N° 213
Février

https://piednoir.fr
    carte de M. Bartolini J.P.
     Les Bords de la SEYBOUSE à HIPPONE
1er Février 2021
jean-pierre.bartolini@wanadoo.fr
https://www.seybouse.info/
Création de M. Bonemaint
LA SEYBOUSE
La petite Gazette de BÔNE la COQUETTE
Le site des Bônois en particulier et des Pieds-Noirs en Général
l'histoire de ce journal racontée par Louis ARNAUD
se trouve dans la page: La Seybouse,
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EDITO
LE CARNAVAL N'EST PAS
CELUI QUE L'ON CROIT

         Nous voilà déjà en février au deuxième mois de l'année !! A peine l'Épiphanie et les dernières galettes des Rois dégustées avec un bon cidre qu'arrive la Chandeleur avec ses crêpes sautées et avalées toutes chaudes avec gourmandise le 2 février, bien entendu arrosées avec modération. Puis suivra la Saint-Valentin et sa traditionnelle coupe de champagne partagée entre amoureux. Suivra peut-être un Carnaval autorisé ! Ces traditions doivent être perdurées car ce sont nos racines.

         " L'Église catholique célèbre tous les ans, le 2 février, la fête de la Purification de la Vierge. " Quarante jours après la naissance du Christ, la Vierge vint au temple présenter, pour sa purification, deux tourterelles et deux pigeons. " En ce jour, on faisait autrefois des processions avec des chandelles allumées, d'où le nom de Chandeleur donné à cette fête. Le pape Gélase, en 472, fit supprimer cette cérémonie ; néanmoins le nom de Chandeleur est encore conservé. "

         En février nous gagnerons environ de 1h30 environ " de soleil ", à savoir : 46 minutes le matin et 44 minutes en fin d'après midi.
         Nous serons toujours en hiver et celui-ci en fera souffrir plus d'un, surtout avec les mesures de restrictions actuelles !

         Quant au Carnaval traditionnel, en auront-nous vraiment besoin car nous avons déjà quotidiennement un défilé carnavalesque dans les médias où les guignols, Pinocchio, clowns de toutes sortes, " doctors " viennent faire leurs mascarades, pitreries, supercheries, tromperies, trahisons (avec la dernière de Stora), etc…
         Tout ce cirque nous fatigue, nous enrage, et même certains sont prêts à faire des conneries comme le gars qui aurait tué trois personnes (une DRH dans l'Est et deux à Valence). Voilà où mène cette politique macronienne, mais les véritables responsables sont ceux qui les ont mis au pouvoir et qui sont prêt à recommencer. Nous sommes en pleine dictature politique comme au début du règne d'un fou autrichien/allemand. Nos parents ont vu la suite…

         Que se passera t-il, si une véritable révolution sanglante devait avoir lieu ?
         Tous ces " politiques " auront-ils la conscience tranquille où ont-ils une porte de sortie avec leur fuite comme en 89. Rien n'est moins sur car cela risque d'être une révolution mondiale. Que feront ces partisans macroniens ? Deviendront-ils des " résistants " (comme en 39-45) prêts à retourner leurs vestes pour se faire passer pour des sauveurs.
         En attendant, mangeons des crêpes, même s'ils elle sont à la grimace.

         Amicalement et sincèrement.
         Diobône,
         A tchao..
Jean Pierre Bartolini          
        Diobône,         
A tchao.

MASCARADE
Par Hugues Jolivet
En cette période de Carnaval la Mascarade continue

            O coronavirus, tu jouis, tu nous regardes,
           Pauvres humains tremblants, chaque jour sur leurs gardes,
            Confinés au logis pour leur bien, leur sauvegarde,
            En France, en Europe, en Italie lombarde !

            Règles strictes de sorties ! Si j'oublie, par mégarde,
            Mon "ausweis" imposé, la police goguenarde,
            Inflexible et zélée, d'une amende me bombarde.
            Pas de réclamation, car ma faute est toquarde !

            Pourquoi sommes nous plongés dans cette vie blafarde ?
            Bloqués, brutalement, dans une voie hagarde ?
            Soumis, jour après jour, à des erreurs criardes
            D'une gestion politique gribouille et revancharde !

            Le Président Macron mène une guerre d'arrière-garde,
            Avec d'anciennes armes, mousquets et hallebardes,
            Contre un ennemi rusé qui avance, se hasarde
            Chez un peuple confiné, qui saute les rambardes !

            Et notre Chef suprême, Roi de la "Mascarade",
            Promet des munitions : les masques sont en rade !
            Médecins, infirmiers, au plus près des malades,
            N'écoutent plus ses promesses, baignent dans la panade.
            Tous les chants, aux balcons, ne sont qu'une façade,
            Agréables à l'ouie, n'endiguent pas la noyade !

Hugues JOLIVET
3 Avril 2020



Rêveries en descendant rue de Djémila
Par M. Hecquard

Rien ne distinguait la rue de Djémila à mille autres pareilles. Un détail cependant, j'y passais mon enfance…

           Rappelle-toi, mon cœur, cet après-midi-là,
           Dans la touffeur d'un jour d'été, elle te dit :
           "Viens dans mon beau jardin, rue de Djémila !".
           Alors j'entrai, tremblant, dans un rêve interdit…

           Que la terre était douce et les cieux sereins !
           Des senteurs d'orangers ou bien de citronnelle
           S'élevaient d'une cour enclose où des serins
           Apprivoisés trillaient près de la demoiselle…

           Écoute, encor, teinter colliers et bracelets
           D'une danseuse au son d'un luth oriental
           Accompagné des chants de quelques oiselets.

           Au loin, près de la mer, frémissaient des roseaux
           À tes yeux plus précieux que le bois de santal.
           Alors, mon âme, vole au-dessus de ces eaux…
P.Hecquard
19/12/2020

LE VIOL DU BOURDON
ECHO D'ORANIE - N°295*9
En latin d'Afrique...
Une nouvelle chronique de Gilbert ESPINAL

         - Com' ça se fait, que la porte elle est ouverte ? fit la grand mère en revenant de faire ses courses. Golondrina, toi, à peine j'ai le dos tourné, tu te mets à faire des bêtises, comme si y fallait pas, au jour d'aujourd'hui, avec tous ces crimes, ces viols, ces cambriolages, ces oldupes et ces braquages qu'on fait, c'était pas nécessaire de prend' toutes les précautions possibles et faire entention aux ganguesters qui pillullent dans les rues, les magasins, les caves, les squats et jusque dans nos maisons, et qui z'ouv' même les portes cadenassées et les serrures Fichet. Et moi j'arrive, chargée comme une bourrique, et fatiguée d'avoir été chercher le pain et les olives, et toi, là t'y es, en chemise de nuit, que bientôt c'est midi, à attend' que y ait un bandit, à qui te met' son pistolet sous le nez, pour nous voler les sous que nous n'avons pas ...
         La Golondrina était blême.

            - Aye manman ! fit-elle dans un souffle, justement ...
         - Quoi justement ? explosa la grand mère ; y'a un jaïouel de la rue que jusqu'ici il est monté , j'qu'a nous, au cinquième !
         - C'est pas un jaïouel (1), fit la Golondrina : c'est le téléphone...
         - Mais, elle est pas morte en Algérie, la mère de Siridonia et à Agapito ? s'écria la Golondrina : on avait été au véiatorio (5) et tout ! Toi, avec ton chapelet à la main, qu'on l'avait dépendu du dessus de ton lit avec des grains gros comme des noix, au cas ou le F.L.N. y nous z'attaque dans la nuit ; à que tu puisses leur fout' un coup de chapelet comme un fouet autour du cou pour les étrangler, et que tu les aurais laissé là, botandos (6), comme des pelotes !
         Quoi ? rugit la grand mère ; qu'est ce qui vient faire le téléphone avec la porte ouverte ? Depuis que, pour faire plaisir à Angustias (toujours à nous casser les banbans avec le téléphone, que le téléphone c'est bien, qu'on peut pas vivre sans téléphone - moi depuis que j'existe j'en avais pas et je me portais pas plus mal - depuis qu'on a un appareil, tous les jours y'a des enquiquinements, à que c'est quelqu'un qui s'est trompé ; à que c'est une bonne femme qu'elle me dit que j'ai gagné à un jeu, à la condition que j'achète douze tasses et leurs soucoupes ; à qu'on me culpabilise à me dire que j'aurais du donner du flous (2) à tel ou telle bonne oeuvre, à que, de la part des grosses têtes, on me demande si je sais à combien elle s'élève la cagnotte, que juste je venais de l'entend' mais j'avais pas fait entention, et de deux mille cinq cent deux francs - que main'nant c'est des euros - j'ai du faire mon deuil. J'arrive chez moi, sténuée d'avoir porté des olives, et je trouv' ma fi', la seule qui me reste, pasque sur l'aînée, Isabelica, je peux plus compter, depuis qu'elle est mariée avec ce gandoul (3) de gend' qu'elle m'a trouvé, qu'il est bon à rien que faire des gosses ; en quelques années seulement il leur en est sortis deux, qui marchent sur les traces de leur père : ça sera des tontorones (4) comme lui, plus feignants que le parterre ; à l'école y collectionnent les zéros, et quand par hasard, y z'ont un ou un et demi, leur mère elle, rapplique avec le visage qu'on dirait le quatorze Juillet, à que je les félicite, et, à l'occasion, que je leurs glisse un pièce de deux euros... pasque je peux pas plus ; et main'nant, tu viens toi me parler du téléphone, cet appareil imbécile, qui sonne quand on s'y attend pas et qui transforme les voix : l'aut' jour j'ai pas reconnu celle de Siridonia, qu'elle m'annonçait la mort de sa mère ; avec Agapito, son frère, y pleuraient com' des fontaines !
         - Celle qu'elle est morte aujourd'hui c'est pas sa mère, c'est un aut' qu'elle l'a accueilli, moins mal que les z'aut' quand on est arrivé pour s'installer définitivement en France, en lui offrant trois casseroles et trois assiettes dépareillées, qu'elle avait en double, à qu'au moins elle puisse réchauffer sa soupe et faire bouillir l'eau du café ; depuis, Siridonia, elle appelait cette bonne femme ma mère putative...
         - Ouachta ada putative ? Qu'est ce c'est ça ? ricana la Golondrina, Putative, c'était une femme de la mauvaise vie, la bonne femme ou quoi ?

         - C'est comme ça qu'on appelle les braves femmes dans ce pays ! Siridonia, elle m'a demandé, si, pour faire son grand deuil au cimintière, elle devait se met' au chapeau, du crêpe-marocain ou du crêpe-Georgette (7) ; pour bien montrer la douleur dans laquelle elle se trouvait plongée et, à l'occasion, elle me tapait, pour voir s'il me restait pas, à moi, mon voile de veuve, de quand le pauv' papa il est mort ; moi, je lui ai répondu que, depuis que nous avons été déportés en France, j'avais tout foutu aux ordures, pour essayer de recommencer ma nouvelle vie, et que je m'étais débarrassée de tous los trastos viejos (8) ; à voir si moi aussi, j'ai pas droit au bonheur !

         La Golondrina opina du bonnet.
         - Et tu me parles du téléphone ? reprit la grand mère
         - C'est l'employé du téléphone qu'il est venu lorsque tu étais pas là ; en train d'enfiler mon string j'étais, lorsqu'il a sonné à la porte, d'un façon si forte, que je suis allé lui ouvrir com' j'étais, le bas du corps drapé dans ma nuisette à bretelles...
         - Et qu'est ce qu'y te voulait ?
         - Pour faire la relevé des coups que nous avions passés, toi et moi, avec l'appareil !
         - Et pour le téléphone aussi y'a des relevés ? C'est comme le gaz alors ?
         - C'est pas com' le gaz : c'est com' l'électricité ! expliqua la Golondrina.
         - Et où il est le compteur ?
         - Dans le téléphone même ! fit la Golondrina : tu décroches, paraît-il, en appuyant sur un bouton et l'appareil y te crache combien tu lui dois. C'est ça qu'y m'a expliqué l'employé en me repoussant vers ma chambre. Je me suis assise sur le lit du rempujon (9) qu'y m'a donné, y m'a renversé en arrière, soi-disant pour chercher le bouton ; y l'a fallu que je lui donne un coup de pied au bon endroit, pour qu'il cesse ses investigations ! Justement t'y arrivais. On t'entendait souffier dans l'escaïer comme une locomotive
         - La censeur elle était en panne ! précisa la grand mère.
         - II a eu le temps de reboutonner les boutons de son uniforme, du haut jusqu'en bas, reprit la Golondrina, et prend' la poud' d'escampette, sans même me dire merci, ni ça qu'on lui devait ; là j'étais, toute brisée, la tête à l'envers et à demie nue !
         - Calentona (10) ! gronda la grand mère toi, à peine y'en a un qui passe y faut que tu lui met' le grappin dessus ! Qu'est ce que j'ai fait, moi au Bon Dieu, pour qu'y me donne des fi' qu'elles sont toujours à inspecter ça qui faut pas de ceux làs qu'elles rencontrent ! Et encore si tu te cachais ! Mais y faut que tu fasses ça, à ciel ouvert ! imagines toi, qu'au lieu de ce soye moi qui suis arrivée comme la porteuse de pain, ça soye un malasombra (11) qui découvre que là t'y étais en train de faire une partie d'escalade, avec un, qu'a toi, y te touche mais à moi y me touche rien, rien du tout ! Regarde la réputation que tu te serais acquise ! Et dans toute la fami' c'est com' ça ! Isabelica, ta soeur, toute sa vie elle a donné le mouvais exemple à sa fi' Tonina, que c'est ma petite fi' qu'elle porte le nom d'une Reine : j'ai insisté pour qu'on la baptise Marie-Antoinette, et maintenant on l'appelle Tonina, com' si ça serait une fi' des rues ! tout ça à cause de son comportement ! J'ai beau lui dire tous les jours que le Bon Dieu y fait : "Tonina, conduit toi com' Marie-Antoinette ! ta sainte patronne qu'elle a eu une fin comme si ça aurait été une sainte !"
         L'aut' jour, on a eu une prise de bec, sur cette question, et à la fin elle a esplosé ; Tonina en me lançant à la figure : "qu'est ce que tu veux aouela, qu'a moi aussi on me coupe la tête ?". J'ai eu que la force de lui répond : "Y vaut mieux qu'on te coupe la tête et que tu gardes ton honneur, plutôt que cette cervelle de Tarambana que le Bon Dieu y t'a infligé, et qui t'a mit en dedans le crâne comme un pois-chiche ; a nous tous ça nous porte préjudice. On arrête pas de nous dire, d'un coté et d'un aut', que tu fricotes dans tous les coins sombres avec ton policier ! Lui, fier comme un bar tabac, il illumine l'obscurité ; De tellement qu'il est intelligent, au commissariat, on a rien trouvé de mieux que de lui faire faire la sortie des écoles, avec un pistolet chargé à portée de main, en train de molester et de témoriser les élèves, comme si ça serait Tarzan ; On annonce qu'y va y avoir une réunion des pères et des mères de fami', pour que le commissaire y le retire de la brigade, et le menace de le renvoyer, là d'ou il aurait jamais du revenir : à Tataouine I" Isabelica, pour me faire avaler la couleuvre que constitue la liaison de sa fi' avec ce bonarien, elle arrête pas de répéter, et à moi particulièrement, que ce type y finira commissaire de Police, comme Navarro, Cordier et Moulin ; Et quand je lui demande : "à quel âge y va avoir un avancement de cet ordre ? bien que ça soye pas un perdreau de l'année, lui, Navarro, Cordier et Moulin en dehors du cilima, y z'ont chacun plus de quatre vingt ans !
         Tu crois que la république elle va attend' tout ce temps, sans ce rendre compte que ce gandoul y vaut pas la cord' pour le pend' ! tu crois que Chirac, y va têt' réélu à pépettes en attendant que ce malapata (12) y manifeste des dispositions pour combat' les bandits et met' K.O les assassins, au lieu de fout' la pétoche à ces pauv' gosses pasqu'y traversent pas les rues dans les clous. Les plaintes des fami' elles z'arrêtent pas d'arriver à la Police ! c'est Madame Dos Santos, la voisine portugaise qu'elle habite au deuxième étage de not' immeuble, et que son fils il est planton au même commissariat, bien qu'y soit étranger elle me le disait avant hier, ce tontoron (04) de policier, vot' futur petit-fils, y fait une peur bleue au élèvres de l'école, à manier son bâton et son sifflet, à leur faire les gros yeux et à les menacer, en faisant cliquer ses menottes. Y paraît que le commissaire il a menacé de le met' au service des papillons sur les pare-brise, si il continu com' ça à fout' la frousse aux enfants, que ça leur tombe sur les nerfs ; y paraît que plusieurs d'entre eux ont fait des dépressions nerveuses et ont menacé de se suicider, que tous les jours y z'étaient contraint de subir ce calvaire, de passer par force par les passage-cloutés devant l'école !

         - A toi elle t'a dit Madame Dos Santos ? interrompit la Golondrina, et bien moi, je connais juste en face quand tu traverses au bout de la rue, l'immeuble qui fait l'angle, au troisième une Madame Très Santos, qu'elle m'a dit le contraire, que les gosses y sont com' des coqs en pâte depuis que le fiancé de Tonina y met de l'ord' là ou y'en avait pas...
         - Aussi moi je connais cette madame Très Santos, que tu parles : c'est une fanfaronne qu'elle veut etchaffer la guitare (13) à tous les z'aut'. Com' ma voisine elle s'appelle Dos Santos, elle Très ; la première elle habite au deuxième, elle au troisième !
         - Tout ce que tu me racontes là, s'esclaffa la Golondrina, à Tonina je vais lui dire ; à oir' si elle laisse traîner son fiancé dans la boue, par une étrangère qu'elle est venue en France rien que pour nous enlever le pain de la bouche et s'en met' plein la murmuration à not' santé !
         - Pour faire des embrouilles, clama la grand mère, à toi le pompon ! par tes commérages tu vas faire dresser officiellement l'une contre l'autre Madame Dos Santos et Madame Tres Santos ! Moi qui ait tellement en horreur les ragots, et que je déteste tant les péiéas (14) ! Je te redis, ce que je t'ai toujours dit : "II ne faut pas faire aux truies ça que tu veux pas qu'on te fasse" ! Imite moi ! moi j'ouv' jamais la bouche dans le but de porter torts aux z'aut' !

         - Toi, ricana la Golondrina, tu ouv' jamais les lèvres, mais tu mords même avec la bouche fermée et quand tu parles, avec ta jakeke, on dirait un vol de bourdon.

1 - jaïouel : chenapan vulgaire
2 - flous : argent
3 - gandoul : fainéant
4 - tontorones : idiotissime
5 - véiatorio : veillée funèbre
6 - botandos : sautant comme une pelote
7 - crêpe-marocain ou du crêpe-Georgette : dans les vieilles familles en Algérie, une veuve, une fille, ou une sœur lors d'un deuil portait au chapeau pendant au moins les six premiers mois un voile qui drapait les épaules et souvent la figure en crêpe marocain, dans les mois qui suivaient, ne se portait le crêpe que derrière le chapeau et ensuite après quelques mois, on mettait un voile sur le coté en crêpe Georgette, moins épais que le crêpe marocain.
8 - los trastos viejos : les vieilleries
9 - l'empujon : poussée violente
10- Calentona : exitée
11 -malasombra : sale type
12- malapata : maladroit
13 -etchaffer la guitare : écraser son prochain
14 -péléas : bagarres

LE MUTILE N° 89, 1919

HISTOIRES
D'APRÈS-GUERRE

       
       Récompense suffisante !... Le 26 Septembre 1915, à Ripont, le zouave Cottin Félix, classe 1901, réserviste au 9e Régiment de marche de Zouaves (4e Régiment de Zouaves), recevait une grave blessure à la jambe. Après un séjour de plusieurs mois à l'hôpital, sa jambe se refusant à lui rendre les services d'autrefois, on le renvoya à Alger, en instance de réforme.
       Au 9° Zouaves de marche, où personne n'était "feignant", Cottin avait obtenu la citation suivante à l'ordre de l'armée (Ordre n° 15.198 " D ") qui vaut tous les éloges dans sa sobre éloquence :
       "Zouave courageux et plein d'allant, faisant l'admiration de ses camarades."
       Il revint chez lui, traînant un passé lourd de gloire et aussi une jambe inutilisable, attendant la liquidation de sa pension et suivant désormais par les; communiqués des journaux la guerre qu'il avait faite jusqu'au jour de " l'amochage " sérieux.

       II put lire, aux alentours de l'armistice et depuis lors, les vibrants articles el les comptes rendus des non moins vibrants discours vouant à " l'admiration perpétuelle des générations futures " les " sublimes efforts de nos magnifiques soldats ". Il parcourut d'un oeil attendri les sublimes lignes consacrées par la presse aux ''martyrs de la première heure", à ceux qui, " mutilés et revenus au foyer, vibreraient d'orgueilleuse émotion en songeant que cette Victoire était aussi leur oeuvre ". Il sut, toujours par les journaux et les discours, que "le pays avait contracté envers ces héros, plus grands qu'aucun de ceux qui furent dans le passé, une dette de reconnaissance que rien ne saurait acquitter".
       Il connut l'ordre du jour voté par les Chambres, dans une séance mémorable : "Les Armées et leurs Chefs, le Gouvernement de la République, le citoyen Georges Clemenceau, président du Conseil, ministre de la Guerre, le maréchal Foch, généralissime des Armées alliées, ont bien mérité de la Patrie ". El le mutilé ressentit une légitime fierté â se dire qu'il avait fait partie, comme humble zouave, de ces Armées dont on mêlait aujourd'hui le nom à ceux des plus grands de la nation.

       Bref, Cottin lut tant et tant de belles phrases et de belles promesses qu'il finit par croire que cela allait arriver.
       Sur les conseils de plusieurs amis qui l'avaient vu à l'œuvre et savaient son mérite, il adressa au maréchal de France, commandant en chef, une demande tendant à obtenir la médaille militaire. Il se doutait bien que la mutilation de guerre ne constitue pas forcément un droit à l'attribution de cette récompense, mais l'ayant vue bien souvent sur la poitrine de mutilés qui, comme lui, avaient perdu un membre, il espérait que le ruban vert et jaune viendrait avec quelque justice compenser, si l'on peut dire, ou - pour être plus exact - atténuer la perte, de sa jambe.
       La réponse revint, datée du 10 Avril 1919. Réponse militaire, belle de laconisme et - disons le mot - de dureté.
       " Décision prise par le maréchal de France commandant en chef à l'égard du zouave Cottin Félix, du 4e Zouaves :
       Cité à l'ordre de l'armée, n° 15.198 "D''.
       Récompense suffisante.

       Et voilà!...
       - Vous avez été grièvement blessé à la jambe, dites-vous ?.,, Vous n'êtes pas le seul !.,. Etes-vous amputé ?...
       Non, mais c'est tout comme... "Il faudra probablement y arriver un de ces jours...
       Et je pensais...
       - Quoi donc ?
       - Je pensais... que la perle de cette jambe pourrait peut-être me constituer un titre pour la médaille militaire...
       - Bigre !... Comme vous y allez !... La médaille militaire ! Voyons, vous avez été cité à l'ordre de l'Armée, pour cette blessure?.,.
       - Oui.
       - Eh bien ?.,. Et Vous voudriez encore ?...
       Ah ça, mon garçon... mais vous n'êtes pas facile à contenter... Allez, rompez !...
       Récompense suffisante.

       Cottin, mon ami, voulez-vous mon opinion sur cette affaire ?
       Peut-être avez-vous été la victime d'une homonymie fâcheuse ?... Peut-être votre nom a-t-il éveillé dans l'esprit du maréchal Pétain le souvenir redoutable de l'agresseur de M. Clemenceau ?...
       Quoi qu'il en soit, laissez-moi vous faire, au nom du "Mutilé", un peu de morale....
       Vous nous cachiez une âme d'ambitieux ?...
       Vous vouliez devenir, vous aussi, un profiteur de la guerre ?...
       Parfaitement !...
       Quoi ?... Pour une pauvre petite jambe de rien du tout, espérer la médaille militaire ?...
       Et les cent francs de rente qu'elle procure, par-dessus le marché !.., Vous qui avez déjà votre pension de réformé !...
       Nouveau riche, alors ?... Mince de luxe !..
       Non, croyez-moi, Cottin - et vous aussi, tous les autres, qui êtes dans son cas, - il faut en prendre votre parti : vous n'avez rien de plus à attendre.
       L'ère des batailles est close... et celle des discours et des promesses aussi !
       Nous sommes dans la période des réalisations pratiques ; il ne faut plus se bercer de foliés espérances..,
       Vous rappelez-vous la vieille ronde que chantent les enfants :

Nous n'irons plus au bois ;
Les lauriers sont coupés...
La belle, que voilà.
Ira les ramasser !

       Méditez-la ; il suffit d'y changer un mot pour qu'elle devienne lourde de sens en ce moment...
       Nous n'irons plus au feu, la guerre est finie... Et, même si la guerre n'était pas finie.., vous, les invalides, vous n'iriez plus au bois... vous n'iriez plus au feu, n'est-ce pas ?
       Eh bien ! pour vous, désormais, les lauriers sont coupés ; il n'y a plus de lauriers à
       - cueillir .. Les lauriers sont coupés, ces lauriers dont on vous a jeté tant de brassées dans tous les journaux, dans tous les discours, pendant la guerre... Et maintenant, vous voudriez en ramasser une branche, pour la conserver comme un souvenir matériel de votre sacrifice ?...
       Inutile!... La belle que voilà ira les ramasser...
       La belle que voilà, c'est... qui vous voudrez... c'est vague ! C'est probablement la ''Princesse", la fameuse Princesse aux frais de laquelle vivent tant de gens qu'il ne lui reste plus rien pour dédommager les misères comme la vôtre...
       La belle que voila... c'est une personne qui plaît.. ce n'est pas vous !.
       Le maréchal de France commandant en chef vous le dit sans phrases, tout net :
       Récompense suffisante.

       Deux mots de réponse, c'est bref... Et pourtant, il ne faut pas vous plaindre... Cambronne, autrefois, n'en répondit qu'un seul !...
       En somme, n'avez-vous pas obtenu, sous forme de béquille, votre "bâton de maréchal ?... "

S. TENNAT-CHOUILLAT.               

PHOTOS DIVERSES
Envoi de M. Claude Menella


Vincent « Caillou »Mennella lors d’un derby face à la JBAC en avril 1961 au stade municipal de Bône......




.....et avec son frère aîné « Tintin »Mennella lors d’un match de coupe d’AFN au stade Marcel Cerdan de Casablanca en mars 1956.

Pour information mon oncle Vincent (Caillou) Mennella le plus jeune des frères nous a quitté fin novembre à l’âge de 92 ans (voir photo). Il faisait partie de cette génération en or de l’AS Bône avec ses frères, les Truglio, Ripoll, Januzzi, Mifsud, Atoui....sous la férule de l’entraîneur Perrotin.
Nostalgie ! Nostalgie !!




Stora-Macron ? Un rapport
qui sent le piège anti pied-noir.

Par M. Robert Charles PUIG
.


       Bien entendu dans des extraits du rapport, j'ai noté cette idée de ne fournir à l'Algérie ni excuses ni repentance. Un geste fort que je n'attendais pas. Il est le bienvenu, mais tiendra-t-il la route ? Je crois à l'esprit roublard de Macron, à son côté méprisant du peuple, pour me dire que cela ne peut être qu'une façon de préparer la présidentielle de 2022... Une technique pour rappeler à lui ceux qui s'éloignent de son " ni-ni " et de son " en même temps ".
       Personnellement il n'y aura que ses excuses au monde pied-noir sur ses propos sur " un crime contre l'humanité " qui me feront croire à son repenti à notre égard.

       Le problème pour le moment, c'est ce fameux rapport de Stora... Beaucoup de mesures très favorables à ceux qui combattaient l'Algérie française... Le Panthéon à Halimi... Une statue à Abdelkader... A-t-il un mot sur la statue de Jeanne d'Arc décapitée au moment de l'indépendance de l'Algérie, de la même façon que trois français, et dans notre république actuelle, l'ont été par des islamistes ?
       Il y a toujours dans les idées de Stora cette façon de vouloir faire un parallèle, à notre désavantage, entre une action française et sa contrepartie FLN. Il en arrive, comme beaucoup dans son cas, à imposer une vérité qui n'est que mensonge. Je ne peux pas oublier que dans certains écrits, il trouvait les militaires français défaitistes dans leur rôle de défenseurs de la Nation contre des barbares. Dans un autre écrit, une préface, ne demandait-il pas au FLN et au MNA d'unir leurs forces contre les pieds-noirs et l'Algérie française, comme l'appel au meurtre que dans un autre temps Sartre avait lancé ?
       Chaque fois qu'il le peut, c'est une recherche de l'effacement du rôle de la France pour glorifier la dictature algérienne qui dure depuis l'indépendante de 1962.
       Par exemple, il y a cette comparaison absurde entre le drame d'Oran et ses milliers de morts et disparus et la manifestation parisienne du FLN en 1961. Voilà une aberration et une fumisterie qui doit plaire au président de la république après sa visite à la famille Audin, un traître au service du FLN, ou les mots prononcés à Alger sur le " crime contre l'humanité ! ". Oran ! Il faut le savoir. Katz surnommé le " boucher d'Oran " exécutait l'ordre de De Gaulle d'interdire aux troupes françaises de sortir de la caserne pour ne pas justifier aux yeux du monde un " rôle d'ingérence " dans un pays à peine indépendant depuis deux jours ! Katz fut un général aux ordres qui ne laissera les militaires venir au secours des oranais qu'en fin d'après midi, vers 18 heures 45. Pourtant, il niera sa responsabilité et pour se dédouaner, il affirmera avoir reçu des instructions de Joxe, Fouchet et le général Fourquet. Où est la vérité dans ce monde gaulliste ?

