Il me dit d'un air las et découragé y naradine mille fois Di Gaulle - il a niqui tout le monde ! ! !
Car maintenant plus moyen de faire ce qu'on veut - C'était le début des jours heureux pour le bon peuple.

(Revue Ensemble, N°220 Décembre 1999, page 30)