       Aujourd'hui Stora passera sur cette tragédie comme il se gardera d'évoquer le 26 mars ? Des meurtres commis par l'armée française à Alger ! Un oubli qui sert sa manière de ré-écrire l'Histoire de l'Algérie... Laisser des blancs dans le déroulement de ces 132 ans d'épopée pour faire croire qu'il a raison.
       Mais, rappelons Oran et ses milliers de civils pied-noirs assassinés, enlevés, torturés... Rappelons les charniers. Les femmes et les enfants enlevés et livrés à la prostitution dans les BMC du FLN ou réduits à l'esclavage... Quelle idée sournoise de comparer ce drame effroyable d'Oran à une manifestation FLN interdite à Paris. D'un côté le sang des patriotes, de l'autre côté, au bord de la Seine, une tentative d'imposer à la France le désordre. Il y a eu des morts à Paris, mais pas en fonction de ce qu'une propagande socialo-communiste a souhaité le faire croire.... sinon il n'y aurait plus d'arabes au quartier de la Goutte d'or !
       Paris, c'était pour confirmer la prépondérance du FLN sur le MNA de Messali Hadj.
       C'était aussi une guerre de gangs où des policiers français sont morts, assassinés. Peut-on comparer ces deux situations ? Non. Mais un folklore de gauche, comme pour la révolte de Sétif en 1945, ou les députés communistes à l'assemblée nationale dénoncèrent à cette époque une action condamnable des arabes, c'est une propagande et une publicité progressiste gauchisante qui firent de cette journée du 17 octobre 1961 une tragédie où Hollande s'engouffra en aveugle pour montrer son opposition au temps gaulliste qui était aux commandes du pouvoir dans les deux cas, Sétif et Paris.
       Il y a beaucoup de choses dans le rapport de Stora, mais pas grand chose en notre faveur... Pourtant c'est exact. Une réconciliation pourrait se dessiner en dehors de nos " historiens " si peu indépendants... Une réconciliation avec un pays qui effacera de son histoire les images qui font de la France le djinn du mal, " chitane ", le diable... Cela fait 60 ans que l'Algérie est indépendante, 60 ans que ses hommes politiques insultent la France, mettent sur leurs erreurs propres la fatalité d'une faute française.

       Une réconciliation ? Lorsque les arabes d'Algérie feront leur propre auto-critique.
       Je veux évoquer quelques propos d'Albert Camus au sujet des différents entre eux et nous. Juste une ligne... Ne disait-il pas qu'il n'y a pas de camp tout blanc ou tout noir ? Il savait que beaucoup avait été fait, mais que beaucoup devait encore être fait... Avait-on besoin d'une guerre et surtout de cette haine algérienne qui nous poursuit toujours ?

       Comme il est question de l'Algérie, de ses drames, de ses morts et des disparus, je voudrais aborder un thème que nos différents gouvernements, pas prudence, frilosité ou ce fameux " complexe des colonies " n'ont jamais véritablement abordé : le drame des disparus.
       Bien entendu, les pieds-noirs avec le " Mur des Disparus " à Perpignan, malgré les oppositions diverses de la droite et de la gauche, certains esprits malingres et furieux et après bien des combats réussirent à construire, réaliser. Ce " MUR ", nous sommes fiers qu'il existe.
       Cependant, ces disparus méritaient aussi une autre place dans le concert mondial des actions entreprises. Cela commença en 1978, lorsque les Nations Unies prirent une résolution pour sortir les disparus de l'ombre. En 1980, un groupe de travail se met en place et rend un premier rapport en 2007 ! Avant cette date, en 1992 puis en 1998 des déclarations sont adoptées sur " les disparitions forcées ", dans le monde, reconnues comme une violation systématique des droits de l'homme.
       En 2010, 91 pays signeront la Convention internationale, mais l'Algérie sera absente... Stora a-t-il un mot sur cette attitude ?
       La France qui a été active dans l'établissement de la Convention n'a pas inscrit dans l'acte final les disparus en Algérie. Ils restent ignorés de la Convention. Pourquoi, sinon pour ne pas, comme a son habitude, déclencher la colère d'Alger ? Nous savons combien nos présidents sont frileux lorsqu'il s'agit de l'Algérie. Chaque fois à Alger leurs discours furent la preuve de leur soumission à la tyrannie algérienne. Il n'est donc pas étonnant qu'en 2010 et sous la présidence de Sarkozy, son premier ministre Fillon est occulté de la Convention nos disparus d'Algérie... Qui remédiera à ce honteux oubli ? Certainement pas Stora.
       Finalement nous n'avons rien à attendre de bon du rapport de Stora. Une décision voulue de Macron qui sait bien que l'" historien " rédigera ce document mémorial sur la colonisation et la guerre d'Algérie en condamnant surtout l'Algérie française et ses patriotes.

       Pourtant, Algérie française, tu ne seras jamais oubliée dans nos cœurs !

Robert Charles PUIG / janvier 2021      
      


Les Arabes
Envoi de M. Christian Graille

               Les Romains qui s'étaient établis en Afrique après la fin de la troisième guerre punique, se rendirent maîtres, peu à peu de toute la partie septentrionale de ce continent qu'ils gardèrent jusqu'au règne de l'empereur Valentinien.
               Boniface, qui gouvernait les provinces d'Afrique pour ce prince, voulant se révolter contre lui, appela à son secours les Vandales qui s'étaient emparés de l'Espagne ; ceux-ci passèrent le détroit de Gibraltar sous la conduite de Gontharis et se répandirent dans toutes les possessions romaines qu'ils dévastèrent une grande partie.
               Boniface, ayant compris qu'au lieu d'auxiliaires il s'était donné des maîtres, fit tous ses efforts pour renvoyer Gontharis avec son armée ; celui-ci refusa en disant que le pays qu'il avait conquis lui appartenait.
               Le Romain marcha alors contre les Vandales avec toutes les troupes qu'il put rassembler ; mais il fut vaincu et forcé de s'enfermer dans Hippone où ils l'assiégèrent.
               Ayant été complètement battu dans une sortie qu'il avait tentée en désespoir de cause, il fut obligé de se sauver et d'abandonner l'Afrique.

               Les Vandales, poursuivant alors leur victoire, chassèrent les Romains et se rendirent maîtres de tout le pays.
               Le chef des barbares se reconnut tributaire de l'Empereur et vécut en très bonne intelligence avec lui.
               Sous le règne de Justinien, Gélimer, roi des Vandales, ayant usurpé le trône sur son neveu, l'Empereur envoya contre lui Bélisaire qui débarqua en Afrique à la tête d'une puissante armée, vainquit Gélimer et détruisit son armée à Tricamare près de Carthage.
               Le Vandale se sauva dans les montagnes, mais étroitement bloqué et réduit à la plus affreuse misère, il fut obligé de se rendre.
               Bélisaire, après avoir envoyé ses lieutenants depuis Carthage jusqu'aux confins de l'empire du Maroc, pour chasser les Vandales et soumettre le pays, retourna à Constantinople avec Gélimer et ses autres prisonniers, et la puissance romaine se trouva ainsi rétablie en Afrique mais comme les soldats de l'Empire se révoltèrent plusieurs fois et qu'ils contractèrent des alliances la colonie tomba dans un état d'épuisement plus grand que jamais.

               Les Arabes qui s'étaient emparés de l'Égypte menaçaient les provinces romaines qui avaient déjà consenti à leur payer un tribut pour ne point être inquiétées par eux ; mais en 397 ces conquérants s'avancèrent jusqu'aux portes de Carthage en ruinant les villes et en dévalisant tout le pays.
               Jean, général de l'Empereur Léonce arrêta les progrès des Mahométans et les força à abandonner tout ce qu'ils avaient pris sur les Romains ; mais ce mauvais succès ne les rebuta pas ; ils rassemblèrent une nouvelle armée, équipèrent une puissante flotte dans le port d'Alexandrie et vinrent attaquer les Romains en même temps par terre et par mer.
               Jean, pressé de toutes parts, ne put résister et fut obligé de retourner à Constantinople avec le peu de troupes qui lui restaient.
               Rien ne s'opposant plus aux progrès des Arabes ils s'emparèrent de la province romaine et bientôt de toute la Maurétanie.

               Les habitudes des nouveaux venus différant peu de celles de Maures, ils ne tardèrent pas à vivre en bonne intelligence avec eux, et à leur faire abandonner le christianisme pour la religion de Mahomet.
               - Les Numides, restés dans leurs montagnes, se tinrent en garde contre les Arabes et ne voulurent point contracter d'alliance avec eux.
               - Les Goths conservaient encore quelques places sur la côte mais ils en furent chassés et les Arabes se trouvèrent ainsi possesseurs de tout le pays que les Romains avaient occupé, dans lequel la régence d'Alger se trouve comprise toute entière.
               - Les Numides, guerriers et turbulents attaquèrent souvent les Arabes.
               - Les Maures opprimés par les nouveaux venus se révoltèrent plusieurs fois ; mais les uns et les autres furent toujours vaincus et enfin obligés de se soumettre comme tous les pays subjugués par les hommes venus du centre de l'Asie et qui, sans le bras de Charles Martel, auraient envahi l'Europe entière et forcé les habitants à embrasser l'islamisme.

               Voilà de quelle manière les Arabes sont venus s'établir dans la Barbarie : quelques-uns ont contracté des alliances avec les Maures, et ainsi altéré leur sang ; mais l'immense majorité, pleine de mépris pour les vaincus, n'a jamais voulu s'abaisser jusqu'à eux, et encore aujourd'hui la race arabe proprement dite est ce qu'elle était dans l'origine.

               On peut diviser en deux grandes classes les Arabes qui habitent la régence d'Alger :
               - les cultivateurs attachés au sol et qui logent dans des maisons ou des cabanes plus ou moins mal faites et
               - Les Nomades ou Arabes bédouins qui vivent sous des tentes, sans s'assujettir à rester dans aucune contrée.
               - Du reste ce sont les mêmes hommes, parlant la même langue avec un peu plus ou moins de pureté, mais dont la manière de vie diffère beaucoup. Les Arabes :
               - sont généralement grands,
               - leur corps est bien fait et assez charnu, sans être ni gras ni maigre,
               - ils ont les cheveux noirs
               - le front découvert,
               - les yeux vifs,
               - la bouche et le nez bien faits
               - la figure ovale et les traits allongés,
               - leur peau est brune, quelquefois olivâtre.

               J'en ai vu plusieurs qui étaient aussi noirs que des Nègres mais en conservant néanmoins tous les autres caractères de la race arabe.
               Il n'y a de différence entre les femmes et les hommes que celles que l'on trouve chez tous les peuples : après avoir vu quelques hommes, on reconnaît facilement les femmes à la première vue.
               Les Arabes sont courageux et fiers ; ils coupent la tête aux ennemis vaincus mais il est rare qu'ils se portent entre eux à des cruautés comme les Berbères et les Maures.

               Habitations
               Les cabanes des Arabes cultivateurs sont faites avec des branches d'arbres ou des roseaux qui ne sont presque jamais enduits de terre ; elles sont couvertes en paille avec des roseaux ou des feuilles de dattiers.
               Les cabanes ne sont jamais isolées mais réunies ensemble au nombre de dix ou douze et même quelquefois de quarante, formant ainsi de petits villages, et toujours entourées de haies de cactus auxquels on donne le nom de Dascars.
               On trouve assez souvent, au milieu de ces cabanes, des maisons qui sont ordinairement habitées par des Cheiks ou des nobles de la tribu : il y a aussi des mosquées construites à chaux et à sable ; mais la plupart du temps, ce n'est qu'une cabane un peu plus grande que les autres qui en sert.
               Chaque famille possède ordinairement deux cabanes, l'une pour elle et l'autre pour une partie du bétail.

               Tout l'ameublement consiste :
               - dans quelques pots de terre cuite pour faire la cuisine et traire les vaches,
               - des peaux de mouton ou des nattes de jonc étendues sur le sol et qui servent de lits,
               - plusieurs outres en peaux de chèvre et de mouton pour mettre l'eau, conserver le lait et le porter à la ville,
               - enfin une lampe de terre haute de 0,50 mètre. Il y a en outre :
               - les instruments aratoires,
               - un métier à tisser la laine fait avec des morceaux de bois et de roseaux,
               - des quenouilles et
               - des fuseaux pour la filer,
               - enfin un moulin pour moudre le grain, composé de deux pierres qui entrent l'une dans l'autre et que l'on tourne avec la main.

               Les tentes des Bédouins sont ordinairement faites avec une étoffe noire et blanche, composée de laine et de poils de chameaux.
               La pièce d'étoffe qui est extrêmement grande est placée sur des morceaux de bois au moyen desquels on lui donne la forme d'un prisme triangulaire, et couvre un espace de quatre mètres de long sur deux ou trois de large, qui sert à loger une famille, composée bien souvent d'un homme, trois ou quatre femmes et cinq à six enfants.
               Ils couchent là sur des nattes ou des peaux, pêle-mêle les uns avec les autres, et ayant presque toujours le métier à tisser la laine monté au milieu de la tente.
               Dans les environs d'Alger, les tentes des Bédouins sont disposées comme il leur plaît et réunies ensemble au nombre de dix à vingt ; mais chez les tribus nomades qui vivent sous l'autorité d'un cheik, toutes les tentes de chaque tribu sont disposées en cercle et forment ainsi ce que les Arabes appellent un douar ; l'espace vide qui reste au milieu est destiné pour les bestiaux qu'on y fait entrer pendant la nuit. Dans chaque tribu, il y a une tente qui sert de mosquée et dans laquelle les hommes se réunissent à l'heure de la prière.

               Les tentes des Arabes sont toujours dressées de manière à ce que l'air puisse y circuler librement : ce qui fait qu'on y est très bien au frais pendant l'été.
               Quand nous fûmes campés dans la presqu'île de Sydi-Efrougj, (Sidi-Ferruch) nous avions recouvert avec de la terre tout le tour des nôtres ; elles se trouvaient ainsi hermétiquement fermées, et il n'était pas possible d'y tenir pendant la chaleur du jour.
               Dans l'été, les Bédouins couchent sous la tente ou à l'entour et les bestiaux restent dehors ; mais dans l'hiver on met le bétail à couvert et les familles qui ne possèdent qu'une tente se couchent avec leurs vaches, leurs moutons, etc., qui leur tiennent chaud pendant la nuit.
               Il y a de ces tentes, formées par plusieurs pièces d'étoffe qui ont très vastes et dans lesquelles on peut abriter de nombreux troupeaux.

               Costumes
               Les costumes des Arabes ne diffère presque pas de celui des Berbères : ils ont le haïk et le bernous comme eux mais ils ne portent jamais rien dessous ; le haïk si l'on en excepte les Cheiks qui sont toujours mieux mis que la multitude, et qui non seulement ont des chemises de toile, des espèces de voile en mousseline dans lesquels ils s'enveloppent la tête, mais encore des culottes larges comme les Maures et des bottes rouges.
               J'en ai même vu quelques-uns avec des vestes brodées en or par-dessous le haïk.
               Très peu d'Arabes portent des babouches ; le plus grand nombre s'enveloppe les pieds avec des morceaux de peaux de vache ou de bœuf dont ils mettent le poil en dehors et qu'ils lacent sur le pied et autour de la jambe avec une corde d'écorce d'arbre qui passe dans des trous faits tout autour du morceau de peau : quelques-uns marchent pieds nus comme les Berbères.
               La chaussure de ces Arabes rappelle parfaitement celle des anciens Hébreux que nous voyons dans les tableaux d'église mais elle est beaucoup moins soignée ; leur costume a aussi quelque analogie avec celui du peuple d'Israël.

               Les Arabes ne portent sur la tête que le haïk lié avec une corde de laine brune, ou le capuchon du bernous ; je n'en ai jamais vu avec le turban.
               Ils se rasent la tête et laissent croître leur barbe.
               Le costume des femmes se compose d'une chemise de laine blanche fort large, à manches courtes qui est lié avec une corde au milieu du corps,
               - elles portent les cheveux longs, flottant sur leurs épaules ou attachés avec un mouchoir et quelquefois avec une corde,
               - leurs chaussures sont les mêmes que celles des hommes mais la plupart du temps elles marchent pieds nus
               - Elles ne se couvrent le visage, avec un voile blanc ou un morceau de laine qu'elles se jettent sur la tête, que lorsqu'elles font des courses un peu longues ou qu'elles vont en voyage avec leurs maris ; mais quand elles restent dans le douar, elles ont le visage découvert et ne craignent pas de paraître en public dans cet état.

               L'usage de se tatouer les membres et la poitrine et de se dessiner des fleurs sur la figure existe chez les femmes arabes comme chez celles de Berbères :
               - Elles se teignent aussi les ongles,
               - le dedans des mains et
               - le dessous des pieds en rouge avec du henné.
               - Elles aiment beaucoup les bijoux, et celles qui ne peuvent point en avoir de fins en portent de faux ;
               Je leur ai vu :
               - des bracelets,
               - des boucles d'oreilles en cuivre et en fer,
               - des colliers en noyaux de dattes et en bois de différentes couleurs.
               Les Arabes riches prennent soin de leurs enfants et les vêtent aussi bien qu'il leur est possible ; mais ceux de la multitude sont presque toujours nus comme des vers ; ils restent ainsi, pendant des journées entières, exposés au soleil.

               Manière de vivre
               La sobriété est bien certainement la plus grande qualité des Arabes : de tous les peuples de la Barbarie ce sont eux qui mangent le moins et vivent le plus mal.
               Scrupuleux observateurs de la loi de Mahomet, ils ne boivent jamais ni de vin ni aucune liqueur.
               Dans l'été quelques figues de Barbarie et de l'eau leur suffisent pour passer toute la journée ; ils ne mangent de la viande et du couscoussou qu'aux époques solennelles. Leur nourriture la plus habituelle se compose :
               - du lait de leurs troupeaux, qu'ils boivent ou mangent en fromage,
               - d'un peu de galette faite sur le feu dans un plat de terre avec de l'huile rance,
               - des poivrons longs cuits dans l'huile etc.
               Dans la saison ils mangent beaucoup de pastèques ; ils aiment beaucoup le café ; ils fument et prisent un tabac très fin qu'ils préparent eux-mêmes.

               Industrie
               Tous les Arabes en général, les nomades comme ceux qui habitent dans des cabanes ne travaillent que pour satisfaire leurs besoins, et comme ils en ont très peu, il en résulte qu'ils peuvent rester la plus grande partie du temps sans rien faire : On les voit très souvent assis en grand nombre autour de leurs douars ou dascars, les bras croisés et occuper à regarder les mouches voler ou les passants aller et venir.
               Ceux qui gardent les troupeaux sont couchés pendant les trois quarts de la journée avec un fusil à côté d'eux.
               Chaque tribu, on pourrait même dire chaque famille, fabrique tous les objets dont elle a besoin, à l'exception cependant :
               - des armes,
               - des munitions de guerre et
               - des instruments aratoires qu'elle achète des Berbères et des Maures.
               Ils font :
               - des nattes de jonc,
               - des paniers de toutes sortes avec des feuilles de dattier nain les harnachements de leurs chevaux mais je crois qu'ils ne savent pas le ferrer car ils ne le sont presque jamais.
               - Ils font encore des sièges, des ruches à miel avec des fragments d'écorce d'agave qu'ils réunissent au moyen d'osiers qui les traversent en passant dans des trous pratiqués exprès.
               - Ils fabriquent aussi, avec la même substance des paniers cylindriques pour transporter les fruits, et des cages pour mettre la volaille.
               - Les charrues et les herses dont ils se servent sont faites par eux : ils n'ont point de voitures et transportent leurs fardeaux sur le dos des bêtes de somme, dans des doubles paniers en feuilles de dattier, qui ont tout à fait la même forme que ceux dont se servent les Provençaux.

               Ils font de la toile avec le lin qu'ils cultivent, mais seulement pour leur usage.
               Les femmes filent la laine et la tissent et fabriquent aussi des pièces d'une étoffe blanche qui a quelque analogie avec la flanelle grossière et dont les Arabes, femmes et hommes sont vêtus ; mais la principale branche de l'industrie des Arabes consiste dans leurs troupeaux et leurs chevaux.
               Toutes les tribus sédentaires ou nomades ont toujours des troupeaux extrêmement nombreux ; une famille possède souvent plusieurs centaines de moutons, quarante vaches et dix ou vingt bœufs.
               Les troupeaux ne coûtent rien à nourrir : on les mène paître dans la campagne pendant toute l'année. On boit le lait des vaches et des brebis, dont on fait aussi du beurre et du fromage que l'on mange ou porte vendre dans les villes et aux foires.
               Mais les chevaux sont les animaux que l'Arabe préfère à tous les autres et ceux dont il prend le plus soin. Ils ont aussi des mulets et des ânes mais en bien moins grande quantité que les Berbères et d'une qualité inférieure à ceux de ces peuples ; ils les emploient aux travaux de l'agriculture et à porter des fardeaux.

               Agriculture
               Les Arabes s'adonnent bien moins à l'agriculture que les Berbères.
               Les tribus nomades ne cultivent pas autant que l'on dit plusieurs voyageurs : elles ne demeurent en général dan chaque localité que pendant qu'elles y trouvent l'eau et l'herbe nécessaires à la nourriture de leurs troupeaux ; aussitôt que l'herbe est mangée, elles lèvent leurs tentes et vont en chercher ailleurs.
               Il y a cependant quelques-unes de ces tribus qui cultivent avec assez d'assiduité :
               - les céréales,
               - le blé,
               - le seigle,
               - l'orge dans les champs qu'elles louent près des villes et dans les plaines habitées.
               Quand elles ont semé, elles partent presque toujours, et reviennent au moment de la maturité faire la récolte, battre le grain qu'elles emportent ensuite, et bien souvent sans payer les impôts ni le prix du fermage.
               Les tribus de Bédouins que l'on rencontre sur la route d'Alger à Oran et celles de certaines plaines de la province de Constantine cultivent le riz et le lin.
               Mais les tribus de cultivateurs sont celles qui vivent sous les cabanes ; on en trouve beaucoup dans la plaine de la Mitidja, surtout dans la portion située à l'ouest du cours de la Chiffa . Elles sèment :
               - du blé, de l'orge, du seigle dans les terrains humides, du sarrasin, des pois, des lentilles ,et un peu de maïs.

               Elles plantent aussi des pommes de terre mais ces légumes croissent mal en Barbarie ; cependant on les cultive avec le même soin qu'en Europe et les terres dans lesquelles on les met sont excellentes.
               Les tribus arabes qui habitent aux environs de Belida (Blidah) sèment beaucoup de lin qui vient assez bien ; celles des collines du littoral s'adonnent un peu à la culture de la vigne et des arbres fruitiers, mais les tribus de la plaine ne s'en occupent pas du tout.
               - Des melons, des citrouilles, des concombres, des poivrons longs et des tomates voilà ce que l'on rencontre dans le jardin d'une famille arabe.
               Quand les céréales sont coupées, ce qui se fait avec une faucille très grossière, on en forme des gerbes à peu près comme en France, que l'on porte près des habitations ; là se trouve une place, l'aire.

               Commerce
               Le plus grand commerce des Arabes consiste dans les bestiaux qu'ils élèvent et les produits qu'ils en retirent ; ils vendent :
               - des bœufs, des vaches, des moutons, des chameaux et surtout des chevaux
               C'est dans les provinces d'Oran et de Constantine que les chevaux sont le plus estimés, et qu'on en fait aussi un plus grand commerce.
               Toutes les tribus nomades ou sédentaires nourrissent beaucoup de moutons et récoltent une grande quantité de laine : chaque famille emploie une partie de cette laine pour des besoins ; le reste est vendu à un prix assez élevé parce que la laine est un des objets que les marchands européens recherchent davantage.
               Une grande partie des contributions se payait avec de la laine.
               Les cultivateurs, et surtout ceux de la province d'Oran, vendent une grande quantité de grains.

               Les Bédouins et les Arabes sédentaires viennent plusieurs fois par semaine au marché dans les villages où ils apportent :
               - du lait dans des outres ou dans des pots de terre,
               - du beurre,
               - des fromages,
               - de la volaille, poules et pigeons seulement, et
               - des œufs.

               Pendant que nous étions à Alger, les Arabes, sachant que nous mangions du gibier et du poisson d'eau douce, se livraient à la chasse et à la pêche :
               - lièvres, perdrix rouges, oiseaux des marais, et poissons de qualité médiocre.

               La chasse à laquelle les Bédouins se livrent davantage est celles :
               - des bêtes féroces dont ils vendent les peaux
               - et celles des autruches dont ils vendent les plumes.
               Quand les Arabes viennent dans les villes vendre leurs bestiaux ou les produits de leur industrie, ils achètent :
               - des souliers, quelques morceaux de mousseline ou de calicot,
               - des couteaux, des armes, de la poudre, du plomb.

               État politique
               La population arabe de la régence d'Alger était en partie soumise au Dey, mais il n'y avait rien de moins réel que cette soumission, surtout pour les nomades qui s'en vont toutes les fois qu'on les tracasse un peu trop.
               Ceux qui vivent dans des cabanes les abandonnent aussi fort souvent et vont en construire d'autres ailleurs.
               Pendant que j'étais à Oran les chefs du village Ras-el-Aïn composé de maisons construites à chaux et à sable vinrent trouver le commandant Français et lui dire qu'ayant à se plaindre de la manière dont on se conduisait avec eux, ils allaient abandonner le village : effectivement dans la nuit même, toutes les familles qui l'habitaient s'en allèrent en emportant, sur les bêtes de somme, tout le mobilier et jusqu'aux portes et aux croisées des maisons ; le lendemain matin, nos soldats étant entrés dans ce village, le trouvèrent tout à fait désert.

               Toute la population arabe est divisée par tribu ; une tribu est la réunion d'un certain nombre de familles, sous l'autorité d'un seul homme que l'on appelle Cheik et par le nom duquel la tribu est désignée ; on dit la tribu d'Ismaël, la tribu de Ben-Adré.
               Plusieurs tribus se réunissent quelquefois ensemble sous l'autorité d'un chef suprême que l'on appelle Caïd.
               Voici comment les Cheiks sont élus : Il y a toujours dans chaque tribu un certain nombre de familles qui descendent plus ou moins directement du Prophète, dont les membres se sont distingués par leur courage ou leur savoir dans telle ou telle partie : ces familles forment la noblesse des tribus et tous les hommes qui en font partie portent le nom de Cheiks ou seigneurs.
               C'est parmi leurs familles que l'on choisit l'un d'entre eux pour diriger la tribu.
               Cette dignité est quelquefois héréditaire mais le plus souvent élective ; le pouvoir reçu est fort étendu : justice dont les sentences sont exécutées sur-le-champ même s'il s'agit de la peine capitale. Commandement des troupes et décisions de faire la paix ou la guerre.

               Ils sont ordinairement assez riches pour subvenir à toutes les dépenses qu'entraînent le haut rang dans lequel ils sont placés : dépenses qui se bornent à donner quelques plats de lait aux étrangers qui viennent demander l'hospitalité, et très rarement à tuer un mouton pour les régaler :
               " Si j'avais su votre passage chez nous je vous aurais offert du lait et de la galette et si aviez voulu rester un jour avec moi, j'aurais tué un mouton pour vous régaler " me disait un chef arabe dont j'avais visité la tribu pendant qu'il était absent.
               Les tribus arabes ne sont ordinairement composées que de quinze ou vingt familles. Sous le règne du Dey, les cavaliers des Agas étaient souvent occupés à poursuivre les tribus des Bédouins pour les forcer à payer les impôts ou s'emparer de leurs troupeaux en cas de refus. Alors les Cheiks étaient obligés de venir auprès du Bey qui rendait les bestiaux moyennant une somme d'argent aussi forte qu'il pouvait l'obtenir.

               Religion
               Ce sont les Arabes qui ont apporté l'islamisme dans la Maurétanie : ainsi il n'est pas étonnant qu'ils le professent encore maintenant comme les Maures auxquels ils l'ont imposé.
               Ces deux peuples suivent exactement le même dogme : on les voit tous les jours réunis dans les mêmes mosquées et se livrant aux mêmes pratiques ; mais en général les Arabes sont un peu moins dévots que les Maures.
               Ils ne font que rarement les ablutions commandées par le Coran et on ne les trouve pas souvent à genoux, au milieu de la campagne, aux heures de la prière.
               Ils observent néanmoins toutes les fêtes.
               Pour faire de la musique, ils frappent sur des peaux tendues ou même sur des planches avec un morceau de bois et jouent d'une flute faite avec un roseau ; ils poussent des cris de joie et ils dansent en remuant leur corps de la manière la plus indécente que l'on puisse imaginer.

               On ne saurait dire en les voyant célébrer une fête s'ils ont pour objet de louer Dieu ou de conjurer le diable.
               - Ils attribuent tout le mal qui leur arrive à l'influence des esprits ténébreux,
               - ils croient à l'existence des génies et les redoutent beaucoup,
               - ils sont aussi persuadés qu'on peut leur jeter des sorts et pour s'en préserver, ils portent sur eux des amulettes et ils en suspendent au cou de leurs chameaux et de leurs chevaux.
               - Ils ont des devins qui leur prédisent l'avenir, moyennant une rétribution et ils leur accordent une grande confiance.
               - Les marabouts ont presque autant de pouvoir chez les Arabes que chez les Berbères : chaque père de famille a recours à eux ; ils l'aident de leurs conseils et lui promettent d'adresser des prières au ciel pour lui.

               Les femmes visitent souvent ces saints personnages surtout lorsqu'elles ne peuvent pas avoir d'enfants.
               Quand on les enterre leurs tombeaux deviennent des lieux saints où l'on va faire des pèlerinages et porter des offrandes.
               Il est d'usage que le chefs de tribu et les principaux citoyens en partant pour la guerre aillent au tombeau de quelque marabout pour le prier d'accorder un heureux succès à leurs armes et en lui promettant de lui faire hommage d'une partie du butin si leurs vœux sont exaucés.
               Les personnes âgées sont l'objet de la vénération des familles ; les enfants prennent grand soin de leurs vieux parents.
               En cela ils ne ressemblent pas aux Maures qui font peu de cas des leurs, et les abandonnent quand ils ne peuvent plus gagner leur vie. On rencontre dans les rues d'Alger une grande quantité de vieillards errants seuls en demandant l'aumône.
               Pendant que j'étais à Oran, le fils d'un Cheik arabe qui habitait le village de Ras-el-Aïn fut tué par l'une de nos sentinelles dont il voulait violer la consigne sur une hauteur où se trouvaient plusieurs marabouts par entêtement.
               Ce jeune homme avant été enterré sur une hauteur où se trouvaient plusieurs marabouts.
               Pendant les huit premiers jours ils montaient à cheval armés comme s'ils partaient à la guerre et accompagnés de la femme du défunt ils se rendaient sur sa tombe et se prosternaient ; ils priaient à voix basse tandis que la veuve faisait retentir les airs de ses gémissements.

               La cérémonie durait environ vingt minutes et les cavaliers repartaient sans se préoccuper de la veuve.
               Quand les morts sont en trop grand nombre pour qu'on puisse les conduire chacun dans leur tribu, on les enterre en les plaçant dans une fosse très profonde et en la recouvrant d'épines et de feuilles d'agave pour empêcher les chacals de s'adonner à leur macabre besogne.
               J'ai ouï dire que les Musulmans croyaient que ceux des leurs qui étaient enterrés par des Chrétiens ne seraient pas reçus en paradis et c'est la raison pour laquelle ils attachaient tant d'importance à les enlever.
               Il y a bien quelque idée religieuse attachée à cette pratique.
               Un Cheik arabe monté sur un superbe cheval et armé se présenta un jour devant la porte d'un petit fort à Oran en demandant de parler à l'officier qui commandait.
               Celui-ci craignant un piège sortit accompagné d'un caporal avec deux hommes ; aussitôt que l'Arabe l'aperçut il le mit en joue et l'aurait tué si le caporal n'avait fait feu sur lui ; il tomba raide mort et on l'enterra près du fort. Le soir même, quelques-uns des siens bien qu'ils fussent instruits de sa trahison vinrent demander son corps pour lui rendre les honneurs funèbres ; ils furent obligés de partir sans rien avoir obtenu.
               Le lendemain, une jeune noire, pieds nus, les cheveux épars et pleurant vint supplier le colonel Lefol de lui faire rendre le corps de son maître ; quand l'interprète lui eut dit qu'il était impossible d'obtenir ce qu'elle demandait, elle se jeta à genoux se roula par terre en poussant des cris ; on fut obligé de la faire emporter par des soldats.

               Mœurs et coutumes
               Cette hospitalité que l'on vante tant et qui semble avoir été transmises aux tribus par celles des patriarches ne s'exercent qu'envers leurs compatriotes et encore la violent-ils quelquefois.
               On ne voyage que par caravane dans la régence d'Alger et comme ce pays est fort peu peuplé on est souvent obligé de demander asile aux tribus nomades.
               Quand une caravane arrive dans une de ces tribus, le Cheik la prend toujours sous sa protection mais rarement sans rétribution.
               Le soir les voyageurs gardent bien leurs bagages et ils leur arrivent d'être volés.

               Mariages

               Les jeunes filles ne sont pas séquestrées et elles ne portent le voile que lorsqu'elles vont en voyage ; mais sous la tente, et quand elles vaquent à leurs occupations, elles ont le visage découvert.
               Les jeunes gens peuvent les voir et causer avec elles ; ils leur font la cour, les aiment et en sont aimés.
               Quand un jeune homme est épris d'une demoiselle et qu'il a su s'en faire aimer, il la fait demander par son père ou il la demande lui-même.
               Le mariage est toujours une espèce de marché : c'est le jeune homme qui fait sa dot consistant en bestiaux, quelques pièces de laine etc., les parents de la jeune fille font le trousseau.

               Pour conclure le mariage on va devant le Cadi ou le chef de la tribu : les deux pères déclarent devant le magistrat l'intention d'unir leurs enfants. Ils se retirent ensuite après avoir fixé le jour des noces, celui où la jeune femme sera conduite chez son mari.
               Ce jour arrivé toutes les jeunes filles du douar qui ont paré l'épouse, la placent sur le cheval de l'époux ; elles l'accompagnent jusqu'à sa nouvelle en frappant sur des tambours et en criant You ! You !
               Quand l'épousée arrive devant la tente de son mari, les parents de celui-ci lui offre un breuvage de lait et de miel ; pendant qu'elle boit, tous les assistants chantent en dansant et font des vœux pour les nouveaux époux.
               Immédiatement après le mariage, il n'est pas permis aux femmes de vaquer aux travaux ordinaires : elles sont obligées de rester enfermées un mois entier, et même d'avoir le visage recouvert d'un voile ; mais ensuite elles sont aussi libres qu'il est possible de l'être avec les Musulmans.
               Les Arabes paraissent aimer beaucoup la musique. Des flûtes faites avec des roseaux, des espèces de tambours basques, des peaux collées sur des pots en terre dans lesquels on met quelques cailloux composent à peu près tous les instruments.
               On les rencontre souvent accroupis sous un arbre ou dans un buisson occupés à chanter sur un ton monotone. Tous ceux qui viennent au marché, montés sur des chameaux, des mulets ou des chevaux chantent, chemin faisant ; les voyageurs et les guerriers chantent aussi pendant la route.
Voyage dans la régence d'Alger par M. Rozet,
capitaine au corps royal d'État-Major
1833. Tome second


Ahmed Ben Rouïla
Envoi de M. Christian Graille
                 Né à Alger en 1830, Ahmed était fils de Si Kaddour Ben Rouïla, secrétaire d'Abd-El-Kader et son conseiller intime.
                 Pris enfant par S.A. le duc d'Aumale, à l'affaire de la smala de l'Émir, ce beau fait d'armes de Tagguin en 1843, il fut conduit en France et élevé par les soins du gouvernement au collège Saint-Louis de Paris.
                 - En 1850, Ahmed Ben Rouïla était admis au concours à l'emploi d'interprète auxiliaire de 2e classe.
                 - En 1852, il était promu à la première classe et deux ans après il passait aux spahis, engagé volontaire.
                 - En 1864, au moment où éclata la révolte des Oulad Sidi Cheikh, le lieutenant Ahmed ben Rouïla était attaché, comme adjoint, au bureau arabe de Boghar.

                 
                 Voici d'après le colonel Trumelet, quelques détails pleins d'intérêt sur la fin de ce brave officier, regretté de tous ses camarades :
                 " Les relations de service qui s'établirent à Boghar, entre l'adjoint du bureau arabe Ben Rouïla et l'aga En-Naïmi, ne tardèrent pas, c'était inévitable, à être marquées de froideur et de gêne ; l'éducation et les allures civilisées de l'officier indigène ne pouvaient manquer d'être peu sympathiques à l'Agha.
                 C'était toujours la lutte haineuse du vieux parti indigène contre celui des Arabes qui veulent marcher dans la voie du progrès et qui se rapprochent de nous.
                 Quelques ordres, transmis par Ben Rouïla d'un ton où l'Aga crut remarquer de la hauteur et du dédain, achevèrent de changer en haine un sentiment qui, chez En-Naïmi, n'était encore que de la malveillance.

                 Bou-Beker, l'un des frères de l'Aga, que Ben Rouïla avait, un jour, chassé honteusement du bureau arabe de Boghar car il s'était présenté en état d'ivresse, partageait, à un haut degré, la haine qu'avait vouée En-Naïmi à l'officier indigène.
                 En-Naïmi et Bou-Beker attendaient l'occasion de se venger du lieutenant Ben Rouïla. L'insurrection fomentée par Si Sliman ben Hamza vint hâter le dénouement qu'attendaient l'aga et son frère.
                 Le commandant supérieur de Boghar avait ordonné à Ben Rouïla de monter à cheval, avec un peloton de spahis, et de pousser, dans la direction de Mendjel, pour tâcher d'avoir des nouvelles des reconnaissances expédiées du côté des révoltés.

                 Le détachement avait pris la direction Sud-Est, longeant le marais de Tagguin ; le pays paraissait calme ; mais, arrivé au sommet d'une colline pierreuse, le peloton de spahis se trouvait, tout-à-coup, en présence de trois goums d'En-Naïmi.
                 Les deux troupes s'arrêtèrent à deux cents pas l'une de l'autre. Le goum de Bou-Beker, l'ennemi personnel de Ben Rouïla, qui était en tête, fond sur le peloton en faisant une décharge générale de ses armes.
                 Une dizaine de spahis tombèrent mortellement frappés ; les autres cherchèrent à s'échapper mais furent poursuivis dans toutes les directions ; plusieurs sont atteints et tués. Le lieutenant Ben Rouïla resta seul de son peloton ; les deux Français, qui en faisaient partie, moururent à ses côtés. Bou-Beker, suivi de ses cavaliers, se précipita vers Ben Rouïla qui n'avait point songé à fuir.

                 Un sourire haineux plissa le visage de Bou-Beker qui toucha à l'instant de la vengeance ; il tint son fusil de la main gauche, en travers de la selle, pendant que de l'autre il caressait et lissait sa barbe noire, avec une sorte de volupté fébrile.
                 Il n'eut pas besoin de se presser : Ben Rouïla était embourbé dans un marais où son cheval venait de se jeter.
                 Bou-Beker put savourer sa vengeance en le tuant en détail. Il arma lentement son fusil, visa et lui brisa le bras droit. Bou-Beker le mit en joue pour l'achever de son second coup :
                 " Ai-je besoin de te rappeler, lui dit avec calme l'officier indigène, que les vrais djaïns (de race noble) ne tirent jamais deux fois sur un ennemi " ?

                 L'implacable Bou-Beker presse la détente de son arme, et Ben Rouïla vint tomber à ses pieds, mortellement frappé.
                 Les gens du goum mirent pied à terre pour dépouiller les morts. Bou-Beker s'adjugea, comme part de razzia, les habits de Ben Rouïla, qu'il revêtit à l'instant et prit aussi ses armes et son cheval ; le corps de l'infortuné officier fut ignoblement mutilé.
                 Ainsi périt l'ancien interprète Ahmed Ben Rouïla et coïncidence étrange, il succombait, pour le service de la France, à Tagguin où, enfant, les Français l'avaient pris en s'emparant de la smala de l'émir Abd-El-Kader ".
Les interprètes de l'armée d'Afrique.
Archives du corps, par L. Charles Feraud,
interprète principal de l'armée auprès
du gouverneur général de l'Algérie. Édition 1876



Tombeau de la Chrétienne.
Envoi de M. Christian Graille

                 On y arrive par deux routes muletières :
                 - l'une suivant, à travers les broussailles, le sommet des crêtes du Sahel algérien, - l'autre longeant le bois des Kharesas et l'Oued- Djer jusqu'au lac Halloula.
                 Le Tombeau de la Chrétienne, en arabe Kbour-er-Roumia, aurait été, suivant Marmol et d'autres historiens aussi mal informés, la sépulture de Cava, fille du comte Julien, gouverneur de l'Afrique.

                 Aujourd'hui que les moyens d'investigations historiques sont plus répandus, on sait que ce monument, dont Pomponius Mela révélait l'existence sur la côte, entre Alger et Cherchell, a servi de sépulture à une famille de rois maures.
                 M. le docteur Judas donnerait, au moyen de légendes bilingues sur les médailles de Juba, la véritable signification des mots Kbour-er-Roumia.
                 En effet sur ces médailles on lit d'un côté, en latin, Rex Juba, et de l'autre, en punique, Juba Roum Melca (Juba hauteur du royaume). M. Judas conclut en disant que le monument a dû s'appeler d'abord Roumim, tombeau des hauts et des rois, mais que la terminaison punique im a fait place plus tard à la terminaison qualificative et collective ia des Arabes, d'où Kbour-Roumia ou tombeau de la Chrétienne.

                 M. le docteur Leclerc a ingénieusement avancé que ce tombeau pouvait bien être celui de Syphax, roi des Massaesyliens (habitants de la Numidie.) comme Medr'acen était celui de la famille de Massinissa (roi de Numidie.)
                 Le peuple arabe qui croit à l'existence de trésors dans tout le monument extérieur ou souterrain dont il ne peut s'expliquer l'origine et l'usage, a sa légende du tombeau de la Chrétienne.
                 Un Arabe de la Mitidja, Ben-Kassem est son nom, ayant été fait prisonnier de guerre par les chrétiens, fut emmené en Espagne où, vendu comme esclave à un vieux savant, il ne passait pas de jour sans pleurer sur la captivité qui le séparait pour jamais du reste de sa famille.
                 " Écoute, lui dit un jour son maître, je puis te rendre à ta famille et à ton pays si tu veux me jurer de faire ce que je vais te dire, et en cela il n'y aura rien de contraire à la religion ".

                 Ben-Kassem sûr de ne point perdre son âme, jura :
                 " Tout à l'heure, continua le savant, tu t'embarqueras ; tu te rendras ensuite au tombeau de la Chrétienne et là, tu brûleras le papier que voici sur le feu d'un brasier et tourné vers l'Orient. Quoiqu'il arrive, ne t'étonne de rien et rentre sous ta tente. Voilà ce que je te demande en échange de la liberté que je te rends ".
                 Ben-Kassem exécuta ponctuellement ce qui lui avait été recommandé ; mais à peine le papier qu'il avait jeté dans le brasier fût-il consumé qu'il vit le tombeau de la Chrétienne s'entrouvrir pour donner passage à un nuage de pièces d'or et d'argent qui s'élevait et filait, du côté de la mer, vers le pays des chrétiens.
                 Ben-Kassem, immobile d'abord à la vue de tant de trésors, lança son burnous sur les dernières pièces et il pût en ramener quelques-unes ; quant au tombeau il s'était refermé de lui-même. Le charme était rompu.

                 Ben-Kassem garda longtemps le silence ; mais il ne pût, à la fin, se retenir de conter une aventure aussi extraordinaire qui fût bientôt connue du pacha lui-même. La chronique veut que ce pacha soit Salah-Raïs qui régna de 1552 à 1556. Salah-Raïs envoya aussitôt un grand nombre d'ouvriers au tombeau de la Chrétienne, avec ordre de le démolir et d'en rapporter les trésors qui s'y trouveraient.
                 Mais le monument avait été à peine entamé par le marteau des démolisseurs, qu'une femme, la Chrétienne sans doute apparaissant sur le sommet de l'édifice étendit son bras vers le lac, au bas de la colline en s'écriant : " Halloula ! Halloula ! A mon secours ! " et aussitôt une nuée d'énormes moustiques dispersa les travailleurs qui ne jugèrent pas à propos de revenir à la charge.
                 Plus tard, et cette fois la légende merveilleuse est muette, Baba-Mohamed-Ben-Ostman, pacha d'Alger de 1766 à 1791, fit démolir à coups de canon, et sans plus de succès, le revêtement Est du tombeau de la Chrétienne.

                 Kbour-er-Roumia forme un immense socle, large de 60 mètres, haut de 11 ; il devait avoir douze côtés.
                 On y voit au Nord une imposte formant une croix qui a pu donner naissance à la fable de la Chrétienne.
                 Sur le socle s'échelonnent les 53 degrés, hauts chacun de 58 centimètres, d'un immense cône écrasé à son sommet.
                 Des fouilles, qui n'ont pu être encore poursuivies par M. Berbrugger, comme cela eut été à désirer, ont permis de dégager, en 1855 et 1856 le monument dans lequel le savant archéologue a pu pénétrer jusqu'à 14 mètres de profondeur horizontale.
                 Quant au trou appelé par les Arabes menfous ou soupirail, qui se trouve au sommet du cône, ce n'est pas une entrée, mais le résultat de tentatives faites pour pénétrer dans le tombeau, car après avoir fait enlever la terre et les éclats de pierre qui garnissaient le fond de ce trou, M. Berbrugger a retrouvé le noyau du monument.

                 En somme les curieux qui visitaient le tombeau avant les fouilles, n'avaient sous les yeux qu'un amas gigantesque de pierres taillées, les unes à leur place, les autres entassées confusément autour de la base, avec quelques débris de colonnes, de socles et de chapiteaux ioniens, mais sans caractère précis de cet ordre ; aujourd'hui, l'aspect monumental se révèle.
                 Si l'on poursuit ces travaux de fouilles si bien commencés, Kbour-er-Roumia fournira, à l'aide d'une restauration complète ou partielle, un témoignage irrécusable de l'état de l'architecture chez les peuples africains dans l'antiquité.
                 A 800 mètres environ au Nord-Est du tombeau, il y avait une des stations romaines passant sur les crêtes du Sahel, à en juger par une tour octogone, circulaire à sa base, des moulins à bras, une auge en pierre et surtout une belle citerne appelée par les Arabes Dar-ed-Delam, qui a donné son nom à la localité.
                 Enfin à 2 kilomètres à l'ouest, vers la mer, on trouve les carrières ou cavernes (er-Rir'an) qui ont fourni les pierres pour le tombeau de la Chrétienne.

Guide à Alger. Alger et ses environs en 1863. Extraits

Le pays d'Oran
Envoi de M. Christian Graille
Souvenirs de vacances

             - Quel piquant attrait se mit à nous harceler, et nous entraîna en une course de longue haleine ?
             - Est-ce la joie de battre les bois, en toute latitude ?
             - Est-ce la secrète envie d'admirer d'ineffables clartés et de les sentir dans nos cœurs ?
             En route pour une randonnée brève, nous nous sommes lancés très loin. Bientôt nous ne rencontrions plus que les arbres mystiques.
             Leur rumeur très douce s'exhalait pareille à un hymne retenu. Avec elle planait un murmure comme le chant de bruyants élytres : voix qui s'élevait dans un crépitement de rire léger ou de tendresse ardente.
             Pendant que la senteur des résines flottait tel un encens, on eût dit que la forêt nous dédiait ainsi la plus charmante et la plus pure de toutes les bénédictions sylvestres.
             Rien ne rebutait notre vaillance. Les paupières enflammées, nous allions par une sécheresse poignante, d'un pas vif, d'un seul élan aussi, et dédaigneux des chemins montants offerts à tout le monde ou des impossibles sentes forestières, empruntant certains raccourcis plus roides, mais bien à nous.
             Elle n'était pourtant pas sans petits dangers, notre grimpée héroïque, les tortueux fourrés nous barraient le passage et nous égratignaient sournoisement ; souvent il fallait se tenir aux troncs écailleux pour prévenir une chute sur le glissant tapis d'aiguilles ; et derrière nous quelquefois des pierres dégringolaient en bruyante avalanche vers le profond sonore des ravelins.
             Mais les rapides échappées des clairières nous ouvrant des lointains vibrants, des paradis illuminés, nous promettaient d'amples ravissements qui nous faisaient oublier la fatigue et le risque.

              De cette plate-forme terminale, près du marabout de Sidi Abd El Kader se découvre presque tout entier le pays d'Oran.
             A nos pieds, la ville s'étalait, tache éblouissante. Des myriades de cubes minuscules disposés en fouillis représentaient les demeures de cent cinquante mille êtres humains qui s'y bousculent, respirant la lourde haleine corrodée… Parfois une grosse émeraude marquait l'endroit d'un square. Les deux clochetons montés sur les précieuses colonnettes jumelles du Théâtre émergeaient éclatant de soleil.
             Quelques minarets, stricte " couleur locale ", transparaissaient avec leur fine dentelle. On croyait distinguer le vitrail flamboyant de la nouvelle Synagogue, mais ce fut dans un éclair, car une bouée tremblotante soudain s'étendit et acheva le gâchis de lumière.
             Et bientôt tout se brouilla, se confondit dans l'air poudroyant et embrasé…

             Au large des faubourgs comme écrasés d'ors vibrants commençait le Sahel.
             Terre innombrable, mais partout d'une tonalité chaude ! Près des fermes et des cultures de jardins couraient à perte de vue la moisson et les vignes parsemées de quelques bouquets plus verts.
             Un fil tout blanc scintillait à la place des belles routes. Des plaques d'argile rougeoyaient sous l'atmosphère en feu. Et pas une fraîche rivière ne mouillait ce paysage brûlant : les eaux bleuâtres du petit lac étaient lourdement engourdies ; par-delà, on croyait voir s'évaporer la Sebka salée qui s'unissait avec le ciel, jaune sous la flambée des rayons.
             Au plus loin, les premiers contreforts du Tessala ondulaient, noyés de claire brume : ils ne parvenaient à border l'étendue de cette immensité, mais au contraire en prolongeaient la mouvante surface…

             Avec Oran et la plaine fumante devant les yeux, nous n'étions pas satisfaits. Et nous partîmes faire cent mètres, à la recherche de la mer.
             Tout en contrebas elle étendait à l'infini son miroir étincelant et bleu.
             Les pentes douces issues de notre faîte se déroulaient jusque vers les villas posées contre la rade, le long de la corniche.
             Tandis qu'à l'arrière-plan se profilait le cap Falcon, au pied du Djebel-Santon le promontoire de Mers-el-Kebir, " le grand port ", s'avançait dans une aridité superbe ; presque en face, comme pour enfermer les eaux, la montagne des Lions survolait les falaises roses croulant à pic…
             On la sentait vivre avec intensité, la Méditerranée pourtant immobile et comme la proie d'un recueillement infini.
             Ce qui renforçait l'illusion de sa proche présence, c'étaient les effluves salines dont elle baigne les brises et surtout le fluide azur.
             Bientôt, une fraîcheur presque glacée vint nous tirer de l'enivrement.
             Nous nous assîmes sous le couvert de quelques oliviers.
             Dans les alentours ce n'était rien qu'une sorte de lande poussiéreuse, toujours :
             - des lentisques et les jujubiers épineux emmêlant leur fourré,
             - toujours de fausses bruyères,
             - puis des palmiers nains,
             - des myrtes,
             - des cactus aux raquettes hérissées et
             - de souples joncs dont les minces tiges ployaient sous la pression aérienne, se redressaient, se mouvaient comme des vagues…

             Mais ce qui nous plaisait dans la monotonie de ces lieux, c'était nous laisser aller, sans fin, à la délicieuse paresse de n'être plus.
             Nous hésitions à quitter le calme sommeil de notre pensée pour recommencer à vivre.
             L'heure du retour était, d'une moue, repoussée constamment.
             Quand il ne fut plus temps de tergiverser, nous eûmes beau, dans un bel affolement de plaisir, dévaler les sentiers rapides qui descendent vers la ville : la nuit impitoyable nous devançait toujours.

André Wanda.
Alger-Étudiants (22-12-1923)

Lettre ouverte à un ami sceptique
Par M. Marc Donato


          Chaque fois qu'une épidémie nous tombe sur la tête, les charlatans pointent le bout de leur nez. C'est aussi vieux que le monde. Pestes, choléra, grippe asiatique suscitent la peur dans une population avide de remèdes salvateurs quels qu'ils soient. N'est-ce pas un joueur de flûte qui débarrassa la ville de Hamelin des rats qui l'avaient envahie ? Dans sa Nef des fous, publiée en 1494, Sébastien Brant décrit avec pertinence l'attente des patients : "Le malade cherche la santé, et, d'où l'aide lui vient, peu lui chaut." Peu lui importe. Sorciers, guérisseurs, "professeurs", marabouts, bonisseurs et médicastres de tout poil s'en donnent alors à cœur joie dans un monde où l'angoisse a ouvert tout grand les vannes à la naïveté et à la crédulité. En France, les lois de 1802 marquent le début de l'organisation de la médecine et luttent contre ce charlatanisme. La situation actuelle fait penser à ce qui est advenu avec la crise du phylloxera à la fin du XIXème siècle. Les vignerons de l'époque se désespèrent en voyant leurs vignes jaunir, se dessécher pour finalement périr sans que rien ni personne n'ait pu trouver l'antidote contre une maladie encore inconnue et longtemps non identifiée.

          Les remèdes les plus fantaisistes sont alors apparus : crapaud enterré au pied des ceps, arrosage au jus d'écrevisses ou à l'urine humaine, de vache ou de cheval ; excréments d'escargots, d'oiseaux, de poules, répandus dans les vignes ; frottage des ceps avec de l'ail, plantation de persil ou de chanvre dans les rangs, tabac émietté et nicotine, tourteaux de ricin, déchets de lin, graines de moutarde et culture de plantes diverses. Les charlatans ont alors rivalisé d'imagination créant des dizaines de produits aussi mystérieux que miraculeux : vinipares, pâtes anti phylloxériques, insecticides-engrais, baumes, bouillie de stockfish et "liquide secret" de Honoré de Rians, tous aussi inefficaces les uns que les autres. Sans compter avec le châtiment divin comme le proclame le prêtre Paneloux dans La peste de Camus : "Vous avez cru qu'il vous suffirait de visiter Dieu le dimanche pour être libres de vos journées. Vous avez pensé que quelques génuflexions le paieraient bien assez de votre insouciance criminelle. Mais Dieu… voulait vous voir plus longtemps … fatigué d'attendre votre venue, il a laissé le fléau vous visiter comme il a visité toutes les villes du péché depuis que les hommes ont une histoire." D'où les croix ou les pierres bénéfiques retrouvées dans certaines parcelles enfouies probablement pour conjurer le sort et exorciser le démon qui se serait emparé des plants, ou encore les reliques d'un saint protecteur achetées à Rome. Roquemaure, dans le Gard, connaît un retour sur investissement très juteux pour avoir acquis des reliques de saint Valentin !

          Après bientôt un an de crise du Covid, un vaccin arrive enfin. Mais depuis des mois de pandémie, la peur s'est emparée d'une population effrayée par les ravages de la maladie. Alors, psychothérapeutes autoproclamés, bio-décodeurs, kinésiologues, adeptes des médecines alternative, douce, ou naturelle, "professeurs" africains ont profité à fond de la crise sanitaire pour proposer leurs recettes infaillibles -c'est juré !- sur les réseaux sociaux ou leurs chaînes YouTube, vendre des produits miracles via leurs boutiques en ligne : colliers pour ioniser l'atmosphère, appareils censés capter les énergies négatives, lampes UV pour purifier l'air ambiant, tisanes anti-Covid-19. Cela à coup de prix très élevés, sans remboursement par la Sécurité sociale. D'autres propositions étaient accessibles à moindre coût ; l'eau bouillie avec de l'ail, l'eau de Javel industrielle comme le recommandait le président Trump, la feuille d'olivier, l'oignon, l'urine ou les excréments des vache préconisés par le président du parti nationaliste indien Hindu Mahasabha… Et la liste est loin d'être exhaustive !

          Au risque de te mécontenter, ami complotiste ou sceptique, toi qui vois le vaccin comme un poison, je te rappellerai que c'est la Science qui a éradiqué le phylloxera, les agronomes chercheurs ayant montré la résistance des plants américains qui, greffés, ont permis, depuis lors, de reconstituer le vignoble et nous permettre d'admirer et de consommer syrah, cabernet, clairette ou autre bouteillan qui s'étalent avec bonheur sur nos coteaux ensoleillés. C'est aussi la Science qui a permis de vaincre la rage, la variole, la tuberculose… De même, c'est la Science encore qui viendra à bout de Covid ; virologues et bactériologues ont trouvé en un temps record un vaccin dont on peut supposer qu'il nous mettra à l'abri de la maladie comme du pire, à condition quand même de ne pas confondre vitesse et précipitation et que soit respecté l'avertissement de Rabelais "Science sans conscience…". Plaçons notre confiance dans cette avancée scientifique et nous pourrons alors tomber le masque pour vivre une vie normale.

Marc Donato - 8 janvier 2021


La presse dans l'Est algérien
Envoi de M. Christian Graille

      Les débuts de la presse en Algérie sont liés à ceux de l'occupation française.
       Il faudra attendre le début du XXe siècle pour que celle-ci devienne vraiment indépendante.
       La presse en Algérie fut représentée jusqu'en 1839 par le journal " le Moniteur ". C'est à partir du mois de juillet que naquirent des journaux locaux avec des titres célèbres tels que " l'Akhbar " à Alger ou " l'écho d'Oran " créé par Adolphe Perrier qui resta pendant quatre ans le seul organisme de presse de la ville.
       Dans le même temps naquit le premier journal de l'Est algérien : La Seybouse de Bône en 1844 suivi du Courrier de Philippeville.
       Ces modestes feuilles paraissent en hebdomadaires.

       En 1830 une charte, modifiant celle de 1814, fut établie.
       Pour la presse en général, elle y interdisait de parler :
       - de guerre,
       - de politique,
       - ou d'administration mais stipulait à l'article 7 (ancien article 8) que le texte : " ….qui doivent réprimer les abus de liberté " devait être supprimé et que devait être ajouté : " la censure ne pourra jamais être rétablie ".
       Il ne semble pas que l'autorité ait pratiqué de censure à cette période.

       En 1846 une tentative d'institution de la censure par le ministre de la Guerre fut de courte durée ; Bugeaud obtint sa suppression et demanda à ce que la presse en Algérie soit organisée sur les mêmes bases qu'en France " …sauf les exceptions exigées par les circonstances locales… "
       Le ministre de la Guerre, loin de se soumettre à cette demande, profita, à la fin de l'année 1846 d'un article de l'Akhbar annonçant l'arrivée d'une caravane d'une vingtaine d'esclaves à mette en vente pour rétablir la censure.
       Celle-ci fut rétablie par ordre de Guizot et confiée à un très jeune fonctionnaire " Tout frais débarqué… et …zélé ", maniant ciseaux et encre rouge avec des résultats parfois étonnants….

       C'est ainsi que le 28 février 1848, l'Akhbar livra un impressionnant " blanc de première page " suite à la censure d'un article particulièrement inoffensif que ce fonctionnaire avait décidé d'interdire.
       La presse sous la seconde République : le 15 mars 1848, le Gouverneur Général fit connaître le nouveau régime de la presse algérienne :
       - Abolition de la censure,
       - promesse d'assimilation avec la législation nationale.
       " … à la veille de l'appel qui va être fait à la Nation pour qu'elle manifeste sa volonté sur les bases de la Constitution, il importe que les citoyens français d'Algérie jouissent sans délai du bienfait d'une presse libre… "

       Article 1 - les lois et ordonnances qui régissent en France la presse sont provisoirement applicables à l'Algérie, sauf les exceptions des articles 2 et 3.
       Article 2 - Il sera sursis à exiger le versement du cautionnement jusqu'à ce que le régime de presse ait été définitivement fixé.
       Article 3 - Aucune publication ou article de journal ayant pour objet :
       1° les opérations militaires,
       2° les mouvements de troupes,
       3° les travaux de défense de terre et de mer.
       Ces dispositions donnèrent, jusqu'en juin 1848, quatre mois de liberté presque illimitée.

       Cette période fut caractérisée par la création de nombreux organes de presse dont pour l'Est algérien : " le courrier de Constantine " à Constantine,
       - " le Gourayah " à Bougie.
       Le deuxième caractère de cette période de liberté fut qu' en ces jours d'espoir révolutionnaire , " la Seybouse " nous renseigne sur l'activité des " amis du peuple " qui furent au premier plan des troubles de Bône en mai 1848 ainsi que " le courrier de Philippeville " qui nous informe sur l'activité du club de la " fraternité ".

       La liberté de la presse fit mise à mal par les lois contraignantes :
       - d'août 1848 (cautionnement et délits contre l'ordre, l'Assemblée ou la République) ,
       - de juillet 1849 (offense au Président et provocations aux militaires pour les détourner de leurs devoirs) et
       - d'août 1850 (impose la signature des articles et crée le droit de réponse),
       - le cautionnement imposé obligea la plupart des feuilles existantes à ouvrir une liste de souscription pour survivre.
       Pour leur création, bon nombre de journaux constituèrent une " société par actions ", ce fut, par exemple le cas :
       - du Saf-Saf de Philippeville,
       - du courrier de Bône ou
       - du journal de Constantine.

       Ces différentes lois permirent la prolifération de sanctions et de procès : le journal de Constantine se vit infliger 500 francs d'amande pour avoir refusé l'insertion d'une lettre, puis 1.000 francs et six mois de prison à son directeur pour avoir publié une lettre de reproches à un administrateur.
       Les journaux algériens en général et de l'Est algérien en particulier avaient des traits communs :
       - Un sentiment d'isolement et de défiance vis-à-vis de l'administration,
       - un goût pour les déclamations doctrinales d'un ton vif, parfois ironique
       - des sentiments républicains, à quelques exceptions près.

       Peut-on situer certains de ces journaux ?
       La Seybouse, créée à Bône en 1844 par l'imprimeur Dagand avec l'autorisation du maréchal Bugeaud, paraissait en 1848 une ou deux fois par semaine. Ce journal accepta les évènements de 1848 avec enthousiasme puis prit une certaine défiance à l'égard des partis extrêmes…
       " Les impérialistes et leurs millions, les communistes et leurs mensonges dorés.. " A contrario les victimes de la répression lui semblèrent toujours dignes d'intérêt…

       Le courrier de Bône vit le jour en 1849 grâce à une société par actions, Bertier de Sauvigny en était gérant. Par une profession de foi originale, il déclara vouloir délaisser " …la politique qui en Algérie ne signifie rien" pour se consacrer uniquement aux " intérêts algériens " …, à l'assimilation complète et au développement de la colonisation.
       Paraissant quatre fois par mois, il donnait une correspondance suivie de tous les centres de colonisation.
       Le " Saf-Saf " créé en octobre 1844 à Philippeville par le Proust des Ageux, souhaitait aussi l'assimilation mais avec la " décentralisation " par méfiance envers Alger.

       Cet hebdomadaire désirait " l'ordre dans la liberté…. " Admire Barrault, le docteur Warnier et décochait quelques flèches à Louis-Napoléon. Toutefois sa modération lui fit craindre … " Les énergumènes de la réaction et les enfants perdus de la démagogie…. " Il s'effacera en 1851 devant le Zeramna fondé en 1850.
       Le journal de Constantine, fondé par Guende, imprimeur-gérant, en mars 1848, paraissait tous les cinq jours, il défendait surtout des intérêts de clocher.
       Il céda la place au journal le " Progrès de Constantine " en 1850, lequel mourra en juillet 1852.
       " L'Africain-Estafette de Constantine " créé en juillet 1851 était destiné à jouer un rôle de défenseur de l'administration dans la province de l'Est, comme le faisait le " courrier d'Oran " dans l'Ouest, il restera jusqu'en 1858 le seul journal du chef- lieu sous le nom de " l'Africain ".

       Le passage au pouvoir du prince Jérôme permit d'introduire au nombre des dirigeants de la presse algérienne plusieurs déportés politiques dont l'un d'entre eux, Louis Marle joua un rôle primordial dans le lancement de " l'Indépendant de Constantine " en 1858, Émile Thuillier, condamné de juin, y collabora de manière assidue.
       En 1860 le maréchal Pelissier donna les coudées plus franches à la presse algérienne, la liste des journaux s'allongea, toutefois le décret du 7 juillet 1864 donna aux généraux autorité sur les préfets, ouvrant à nouveau, une période de " sévérité " à l'égard de cette presse. 1867 voit la pression s'atténuer, le gouvernement renoncer au système des avertissements.
       Cette phase de libéralisme tourna court, Mac-Mahon s'opposa à la promulgation de la loi du 9 mars 1866 en Algérie et ordonna aux généraux commandant les provinces d'employer contre la presse tous les moyens que les lois en vigueur mettent à leur disposition.

       La presse de l'Est algérien vit ainsi naître :
       - " l'écho de Sétif " en 1860,
       - " le Messager algérien " de Philippeville en 1865,
       - " la Mahouna " de Guelma en 1867,
       - " le Progrès de Constantine " en 1867,
       - " l'Est algérien " de Bône en 1868 et
       - " l'Avenir " de Constantine en 1870.
       La chute de l'Empire libéra la presse de la plupart de ses entraves ; elle connaîtra après 1870 et tout au long de la IIIème République un essor et une diversité sans précédent :
       - " …luttes politiques,
       - rivalités de personnes,
       - affrontements d'intérêt économiques,
       - courants religieux, philosophiques et littéraires … "
       Donnant naissance à des centaines de titres qui d'affrontèrent souvent violemment ainsi qu'en témoigne la presse du département de Constantine entre 1870 et 1918… "
       La presse de l'Est algérien si elle a connu des débuts modestes, ralentis par la censure et une diffusion très faible, n'a pas manqué de surprendre sous la seconde République par sa vigueur ; toutefois nombreux furent les journaux qui ne publièrent que leur numéro 1.

       C'est la IIIe République qui permet à la presse de recouvrer son dynamisme, plus de 550 titres de journaux de " l'Est algérien " ont été recensés sur cette période. Le XXème siècle nous amènera à constater une évolution quasiment parallèle des presses en France et en Algérie.
       L'indépendance de l'Algérie verra disparaître la majorité des titres de la presse française en 1962.
       La " Dépêche de Constantine " sera nationalisée en 1963.

       En ce qui concerne l'état de conservation des archives en France et en Algérie, Louis Montoy dans sa thèse " la presse dans le département de Constantine " nous éclaire de la façon suivante :
       " … Les dépôts susceptibles d'abriter les collections de journaux du département de Constantine sont ceux de la wilaya (ex-préfecture) de Constantine et ceux de l'annexe de la Bibliothèque Nationale de Versailles.
       Là se trouve la majorité des journaux conservés.
       Les collections, malgré leurs nombreuses lacunes se complètent néanmoins assez bien pour les titres les plus importants et la période entre 1881 et 1918.

       Par contre les journaux publiés entre 1870 et 1881 sont conservés de manière extrêmement fragmentaire et uniquement à Versailles.
       - A Alger (Archives nationales, Archives de la wilaya, Bibliothèque nationale et municipale),
       - à Oran (Archives de la wilaya) et
       - à Aix-en-Provence (Archives d'outre-mer) on ne trouve que quelques numéros épars d'un nombre très réduit de journaux du Constantinois.
       Les bibliothèques municipales des différentes villes du département pourraient receler quelques collections de journaux locaux.
       C'est le cas de la bibliothèque d'Annaba (Bône) fermée depuis 1962 mais à laquelle nous avons pu avoir accès grâce à l'obligeance du secrétaire général de l'Assemblée Populaire Communale.

       A Constantine les collections de la presse locale ont été déménagées au palais du Bey où nous avons pu les apercevoir mais non les consulter.
       Nous attendons pour le faire une autorisation, certes promise, mais toujours pas accordée.
       A Batna et à Sétif il n'y a rien aux dires des responsables locaux, de même qu'à :
       - - Bougie, Djidjelli, Guelma et Philippeville.
       A Constantine enfin :
       - les archives de la maison de l'agriculture,
       - de la bourse du travail et
       - de celle du service des mines renfermeraient quelques collections de revues agricoles, syndicales ou minières.
       Leur accès est conditionné à une autorisation dont l'obtention, à l'heure actuelle, demeure bien problématique.
       Il en est de même pour les archives de l'ancienne " dépêche de Constantine " dont les locaux sont occupés depuis 1963 par le quotidien régional " An Nasr ".
Constantine octobre 1979

       Cette autorisation a été obtenue en janvier 1980.
       Les collections sont à nouveau conservées aux archives de l'Assemblée Populaire Communale ; elles sont particulièrement importantes pour :
       - le Républicain de Constantine,
       - L'Indépendant et
       - la Dépêche de Constantine. Nous tenons à souligner le travail exceptionnel que Louis-Pierre Montoy a effectué pour réaliser sa thèse. Ce document intégré au fond du CDHA est un don de Michel Durand-Delga.

Alain Gibergues " Mémoire vive " "
Publication du Centre de Documentation Historique
sur l'Algérie cdha
N°48 2éme trimestre 2011


Des Chrétiens du royaume d'Alger
Envoi de M. Christian Graille


         Les chrétiens qui sont dans le royaume d'Alger, si on excepte les esclaves, sont en fort petit nombre. Le commerce y est fort petit, et d'ailleurs les juifs ordinaires, qui sont en grand nombre dans le pays, ne laissent échapper aucune occasion où il y a quelque chose à gagner.
         Les esclaves sont un corps considérable. Ils seraient sans doute assez forts pour s'emparer des principales villes, s'ils pouvaient bien s'entendre ensemble et s'ils n'étaient pas épouvantés par la sévérité des châtiments destinés à ceux qui sont convaincus de révolte.

        
         Il n'y a point de domestiques libres. Depuis la maison du roi jusqu'à celle du dernier des habitants, pour pauvre qu'il soit, il y a des esclaves chrétiens pour s'en faire servir.
         C'est d'ailleurs leur principal commerce, et ils y gagnent toujours, surtout lorsque les esclaves ont de quoi se racheter, ou que les rédemptions vont à Alger pour employer les deniers des charités publiques.
         Les maîtres qui ont beaucoup d'esclaves, les louent aux armateurs des corsaires pour travailler aux armements ou aller en mer.
         Ils les louent aussi aux étrangers qui sont établis dans les villes, pour s'en servir dans leurs maisons comme des domestiques. Il est permis aux personnes de toute nation d'y acheter des esclaves chrétiens ; mais il n'est pas d'usage que les chrétiens en achètent.

         Bien des gens croient qu'on force les esclaves chrétiens à se faire mahométans, ou du moins qu'on les y sollicite par des caresses. C'est sur la foi des moines qui y vont faire des rachats mais l'erreur est très grande.
         Bien loin de travailler à les séduire, les maîtres seraient bien fâchés que leurs esclaves se fissent mahométans, quoiqu'ils ne soient pas libres en changeant de religion. Leurs maîtres perdraient le profit qu'ils en retirent, lorsque les rédemptions viennent à Alger ; et c'est pour cela uniquement que la plupart des Algériens achètent des esclaves chrétiens.
         Il y a certains cas où le dey voulant sauver un esclave chrétien qui aurait mérité la mort, lui donne à opter ou de mourir ou d'embrasser la foi mahométane, pourvu que le crime ne soit pas contre l'État.

         Il n'y a que les jeunes esclaves au-dessous de l'âge de douze ans, dont les maîtres se piquent de faire de bons musulmans, croyant faire une œuvre très agréable à Dieu. Ce sont les plus riches qui les achètent ; ils n'épargnent rien pour les bien élever, et les adoptent pour leurs enfants.
         Mais lorsque les esclaves sont pris en âge de connaissance, les maîtres les détournent de changer de religion ; car outre qu'ils ne peuvent pas les revendre, les esclaves trouvent mieux l'occasion de s'évader.

         Les Algériens disent communément qu'un mauvais chrétien ne peut être bon musulman. Si l'on donnait la liberté aux esclaves qui embrasseraient le mahométisme, on n'aurait pas de peine à faire les rédemptions ; et il n'est que trop sûr que la plupart des esclaves sont refusés.

         On voit dans des Mémoires anecdotes, qui font dans l'hôpital d'Espagne à Alger, qu'en 1641, un français natif de Marseille, esclave d'Ali, général des galères, voulant éviter de s'embarquer, demanda plusieurs fois à son maître de se faire recevoir dans la religion mahométane.
         Mais en ayant toujours été refusé, et les galères étant prêtes à partir, il se fit prêter à un renégat de sa nation des habits à la turque, et parut en cet équipage devant le général.
         Celui-ci le voyant de loin et connaissant la ruse, l'appela Jean, Jean s'approcha et dit, je ne suis pas Jean, je suis Mustapha.
         Ali le visita et le trouvant incirconcis, prétexta que l'on se moquait de la religion mahométane et le fit mettre sous le bâton. A mesure qu'il était bastonné, son maître lui disait, es-tu Jean ou Mustapha ?
         L'esclave souffrit un certain nombre de coups ; mais ne pouvant plus endurer ce supplice, il cria, je suis Jean et non pas Mustapha ; Je suis chrétien et non-mahométan. De cette manière il persista dans la foi chrétienne, et étant racheté quelques années après, il retourna dans son pays.
Histoire du royaume d'Alger
par M. Laugier de Tassy, commissaire de la marine
pour Sa Majesté très chrétienne, en Hollande. Édition 1725


Le Coran analysé (1)
Envoi de M. Christian Graille
Préface.

                Il n'est question ni d'exégèse ni de théodicée (explication de l'apparente contradiction entre l'existence du mal et deux caractéristiques propres à Dieu : sa toute puissance et sa bonté.) Si :
                - les védas (ensemble de textes) brahmaniques,
                - les King chinois,
                - Les livres de Zoroastre (" prophète ") et de Moïse, si les évangiles eux-mêmes ont fourni matière à controverses sur l'époque et la forme de leur composition, de leur promulgation, il n'en est pas de même du Coran.
                Collection des prédications d'un homme dont l'existence a des dates dans l'histoire, son authenticité n'a jamais soulevé de discussion ni au dehors ni au-dedans de l'Islamisme.

                La seule remarque qu'on pourrait faire c'est que les sept copies qui en ont cours ne comptent pas toutes le même nombre de versets : nombre varie de 6.000 à 6.206 mais il est facile de s'assurer que ces différences ne résultent d'aucune modification du texte, ne tiennent qu'à la manière dont il a été distribué dans l'intérieur des cent quatorze chapitres restés intacts avec leurs titres et leurs mystérieuses lettres initiales.
                Il est vrai cependant qu'en 1841, M. Garcin de Tassy et le persan Mirza-Kazem-Beg ont publié, dans le journal asiatique, un chapitre inédit jusqu'alors :
                Les très susceptibles et très ergoteurs docteurs musulmans ne s'étant pas émus de cette découverte, il serait inutile d'en contester ici ou d'en affirmer la réalité ni la valeur.
                Nous devons donc accepter comme indiscutable, quant au texte, l'œuvre rassemblée par Abou-Bekr, le successeur immédiat de Mahomet, et mise dans sa forme actuelle, dans la trentième année de l'hégire, par Othman, deuxième successeur d'Abou-Bekr.

                Il y aurait cependant un travail d'exégèse mais de haute exégèse à entreprendre. Mahomet dictait ; moins instruit que Moïse, il est douteux qu'il sût écrire.
                - Le livre dont nous reproduisons ici la préface est entièrement terminé et tout prêt à paraître. Il suffira de parcourir les spécimens que nous offrons au lecteur pour comprendre qu'il ne remplit pas seulement une regrettable lacune religieuse et philosophique mais qu'il peut devenir en Algérie un instrument pratique d'une grande utilité au point de vue :
                - politique,
                - moral,
                - religieux, en ce qu'il donnera précisément le point d'appui intellectuel qui nous a manqué jusqu'ici pour agir efficacement et pacifiquement sur l'esprit et la conscience de nos Indigènes. Des tentatives partielles ont été faite dans ce genre mais il était réservé à M. La Beaume de donner une œuvre vraiment complète sur un sujet si intéressant.

                Cette dictée reçue par un secrétaire et tracée sur la première chose qui se présentait sous :
                - le calam (roseau taillé en pointe dont on se sert pour l'écriture),
                - peau,
                - pierre polie,
                - feuille de palmier,
                - os de chameau,
                - omoplate de mouton,
                Etait jetée, au hasard, dans un coffre, après avoir été exposé à la vénération des croyants,
                - soit à la porte de la Kaaba, le vieux temple abrahamique de la Mecque,
                - soit sous l'auvent de la très modeste maison dont les Médinois, rivaux politiques des orgueilleux négociants Mecquois, avaient fait don à Mahomet, après sa fuite de sa patrie, afin de fixer à tout jamais au milieu d'eux le prophète qui grandissait leur importance, leur promettait la suprématie qu'ils obtinrent, un instant, en effet.

                Lorsqu'il s'agit, après la mort du Vicaire de Dieu, de réunir ces dictées, de fixer des textes dont une partie n'avait pas même été écrit et se transmettait de mémoire en mémoire, la méthode fit défaut. Peut-être aussi que le respect empêcha les croyants de se livrer à aucun soin qui pût ressembler à une irrévérencieuse attention portée sur la parole émanée directement de Dieu.
                De nos jours encore, pas un professeur musulman ne consentirait à exposer un verset du Coran à devenir l'objet d'un examen philologique.
                Il est résulté de cette sorte d'idolâtrie que les promulgations faites à Médine sont confondues avec celles faites à la Mecque et que, dans l'intérieur de la plupart des chapitres, il existe un tel pêle-mêle d'idées de tons qu'une lecture suivie est à, peu près impossible.

                Il serait certainement très à désirer qu'il pût être complètement remédié à cette absence de classement historique, qu'on pût suivre pas à pas la marche de la prédication et qu'à côté de prescriptions formulées avec le calme et la précision qui appartiennent au style de la loi, on ne se heurtât plus à des lambeaux poétiques de proclamations lancées avant ou après une bataille, de récits bibliques ou d'hymnes religieux.
                Cela a été essayé, notamment par MM. William Muir et G. Weil, mais le succès est loin d'avoir répondu aux efforts.
                Quand des juges aussi compétents, dit M. Barthélémy Saint-Hilaire, sont aussi peu d'accord, on doit présumer que le problème est absolument insoluble, du moins dans l'état actuel des choses et il est prudent d'attendre de nouvelles lumières. "
                Ces lumières seraient probablement fournies par les nombreux et très minutieux commentaires dont le Coran a été l'objet de la part des docteurs musulmans et par la Sounnah, ensemble des divers recueils, inégalement accrédités, des plusieurs de centaines de milliers de hadits ou traditions sur les actes et les paroles du prophète jusque sur ses abstentions et silences.
                *Mais il faudrait une extrême sagacité pour démêler l'utile dans ces indigestes amas, ici, d'ergotages sur la lettre plutôt que sur l'esprit du livre saint, là, de minuties à décourager l'érudit le plus intrépide.
                Ce travail ne saurait, de longtemps, être attendu d'un musulman ; il y a des qualités dont les gens de race sémitique ont, jusqu'à présent, paru dépourvus.
                Les Arabes de Syrie, frottés :
                - aux Grecs de l'Asie Mineure et ensuite
                - aux Romains et
                - aux Visigoths d'Espagne, furent un moment, au moyen âge, à la tête de la civilisation, mais ils manquèrent toujours de l'esprit critique.
                - Ils renouèrent la chaîne de la science, brisés dans des bouleversements qui venaient de renouveler le monde politique : là se borna leur rôle, ils ne surent pas sonder les anneaux qu'ils maniaient.

                Un homme pénétré de la science de l'Occident et rompu à nos procédés d'investigation serait seul capable de se reconnaître dans un chaos qu'obscurcissent, en outre, des difficultés de langue et de forme oratoire, moindres sans doute que celles opposées par les védas hindous et les kings chinois, mais encore bien grandes.
                Heureusement une précision absolue n'est pas indispensable quand on a besoin d'observer le Coran que dans ses mouvements principaux, que dans ses résultats actuels.

                - MM. W. Muir et G. Weil, déjà cités,
                - MM. Caussin de Perceval,
                - Sprenger,
                - T. Noldeke,
                - Barthélémy Saint-Hilaire, après
                - - Savary,
                - Maracci,
                - Turpin et
                - Jean Garnier en ont mis en saillie suffisamment d'autres pour qu'on puisse se faire une idée des mobiles successifs du Prophète.
                Quant à la théodicée coranique, il serait, pour cette fois, hors de saison de la discuter.

                L'intention n'est pas d'opposer chrétiens à musulmans, mais de montrer aux uns comme aux autres qu'ils obéissent à des principes généraux identiques et que si, des deux parts, les plus éclairés consentaient à mettre en oubli tout préjugé de culte, ils se rencontreraient bien vite dans les mêmes efforts pour atteindre au même progrès social.
                Il s'acquitterait mal de cette noble tâche le penseur qui l'aborderait avec une préférence passionnée en faveur de l'une des nombreuses solutions indiquées dans l'intérêt du repos des consciences timides (pauperes spititus).
                Hélas, quoi qu'il en puisse coûter à l'orgueil humain, il ne faut pas l'oublier quand on interroge et compare les divers livres sacrés :
                Dieu ne parle à l'homme qu'à travers l'homme, celui-ci prophète ou philosophe, suivant la profondeur du sillon qu'il creuse dans les masses, est aussi impuissant à se soustraire aux influences du misérable milieu qui de partout pèse sur lui, qu'il le serait à s'exprimer dans une langue nouvelle, spéciale, que lui-même il ne comprendrait pas.

                Au surplus, quelque étrange, qu'hormis le dogme de l'unité de Dieu, soit la théodicée coranique, il y aurait, non seulement convenance philosophique pour tous, mais encore pieuse prudence pour beaucoup à ne pas l'attaquer.
                Tout inférieur que Mahomet puisse être à Moïse, dit excellemment M. Barthélémy Saint-Hilaire, la justice veut qu'on ait pour son œuvre à peu près le même respect qu'il a eu pour celle d'autrui et qu'on ne le juge pas, comme on l'a fait trop souvent, avec une dédaigneuse ironie qui fait plus de tort à ceux qui se la permettent qu'à celui contre qui elle est dirigée.
                Il y a aujourd'hui, dans trois parties du monde, plus de cent millions de musulmans et voilà douze cents ans passés que leur religion règne sur une bonne partie :
                - de l'Asie,
                - de l'Afrique et même
                - de l'Europe.

                A moins de traiter avec une légèreté aveugle cette portion considérable de l'humanité, qui cependant a à peu près les mêmes idées que nous sur Dieu et sa providence, il faut bien prendre au sérieux un fait aussi vaste et aussi durable.
                Le mahométisme n'est pas près de disparaître, et pour faciliter les rapports qu'on a nécessairement avec lui, il faut tâcher de le comprendre dans tout ce qu'il a de vrai et de bon et ne pas l'exclure, malgré ses défauts trop réels, de cette bienveillance universelle que recommande la charité chrétienne. "
                Toute autre intention qu'une intention critique ou apologique a dont présidé à la préparation comme à l'exécution de la présente analyse.

                L'Algérie a procuré à la France la bonne fortune de la mettre en position de montrer comment, au XIXe siècle, doit se comporter la conquête par les armes.
                Elle lui a rendu un autre service : elle lui a fourni un champ pour l'étude, sans danger pour son état politique intérieur et pour sa situation économique, de questions politiques et économiques, occasions de conflits redoutables partout où sont également éveillés et expérimentés les intérêts que menace un changement quelconque et ceux qui le réclament. D'un autre côté :
                - la Tunisie, la Tripolitaine, l'Égypte, la Turquie, la Perse,
                sont contraintes, par diverses causes, d'entrer dans le mouvement européen ; un contact plus direct, plus fréquent avec les nations à qui elles n'ont rien à persuader, rien à imposer, leur crée de nouveaux besoins matériels et intellectuels, d'où résulteront pour elles :
                - de nouvelles idées,
                - de nouvelles mœurs,
                - de nouvelles lois

                Il convient donc, pour juger sûrement des résistances, dites religieuses, qu'elles opposent d'avoir un instrument à l'aide duquel on puisse surprendre, dans le Coran, lui-même, les fissures par lesquelles se sont déjà introduites dans le prétendu bloc granitique de l'Islam, plus d'éléments étrangers qu'on ne le croit communément.
                Enfin il est de notre devoir de provoquer la naissance de quelque grande secte qui se pose, plus intelligemment que ses devancières, dans la voie du progrès, et de fournir à quelque nouveau Imâm, à quelque nouveau maître de la science, comme disent les Musulmans, les textes nécessaires pour pouvoir dire aux timorés : " Je ne touche pas à notre loi, je l'invoque. "

                Et qu'on ne croit pas contraire à la doctrine orthodoxe la croyance en la possibilité de la venue d'un nouvel imâm et la confiance en sa direction.
                L'un des plus grands docteurs, l'un des hommes réputés les plus saints parmi les Musulmans, le cheik El-Charany, écrivait, au Caire, dans le XVIe siècle et n'a jamais été contredit : " Mais, dira-t-on, se peut-il, maintenant, que quelqu'un arrive au rang d'un des Imâms ou pères de la loi ? La réponse est oui car Dieu est tout-puissant.
                Et puis nous ne connaissons pas dans les textes qui font autorité, ou à peu près, aucune indication probante allant à nier la possibilité de ce fait.
                Voilà ce que nous croyons "

                Telle est l'idée qui a fait entreprendre l'analyse de Coran. Le système dans lequel est effectué ce travail n'a été arrêté ni combiné du premier coup.
                Une couleur générale de prédication répandue également sur toute l'œuvre et qui en pénètre les moindres parties, rend souvent fort difficile à distinguer l'idée principale à mettre en relief.
                D'autre part et en supposant cette difficulté toujours surmontée, il y avait à trouver la forme la plus favorable pour la promptitude des recherches.
                La forme du dictionnaire avait d'abord séduit ; mais un dictionnaire n'est pas une analyse telle qu'il convenait pour le but à atteindre : la connaissance intime du Coran.
                Chacun des articles dont il se serait composé aurait été sans liaison avec ses voisins ; ce n'aurait été qu'après un nouveau et très patient triage qu'auraient pu être réunies les diverses fractions de la même matière.
                Cet inconvénient reconnu, il a paru plus sage d'adopter un classement des matières, non point par ordre alphabétique, mais par familles d'idées.

                Ainsi après ce que le Coran contient de détails précis relatifs à l'Histoire et qui sont une occasion de faire connaître dans quel milieu s'agita Mahomet, vient ce qui est spécial à Mahomet lui-même ; puis ce qui caractérise le mode de sa prédiction.
                Sa doctrine étant le résultat de doctrines professées autour de lui par les groupes plus éclairés que les Arabes idolâtres, ses compatriotes, deux chapitres distincts renfermant ce qu'il savait des Juifs et des Chrétiens.
                La très pauvre métaphysique et la théodicée souvent étrange, embarrassée qu'elle est dans le spiritualisme pur et l'anthropomorphisme, qu'il a construites sur des bases mal constituées par les ignorants qui les lui présentaient, prépare à mieux comprendre ce qu'il dit de son Coran, puis de la religion :
                - ce qu'il impose à titre de dogme,
                - ce qu'il a prescrit comme culte,
                - ce qu'il promulgue comme loi.
                Arrivé à ce point culminant, on apprécie avec plus de sûreté l'organisation sociale qu'il a réalisée, on s'étonne moins du peu qu'il a exposé fait de sciences et d'arts et de commerce, et l'on est, en même temps plus étonné de la pureté de la morale qu'il a prêchée.

                Enfin comme à tout édifice il faut un couronnement, il a semblé à propos de rassembler ce que le Coran contient de promesses et de conditions de progrès ultérieurs.
                Un ordre logique a été ensuite établi, autant que faire se pouvait dans l'intérieur de celles de ces grandes divisions qui le comportaient ; un simple classement alphabétique a été conservé.
                Mais partout a été observé un absolu respect sur la lettre du Coran, telle que nous la donne la meilleure des traductions françaises, celle de M. Kasimiraki, qu'en rétablissant chapitres et versets dans leur ordre numérique, soigneusement indiqué, on reconstruirait en entier l'original.
                Il a paru prudent de ne pas s'aventurer, même à la suite des acteurs les plus accrédités, dans le domaine des inductions, des interprétations, pour rapprocher l'esprit du XIXe siècle une œuvre du VIIe.
                Il est déjà arrivé un peu au Coran ce qu'il est arrivé à tout livre Où l'on avait cru enfermer la raison humaine :
                - Le temps marche,
                - les faits se succèdent,
                - les notions se multiplient.
                - la lettre devient : étroite incomplète contradictoire.

                Les plus pieux d'entre les fidèles, désireux qu'elle suffise constamment, la tordent, en font sortir ce qui leur paraît nécessaire pour élever la poésie du prophète à la hauteur de la sévère prose de la réalité.
                Des notes, simples citations, pour la plupart, des autorités les moins contestables :
                - éclairent les passages obscurs,
                - complètent la pensée islamique,
                - montrent par quels points elle se rapproche ou s'éloigne de la pensée évangélique, par quels autres il est possible de la diriger vers la pensée chrétienne telle que l'a développée le progrès de la philosophie dans l'Occident civilisé.

                La sobriété était de devoir rigoureux afin de ne pas faire d'un livre l'exposition d'un modeste instrument de recherches, un ouvrage de controverse religieuse : il faut donc s'attendre à ne trouver dans ces notes les questions dont il appartiendra ensuite à une érudition spéciale de découvrir et de disposer tous les points et, en même temps, de discuter les solutions.
                Plus tard dans la partie purement coranique, aurait produit un travail plus agréable pour le lecteur.
                Il serait facile de composer des pièces de haute éloquence sur :
                - la charité, la tolérance, la piété,
                - sur infinité de points de morale en disposant d'une certaine façon ce que Mahomet en a dit à différents moments de sa prédication .

                Les récits qu'il fait à plusieurs reprises, et chaque fois avec des détails nouveaux, des actes des principaux personnages bibliques pourraient :
                - condensés, élagués, charpentés autrement,
                - produire de plus saisissants effets sur les esprits curieux surtout d'effets.
                Un poète trouverait des chants magnifiques en agençant ce qui est semé dans de nombreux hymnes à Dieu, dans de nombreuses peintures du jugement dernier, de l'Enfer et du Paradis.
                Mais ce ne serait plus le Coran tel qu'il convient de le consulter pour en connaître le sens intime et la portée véritable.
                On n'aurait plus aucune idée de ce que fût le prophète se frayant une voie à travers les opinions et les mœurs de ses compatriotes pour atteindre à ce qu'il pensait être la vérité, procédant à coup de légendes taillées à la mesure des imaginations qu'il s'agissait d'émouvoir et faisant jaillir de la tempête :
                - de ses menaces,
                - de ses encouragements,
                - de ses objurgations et
                - de ses flatteries de ses si fulgurantes clartés qu'aucune prédication, pas même les psaumes, pas même les hardiesses du premier Isaïe (prophète de l'Ancien Testament), ne porte su fougueuse empreinte du double caractère d'œuvre humaine, quant à l'heure où elle fut lancée, d'œuvre inspirée, quant à ses élans vers un meilleur ordre social.
Revue africaine N° 67 Janvier 1868
Jules La Beaume.


La franc-maçonnerie en Algérie…
Utopie inopérante ?
Envoi de M. Christian Graille

               On trouve dans les archives françaises deux francs-maçons algériens :
                En 1785/86 pour l'un Mohamed Techeliby et 1787 pour l'autre Abraham Baker ayant séjourné à Paris.
                On trouve également les noms de quatre francs-maçons musulmans dans les procès-verbaux du Grand Orient de France (GODF) toutes chambres réunies, le 27 décembre 1787 :
                - Mouhamed Bel Aly,
                - Solima Tagan,
                - Ibrahim Algerino,
                - Studge Had Dahi.
                Reste cependant que c'est l'armée française qui a implanté solidement la maçonnerie en Algérie, dès le début de l'expédition d'Alger.

               
                1830 : la franc-maçonnerie arrive en Algérie dans les bagages de l'armée.
                Dans l'armée qui débarque à Sidi Ferruch le 14 juin 1830, on ne compte aucune loge puisque la Restauration leur avait donné un coup d'arrêt, notamment dans l'armée.
                Les officiers ayant appartenu à la franc-maçonnerie sont assez nombreux et nous les retrouvons bientôt dans les premières loges créées à :
                - Alger, Bône, Oran.
                La tradition raconte que les officiers francs-maçons auraient tenu une première réunion dès le 15 juin 1830, prenant ainsi " possession de la terre barbaresque au nom de la civilisation, de la tolérance et du progrès ".

                C'est seulement à la fin de 1831 que s'installe sur le sol algérien la première loge constituée, celle de Cirnus, dont le nom même évoque la prépondérance marquée de l'élément corse.

                La loge est solennellement installée le 22 mai 1833.
                A Bône la prédominance de l'élément militaire s'y affirme comme à Alger et la première loge prend le nom d'Ismaël, installée le 23 juin 1833.
                A Oran l'implantation de la maçonnerie est plus tardive.
                C'est à la fin de 1834 que les frères du Grand Orient se manifestent et demandent la constitution de " la Loge Française de l'Union Africaine " qui sera installée le 24 juin 1836. Le maréchal Bugeaud n'est pas dans la liste mais il est bien " membre de la grande famille ".

                On peut lire dans un compte-rendu de la loge Bélisaire, en date du 4 juillet 1849 :
                " Il est tiré une batterie de deuil pour le frère Bugeaud, ex gouverneur général, membre honoraire de la loge d'Oran ". Du côté des civils :
                - les propriétaires,
                - les négociants,
                - les entrepreneurs et les membres des professions libérales tiennent une grande place dans les loges.

                Les premières années (1830-1849)
                Au début, cérémonies, fêtes et banquets tiennent une grande place dans l'activité des loges, mais la partie la plus positive de l'activité maçonnique, reste, sans conteste les manifestations d'entraide et les efforts déployés pour instruire les frères. Aux bals et fêtes de bienfaisance des loges accourt toute la bonne société des villes d'Algérie.
                L'activité intellectuelle des loges est très développée et concerne tous les domaines :
                - Philosophie, littérature, géologie, chimie, astronomie, histoire.

                En résumé la franc-maçonnerie peut alors être considérée sous trois jours principaux :
                - comme association de bienfaisance et de charité,
                - comme école d'instruction et de philosophie,
                - comme religion et comme culte.
                Sous la seconde République et au début du second Empire commence à souffler le vent du libéralisme politique.

                Pour la première fois, l'Institution par la voix de Grand Orient va prendre position politiquement en exprimant ouvertement sa sympathie au nouveau gouvernement républicain issu de la révolution de 1848.
                Plusieurs francs-maçons seront élus maires ou conseillers municipaux aux élections de 1848.

                Dès le milieu du second Empire commence à souffler le vent de l'anticléricalisme.
                Deux dates marquent cette évolution : 1861 et l'affaire Magnan.
                Le grand maître de l'Ordre est alors le prince Murat, un proche du pouvoir. A la suite de sa prise de position au sénat en faveur de " l'amendement des cardinaux " de nombreux " frères " trouvent intolérables que le Grand Maître de l'Ordre s'institue champion du catholicisme et réclament son départ.
                La succession s'avère difficile ce qui oblige Napoléon III à intervenir souverainement en nommant lui-même et pour trois ans le maréchal Magnan alors qu'il n'était pas maçon.
                On lui confère dès le lendemain les plus hauts grades maçonniques correspondant à sa charge.
                Il est finalement accepté par ses nouveaux frères qui l'élisent dans les règles quelques mois plus tard. Mais le vent de l'anticléricalisme vient de se lever.
                Le 25 septembre 1865, dans un consistoire secret, le pape Pie IX condamne de nouveau la franc-maçonnerie et, cette fois-ci, ses attaques contre les prêtres se multiplient.
                Parallèlement progresse dans l'esprit des loges l'esprit laïque et l'athéisme si bien que 5 ans plus tard, le Grand Orient demandera lors de son assemblée générale du 11 juin 1870 " l'instruction gratuite, obligatoire et laïque.

                Le tournant de la troisième République éloigne définitivement les musulmans de la franc-maçonnerie, à de rares exceptions près.
                Deux raisons majeures caractérisent ce tournant : L'anticléricalisme croissant ainsi que les concepts de laïcité et d'athéisme amène l'institution maçonnique à abandonner la référence au Grand Architecte de l'Univers, à renoncer à la notion d'immortalité de l'âme et à prôner la laïcité.
                Le décret Crémieux du 24 octobre 1870 qui accorde la citoyenneté française aux 37.000 Juifs d'Algérie a pour effet d'accentuer leur participation dans la vie politique et sociale.
                Crémieux avait été initié franc-maçon au Grand Orient de France en 1818 et avait créé l'Alliance Israélite Universelle destinée à favoriser " l'évolution des communautés juives et l'émancipation de leurs membres. "
                En rejetant l'immortalité de l'âme et le Grand Architecte de l'Univers pour se mettre sous l'égide de la seule Raison, la franc-maçonnerie se condamnait à recruter essentiellement parmi les agnostiques et les athées, très peu nombreux en pays d'Islam .

                Le cas de l'Émir Abd-El-Kader franc-maçon
                Bien qu'il ait été initié en 1864, en dehors de l'Algérie, l'importance de ce personnage impose dans ce chapitre le retour de l'histoire de son initiation.
                Abd-El-Kader vivait à Damas près de la tombe de son maître Ibn Arabi lorsque éclatèrent les émeutes sanglantes qui opposèrent en 1860 les Druzes et les Maronites.
                Douze mille chrétiens de Damas durent la vie sauve à Abd-El-Kader et aux Algériens de sa suite qui les prirent sous leur protection dans leur palais.

                Le 20 septembre 1860 les membres de la loge " Henri IV à Paris " (Grand Orient de France) suggérèrent de manifester leur reconnaissance à l'Émir pour " ses actes éminemment maçonniques ", et lui offrirent son affiliation à leur atelier. C'est au nom d'une vision de l'islam ouverte et tolérante, bienveillante envers tous les êtres humains, que l'Émir accepta d'être initié franc-maçon en 1864 par la loge " les Pyramides d'Égypte " d'Alexandrie.
                Il fut reconnu membre actif de cette loge le 18 juin 1864 et se vit conférer les trois grades dans la même soirée :
                - Apprenti,
                - Compagnon,
                - Maître, pour le compte de la loge Henri IV du Grand Orient de France.

                Lors d'un voyage à Paris en 1865, Abd-El-Kader fut reçu dans sa loge Henri IV le 30 août et les grades décernés à Alexandrie furent confirmés par un diplôme de consécration.
                Plus tard, quatre de ses sept fils furent également initiés francs-maçons.
                A ce propos, Bruno Etienne fait remarquer : " On ne peut imaginer qu'ils aient fait cette expérience sans l'accord de leur père ! "

                De 1870 à 1914 la question de la laïcité imprègne tous les sujets abordés par les loges dont la question de l'enseignement .
                De 1870 à 1914, le nombre de francs-maçons en Algérie se maintient autour de 600. Durant cette période les congrès maçonniques abordent quelques grands sujets de société, mais sans grands résultats politiques semble-t-il malgré la forte représentation des francs-maçons parmi les élus :
                - 8 députés sur 15 élus dans le département d'Alger durant cette période,
                - 6 sur 9 dans le département de Constantine,
                - 6 sur 11 dans le département d'Oran.

                En 1901, le préambule des travaux du congrès de Tunis annonce la couleur : " la lutte est aujourd'hui engagée entre le cléricalisme et la franc-maçonnerie. "
                Il s'agit de défendre les idées de la Révolution contre celles de l'obscurantisme et de la réaction.
                Cela doit passer par l'établissement du monopole de l'enseignement par l'État, afin de garantir la neutralité de l'enseignement (et donc par l'abrogation de la loi Falloux).
                Au congrès maçonnique de Bizerte en 1905, la séparation de l'Église et de l'État est jugée encore plus urgente en Afrique du Nord que partout ailleurs " en raison de l'intensité du fanatisme religieux exacerbé par le contact de plusieurs religions différentes et hostiles. "

                Ce débat pose aussi la question des madrasas.
                De 1905 à 1913, les francs-maçons demandent :
                - la création d'écoles laïques dans les douars,
                - la suppression des madrasas,
                - la création et le développement des écoles primaires pour les garçons mais aussi pour les filles musulmanes.
                Lors du congrès maçonnique de Bizerte, le " martyr " de la femme dans la société musulmane est dénoncée et jugé profondément inacceptable par les francs-maçons. Ils demandent qu'un décret intervienne pour abolir la polygamie comme on avait aboli l'esclavage.

                Entre 1920 et 1940 le thème de l'indispensable " rapprochement franco-indigène " s'impose dans les loges, mais n'est-ce pas déjà trop tard ?
                De 1914 à 1918 les travaux des loges ont été suspendus. Ils ont repris seulement en 1919-1920.

                A la reprise du travail des loges, le problème de fond est celui des inégalités sociales et politiques en Algérie.
                Tous les congrès de l'entre-deux-guerres sont dominés par la question de l'indispensable " rapprochement franco-indigène ".
                Le congrès maçonnique de Tunis de 1924 définit ainsi l'objectif " : Essayer d'amener une entente sincère et durable entre un peuple dominé et un peuple dominateur. "
                Mais les travaux qui se développent alors considèrent comme indésirable toute forme d'indépendance.

                Du côté des loges, la notion de " rapprochement " est plus que jamais à l'ordre du jour avec comme objectif de n'avoir en Algérie que des citoyens français.
                Mais " l'association des oulémas ", aile arabo-islamique du courant nationaliste, créé en 1931, rejette tout projet assimilationniste.
                Le Front populaire conçoit alors le projet " Blum-Violette " destiné à permettre l'accession à la nationalité française à plus de 20.000 Algériens.
                Ce projet est combattu aussi bien par les milieux coloniaux que par Messali Hadj, hostile à l'assimilation.
                A la veille de la seconde guerre mondiale force est de constater que la plupart des solutions préconisées par les francs-maçons d'Algérie depuis le début du siècle étaient restés lettre morte et que deux sociétés, en perpétuel contact, cohabitaient sans se pénétrer.

                De 1940 à la disparition des loges d'Algérie
                La loi du 13 août 1940 prononça la dissolution des sociétés secrètes.
                Sont concernés notamment le Grand Orient de France et la grande loge de France, dont les biens furent saisis ainsi que les archives.
                Une ordonnance du Comité français de Libération nationale, daté d'Alger, le 15 décembre 1943, vient annuler la loi de 1940.
                L'ordonnance du 31 mars 1945 rétablit la légalité républicaine et rend exécutoire en métropole l'ordonnance d'Alger.
                A partir de 1945, la franc-maçonnerie a du mal à se reconstruire et à recruter :
                - d'une part, à cause de la campagne antimaçonnique menée par Vichy et
                - d'autre part du fait de la méconnaissance des faits de résistance, récupérés par les partis politiques pendant l'occupation.

                Malgré la loi du 20 septembre 1947, portant statut organique de l'Algérie, la situation se dégrade rapidement dans le pays.
                La création de l'Assemblée algérienne, avec ses deux collèges de 60 représentants chacune n'apporte guère d'apaisement.
                Pourtant la loi :
                - accorde également le droit de vote aux femmes musulmanes,
                - prévoit l'enseignement de l'arabe,
                - l'indépendance du culte musulman.
                - Les loges les plus libérales accueillent très favorablement cette loi, tout en estimant qu'il aurait fallu aller plus loin.
                Lors du congrès maçonnique de Tlemcen en 1952, les loges se montrent opposées à toute idée d'indépendance préférant la notion " d'interdépendance ".

                En 1955, le congrès des loges d'Afrique du Nord estime que des négociations devraient avoir lieu avec les élus, issus de nouvelles élections à provoquer, dans le but d'assurer " l'intégration de l'Algérie dans la communauté française avec toutes les conséquences politiques, sociales, économiques que cela entraînerait. "
                Dix loges d'Algérie sont présentes au convent du Grand Orient de France (GODF) de 1956.
                L'analyse du terrorisme qu'ils proposent alors met en lumière des causes intérieures d'ordre :
                - religieux,
                - économique,
                - social et
                - des causes extérieures à rechercher dans la politique :
                - des USA,
                - de l'Angleterre et
                - de l'URSS.

                En conclusion, le convent de 1956 préconise de s'orienter vers " une fédération des peuples nord africains et du peuple de France. "
                En septembre 1959, les francs-maçons d'Algérie considèrent que seule une solution politique est à trouver dans la discussion entre " le gouvernement français et les représentants réellement valables des éléments de la population algérienne comprenant toutes les tendances d'opinion sans aucune exclusive. "
                A partir de 1960-1961, on peut dire que l'on assiste à la disparition progressive des loges, précipitée ensuite par quelques actions spectaculaires de l'OAS (plasticage de " Bélisaire " à Alger ou celui de la bibliothèque pédagogique d'Oran, fondée en 1924 par des francs-maçons ou encore l'assassinat de Max Marchand inspecteur d'académie franc-maçon avec 5 autres inspecteurs le 15 mars 1962 à El Biar.)
                Après l'indépendance la maçonnerie d'Oran semble de nouveau fonctionner en 1963 ainsi que celle de Tlemcen qui cessera toute activité le 18 avril 1964.

                Au convent de 1964 n'étaient plus présentes que cinq loges.
                A celui de 1973 ne figurent plus que " Bélisaire " et " Hippone ".
                Cette dernière se mit officiellement en sommeil le 31 décembre 1971 et Bélisaire fut transférée en France où elle existe toujours.
                Au 31 décembre 1974 la maçonnerie avait totalement quitté la terre algérienne après 143 ans d'existence.

Jean-Pierre Simon.

La littérature algérienne
Envoi de M. Christian Graille

                  Parmi les nombreuses questions que le centenaire de l'Algérie nous invite à poser, il y a celle-ci, qui est évidement un peu prématurée et qui ne peut recevoir une réponse bien nette.
                  Sur cette terre nouvelle où les Français se sont implantés, apportant leurs habitudes :
                  - propres de vie, de travail, de plaisir, leurs curiosités
                  - est-il né une littérature algérienne ?
                  Ou bien, si cent ans apparaissent, dans l'histoire des idées, un trop petit espace, y a-t-il des indices que cette littérature soit en train de naître, doive naître un jour prochain ?
                  On songe au Canada, à la floraison des poètes belges de langue française à la fin du XIXe siècle… On voit plus loin.
                  A l'origine de toutes les littératures modernes, il y a toujours un ou plusieurs faits :
                  - d'importation linguistique ou littéraire,
                  - de colonisation intellectuelle…

                  Si jamais l'expérience a été poursuivie dans des conditions favorables au succès, c'est bien dans cette Afrique du Nord où l'on a vu, d'un élan qui a dépassé les plus beaux rêves de conquête :
                  - naître, grandir et
                  - s'affirmer en peu d'année, pour la seconde fois dans notre histoire, une nouvelle France.
                  Deux livres parus, il y a quelques années ont offert une sorte d'inventaire intellectuel de notre conquête : ils proposent à notre méditation une matière abondante. Ce sont les deux thèses de Doctorat de M. Ch. Tailliart, aujourd'hui Recteur de l'Académie d'Alger.

                  Ce sont deux gros livres (676 et 456 pages) et pour les faire si gros il a fallu que l'auteur élargît singulièrement le sens du mot littérature : sauf les publications strictement techniques :
                  - du commerce,
                  - de la science et
                  - de l'industrie
                  Il a fait une revue presque complète des livres français écrits sur les choses de l'Algérie :
                  - Archéologie,
                  - histoire,
                  - géographie,
                  - économie politique et sociale,
                  - problème de la colonisation,
                  - politique indigène etc.

                  Les chapitres consacrés à la littérature, à ce qu'on est convenu d'appeler la littérature, apparaissent des rayons bien minces dans cette vaste librairie africaine.
                  Après tout cela vaut mieux ainsi, même pour notre dessein d'aujourd'hui.
                  Pour définir, pour déchiffrer des échanges il faut des statistiques de douane. Le premier fait, massif, que l'examen de cette statistique bibliographique fait apparaître est celui-ci : une énorme disproportion entre les importations et les exportations.
                  L'Algérie reçoit tout. Elle apparaît comme une sorte de port franc où l'on élaborerait les matières premières arrivées de France, de Paris. Souvent même il n'y a pas eu de transformation du tout.
                  Les touristes de passage ou les auteurs immigrés plus ou moins temporairement n'ont rien oublié de leurs attitudes d'esprit parisiennes ; il est rare qu'ils aient beaucoup appris sur le pays où il avait :
                  - si peu d'attaches,
                  - si peu de facilité de voir,
                  - si peu de possibilité de comprendre.

                  Leur public principal a d'ailleurs toujours été à Paris. Où a-t-on imprimé où a-t-on lu les impressions algérienne de Fromentin, celles d'André Gide ?
                  La première réponse de l'histoire littéraire ou plutôt de la bibliographie qui la permet est donc fort tendancieuse.
                  Il y a des livres sur l'Algérie, assez nombreux, dont l'ensemble peut constituer une " littérature algérienne ", mais son centre est à Paris.
*
* *

                  Il n'y a aucun inconvénient à rayer de notre inventaire les œuvres poétiques et théâtrales publiées au XIXe siècle, encore qu'on ait reconnu une primauté au moins théorique à la Poésie et au Théâtre.
                  L'Algérie et sa conquête ont été la matière de bien des vers français : Mais combien de ces vers, une anthologie, même indulgente, pourrait-elle sauver aujourd'hui ! La composition en vers français sur des sujets d'actualité était alors une habitude scolaire : et ces habitudes se prolongent souvent assez tard après la sortie de l'école. Il y avait aussi les concours académiques. Ne comptons pas :
                  - les juges de paix, les avocats, les médecins ou
                  - les régents de collège, amenés pour un temps en Algérie par leur carrière, qui ont consciencieusement ouvré et imprimé à leurs frais,
                  - des hymnes, des dialogues, des épîtres, des satires !

                  Seuls quelques mots du cru, quelques allusions à la vie de la colonie peuvent nous avertir que ces vers ne sont pas l'œuvre d'un bon élève du lycée Louis-le-Grand ou du collège de Saint-Omer.
                  Les grands poètes ont ignoré l'Algérie. Il y a un mince volume qui est charmant :
                  Les petites orientales de Jules Lemaître ; mais l'auteur ne s'est jamais imaginé qu'il fût autre chose qu'un honorable ouvrier du vers.
                  Quant à la production théâtrale, elle est absolument insignifiante.
                  Il faut pour remplir cette colonne de la statistique, énumérer :
                  - des à propos,
                  - des comédies bouffes,
                  - des mélodrames,
                  - des pantomimes,
                  - des parades de cirque…

                  Ou bien il faudrait se borner à faire le compte des officiers d'Afrique qui paraissent, avec ou sans leur burnous dans un certain nombre de vaudevilles ou de comédies pour mettre aux yeux un mauvais sujet repenti et glorifié, ou bien un bourru généreux que l'on invite à dénouer au profit de la jeune première quelque laide intrigue ourdie par de méchants civils parisiens
                  Sous la rubrique roman on pourrait inscrire, parmi bien des fadaises de littérature enfantine ou populaire, uniquement industrielle, quelques titres d'œuvres qui s'élèvent un peu au-dessus du commun.
                  Mais ce chapitre de l'inventaire n'augmenterait pas beaucoup l'actif de la littérature algérienne au XIXe siècle.
                  Les seuls œuvres qui comptent sont des livres de tourisme.
                  On pouvait s'y attendre, mais il ne faut pas croire que le tourisme littéraire soit chose ancienne ou produit spontané. N'est pas touriste littéraire qui veut, et longtemps les écrivains français ne surent pas l'être.
                  L'art classique ne permit point qu'on utilisât à des fins littéraires les pays barbaresques.

                  La scène de la jolie provençale de Regnard est à Alger ; elle pourrait être où il vous plaira. Plusieurs voyageurs nous ont laissé des récits attachants de leur séjour dans la Régence d'Alger : on y chercherait vainement de l'exotisme ou même de la littérature.
                  On ne voyait pas alors les grandes différences de paysages et de mœurs qui, depuis ont enchanté ; surtout on n'avait pas cette curiosité frémissante du nouveau, cette admiration inconsciente des mœurs primitives ou sociétés qui sont à l'origine des goûts exotiques. Régnard se contente de noter, sans plus, qu'Alger est bâti en amphithéâtre au bord de la mer et que ses maisons forment une vue très agréable.
                  Chateaubriand dédaigne d'y descendre :
                  " Alger, dit-il, est bâti dans une position charmante, sur une côte qui rappelle la belle colline de Pausilippe. "
                  A Tunis il se hâte " avant de commencer de parler de Carthage qui est ici le seul objet intéressant, il faut commencer par se débarrasser de Tunis. "
                  Les stylisations nouvelles qu'il avait imaginées pour les forêts du nouveau monde ou les infinis de l'Atlantique n'étaient point de mise ici ; l'âme de René put rester sans trouble devant deux des plus beaux paysage de notre Afrique.
*
* *

                  La conquête de l'Algérie est contemporaine de l'expansion du romantisme en France. Rien d'étonnant qu'on l'ai vu, dès qu'on s'intéresse à elle, à travers les écrans familiers du romantisme.
                  Ce sont ces nouvelles dispositions émotionnelles, ces procédés neufs de style qui permirent que l'Algérie prit place dans la galerie des paysages littéraires.
                  Principaux aspects ; Tout au début :
                  - le romantisme militaire des officiers que hantaient les souvenirs de l'expédition d'Egypte,
                  - le romantisme catholique des convertisseurs et des missionnaires qui croyaient à un recommencement des croisades,
                  - le romantisme épique, le goût si fort pour les civilisations primitives,
                  - le romantisme historique,
                  - la volonté de retrouver en Algérie le paysage biblique ou la civilisation féodale,
                  - le romantisme des peintres qui partaient bagage au dos pour le tour de Méditerranée après le tour de France devenu banal ; ils avaient trop fait provision de bleu, d'ocre et de rouge pour ne pas en user ;
                  - le romantisme des écrivains de " l'art pour l'art " qui voulaient travailler avec le dictionnaire comme leurs amis les rapins avec les pinceaux ;
                  - le romantisme sentimental et philosophique de l'exilé…
                  Toutes les formes de romantisme qu'on voudra imaginer.

                  Il y eut quelques tâtonnements au début, mais les poncifs furent vite créés.
                  Chaque voyageur emporta de France avec lui son Algérie toute faite : comme ils passèrent très vite, presque tous, ils n'eurent que très peu à la retoucher. Il faudrait, si l'on ne se contentait pas comme ici d'une vue panoramique, présenter d'abord les mémoires des officiers de la conquête ; puis montrer la vision que donne de l'Algérie les livres de l'un d'eux, le Général Daumas :
                  (le Sahara algérien 1845, la grande Kabylie 1847, le grand désert 1849, les chevaux du Sahara 1851, mœurs et coutumes de l'Algérie 1853, la vie arabe et la société musulmane 1869.)
                  - La noblesse et la simplicité des mœurs au désert,
                  - l'amitié fraternelle du beau cavalier et de son cheval,
                  - l'hospitalité fastueuse,
                  - les belles fantasias,
                  - les luttes chevaleresques,
                  - les prouesses des combats singuliers,
                  - les rudes chants des bardes indigènes…

                  Il faudrait joindre à ces livres les récits des grandes chasses :
                  - celles de Gérard (le tueur de lions 1847),
                  - celles de Bombonnel (Bombonnel le tueur de panthères 1860).
                  On arriverait ainsi à figurer la première vision de l'Algérie qui s'imposa au milieu de XIXe siècle, brillante et somptueuse et qui dégénéra vite jusqu'à la chromolithographie (impression lithographique en couleur, jusqu'au sujet de pendule.)

                  On ne connaissait alors l'Algérie que si l'on suivait les chevauchées des officiers qui rejoignaient leurs corps ou qui parcouraient le territoire militaire.
                  Les peintres ou les littérateurs qu'ils joignaient quelquefois à leur cortège, s'employèrent tout naturellement à illustrer cette épopée de la conquête qu'on leur avait fait un moment frôler.
                  On n'imaginait guère d'autre but à leur visite et à leur curiosité. Ils arrivaient d'ailleurs tout disposés à tout admirer :
                  - Toujours en compagnie des officiers des bureaux arabes,
                  - reçus princièrement par des cheiks splendides
                  - qui mettaient sous leurs pieds des tapis épais, sous leurs têtes des oreillers en soie d'or, en satin rouge ou vert
                  - qui les escortaient au galop de leur chevaux.
                  Comment ne se serait-on pas obstiner dans cette manière de voir ?
                  - Elle s'imposait à tous les touristes accrédités auprès des maîtres de l'heure.

                  Impossible, dès qu'on quittait l'immédiate banlieue des grandes villes de voir autrement l'Algérie :
                  Une Algérie toute aristocratique et militaire, où, avec d'immenses perspectives incultes comme fond, se groupaient des cortèges de chefs arabes et d'officiers de France, soucieux les uns et les autres de leurs costumes.
                  On tenait à distance la canaille indigène et il n'y avait point de colons !

                  Autre prestige.
                  Daudet n'était pas encore venu pour railler les mauresques trop délurées, expertes à attirer derrière elles l'Européen qui vient de débarquer, les yeux pleins d'un rêve des mille et une nuits
                  Et Fromentin parlera fort révérencieusement de la belle Haouâ et de son amie Aïchouna, comme de princesses de harem, qu'il aurait désenchantées ; et pourtant elles lui furent faciles ; elles avaient " montré leurs joues ", elles sont cousines de Baïa qui, bientôt, devant Tartarin consterné, vêtue d'une chemisette de gaze argentée et d'un grand pantalon rose tendre, chantera Marco la belle avec une casquette d'officier de marine sur la tête.
                  Il nous est difficile, aujourd'hui que ce charme est rompu, de maintenir autour d'elles l'auréole de poésie et d'ingénuité que colorent les premiers littérateurs reçus dans leurs bonnes grâces.
*
* *

                  Il arriva qu'un de ces voyageurs était un peintre de talent extrêmement cultivé, fort sensible à la plupart des exaltations romantiques.
                  Peintre et écrivain tout à la fois il sut réaliser une des plus belles réussites du romantisme de l'art pour l'art.
                  Un été dans le Sahara et une année dans le Sahel sont peut-être bien aujourd'hui encore, malgré leur léger vieillissement, la plus belle pièce du petit trésor de la littérature algérienne.
                  Ces livres furent écrits dans un temps où triomphait le goût des œuvres pittoresques et descriptives.

                  Avec plus de discrétion, plus de science que Théophile Gautier, Fromentin a tenté, comme lui, l'impossible gageure de donner, avec des mots, une image des horizons et des spectacles, aussi dessinée, aussi colorée que celle des tableaux qui fixerait une fois pour toute la réalité vivante et la restituerait inchangée, cinquante ou cent ans après.
                  Il n'a évidemment fixé qu'une façon de voir l'Algérie qui était celle de son temps, celle d'une école.
                  Ce voyage s'exclamait avec enthousiasme le bon maître Théophile Gautier est une transposition d'art complète ; au lieu de noircir sa plume d'encre, M. Fromentin trempe un pinceau dans les godets d'une boite d'aquarelles et lave des phrases que la typographie peut reproduire avec une idéale pureté de ton.

                  Nous sommes plus sceptiques aujourd'hui après tant de beaux efforts, sur la possibilité de ces transpositions d'art complètes.
                  Et peut-être parfois, les jugeons-nous un peu simples d'intention ; nous n'estimons plus qu'il faille toujours regarder :
                  - un horizon comme un fond de tableau,
                  - une succession ordonnée de plans,
                  - un homme comme un modèle plus ou moins drapé et
                  - l'Arabe comme le plus parfait des modèles car il évoque, dans un esprit préparé, des suggestions bibliques.

                  Fromentin a surtout apporté en Algérie les curiosités d'un peintre qui voyage, qui remplit d'esquisses son album ; sa conception de l'humanité est limitée par des préoccupations d'atelier, gênée par les possibilités d'expression de la peinture.
                  - Il a voulu voir l'Algérie " sans les Français ".
                  - Il a cherché à conférer à sa vision " la splendeur inanimée du passé ",
                  - il a retranché avec pudeur de ses tableaux les bizarreries, les laideurs, les contrastes qui signalent l'effort conquérant de l'Européen sur une terre hostile.
                  Rien ne se démode plus vite que ces visions de rêve. Où sont :
                  - l'Italie de Musset,
                  - l'Orient des romantiques,
                  - les Turcs de Victor Hugo,
                  - l'Espagne de Théophile Gautier,
                  - l'Inde de Leconte de Lisle ? …

                  Il n'empêche que Fromentin soit le premier écrivain français qui ait regardé avec amour les paysages du Sahel et du Sahara, qui ait compris leur beauté ou su propager leur prestige.
                  - El Kantara, Boghari,
                  - le Rocher de Sel,
                  - Laghouat,
                  Qui peut arriver à ces étapes sans se ressouvenir de Fromentin ou le relire ?
                  Les plus incurieux ou les plus ignorants des touristes apprendraient son nom rien qu'en ouvrant leur guide bleu dans sa plus récente édition ; c'est à Fromentin que le petit livre emprunte les linéaments (ébauche partielle) traditionnels du paysage, autour desquels viennent se concréter les sensations des voyageurs pressés de voir et de se souvenir. D'autres, dans le même temps, ont vu l'Algérie comme lui et ont essayé de la décrire :
                  - Théophile Gautier (loin de Paris 1865. Voyage de 1845)
                  - Flaubert, (notes de voyages. Paris 1910 tome II. Voyage à Carthage)
                  - les Goncourt qui ont laissé de pittoresques notes de voyage. Pages retrouvées 1886, Alger. (Voyage de 1849)
                  - Ernest Feydeau qui a écrit un joli volume sur Alger. Alger 1862 (Voyage de 1860) ; le secret du bonheur 1964, Souma 1877. L'œuvre Feydeau dans revue africaine 1909.) Mais ils ne firent que passer ; Fromentin seul s'arrêta de longs mois, il revint à plusieurs reprises. Il créa l'Algérie de la littérature.
*
* *

                  Nous voici conduits jusqu'aux environs de 1870. Il y a maintenant des poncifs :
                  - l'Algérie militaire,
                  - l'Algérie des mœurs chevaleresques,
                  - l'Algérie des grandes chasses,
                  - l'Algérie galante,
                  - l'Algérie des mille et une nuits….
                  Ces poncifs appelaient la satire.
                  Alphonse Daudet la donna avec son Tartarin de Tarascon.
                  Il jette par terre, sans méchanceté, tous ces prestiges récents auxquels il avait été lui-même fort sensible pour commencer ; et sa raillerie très boulevardière fit paraître une Algérie :
                  - où les lions ne se promenaient, qu'aveugles, enchaînés, une sébile d'aumônes aux dents,
                  - où les muezzins n'étaient que de douteux sacristains,
                  - où les militaires buvaient de l'absinthe et maniaient la trique,
                  - où les chefs arabes mendiaient les décorations des Roumis,
                  - où les dames du harem n'étaient plus que des femmes de café-concert, à l'occasion de vulgaires entôleuses, et
                  - où tout le décor se pouvait facilement acquérir pour quelques pièces de cinq francs dans les boutiques de la rue de Rivoli.

                  Tartarin de Tarascon est comme la belle Hélène de l'Algérie romantique. Les littératures populaires et enfantines conserveront longtemps encore les thèmes de l'Algérie romanesque et sentimentale, mais les nouvelles écoles littéraires en feront fi. Bientôt les voyageurs apporteront une Algérie nouvelle, plusieurs Algéries nouvelles.
                  Les réalistes et les naturalistes voyagèrent assez peu ; ils bornaient leur horizon :
                  - au Paris contemporain,
                  - à la province française,
                  - aux mœurs de la bourgeoisie et du peuple.

                  L'un d'entre eux, pourtant, Maupassant, vint en Algérie à plusieurs reprises ;
                  il a laissé un récit de voyage, au soleil qui est du journalisme assez médiocre ; des impressions inquiètes et agitées (sur l'eau, la vie errante) et quelles nouvelles rudes et savoureuses : (au soleil 1884, Yvette 1884, sur l'eau 1888, la main gauche 1889, la vie errante 1890).
                  Ses femmes arabes ou espagnoles, simples et sensuelles, sont sœurs des filles de ferme normandes ; le paysage si différent de celui de la Normandie est traité avec une technique pareille, vigoureux, fortement contrasté.
                  Serait-il inexact de rattacher à l'école naturaliste et à l'influence de Zola l'œuvre algérienne de Louis Bertrand, (le sang des races 1899, la Cina 1901, Pépète le bien aimé 1904, la concession de madame Petitgand 1912,) si documentaire, si appliquée, parfois si évocatrice des réalités algériennes ?
                  - Tableaux de genre,
                  - grandes fresques,
                  - récits humoristiques,

                  Louis Bertrand a voulu faire paraître l'image de la plèbe méditerranéenne, héritière des énergies latines qui a permis la mise en valeur de l'Algérie ; décrire l'épopée d'une race nouvelle, rude et forte qui défriche et plante et pousse sa mainmise jusqu'au désert.
                  On oublie difficilement, quand on a lu le sang des races :
                  - la montée vers Laghouat des robustes rouliers,
                  - leur âpre lutte contre les dangers et
                  - les hasards de la route,
                  - leurs violentes passions,
                  - leurs joies bruyantes.
                  Pépète le bien aimé a fixé la silhouette de ces amusantes fripouilles qu'offrent au touriste sans préjugés tous les grands ports de la Méditerranée, mais qui ont eu un temps, en Algérie, une saveur particulière.

                  Tout un paquet d'autres livres, entre 1880 et 1900 et un peu au-delà nous avertissent que le naturalisme cesse vite de plaire à beaucoup.
                  Et l'on pourrait recenser d'Alger les manières de voir qui furent à la mode :
                  - l'ironie bien courte d'un Jules Lemaître (petites orientales 1883) ,
                  - l'érudition intelligente d'un Masquaray (souvenirs et visions d'Afrique 1894),
                  - l'impressionnisme facile d'un Loti (les trois dames de la Casbah 1884, d'abord paru dans fleurs d'ennui 1878),
                  - les fraîches sensations d'un Francis Jammes impressions algériennes dans(le roman du lièvre 1903),
                  - le symbolisme esthète d'André Gide ( les nourritures terrestres 1897 ; l'immoraliste 1902 ; si le grain ne meurt 1927) ,
                  - l'imagerie somptueuse des Tharraud (la fête arabe 1912),
                  - l'offrande ardente d'une âme aventureuse et libre dans l'œuvre d'Isabelle d'Eberhardt (dans l'ombre chaud de l'Islam 1906 ; Notes de route 1908 ; pages d'Islam 1920 mes journaliers 1923 ; la révélation du Sahara)….

                  Ce sont les livres d'André Gide et d'Isabelle Eberhardt probablement qui resteront comme les plus belles œuvres d'art moderne inspirées, vers 1900, par l'Algérie.
                  Il y a quelque naïveté à remarquer qu'elles sont peu objectives.
                  La découverte de la volupté sous un ciel qui exalte, sur une terre généreuse, au milieu d'une civilisation plus affinée qu'il ne paraît d'abord ; les cantiques reconnaissants chantés à la louange des spectacles et des êtres qui ont permis cet affranchissement ; l'enthousiasme d'une âme slave, brusquement mise en contact avec le désert et qui y trouve l'assouvissement d'inspirations :
                  - obscures, mystiques, sensuelles, anarchiques
                  - et volontaires, tout à la fois…

                  Ici encore on a tout apporté en Algérie, et vingt pays au monde auraient permis de pareilles libérations du moi.
                  C'est une chance heureuse pour la littérature algérienne que les hasards de la vie aient conduit à Biskra ou à El Oued, presque dans le même temps, ces deux voyageurs " immoralistes " venus l'un des cénacles symbolistes et l'autre de Russie, tous deux frémissants, inquiets, mais quelquefois superbement récompensés par le pays de leur refuge.
                  Nous avons pu jusqu'ici dresser la table d'orientation de la littérature algérienne sans tenir compte des écrivains locaux.
                  Il n'y a aucune injustice dans ce silence, du moins jusqu'à ces toutes dernières années.

                  Les produits du cru ou ne comptent point ou bien sont les imitations plus ou moins réussies des produits français.
                  Depuis peu il y a des indices qui signalent peut-être le commencement d'une transformation.
                  Les curiosités intellectuelles deviennent plus vives et se répandent ; quelques gens de lettres que leur métier, leur impécuniosité ou de fortes attaches ont empêché d'aller tenter l'aventure littéraire à Paris, cherchent à se grouper.
                  Il y a une société des gens des lettres en Algérie, une association des écrivains de l'Afrique du Nord…
                  - A Tunis, à Alger, à Oran, à Constantine, à Rabat, paraissent de petites revues, souvent éphémères .

                  Des cénacles annoncent la naissance de la littérature algérienne et parlent de l'organiser, de l'administrer.
                  On a écrit des préfaces et lancé des manifestes. On y proclame l'existence d'un peuple algérien, unité ethnique nouvelle, qui, du moins intellectuellement, ressemblerait sous des caractéristiques communes :
                  - les immigrés européens,
                  - la masse musulmane,
                  - le vieux monde berbère.

                  On parle d'une renaissance intellectuelle berbère qui ferait ressurgir les qualités et les défauts qu'on prête à cette ancienne race :
                  - violence sauvage,
                  - âpreté de l'expression,
                  - mauvais goût au besoin…
                  Ou plutôt on parlait de tout cela il y a quelques années, car je crois bien que ceux qui ont émis ces audacieuses affirmations ont pris un peu d'âge et qu'ils ont relégué la renaissance berbère dans l'armoire aux vieux fétiches.
                  La réalité est tout autre.

                  Pas de public indigène pour une littérature " algérienne " les très rares Indigènes qui, à l'heure actuelle, accèdent jusqu'à notre haute culture préfèrent entrer de plain-pied dans les beaux jardins de la littérature française.
                  Le public des Français cultivés se tient en relations étroites avec Paris ; autour de lui :
                  - les journaux, les revues,
                  - les livres de France font une solide barrière contre les curiosités locales.
                  Tous les libraires algériens diront que les livres qui se vendent le moins sont de ceux où l'on parle de l'Algérie.

                  Ce public, d'ailleurs, se rend très régulièrement en France, tous les ans, s'arrête ou séjourne à Paris et reprend contact, avec :
                  - les théâtres, les musées, les expositions…
                  Rien d'étonnant, s'il y a une activité littéraire réelle dans l'Algérie contemporaine, qu'elle soit toute française. Il y a des poètes algériens :
                  - A. Tustes,
                  - Léo Loups,
                  - Gojon,
                  - M. Bosio etc.

                  On les a vu se grouper, il y a quelques années dans une anthologie où ils se sont comptés treize.
                  Toutes les écoles poétiques de France, depuis un demi-siècle, y ont fait figure :
                  - romantisme,
                  - Parnasse,
                  - symbolisme,
                  - vers libres,
                  - unanimisme etc.

                  Il y a des romanciers algériens :
                  Robert Randau que sa carrière a entraîné vers l'Afrique occidentale, mais qui que, quoique Algérien de passage, a écrit sur l'Algérie deux ou trois romans où il a fortement dessiné le type de conquérant moderne du sol africain.
                  Lecoq et Hagel qui se sont unis pour écrire des nouvelles réalistes parfaitement réussies sur la vie indigène ou le monde bigarré des néo-français :
                  Gabriel Audisio qui a commis une joyeuse farce pour railler les enthousiasmes métropolitains sur l'âme arabe (trois hommes et un minaret 1926 ; Héliotrope 1928) ;
                  Maximilienne Heller, observatrice très pénétrante et vigoureuse du monde juif (la mer rouge 1923) ;

                  Lucien Favre dont le talent se renouvelle à chaque livre et qui passe avec aisance :
                  - des milieux espagnols à la foule arabe,
                  - de la pègre aux hiverneurs aristocratiques et aux petits bourgeois de province (Bâb el Oued 1927 ; l'homme derrière le mur 1928 ; orientale 1930.) et qui a aidé de son mieux à l'amélioration du sort de la femme kabyle.

                  Ferdinand Duchêne dont les honnêtes romans ont recueilli l'expérience acquise dans les tribunaux de Kabylie (France nouvelle 1903 ; Thamil'la 1921 ; au pas lent des caravanes 1922.)
                  Tous ces noms et quelques autres qu'on pourrait leur joindre, le succès, très relatif d'ailleurs, de quelques-unes de ces œuvres ont permis de belles espérances.
                  Et la Société des gens de lettres d'Algérie a obtenu, il y a quelques années la création d'un grand prix littéraire de l'Algérie décerné annuellement.
                  On a imaginé alors une " politique du prix " qui devait faire surgir en peu de temps quelques dizaines de bons romans algériens.
                  L'embarras a commencé tout au début, quand il a fallu préciser ce qu'était une œuvre algérienne, adéquate au prix.

                  On a dû accepter une double définition :
                  - ou bien une œuvre sur l'Algérie écrite par un Français d'Algérie ou de la Métropole,
                  - ou bien une œuvre sur n'importe quel sujet écrite par un Français qui peut justifier d'un certain temps de séjour en Algérie.

                  Ce compromis est très raisonnable mais il souligne d'un trait fort l'ambiguïté fondamentale de l'expression littéraire algérienne.
                  Tous les ans on a vu arriver des sous-préfectures et des chefs-lieux de commune mixte aussi bien que de la capitale, une trentaine de manuscrits dont la plupart marquaient une naïve bonne volonté, mais parmi lesquelles le jury a pu chaque fois désigner une œuvre de réelle valeur ou qui donnait des promesses.
                  Depuis un an ou deux le choix devient plus difficile ; aurait-on couronné tout ce qui peut l'être ?
                  Il est très remarquable que le jury du grand prix littéraire n'ait pas osé, malgré la proposition de l'un de ses membres au moins, désigner l'œuvre la plus remarquable peut-être de ces vingt dernières années, la plus algérienne en tout cas : Le Cagayous de Musette.
                  L'auteur s'est amusé à écrire dans la langue que parlent les néo-français d'Alger, qu'ils parlaient plus exactement, vers 1900, une série de nouvelles sur les milieux populaires où paraît comme personnage central un amusant garçon, Cagayous qui est à Alger ce que guignol et gnafron sont à Lyon.

                  La langue dans laquelle sont écrits ces récits, est à elle seule, un chef d'œuvre ; un peu artificielle certes, par moment ; jamais personne à la Cantère n'a si bien et si continûment parlé Cagayous, et mélangé si drôlement :
                  - le Français, l'Espagnol, l'Arabe, l'Italien, le patois israélite…

                  Mais cela n'enlève rien au mérite de cette création savoureuse. La raison pour laquelle le jury s'est refusé à couronner cette œuvre que tout le monde loue hautement est fort significative.
                  Cagayous n'est pas écrit en français ; il est trop local, il ne saurait être lu sans préparation par un public parisien : seuls en dehors d'Alger, les philologues peuvent s'y intéresser.
                  Je crois que ce veto est significatif et donne un clair témoignage sur les ambitions et les possibilités de la littérature algérienne.
                  Elle est et elle veut être avant toute française ; elle est à l'image même de la colonie, si proche de la Métropole, lié à elle par tant de liens matériels, moraux, familiaux. On ne saurait faire de pronostic à longue portée.
                  Pour les immédiats on ne court pas grand risque en prophétisant que quelques-uns des jeunes auteurs qui débutent ou vont débuter, iront vite perdre à Paris leur qualité d'algérien, et que ceux qui resteront finiront peut-être par faire ouvrir un chapitre nouveau dans les histoires de la littérature où l'on croit devoir consacrer un appendice au roman régionaliste sans qu'on songe à parler d'une littérature bourguignonne ou dauphinoise. Encore n'est-ce pas bien sûr.
                  Les zouaves ont un costume éclatant et bien oriental ; on les recrute et on les campe aussi bien dans l'Ile de France qu'en Algérie.

La littérature algérienne par Pierre Marting,
Doyen de la Faculté des Lettres d'Alger. Édition 1931


FEUS LES ARTISTES !
De Hugues Jolivet



       "Le clown se meurt, le clown est mort", chantait Devos !
       L'artiste se meurt, l'artiste est mort, hors de la scène.
       Seul, sans public, plus de bravos, que c'est atroce.
       L'artiste se meurt, l'artiste est mort, sans oxygène !

       Confinement et couvre-feu : théâtres clos.
       "La scène c'est ma vie, sans scène c'est ma mort !"
       Que d'artistes prononcent ces mots dans un sanglot,
       Conscients de leur mal être. Adieu les matamores !

       Et depuis quelques mois, certes, avancés dans l'âge,
       Des artistes français payent un lourd tribut
       Aux distances barrières, aux mesures de freinage
       Qu'imposent nos dirigeants pour stopper les abus !

       Deux "Phares" éteints, Robert Hossein et Claude Brasseur,
       Têtes d'affiches dans les théâtres, les cinémas,
       Drainaient les fans, jeunes et adultes, consommateurs
       De comédie à la recherche du "Nirvana" !

       Du coeur de Bab El Oued, l'humour venu d'Alger,
       Aux basques de Guy Bedos et de Robert Castel,
       Deux pieds noirs exilés, a fort bien voyagé !
       Quand Guy crachait son fiel, Robert offrait le miel !

       Des reines de la chanson : Annie, artiste festive,
       Ses refrains populaires réjouissaient nos sens.
       Juliette Gréco, chanteuse subjective,
       Muse de Saint Germain, brillait par son aisance !

       Tous, artistes séniors et bientôt centenaires,
       Privés des transfusions que procuraient les rires,
       Confinés, déprimés, embolie pulmonaire,
       Furent contraints à quitter poliment le navire !
      
Hugues Jolivet         
Le 22 janvier 2021          





Sidi-Bel-Abbès
Ses origines et son développement
Envoi de M. Christian Graille

                 Il est bien des cités qui peuvent s'enorgueillir d'un long passé, célébrer des gloires acquises dans des temps reculés, qui comptent les siècles de leur histoire aux monuments, témoins successifs de l'administration de leurs édiles, de leurs échevins, de leurs seigneurs, de leurs consuls.
                Sidi Bel Abbès, que son nom rattache à la légende, n'est pas de celles-là, mais plutôt une sœur aînée des villes qui hérissent le nouveau monde et le voyageur éternel du poète, revenant dans ces lieux, où lors de son premier voyage il n'avait vu que désert et solitude, s'étonnerait sans doute d'y voir :
                - une ville florissante,
                - animée d'une population jeune et ardente,
                - mêlant l'indigène hiératique et solennel,
                - dédaigneux de cette fièvre de vivre,
                - au colon européen, énergique et pressé d'acquérir.

                Contraste encore de cette cité bâtie à la hâte sans originalité mais non pas sans grandeur, qui perpétue le souvenir du descendant du Prophète.
                Sidi-El-Bouzidi, shérif et centenaire, conduit par Allah à travers les terres :
                - du Hedjaz,
                - de Cyrénaïque,
                - de Tripolitaine et
                - de Tunisie,
                Vint dans le sud algérien fonder une famille et mourir quatorze ans après, laissant le même nombre d'enfants.
                Un des fils de ce voyageur parvint à se rendre à Fez où il s'illustra bientôt par ses connaissances éminentes et, revenu à Tlemcen y professa avec un tel éclat que le Sultan du Maroc n'hésita pas à venir lui-même entendre sa docte parole.
                C'était de lui que devait naître celui qui donna son nom à la ville de Bel Abbès. Ce dernier quitta encore très jeune la Médersa où florissait l'enseignement paternel pour aller, suivant l'ordre de Dieu, qui lui apparaissait en songe, faire entendre chez les infidèles son verbe inspiré.
                Sa prédication devait connaître un rapide succès, son nom fut bientôt synonyme de sagesse et de vertu et le marabout se voyait l'objet de la vénération des tribus au milieu desquelles il passait faisant régner derrière lui l'opulence, fruit de la concorde et de la justice.

                Mais le démon devait susciter un faux prophète qui réveilla chez les populations touchées par la parole divine les passions du mal.
                Sidi Bel Abbès dut s'enfuir, honni par ceux qui l'avaient écouté et il se réfugia dans une forêt solitaire.
                Or il advint que des fléaux qui affligeaient les adeptes du faux prophète ouvrirent les yeux de ces populations malheureuses et elles ne pensèrent pouvoir apaiser le courroux du Tout Puissant qu'après avoir obtenu le pardon du saint homme.
                Les enfants des tribus voisines se mirent en quête du proscrit et les Ouled-Sidi Brahim percèrent le secret de sa retraite.
                L'envoyé du Seigneur ne cédant pas à leurs promesses mais à leur supplications, ils cherchèrent à l'enlever de vive force mais Allah changea son serviteur en une colombe qui s'envola et vint s'arrêter sur un arbre de la colline de Sidi-Amar, où, aux yeux étonnés d'un berger, Sidi Bel Abbès reprit sa forme humaine.
                Le berger trouvant trop lourd le secret du miracle dont il avait été le témoin le confia à un compagnon du marabout qui obtint de lui de revenir parmi les tribus des Amarnas et lui donnèrent des biens immenses et des épouses fécondes et il connut au milieu d'eux le repos et la prospérité, récompenses bien dues à ses peines.
                Après sa mort ses restes furent pieusement recueillis et déposés dans une Kouba à l'endroit où s'était arrêtée la colombe miraculeuse.
                C'est autour de la Kouba du saint que devait s'élever un jour la riche cité qui porte son nom.

                Telle est toute la poésie de cette ville aux aspects géométriques, modernes, sans imprévu, mais si l'historien ne saurait trouver matière à des recherches quelconques on ne peut nier qu'elle offre par son développement rapide, rationnel, un beau sujet de glorification de l'œuvre de la France en Algérie, particulièrement du travail personnel de la Légion Étrangère qui a conquis, occupé er construit ce lieu où d'autres amassent d'éclatantes fortunes tandis qu'elle-même conquiert, occupe et construit ailleurs.
                Sidi Bel Abbès n'a pas d'histoire ; elle est surgie des marécages en quelques années sur un emplacement qu'aucun vestige ancien, aucune considération archéologique ne faisaient prévoir.
                Les premiers peuples qui ont vécu sur cette terre inculte furent les Berbères, ceux-là même que les Romains appelèrent du nom de Maures, race si connue pour avoir occupé cette partie de l'Afrique depuis des temps immémoriaux que l'on convient de l'appeler autochtone, bien qu'il paraisse assez vraisemblable que de même que celles qui l'ont suivie, elle ait émigré de quelque partie surpeuplée et inhospitalière de l'Asie, berceau de presque toutes les familles jusqu'ici reconnues.
                Les Phéniciens et les Carthaginois n'osèrent troubler ces laboureurs et se contentèrent de fixer des comptoirs sur le littoral sans avoir d'autres rapports avec les peuples de l'intérieur que ceux d'un commerce peu actif d'ailleurs.
                Les Romains vinrent les premiers fouler ce sol misérable et les Berbères virent avec stupeur s'installer ces nouveaux maîtres dont les légions partout victorieuses devaient laisser des monuments particulièrement intéressants comme trace de leur occupation.

                La ville actuelle de Sidi Bel Abbès semble devoir être placée sur la route allant de Portus Magnus (Saint Leu) à AlbulaeTerrae (Aïn Témouchent) qui rejoignait la grande voie de la Maurétanie césarienne passant par :
                - Tiaret, Frenda, Tagremaret , Chanzy, Lamoricière, Tlemcen (Porremia) et, Lalla-Maghnia (Numerus Syrorum).
                Ils fondèrent non loin de l'emplacement où se trouve la ville, au sommet du Tessalah, un fort dont le temps n'a que très peu altéré les constructions épargnées par l'homme et qui sans doute était destiné à la surveillance des immenses territoires qu'il commandait plutôt qu'à permettre l'essor d'une colonie très active.

                C'est ainsi que l'entend du moins un éminent archéologue qui s'est adonné à l'étude des monuments d'origine romaine dans la région d'Oran : " Il semble, dit-il, que les Romains n'ont jamais habité le Tessalah que dans le but purement militaire, tous les vestiges d'occupation que l'on n'y rencontre,
                - Aïn-Sertifa,
                - Aïn-Bent,
                - El-Soultan et deux autres pitons recouverts aussi de ruines antiques sont des points dominants du massif, d'où l'œil peut planer aisément sur le vaste horizon et même au point de vue militaire, les cimes du Tessalah n'ont pu avoir d'importance que comme postes d'observation ou simples vigies.
                - Aïn-Zertita,
                - Aïn-Bent et
                - Soultan
                Ont l'air d'avoir été autant de vedettes chargées de surveiller la plaine et sous le rapport offensif, pouvant tout au plus lancer quelques hardis guerriers pour surprendre une population endormie dans la confiance de sa supériorité matérielle et offrir ensuite aux auteurs de ces rapides razzias l'abri de solides murailles pour le butin provenant d'un heureux coup de main. "

                Sans doute cependant, et les vestiges découverts de voies souterraines donnant accès à l'intérieur du fort permettent de le supposer, des colons protégés par cet ouvrage où ils pouvaient trouver en cas de trouble un refuge immédiat, ont essayé de cultiver les parties des alentours qui leur ont apparu devoir être les plus fertiles, et particulièrement la vallée de la Mekerra.
                Le hasard a voulu tout de même qu'à cette ville déshéritée au point de vue archéologique échut la garde de deux monuments intéressants pour l'histoire des Empereurs de la Rome chrétienne.
                Ce sont deux pierres trouvées dans les ruines de la région de Chanzy scellées aujourd'hui dans des piliers de la porte d'entrée du cercle militaire et qui portent gravées en langue latine les inscriptions suivantes :
IMP CAESAR                 IMP CAES NAV
L. SEPTIMO                 REI ANTONIN PIO
SEVERO PIO                 AUG I SEPSEVERER P I
PERTINACI                 PERT AVG ARB AD
AVG ARS ADA                  PARTI MAX F
PARTH MAXIM                                
TRIB POTEST                 T RISPO
VIIII IMP ic                 III COS PRO
III                                 COSEO ALAE
EQ ALAE IIII                 IAVG PART
PAR E                 THOR
ANTONINE                 ANTONINIANAE


                La traduction que voici a été donnée par des membres de la Société de Géographie d'Oran.
                1re pierre : A l'empereur Caesar Lucius Septimus Severus Pius Pertinax Auguste Arabique Adiabenique, neuf fois investi de la puissance tributienne, Imperator pour la onzième fois, les cavaliers de la 4e aile Parthique Antonine.
                2e pierre : A l'Empereur Septime Sévère pieux Cassar Marc Aurele Antonin pieux Auguste, fils de Lucius Arabique Pertinax Auguste très heureux (et à l'Empereur Caesar Eublius Sptime Géta) investi pour la quatrième fois de la puissance tributienne, consul et proconsul, les cavaliers de l'aile des Parthes première Auguste Antonine.
                Ces indications, en particulier celle de la puissance tributienne accordée à l'Empereur Septime Sévère nous reporte au début du IIIe siècle avant Jésus-Christ et celle qui atteste le quatrième tribun et de Géta, vers l'an 212 de notre ère.

                Après la disparition des légions mercenaires de Rome les Berbères se virent un temps possesseurs incontestés de ce sol où paissaient leurs troupeaux, ceux qui habitaient cette contrée assistèrent longtemps indifférents aux orages des invasions arabes qui firent déferler sur tout le Nord de l'Afrique les masses fanatisées des croyants venus de la Mecque.
                Cette région fut épargnée durant quelques siècles par ces nouveaux envahisseurs qui laissèrent subsister la principauté berbère de Tlemcen, mais l'heure ne devait pas tarder pour la plaine de la Mekkera de connaître de nouveaux seigneurs ; les Arabes de la puissante famille des Beni Ameurs s'y virent installés par ce même roi de Tlemcen, et parmi leurs tribus aux Armanas et aux Sidi Brahim échut le lieu où devait reposer les cendres de Sidi-Bel-Abbès le Saint très vénéré descendant du Prophète.
                A leur tour les Beni Ameurs devaient connaître la domination des conquérants venus d'Europe et l'alternative du triomphe et de la défaite des armes.
                Dès 1509 Oran tombait au pouvoir des Espagnols et les armées du roi très catholique, de ces mêmes forts édifiés par les mercenaires de l'Empereur de Rome surveillèrent leur branlante conquête.
                Des rapports de commerce s'établirent entre les conquérants et les tribus arabes, mais ils devaient être profondément troublés par l'arrivée des Turcs, et l'effort constant qu'ils firent pour parvenir à l'hégémonie absolue de ces territoires.
                Mascara tomba rapidement aux mains d'un allié des Turcs, funeste augure pour l'avenir de l'influence des Espagnols que ce premier échec !
                La lutte d'abord favorable aux armes de ceux-ci se termina par un désastre dû à la défection de ces même Beni Ameurs qui avaient primitivement lié leur sort à celui de la puissance européenne.

                Oran fut évacuée en 1708, après deux siècles d'occupation par les troupes de Philippe V appelées à la hâte vers d'autres champs de bataille.
                Mais cette défaite devait être trop lourde à la fierté castillane est vingt-cinq ans après, le duc de Montemar reprenait possession d'Oran et de nouveau cherchait à remettre la main sur les plaines riveraines de la Mekkera et du Sig.
                Ce succès plus encore que le premier devait être éphémère et définitivement l'Oranie resta en 1792 aux mains des Turcs, domination que seule la conquête française devait désormais venir troubler.

                Quel était donc l'aspect de ce pays toujours à la limite des invasions, et qui allait être bientôt appelé au plus brillant avenir.
                Un vaste territoire abandonné à l'incurie des habitants où le laisser aller n'avait su qu'entraver encore l'action de la nature par leurs pratiques nuisibles au développement d'une végétation quelconque.
                La rivière abandonnée à elle-même voyait son cours obstrué en mains endroits par la présence dans le lit du fleuve de troncs d'arbres qui empêchait l'écoulement normal des eaux et les obligeaient à chercher un passage sur les terres avoisinantes qu'elles transformaient en un marécage, véritable foyer de pestilence, s'autant plus étendu que les eaux provenant des crues fréquentes et des pluies d'hiver ne trouvaient pour s'écouler que quelques mauvaises canalisations, restes de la civilisation berbère.
                Seules croissaient, bien drues les innombrables touffes de palmier nain à qui aucune autre plante ne faisait ombrage, détruites qu'elles étaient aussitôt germées, par la dent des moutons et des chèvres qui se les disputaient entre elles, et les disputaient à de rares ânons, tous compagnons de misère de ces Indigènes insouciants.
                Ici et là quelques douars formés par agglomération de toiles sordides chargées d'abriter le soir la famille grouillante et reliées entre elles par des perches de jujubier, formant ainsi un semblant de refuge, où étaient la nuit groupés les troupeaux.

                La culture se réduisait à quelques arpents de terre grattés par des charrues primitives où poussaient sous l'influence heureuse du climat :
                - le blé dur, l'orge,
                - le seigle ainsi que quelques plants de maïs et de tabac et parfois des citrouilles qui servaient de nourriture aux nomades, plus friands cependant du lait de leurs chèvres, alimentation mieux en rapport avec leur caractère indolent et leur goût du repos.
                De chemin il n'en existait pas sinon les sentiers tracés aux pieds de l'homme et des bêtes de somme, contournant les moindres broussailles sans égard pour les distances inconnues à ce peuple indifférent à toute idée même du temps.
                Le franchissement des oueds ne se faisait qu'à gué et lorsque les basses eaux en permettaient le passage.
                L'industrie était presque inconnue, sinon la confection, tâche exclusivement féminine, des vêtements de laine nécessaires à l'habillement de la famille, de tentes en bourre de palmier et encore la fabrication des ustensiles les plus grossiers nécessaires au ménage.
                Le commerce consistait en quelques échanges entre les céréales des années particulièrement prospères, et de menus objets, importés par des marchands étrangers qui frappaient plus particulièrement la curiosité de ces primitifs.

                Par contre la faune sauvage était abondante et le pays était infesté de bêtes sauvages :
                - hyènes, renards, chacals, sangliers,
                - gazelles se multipliaient dans ces lieux désolés, à côté d'eux les grands fauves,
                - panthères et lions étaient nombreux, danger constant pour les Arabes et leurs troupeaux.

                Ces habitants redoutables disparurent du reste rapidement devant les armes de la conquête, laissant les Indigènes face à ce nouvel adversaire.
                Nulle part, on aurait pu déceler une action bienfaitrice quelconque de l'administration turque, trop intéressée à entretenir les nomades dans leur affaiblissement moral et physique, état de chose qui favorisait si bien la levée des contributions de tous genres.
                Tel était l'aspect de ce pays qui apparaissait particulièrement déshérité, telle était la condition dans laquelle croupissait la population arabe.
                Et parce qu'elle devait se heurter à tant de difficultés de toutes sortes, à tant d'inertie, la tâche accomplie en ces lieux par la France n'en est que plus belle, comme plus beau le rôle de son armée conquérante et colonisatrice travaillant sous le regard du chef et suivant sa devise :
" ENSE ET ARATRO "

                L'époque de la conquête de l'Algérie n'apportera pas non plus à la région où va être édifiée la ville de Sidi Bel Abbès une illustration bien curieuse. Sidi-Bel- Abbès fut une obligation stratégique.
                Lorsque, après la prise d'Alger les nécessités de sa conservation commanderont au roi Philippe la conquête de l'Oranie, le maréchal Bugeaud entreprit la soumission de ce pays.
                Oran fur rapidement occupé, mais pour arriver à la domination complète et pacifique des territoires qui nous intéressent, il faudra un effort humain considérable, bien des sacrifices et même de salutaires échecs.

                En 1835, Le maréchal Clauzel lui-même conduisit la première colonne contre la tribu des Beni Ameurs, campagne qui aboutit à l'occupation des deux villes qui commandent l'accès de cette région du côté de l'Est et du Sud, Tlemcen et Mascara, mais une politique néfaste nous priva du bénéfice de cette opération.
                Par le traité de la Tafna, nous rendions les deux places récemment conquises.
                Nous ne devions pas tarder à toucher du doigt les désastreuses conséquences de cet abandon.
                Cette inertie de la France donna à l'Émir Abd-el-kader une importance et un prestige auquel il ne pouvait prétendre et contre cet adversaire, dont nous avions fait la fortune, nous devions jusqu'en 1847 employer des forces considérables avec des alternatives angoissantes de revers et de succès.

                Dès 1842 la lutte reprit, et les places de Mascara et de Tlemcen furent réoccupées ; en même temps le maréchal Bugeaud décida la création d'un certain nombre de postes de ravitaillement destinés à abriter les vivres nécessaires aux troupes en campagne et à servir de points d'appui pour les expéditions à l'intérieur. De ce nombre étaient :
                - Daya, Frenda, Tiaret
                - et parmi eux un poste de ce genre fut créé près du marabout de Sidi-Bel-Abbès à égale distance entre Oran et Daya.
                Rapidement ce poste fut occupé de façon permanente par quelques éléments chargés de protéger nos communications, c'est dans ce but que le général Bedeau fit transformer le poste en redoute (fort) qui reçut une garnison composée de la Légion Étrangère et de chasseurs.
                Cette redoute située sur un léger ressaut de terrain face à la Kouba de Sidi-Bel-Abbès permettait des vues assez étendues sur les alentours tandis qu'elle était elle-même protégée du côté Nord par le fossé de l'Oued Mekerra dont le cours à cet endroit s'infléchissait dans la direction Ouest-Est.
                Redoute rectangulaire d'une surface d'un demi-hectare environ comprenant une enceinte fortifiée enfermant des baraques en planches destinées aux vivres et à l'ambulance tandis que les hommes vivaient sous la tente.

                Aussitôt que fut édifié ce petit ouvrage s'installèrent aux alentours quelques commerçants exploitant largement leur situation à proximité des soldats ; ils formèrent un petit village qui ne dépassa d'ailleurs jamais dix maisons tandis que les légionnaires s'employaient déjà aux travaux d'assainissement urgents dans la partie marécageuse qui bordait la redoute et drainaient les eaux stagnantes dont les émanations étaient d'autant plus pernicieuses que les vents Nord-Ouest assez fréquents soufflaient en direction des lieux habités.
                Le fort fut vite, et à plusieurs reprises l'objet des attaques menées par les troupes de l'Émir particulièrement pendant les mois d'août et octobre 1843, mais les rebelles s'étaient heurtés aux détachements du colonel Géry et du commandant Barral n'en retirèrent qu'un châtiment exemplaire.
                L'alerte fut plus chaude en 1845. Le 30 janvier au lever du jour des rassemblements d'Ouled Brahim tentèrent de se rendre maîtres par ruse de la redoute et, pour ce faire envoyèrent une avant-garde de cinquante-huit des leurs, déguisés en pèlerins et couverts de haillons sordides.
                Ils demandèrent à visiter le fort français et sur leur mine pacifique en obtinrent l'autorisation mais, aussitôt entrés, ces scélérats brandirent les armes qu'ils cachaient et se ruèrent sur la sentinelle et les soldats qui l'entouraient.

                La présence d'esprit de l'officier comptable de l'ambulance (la tradition n'en a malheureusement pas conservé le nom glorieux) sauva la situation, il fit fermer les portes, rallia les hommes valides et contre-attaqua vivement les Indigènes.
                Cinquante-huit d'entre eux avaient pénétré dans la redoute, cinquante-huit cadavres en sortirent. Du côté des occupants on comptait huit morts et vingt-six blessés, dont l'officier lui-même atteint d'une balle à la main.
                On tira aussitôt le canon pour avertir le colonel Vinox qui se heurta en revenant aux Ouled Brahim et leur infligea une défaite sévère.
                Les Arabes morts furent enterrés au pied du peuplier d'Abd-el-kader, seul de son essence dans toute la contrée, et qui servaient de repère aux colonnes qui opéraient contre l'Émir.
                C'est, chose étonnante, à une conséquence de la politique funeste suivie à l'égard des Indigènes que cette redoute doit d'avoir été appelée à un développement extraordinaire.

                En l'année 1845, Bou Hammidi Khalifa de l'émir Abd-el-kader fit une incursion chez les Beni Ameurs et les obligea à émigrer en masse. Seules quelques tribus purent échapper à cette déportation, mais elles s'exilèrent peu à peu laissant inoccupé un territoire immense entre Tlemcen et Mascara.
                Dès lors Sidi Bel Abbès fut une position d'importance capitale appelée au double rôle d'empêcher les incursions des insoumis dans les régions tranquilles et colonisées du Sig et de M'léta et d'assurer les communications entre Oran et les deux villes situées à la limite de notre occupation : Mascara et Tlemcen.
                Le général de Lamoricière surpris de la nécessité d'élever à la place de la redoute une ville fortifiée en donnait dans un rapport au Gouverneur général duc D'Isly les raisons suivantes :
                Il y a à peine trois mois les Douairs et les Smélas devenus tribus frontière par le départ des Beni Ameurs qui habitaient le territoire de Sidi-Bel-Abbès étaient exposés aux incursions des tribus voisines du Maroc et du Sahara.
                Ils réclamaient l'appui d'un camp et formaient eux-mêmes des rassemblements de cavalerie pour couvrir leurs laboureurs.

                Les temps sont devenus meilleurs, sans doute, mais ils n'eussent pas eu ces alternatives de terreur et de confiance si Sidi Bel Abbès eût été ce qu'il deviendra un jour : un centre de population considérable auquel s'appuiera un maghzen et où des rassemblements militaires permanents placeront la réserve des troupes de la division d'Oran.
                Courte distance de la mer, communication facile avec Mascara pour l'Est, pour l'Ouest avec Tlemcen dont la route d'Oran deviendrait plus sûre, moyenne d'action plus rapprochée des Hauts Plateaux et dominants les influences de perturbations, protection plus efficace à l'installation coloniale, tout indique Sidi Bel Abbès comme une position capitale dans l'ensemble des données de notre entreprise.
                Sidi-Bel-Abbès, en outre, est nécessaire pour commander à l'immense pays des Beni Ameurs et pour assurer les communications entre Tlemcen et Mascara, entre Oran et le Sahara.

                Cette position de Sidi-Bel-Abbès est si importante à nos yeux que nous ne craignons pas d'avancer que ce sera probablement un jour, et ce jour n'en est pas éloigné, le chef de la division d'Oran. Dans cette pensée, dans cet espoir, nous demandons qu'il soit créé, dès à présent, un centre de population considérable placé sur les bords de la Mekerra dont une partie des eaux pourrait être détournée par des irrigations au milieu d'une immense plaine réputée par sa fertilité et à l'intersection de 4 routes principales. Sidi-Bel-Abbès pourra contenir une riche et nombreuse population agricole. Ainsi trouvons-nous sous la plume de Lamoricière l'évocation de l'avenir auquel Sidi-Bel-Abbès paraissait voué ; il nous fait même entrevoir cette redoute comme devant l'emporter sur Oran jusqu'alors désignée comme capitale de la région nouvellement conquise.
                Mais si le temps n'a pas consacré toutes les prévisions prophétiques du général, les considérations militaires et économiques qu'il invoquait alors n'en demeurent pas moins aujourd'hui dans leur entière valeur.

                Entre temps un arrêté du Gouverneur général en date du 18 avril 1846 confisquait au profit de l'État les territoires abandonnés par les tribus émigrées qui n'auraient pas, dans un laps de temps déterminé demandé l'aman.
                L'année suivante une autre dépêche du Maréchal Bugeaud établissait les bases de l'occupation militaire de Sidi- Bel-Abbès, mais en 1848 seulement devait être réunie la commission chargée de déterminer l'emplacement le plus favorable à l'établissement d'un centre de colonisation et d'un dépôt de troupes.
                Cette commission fut composée d'éléments militaires et civils et la Présidence en échut au capitaine Prudon, chef du génie, tandis que le chirurgien major en était le conseiller au point de vue sanitaire.
                Le capitaine Prudon s'attacha aussitôt à dresser les plans d'une vaste organisation, conformes aux vues éclairées du Général de Lamoricière, mais ce projet fut, par le commandant supérieur du génie, jugé trop étendu.
                Sidi-Bel-Abbès se voyait dès lors et pour longtemps refuser la première place parmi les cités de l'Algérie occidentale.
                Mais réservant l'avenir que le Ministre de la Guerre rêvait pour cette ville, les crédits nécessaires à la construction de Sidi-Bel-Abbès, futur chef-lieu de subdivision, furent attribués suivant une évaluation conforme aux plans établis par la commission et les travaux commencèrent en l'année 1847.

                Nous ne suivrons pas dans les détails l'édification de Bel-Abbès, la construction de ses murailles et des édifices militaires et administratifs, nous ne nous attarderons pas au tracé de ses rues non plus qu'aux travaux d'assainissement de ses alentours immédiats.
                Mais qu'il nous soit permis tout de même d'esquisser à grands traits les étapes si rapides de la création de cette ville car elles sont toutes à l'honneur de l'officier qui l'a conçue dans ses moindres détails et de la main qui l'a façonnée pour une grande part : la Légion Étrangère.
                Donner les plans de la ville, c'est faire une description de ce qu'elle est aujourd'hui : une vaste enceinte presque rectangulaire délimitant une superficie de 42 hectares, dont les fortifications devaient répondre à la double condition d'occuper le plateau d'une façon judicieuse permettant des vues sur tous les environs, en même temps de s'écarter le moins possible de quelque forme géométrique simple et régulière adéquate à la construction des villes.
                On décida de séparer entre eux les quartiers militaires et civils, car les premiers étant appelés à une construction plus immédiate, l'aspect de l'ensemble serait demeuré confus. Des éléments civils pourraient d'ailleurs s'introduire peu à peu dans le quartier où devaient être groupés les bâtiments militaires.

                Le tracé de la voirie fut simple. Deux avenues perpendiculaires reliaient entre elles les portes réservées face aux quatre points cardinaux dans les murs des courtines, et auxquelles on donna le nom des centres vers lesquels s'acheminaient les routes correspondantes :
                - Oran au Nord,
                - Daya au Sud,
                - Mascara à l'Est et
                - Tlemcen à l'Ouest

                Parallèlement à ces avenues aux perspectives rigides devaient être tracées des rues pour lesquelles on avait adopté la largeur uniforme de huit mètres.
                L'avenue allant de la porte d'Oran à la porte de Daya, délimitait les quartiers réservés à l'Administration et aux troupes, ce dernier fut choisi le plus proche de la porte de Tlemcen. Sur cet emplacement devait être construits tous les édifices nécessaires à l'installation des services de la subdivision future.
Les allocations obtenues en 1874 s'élevèrent à 100.000 francs et cette année vit les travaux commencer activement par la clôture du quartier de cavalerie et l'édification des murailles poussées à une hauteur de 2m50, en même temps, des efforts étaient faits pour le défrichement et l'assainissement des marais et un pont provisoire était jeté sur l'oued face à la porte d'Oran.
                Les dix années qui suivirent firent sortir cette ville des tâtonnements inévitables dans les débuts d'une organisation quelconque.
                Le gouvernement se débattant dans les difficultés issues des journées révolutionnaires de février et cherchant à éloigner de la capitale des éléments dont il avait tout à redouter en semblable période d'agitation rendit un décret en date du 19 septembre 1848 qui allouait une somme de 40 millions prélevée sur les exercices budgétaires de la période de 1848 à 1851 pour les établissements de colonisation destinés à recevoir l'excédent de la population parisienne.
                Ce fut la consécration du principe adopté peu de temps auparavant de la concession gratuite : gros effort et louable sans doute, mais qui ne donna pas les résultats auxquels pouvaient prétendre les lourds sacrifices acceptés par la Nation.
                Néanmoins la colonisation se développa grandement en raison de la tranquillité quasi absolue assurée aux travailleurs par les opérations heureuses réalisées à cette époque.

                Peu à peu commençait à se dresser derrière ses murs de la ville entretenue par l'imagination clairvoyante de Lamoricière et de Bugeaud.
                Le quartier civil, protégé par une fortification provisoire se peuplait d'une si importante colonie que déjà se manifestait la nécessité d'un certain nombre d'établissements publics tels que :
                - marchés, abattoirs, cimetières…

                Des plantations hérissaient les parcelles arrachées aux marécages par un drainage judicieux et les glacis extérieurs.
                Le quartier de Cavalerie est achevé en 1849, le casernement des troupes d'infanterie est ébauché ainsi que les bâtiments réservés à la fabrication du pain et le dépôt de vivres.
                En 1851, l'essor est plus rapide encore grâce aux crédits alloués dont la somme s'élève à 70.000 francs pour la fortification et 237.000 francs pour les bâtiments militaires ; la colonisation devient elle-même plus intense par la création d'un réseau routier agrémenté de travaux d'art, reliant les hameaux voisins et permettant le transport des matériaux extraits du Tessalah, enfin l'installation des postes télégraphiques mettant la ville en communication avec Oran et Tlemcen, due à des spécialistes recrutés dans la garnison.

                Ces crédits augmenteront encore jusqu'en 1854, époque à laquelle les fortifications seront presque terminées, le Génie a déjà construit les portes d'Oran et de Daya :
                - une caserne d'infanterie pouvant contenir neuf cents hommes avec ses éléments accessoires,
                - un quartier de cavalerie,
                - les bâtiments principaux de l'hôpital,
                - une gendarmerie assez grande pour loger une brigade de 10 hommes.
                La grande voirie de Bel-Abbès compte à ce moment près de 15.000 mètres complétement pavés, le reste est disposé à recevoir l'empierrement ; outre ces travaux le défrichage et l'assainissement de la contrée ont été vigoureusement poussés ; trente mille mètres de canaux ont été construits, une route a été tracée de Bel-Abbès au Tlélat dont 33 kilomètres sont à l'état d'entretien, 15 kilomètres sont simplement ouverts, particulièrement dans la région de Daya.

                En 1856 les fortifications sont terminées par l'achèvement des portes de Tlemcen et de Mascara ; les constructions souterraines nécessaires à l'évacuation des eaux et au système d'irrigation sont également finies.
                Parallèlement au développement de la ville s'accroissait le chiffre de la population de la colonie ; il passait de 519 en 1849 à 4.334 en 1857 suivant toujours sa marche ascendante sous l'influence considérable des immigrants venus d'Espagne et de France.
                La période décennale suivante verra la colonie soumise à de rudes épreuves, elles ralentiront un temps son peuplement et ses travaux, mais pour retrouver ensuite une ardeur nouvelle et plus intense,
                - temps d'arrêt résultant du changement du système d'administration,
                - de fléaux variés et
                - d'une invasion désastreuse des rebelles sahariens.

                Vers la fin de 1854, Sidi-Bel-Abbès eût à subir le contre coup de l'insurrection qui sévissait dans le Sud de la province.
                Les cavaliers venus du désert arrivèrent jusqu'aux portes de la ville, détruisant sur leur passage ce que les colons avaient abandonné entre leurs mains.
                Ils terminèrent la série de leurs méfaits par le massacre de la population d'El Youb surprise hors de son village avant d'avoir pu se mettre en état de défense, ou hors d'atteinte par la fuite.
                Les années suivantes n'apportèrent à la région que de nouveaux malheurs.
                La rupture du barrage de la Tabia provoquait l'inondation du pays et les eaux baignaient le pied des murailles de Sidi-Bel-Abbès.
                Puis une sécheresse terrible et une invasion de sauterelles firent subir aux colons des pertes considérables.

                Mais l'épreuve fut plus dure encore pour la population indigène qui subit une crise particulièrement grave ; la misère apporte chez eux les germes morbides les plus dangereux, le typhus et la fièvre typhoïde en firent disparaître un grand nombre, il fallut pour les sauver un gros effort financier des communes qui durent elles-mêmes contracter des emprunts, enfin un vote législatif le 1er juin 1868 accordant des crédits importants permit à la colonie de franchir ce pas difficile de son histoire.
                Depuis lors, sans heurt et sans arrêt, d'un pas assuré la ville de Sidi-Bel-Abbès s'est développée jusqu'à acquérir la haute situation qu'elle occupe aujourd'hui en Algérie et qu'elle améliore d'un travail obstiné, éclosion étonnante d'une ville qui surgit en vingt ans d'un marécage malsain, qu'un coup d'œil jeté sur les conditions de la colonisation et de la vie économique nous fera comprendre en même temps qu'il nous permettra d'entrevoir la réalisation de l'avenir auquel les généraux éminents qui l'on fondée se plaisaient à la destiner.

                Au premier plan de ces considérations il sied de placer la fertilité proverbiale de cette partie de la province d'Oran, fertilité dont les causes doivent être recherchées dans la nature du sol et son irrigation abondante, dans les influences climatériques heureuses dues à la position géographique de Sidi-Bel-Abbès.
                L'étude géologique de cette région permet d'établir l'existence de couches primaires, secondaires et tertiaires, superposées suivant un ordre régulier et recouvertes elle-même d'alluvions modernes dues aux apports des oueds, principalement de la Mekerra. Toutefois en raison de certains bouleversements, peut-on trouver des affleurements de terrains secondaires et tertiaires, ces derniers particulièrement fréquents dans le massif du Tessalah, à la base desquels on observe surtout les bancs de grès quartzaux jaunâtres caractéristiques. Ainsi au Nord, la région montagneuse est constituée par des marnes et des calcaires de l'époque tertiaire.

                La plaine dans laquelle se trouve élevée la ville de Bel-Abbès est formée par un substratum (chose en supportant d'autres) ancien recouvert de terrains tertiaires eux-mêmes disparaissant sous les débris alluvionnaires formant un humus particulièrement fertile.
                Le sous-sol n'a pas révélé de richesses métallurgiques, sauf quelques gisements cuivreux de trop faible importance pour mériter les dépenses d'une exploitation industrielle, et encore quelques affleurements de fer hydroxidé découverts dans la région de Sidi Daho. Par contre, abondent sur le territoire les matériaux de construction particulièrement au Tessalah, à l'oued Sarno, Zéroula et à proximité de la ville elle-même.

                Sidi-Bel-Abbès est située par 33° 12 de latitude Nord et 2° 58 de longitude Ouest, ce qui la place sur le méridien de Wind, de Saintes et de Villemayor et sur la parallèle de Larrache au Maroc et des gorges d'El Kantara dans le sud constantinois. L'altitude moyenne est de 470 mètres. La région se trouve soumise de ces faits aux influences climatiques de la mer et du Sahara, amenant des variations de température brusques, caractéristiques du climat continental. La température moyenne de l'année varie entre 16 et 17 degrés, les pluies sont réparties principalement sur les mois de novembre et de mai, elles représentent une hauteur de 197 m/m pendant une année sèche, allant jusqu'à 493 m/m pendant une année humide.

                L'époque de ces pluies a sur la valeur des récoltes une influence prépondérante, les années caractérisées par un printemps pluvieux et des mois d'automne et d'hiver secs sont réputés les plus fertiles. Aussi la richesse de la région est-elle grande, les céréales y croissent en abondance, particulièrement le blé tendre, le blé dur, l'orge et l'avoine dont la répartition donnait en 1925 les chiffres suivants :
                Blé tendre : 1.065 hectares
                blé dur : 247 hectares
                orge : 1.587 hectares
                avoine : 745 hectares

                Mais la première place sur le marché agricole a été emportée par la vigne, qui malgré des débuts bien propres à abattre l'enthousiasme des colons, a pris un essor considérable, encouragé par les nombreux débouchés que lui réserve le marché français. En 1925, le vignoble de Sidi-Bel-Abbès couvrait une étendue de 2.710 hectares et produisait 107.210 hectolitres de vin.
                Il convient de ne pas oublier à côté des produits dus au travail de l'homme l'abondante végétation due au seul effort de la nature. Les forêts domaniales et communales peuplées de pins d'Alep, de thérébinthes de tuyas, de lentisques, de chênes-verts et particulièrement d'oliviers contribuèrent pour une large part à la richesse du pays.

                L'avenir industriel de la région est sans doute moins brillant que celui envisagé par l'agriculture ; toutefois certains établissements sont florissants, particulièrement ceux chargés de la fabrication de l'outillage nécessaire à la colonisation, ou appelés à fournir certains matériaux de constructions et ceux encore qui traitent les produits de la vigne. Mais ces industries locales sont justiciables de la concurrence de la Métropole rendue redoutable par le développement du réseau de voies ferrées qui a fait de Sidi-Bel-Abbès un nœud important de communications et une tête de ligne vers l'intérieur.

                Enfin dernier facteur du développement rapide du pays, l'installation d'établissements financiers considérables est venu apporter au travail des bras l'aide puissante des capitaux. Les crédits qui ont manqué aux colons de la première heure pour faciliter leurs installations et leurs transactions de tous genres sont maintenant prodigués à tous.
                Attirés par ce sol fertile, ce climat heureux l'immigration devrait être nombreuse, et prompt l'accroissement de la population de Sidi-Bel-Abbès, quelque chiffres en témoignent :
                En 1847 le nombre des habitants s'élevait à 431.
                En 1859 ce nombre était passé à 5.259.
                En 1925 il était de plus de 36.000.

                En accueillant le Président de la République d'un voyage qu'il fit en Afrique du Nord au cours de l'année 1922 le premier magistrat de Sidi-Bel-Abbès pouvait avec fierté énumérer :
                - les richesses de son agriculture,
                - de sa production vinicole,
                - l'essor de sa population,
                - ses écoles et
                - ses ateliers

                Il présentait simplement les résultats d'un effort constant de trois quarts de siècle, dans cette création où plus que tout autre part ailleurs semble s'être complu le génie particulier de la France, et au nom de cette cité il associait à juste titre celui de la Légion Étrangère qui l'a édifiée dans ses organes vitaux et qui a depuis assuré la tranquillité de ses laboureurs et de ses maçons, comme pour consacrer cette parole d'un écrivain d'hier, particulièrement juste quand on l'applique à nos possessions d'Afrique :
" Le travail n'est fécond qu'à l'ombre des épées. "

Paul de Borde Sous-Lieutenant de la Légion Étrangère. L'armée d'Afrique organe de liaison entre les officiers de réserve de l'Algérie, Tunisie et Maroc et leurs camarades de l'active. Édition 1929
P S : Il convient au moment de terminer de saluer les éminents historiens de Bel-Abbès, MM. Bastide et Adoue, dont les ouvrages si intéressants et si vivants ont été une source féconde de documents, à laquelle j'ai été amené à puiser pour la composition de cet article. Qu'ils trouvent ici un hommage à leur talent !
P.B


Histoire de la montre.
Envoi de M. Christian Graille

                Nous reproduisons du journal le Gil Blas la petite fantaisie ci-dessous :
                La montre est une agréable personne toute ronde.
                On ne connaît pas exactement le lieu de sa naissance. Certains prétendent qu'elle est d'origine suisse et qu'elle a vu le jour à Genève. Quelques patriotes assurent au contraire qu'elle est bien française et qu'elle vient de Besançon.
                Laborieuse et hâtive, la montre est une ouvrière de l'aiguille, une midinette. Elle offre même la particularité de travailler avec deux aiguilles, une grande et une petite.

                On est souvent obligé de lui ouvrir le ventre. Elle est aussi fort névrosée, ce n'est un mystère pour personne, et l'on entend dire fréquemment qu'elle est tout à fait détraquée.
                La montre a un assez bon médecin le docteur l'horloger. C'est un brave homme tellement minutieux qu'il examine tous ses malades à la loupe. La montre, du reste, n'est pas très difficile à soigner. En dépit de ses nombreuses misères, elle ne se décourage jamais ; elle a du ressort.

                Sur la moralité de la montre les avis sont partagés. On dit généralement qu'elle a des mœurs légères et qu'elle marche. On dit aussi qu'elle a un remontoir, ce qui signifie dans un trivial langage de caserne, qu'elle a pour amant un cavalier de remonte. Ces potins sont difficiles à vérifier. Mais il est bien certain que la montre est d'humeur volage, puisqu'on est obligé de l'attacher avec une chaîne pour l'empêcher de se perdre.

                La montre est peu bavarde, elle dit l'heure et voilà tout. Elle a des opinions placides et bourgeoises. Elle lit le Temps. La montre a une sœur aînée, la pendule, grosse femme impotente et frileuse qui passe sa vie sur les cheminées, elle possède également un frère, le chronomètre " Lip ".

                Le docteur l'horloger, mandé en toute hâte, se déclare impuissant à conjurer le mal et la Montre gâteuse et morne achève de mourir dans le tiroir nauséabond d'une table de nuit.
Alger journal.


La religion des Berbéro-Arabes
Envoi de M. Christian Graille
et leur législation civile musulmane.

           1 - La religion musulmane que, dès le VIIe siècle après Jésus-Christ, les envahisseurs arabes ont apporté aux Berbères, ne s'est pas substituée à l'ensemble des croyances antérieures ainsi que des coutumes magiques et religieuses des Indigènes.
           Elle s'est superposée au vieux fonds, l'a, peu à peu, pénétré et s'en est accommodée progressivement en se transformant sensiblement elle-même. C'est là un processus qui n'est pas spécial à l'Islam.

           Telle qu'elle est aujourd'hui la religion des Indigènes de ce pays est composée, à doses inégales pour chacun :
           A - d'Islam des premiers siècles qui est censé représenter la norme de la doctrine et de la loi tracées par le Prophète et les premiers Califes à La Mecque et à Médine, il y a treize siècles environ ; ses " sources " sont dans le Coran et les Hadîts ou " traditions musulmanes "
           B - d'Islam mystique ou " soufisme " introduit peu à peu et surtout au XIe siècle où il est passé dans l'orthodoxie ; il se manifeste principalement dans le culte des Saints et les pratiques des confréries religieuses.
           C - de magie et de survivance païennes, surtout berbère qui comportent ce qui subsiste de croyances et d'usages magico-religieux antérieurs à l'Islam.
           Pour l'Indigène musulman capable de jugement, Allah est l'unique principe de causalité : il peut bouleverser à son gré les lois de la nature et fait le miracle. Tout bien et tout mal se rapporte à lui.
           Jointe à la doctrine de la prédestination absolue, exclusive du libre arbitre, ce concept conduit au fatalisme insoucieux de l'avenir, encouragé ici par une certaine nonchalance, et, par suite, à l'inutilité de l'effort soutenu.
           Si l'on ajoute à cela que ce musulman ne peut séparer le spirituel du temporel, les devoirs envers Dieu des devoirs envers les hommes, on concevra que tout dans société est d'essence religieuse.
           La même législation canonique règle la matière civile ainsi que les devoirs culturels.

           Toute société musulmane, de la famille à l'État est avant tout une communauté religieuse.
           L'individu n'est pas libre de sa pensée et de son action ; il est tenu de suivre la pensée et l'action commune et traditionnelle : c'est une société à mentalité collective.
           Et c'est ce qui oppose foncièrement les sociétés indigènes nord africaines et nos sociétés occidentales modernes, caractérisées par :
           - l'individualisme et le libre arbitre,
           - les libertés indigènes et notamment la liberté de conscience,
           - la séparation du spirituel et du temporel.
           A - Comme toute religion l'Islam comporte des croyances et des pratiques obligatoires.
           Les croyances obligatoires, les dogmes se résument presque dans le credo : " il n'y a de divinité qu'Allah ; Mohamed est l'envoyé d'Allah ".

           En fait les dogmes de l'Islam sont les suivants :
           1 - Croire en Allah, Dieu unique et éternel, créateur et maître de toutes choses. Juge suprême.
           2 - Croire en la mission de Mohammed, Prophète et envoyé d'Allah, ainsi que celle des autres prophètes de l'Ancien Testament parmi lesquels il est le dernier et le plus grand.
           3- Croire aux " livres " qu'Allah a révélé aux humains par les Prophètes et Envoyés et suivre plus spécialement le Coran, expression dernière, parfaite, éternelle, du Verbe et de la Volonté de Dieu.
           4 - Croire aux Anges et aux Démons ainsi qu'aux Djins, esprits subtils bons et méchants.
           5 - Croire en la résurrection,
           - au Jugement Dernier,
           - à la Vie éternelle,
           - au Paradis et
           - à l'Enfer.

           C'est aussi à cinq que se réduisent les principales obligations culturelles de l'Islam :
           1 - Le témoignage de la foi islamique ou chahâda, c'est le crédo que l'on vient de mentionner et que le fidèle répète en mainte circonstance de la vie et surtout quand il est près de mourir
           2 - l'oraison ou Salât, cinq fois par jour, est précédée de l'ablution purificatoire. Elle est marquée aux moments voulus par l'appel du muezzin du haut des minarets. Elle peut se faire partout, mais de préférence à la mosquée.
           seule l'oraison du vendredi au milieu du jour, comportant un prône de l'Imam ou " président de prières ", se fait obligatoirement pour tous, à la mosquée.
           L'oraison est un devoir d'obligation personnelle, marquant la soumission et l'obéissance à Allah, suivant une liturgie exactement déterminée ; ce n'est pas un acte d'élévation de l'âme vers Dieu.
           Nul prêtre, nul intermédiaire n'existe entre le fidèle et Dieu.
           3 - Le jeûne (syâm) du mois lunaire de ramadan. C'est avec la profession de foi musulmane (chahâda), la plus strictement observée des obligations religieuses, par les Indigènes de ce pays. Pendant 29 ou 30 jours de la lunaison, marquée par l'apparition du croissant lunaire, tout musulman pubère des deux sexes doit s'abstenir, de l'aube au coucher du soleil :
           - de boire,
           - de manger,
           - de respirer des parfums,
           - de fumer, ainsi que
           - d'avoir des rapports sexuels.
           Bien des cas d'exemption de jeûne sont prévus :
           - maladies, voyages, menstrues etc. ;
           Mais les jours ainsi manqués sont remplacés à un autre moment.
           A part les pertes sanguines des femmes qui les mettent en état d'impureté légale, les autres dispenses ne sont généralement pas suivies en Algérie où beaucoup font même jeûner leurs enfants avant la puberté.
           4 " La dîme aumônière " ou zakât, comme " Purification " des biens, n'est plus considérée aujourd'hui que comme une obligation morale, une aumône que l'on fait quand on le peut, mais qui fut dans les tous premiers siècles de l'Islam un impôt légal.
           5 Le pèlerinage à la Mekke ou Hadj que tout musulman en état de fortune et de santé pour l'accomplir doit chercher à faire au moins une fois dans sa vie. En Algérie il n'y a qu'une très faible minorité de musulmans des deux sexes à satisfaire à cette obligation, même parmi les meilleurs croyants.

           L'Islam comme le Mosaïsme (ensemble des religions se référant au message religieux de Moïse) est surtout une religion d'hommes, chef civil du groupe familial c'est encore l'homme qui en est le représentant religieux.
           C'est à peine si, dans les villes (et pour ainsi dire jamais dans les campagnes), quelques rares femmes âgées fréquentent la mosquée pour la prière du vendredi, et encore sont-elles alors nettement séparées des hommes.
           C'est que, c'est aussi le cas de beaucoup d'hommes, de la plupart des ruraux notamment, la femme n'a pas le minimum de culture religieuse que comporte la liturgie de la prière.
           De plus tant à la suite de ses maternités fréquentes que de l'impureté mensuelle, elle n'est pas dans l'état requis pour accomplir l'oraison devant Allah
           Les cinq obligations que l'on vient d'énumérer constituent ce que les docteurs de la foi appellent les " piliers de la religion " (arkân ed dîn).

           La religion musulmane comporte encore d'autres prescriptions non moins impérieuses et très généralement observées bien que toutes ne datent pas de l'Islam primitif et ne figurent pas dans le Coran.
           A) Il y a d'abord les fêtes religieuses dont les principales sont :
           1 - L'Aïd el Kebir (la grande fête) qui est la " fête des sacrifices " et tombe le 10 du mois du pèlerinage à la Mecque, 12e mois de l'année musulmane.
           Elle comporte dans chaque famille le sacrifice d'un ou de plusieurs animaux :
           - ovins, caprins, bovins, camelins suivant un rituel déterminé et après une prière spéciale, avec prône vers huit heures du matin.

           2 - L'Aïd el esshîr " la petite fête " qui est celle de la rupture du jeune du ramadan. Outre la prière en commun analogue à celle de l'Aïd-el-Kébir, le rituel impose à chaque famille une distribution de blé ou d'orge aux pauvres, selon une quantité exactement fixée pour chaque personne que compte la famille.
           Ces deux fêtes sont chômées alors que le vendredi ne l'est pas (sauf durant le cours espace de temps de la prière du milieu du jour).
           Cependant dans toutes ces dernières années, et seulement dans quelques villes beaucoup de Musulmans, des commerçants surtout, manifestent une tendance à suspendre le vendredi toute activité commerciale et industrielle, comme le font les Israélites le samedi.

           3 - Le Mouloud (mawlid) " fête de la nativité " le 12 du troisième mois lunaire de l'année musulmane.
           Il s'agit de l'anniversaire de la naissance du prophète Mohamed, naissance dont personne ne sait la date du mois, ni même l'année.
           Comme le Noël chrétien, le Mouloud est surtout la fête des enfants. Il n'y a pas de rituel déterminé car il ne remonte pas aux premiers temps de l'Islam, à l'époque où fut fixée par le prophète et les premiers califes la législation religieuse. Au moyen âge, sous les gouvernements musulmans de l'Orient et de l'Occident le Mouloud fut l'occasion de somptueuses réunions littéraires et musicales en l'honneur du prophète, dans les palais des Rois et des Gouverneurs.
           Aujourd'hui on entrevoit des musulmans algériens qui tentent de faire revivre, à cette occasion, des réunions de ce genre, mais en leur donnant une allure plus spécialement religieuse.
           4 - Achoura ou Achour est une fête dont le sens est assez mal déterminé. Elle a lieu le 10, d'où peut-être son nom, de moharram qui est le premier de l'année musulmane. C'est encore une fête des enfants et des femmes.
           Beaucoup d'hommes jeûnent ce jour-là et même la veille, comme des textes juridiques le recommandent
           Dans bien des cas, la fête donne lieu à des manifestations de deuil et de tristesse : c'est donc ainsi une sorte de " fête des morts ".
           Et c'est enfin une fête du nouvel an musulman.
           Ces diverses fêtes sont d'ailleurs, surtout la dernière, chargées de rites de l'antique paganisme.
           b) Des usages, dont quelques-uns sont antérieurs à l'Islam et ne sont pas particuliers à cette religion, comme la circoncision des garçons (entre 5 et 7 ans) l'épilation des aisselles et des parties secrètes du corps, pour l'homme comme pour la femme sont des prescriptions religieuses unanimement respectées.
           C) des obligations négatives, des interdictions canoniques, surtout d'ordre alimentaire remontent au premier Islâm et encore plus loin encore.
           Notons d'abord que la viande n'est aliment licite que si l'animal a été égorgé selon le rite prescrit.
           Cette obligation n'existe naturellement pas pour les poissons, ni pour l'animal tué à la chasse ; mais dans ce dernier cas le chasseur doit au moment de tirer sur le gibier, prononcer la formule bismillâh " au nom d'Allah " comme il le fait en égorgeant un animal.
           La chair de certains animaux, notamment le porc est illicite.
           Le porc est peut-être le seul animal sur la chair duquel les musulmans de ce pays sont d'accord pour l'interdiction absolue.
           Pour d'autres (le chat, le chien etc.) certaines tribus musulmanes les considèrent comme licites (voir même le sanglier), mais d'une manière générale, quand il y a doute, le musulman préfère s'abstenir.

           L'interdiction formelle de l'ivresse par le Coran lui-même est entendue en Algérie dans le sens étroit d'interdiction du vin et de toute boisson alcoolique.
           Il n'empêche que l'Afrique du Nord a connu à toutes les époques des buveurs d'alcool, même parmi les princes et les souverains musulmans du moyen âge.
           Elle en compte encore aujourd'hui dans toutes les classes de la société indigène.
           Telles sont brièvement notées, croyances et obligations de l'Islâm primitif et officiel. Les indigènes de ce pays s'efforcent en général ce qu'ils peuvent, et c'est souvent bien peu, de ces prescriptions ; elles constituent pour eux une manière de discipline obligatoire vis-à-vis de Dieu, une soumission absolue à la volonté du Tout Puissant, ce qui est la signification même du mot Islâm.

           B) de bonne heure les doctrines mystiques, sous le nom de " soufisme " sont entrées dans l'Islâm avec tous les risques de panthéisme qu'elles comportent.
           Dès le XIe siècle de notre ère, et sous les disciplines obligatoires de la loi Allah (la charia) elles ont été admises dans l'orthodoxie, par d'éminents maîtres de l'Islâm, comme une doctrine d'amour divin et de pureté morale.
           Aussitôt arrivé en Afrique du Nord et en Espagne le soufisme y a rencontré un terrain favorable à son développement ; sous la poussée populaire il y a pris une remarquable ampleur et une forme très particulière.
           Au moyen d'exercices spéciaux et des macérations prescrite par la " voie " soufie (tarîqa) l'on pouvait atteindre la " vérité " divine (haqîqa) et par suite :
           - entrer en commerce avec Allah,
           - devenir son " ami ",
           - recevoir ainsi une parcelle de sa puissance permettant de faire le " miracle " et atteindre la Sainteté.
           - Plus que dans les autres parties du monde musulman, le soufisme, en Afrique du Nord, a trouvé son expression dans les confréries religieuses et dans le culte des Saints.

           1. La confrérie religieuse est née de ce fait que, dans sa marche vers Dieu, l'apprenti soufi ne pouvait être abandonné à lui-même.
           2. Il devait suivre les enseignements et les prescriptions d'un maître (cheikh), son directeur de conscience, son guide dans la " voie " des exercices de dévotion et de macération.
           Après avoir franchi les étapes de la " voie " en passant par les " états " mystiques (hâl) successifs, il recevait du maître, la khirqua, virtuelle ou réelle, qui est le manteau, misérable et rapiécé du soufi : c'est le symbole de la transmission par le cheikh à son disciple du " pouvoir " et de la " science " mystiques. Le cheikh installé dans sa demeure, Son ermitage, sa zawîya, comme on dit, avec :
           - sa famille, ses enfants, ses serviteurs,
           entouré de ses disciples, est un saint personnage dont la réputation s'étend plus ou moins aux alentours.
           On vient le visiter et rechercher sa précieuse invocation, sa baraka bienfaisante.
           A sa mort il est enterré là.
           Sa sainteté s'accroît et aussi la liste de ses miracles, tandis qu'un :
           - de ses fils,
           - de ses proches,
           - voire de ses disciples reprend la direction de la zawîya et de l'enseignement mystico-islamique.

           Il advient même que sans avoir fréquenté ni connu le cheik, on peut se réclamer de lui et de ses directives, par l'intermédiaire de l'un de ses disciples distribuant l'enseignement du " maître " en pays éloigné.
           Ainsi doit-on concevoir l'origine imprécise des ordres religieux du mysticisme musulman.
           Ceux dont l'origine est la plus ancienne dans ce pays sont ceux des qâdirîya qui se donnent pour fondateur le " patron " de Bagdad, celui que l'on nomme ici le " sultan des Saints ", Sidivabd-el-Kader el Gilâni, un persan de Gilan, lequel mourut en 1166 de Jésus-Christ puis ceux des Châdilîya que l'on fait remonter au grand saint berbère des Rifains, Sidi Abdesselâm Ben Mchîch, assassiné en 1227.

           Ce fut un disciple de celui-ci, Abou el Hassan Echchâdili qui institua et organisa la première confrérie de cet ordre.
           On observera en passant que les deux grands saints dont se réclament ces ordres mystiques, le persan et le berbère, passent aujourd'hui pour chérifs authentiques. Depuis les XIIème - XIIIème siècles le nombre des filiales de ces deux ordres, ainsi que les branches dissidentes qui en sortirent se multiplièrent dans l'occident musulman. De nouvelles confréries naquirent et naissent encore aujourd'hui.

           Ce fut surtout au Xve - XVIe siècles de Jésus-Christ que le soufisme des confréries avec El-Djazoûli en particulier donna au grand mouvement religieux et populaire du Maroc son double caractère maraboutique et chérifien.
           L'intense propagande religieuse et soufie d'alors donna au Maroc le gouvernement des chérifs et au reste de l'Afrique du Nord une nouvelle conception socio-religieuse de la tribu rurale : un marabout, bien souvent un chérif ou prétendu tel prend, dès cette époque, la place de l'ancêtre éponyme (qui donne son nom à) de la tribu ou de ses fractions.

           On n'attend pas de cette notice très brève :
           - des détails sur l'organisation actuelle des confréries musulmanes berbéro-arabes,
           - sur les rapports du cheik avec ses représentants dans les filiales plus ou moins éloignées et avec les autres membres de l'ordre,
           - sur les dons, offrandes et contributions diverses,
           - sur les exercices avant et après l'initiation,
           - les récitations du hizb (partie d'un chapitre du Coran) et du dhikr, (pratique du courant soufiste consistant à invoquer le nom de Dieu pour en rappeler le souvenir),
           - les chants et danses rituels,
           - les jeûnes et macérations imposés aux " frères " et aux " sœurs "…

           Tout ceci on le trouvera dans les ouvrages spéciaux ; encore que bien des points de la vie des confréries restent obscurs et que des ouvrages d'ensemble comme ceux de :
           - Rinn,
           - de Depont et
           - Coppolani déjà anciens, soient à reprendre..

           Retenons seulement ici que le chef de la confrérie, qui passe pour détenir la grâce divine, la baraka, est devenu, pour la masse inculte des frères, une puissance supra humaine, dépassant même le niveau d'un intermédiaire ou d'un substitut Allah
           Le rôle de représentants de Dieu qu'ont avant tout les cheiks des confréries, dans la doctrine soufie a radicalement transformé le concept de l'Islâm officiel, religion sans prêtres, en établissant pour le fidèle le contact avec Dieu, en mettant Allah à la portée du plus humble et du plus fruste des croyants.
           Ceci suffit à expliquer le succès des ordres religieux musulmans chez les Berbéro-arabes.

           2. Le culte des Saints a la même origine soufie que les confréries religieuses.
           Si tous les cheiks des confréries mystiques sont considérés comme des Saints, ils ne sont pas les seuls à jouir de cette qualité.
           Le Saint est un personnage, homme ou femme, qui, touché par la grâce divine, s'est élevé au-dessus du monde terrestre.
           Devenu un " ami " Allah (un wali) il est un intercesseur puissant et un thaumaturge (personne faisant des miracles).
           De grands soufis, comme le célèbre Abou Medyan, enterré à Tlemcen en 1197, ont été, pour les clercs musulmans et pour le peuple que ceux-ci guident, les premiers Saints de l'orthodoxie islamique.
           Ainsi l'admission au XIIe siècle du soufisme dans l'Islâm a permis la consécration du culte des Saints, si cher aux Berbéro-arabes qu'il a trouvé ici sa terre d'élection. Il y constitue à lui seul l'essentiel de la religion de nombreux musulmans, de la plus grande partie des femmes et de la quasi-totalité des enfants.

           Le Saint, surtout quand il est mort, symbolise aux yeux du peuple la puissance divine ; il est à la portée de l'entendement et du sentiment du fidèle, tandis Allah est lointain et abstrait.
           Aussi bien, si le lettré dans le Saint, voit un intercesseur auprès Allah, l'homme inculte, la femme entièrement ignorante conçoivent leurs Saints qui n'est pas pour eux forcément un humain, vivant ou mort, mais peut aussi bien être :
           - un arbre,
           - une source …
           Comme une puissance autonome, indépendante du Dieu de l'Islâm. Autrement dit, le Saint ou son tombeau,
           - tel arbre,
           - telle source,
           - tel rocher,
           ne sont que supports matériels d'une force divine, d'un esprit producteur d'un fluide bienfaisant, la baraka qui fait tout réussir et dont il importe de capter une parcelle à son profit.

           De la sorte, le vieux paganisme n'a pas cessé d'exister à travers les monothéistes. Les Saints, ici comme ailleurs, sont les successeurs des Dieux.
           Ils l'ont été avant leur admission dans la religion musulmane, ils le demeurent après. Le culte des Saints, à l'encontre de ce qui se passe pour les autres obligations de l'Islâm ne comporte aucun rituel officiel.
           Il est dicté aux fidèles du sanctuaire par des usages traditionnels et très anciens ainsi que par leur propre inspiration.

           Dans tous les cas les conditions du pèlerinage au sanctuaire traduisent la double idée de baraka à recueillir et " d'interdictions ", le harâm " l'interdit " (correspondant au tabou des sauvages) constituent les précautions à prendre pour entrer en contact avec les forces mystiques, c'est-à-dire avec le " sacré " qui s'exprime en arabe par le même mot harâm.
           - Sanctuaire et tout son mobilier,
           - territoire immédiatement voisin,
           - bois sacré,
           - puits,
           - source s'il en existe là , le tout constitue le horm à la fois sacré et interdit à quiconque n'est pas animé d'une pieuse intention (nîya).

           Nul en ces lieux ne saurait s'approprier quoi que ce soit, même du bois mort, pour un usage profane, sans encourir la juste colère du Saint. Les Saints en Berbérie sont innombrables et le peuple en crée sans cesse de nouveaux.
           A côté des grands Saints qui ont l'estampille de l'orthodoxie musulmane, il en est donc une foule d'autres qui sont d'un degré moindre et qui ne comptent même pas pour les lettrés : ils ont été créés par le peuple, pour son usage.
           C'est dans la première catégorie que se recrutent notamment les " patrons "
           - des villes,
           - villages,
           - tribus.

           Leur pouvoir tutélaire s'étend à tout le territoire dont ils sont maîtres (moul-el-bled) ; leur puissance est généralisée.
           Étant des amis de Dieu ils peuvent accorder tout ce qu'on leur demande. Tous ces Saints, grands et petits, ont leurs clients qui les visitent, leur apportent des offrandes en échange des demandes qu'ils leur adressent.
           - On leur égorge des victimes,
           - on leur brûle de l'encens, des bougies ou des cierges,
           - on donne quelque argent au moqaddem (délégué de quartier) qui s'occupe du sanctuaire et des pèlerins ; mais surtout, l'on s'imprègne de la baraka qui émane en ces lieux, de toute chose, en baisant :
           - les portes, les grilles, les murs du sanctuaire.

           Les étoffes qui le garnissent, en se faisant sur telle ou telle partie du corps une onction avec l'huile des veilleuses, en buvant quelques gorgées de l'eau du puits ou de la source voisine, eau que l'on mélange parfois avec un peu de terre prise sur un saint tombeau.
           On emporte même, dans un nouet linge dans lequel, en général, on fait infuser des plantes) un peu de cette terre bénie, véhicule certain de la baraka.
           On reste en contact magique avec le Saint en lui faisant quelque ex-voto, quelque étoffe ou objet que l'on dépose dans un lieu sacré, ou des lambeaux du haïk, du vêtement que porte le pèlerin et qu'il accroche :
           - à l'anneau de la porte,
           - au grillage de la fenêtre,
           - aux branches de l'arbre…
           Ainsi s'accomplissent dans ces sanctuaires de l'Islâm nord-africain, des rites de magie et de religion que, sans en comprendre le sens, les pèlerins berbéro-arabes exécutent, suivant une tradition permanente remontant à un très lointain paganisme. 3. Magies et survivances païennes ne se retrouvent pas seulement dans les usages de culte des Saints. Magie blanche et magie noire sont en honneur chez les Berbéro-Arabes. Religion et magie voisinent ici depuis des siècles ; tantôt elles se complètent, tantôt elles se combattent.

           Quand Allah tarde trop à exaucer le vœu du fidèle, celui-ci tente de force l'évènement à se produire, par l'intervention du sorcier, par les pratiques et les incantations de la magie.
           Amulettes et talismans, magiciens et magiciennes, sorciers et sorcières ont leur rôle : il est considérable.
           Sont magiciens sorciers : le Tâleb de Coran, qui dispose des versets et des mots du " livre de Dieu " et passe aussi pour connaître la Khanqatîra (magie blanche) et le sihr (magie noire) ; le nègre qui a commerce avec les esprits des ténèbres ; les membres de certaines confréries religieuses (Aïsaoua, etc.) qui à la suite de leurs danses rituelles ont des transes comme s'ils étaient possédés par un esprit.
           La femme, magicienne née, est bien souvent, quand elle est vieille, une sorcière redoutée. Chacun d'ailleurs peut utiliser, dans une certaine mesure, par exemple les gestes de magie sympathique, selon la croyance des sauvages que le semblable provoque le semblable :
           - Jeter de l'eau pour provoquer la pluie,
           - percer d'une aiguille l'effigie ou l'image d'un ennemi pour faire souffrir cet ennemi…
           - Envoûter quelqu'un,
           - nouer l'aiguillette le jour du mariage,
           - empêcher une jeune fille de trouver un mari,
           - une femme d'avoir des enfants…
           sont de monnaie courante.

           Mais ce qu'un sorcier peut faire, un autre le peut défaire et chasser les esprits méchants qui causent tous les maux.
           C'est que le monde pour le Berbère a, de tout temps, été peuplé d'esprits subtils, les uns bons, les autres, et c'est le plus grand nombre mauvais et malfaisants :
           - Se concilier les premiers,
           - se protéger contre les seconds (par des amulettes, des applications de henné, etc.)
           - arriver même à les dominer dans certains cas telle est encore la constante préoccupation de l'humain.

           Les Arabes d'ailleurs sont arrivés dans ce pays avec une conception analogue ; leurs démons s'appellent les djînns ; ils existaient dans l'ancienne Arabie et le Prophète Mohammed les a conservés.
           Ces esprits djinns sont partout mais ils affectionnent surtout :
           - les dépôts d'ordures ou de sang,
           - les grottes et les lieux sombres,
           - les égouts, les eaux, les puits…

           Bien qu'ils puissent prendre la forme de certains animaux ou d'hommes (nègres) ils sont invisibles, insaisissables. Il faut se garder de leur faire le moindre mal, car:
           - ils se vengeraient cruellement,
           - de les blesser en jetant de l'eau,
           - en donnant des coups,
           - en faisant des mouvements brusques et violents.

           On évite même de prononcer leur nom. On les désigne par des eulogies :
           - les croyants,
           - les musulmans,
           - les maîtres de la maison….
           - On bien simplement par, ces gens-là pour ne pas éveiller leur attention ou les froisser.
           A ceux de la maison, des champs de céréales etc..
           - On fait des offrandes de nourriture sans sel, de menus animaux (poules ou coqs surtout) qu'on leur offre en sacrifice,
           - on leur brûle de l'encens ou bien
           - on les éloigne,
           - on les chasse par des procédés divers,
           - des cris,
           - des coups de feu,
           - la flamme d'une veilleuse ou d'une bougie,
           - des objets en fer ou encore simplement par la formule musulmane, bismillâh " au nom de Dieu ".
           Mais s'il s'agit de dominer les djinns, par exemple, pour leur enlever un trésor, dont ils sont, dans quelque grotte, les gardiens vigilants, il faut un sorcier, ou quelque tâleb spécialisé qui sait la technique, les rites et incantations à employer en la matière.
           Encore faut-il ne rien omettre dans l'ordre et la succession des rites car si l'opération échoue, on encourt la colère du djinn et il ne vous manque pas.
           Tout ceci est très ancien ; et l'Islâm n'a fait qu'apporter au sorcier taleb quelques mots, surtout du Coran, qui, mêlés aux :
           - mots,
           - lettres et
           - signes de la sorcellerie, servent à la rédaction d'amulettes et aux formules des incantations magiques.
           La fidélité à garder d'antiques traditions se retrouve dans bien d'autres manifestations magico-religieuses.

           Les plus typiques de ces survivances sont celles qui se rapportent à l'agriculture et à l'élevage et qui constituent notamment les fêtes et coutumes saisonnières.
           Ce qui marque assez bien que l'on n'est pas plus dans la religion musulmane c'est que ces cérémonies sont déterminées par des moments du calendrier solaire et non lunaire.
           Et le calendrier suivi est le calendrier julien, en retard de 13-14 jours de notre calendrier grégorien.
           L'année agricole commence par les semailles de l'automne dont le début est marqué un peu partout par des usages antiques, des rites magiques ayant pour but de provoquer une bonne récolte d'épis bien garnis, de repas communiels auxquels sont associés les esprits de la terre, et ou les saints locaux…
           Le premier janvier (12-13 janvier de notre calendrier) est l'occasion, même dans les villes, de cérémonies païennes plus ou moins islamisées parfois, il s'appelle Ennayer (Iannuarius).

           Le printemps est également fêté de diverses façons : Selon les régions, dans les campagnes et aussi dans certaines villes. Il comporte parfois les survivances d'un vieux carnaval berbère.
           La fin d'avril et le début de mai sont marqués par :
           - des us, coutumes,
           - croyances relatifs au Nîsân et à sa pluie bénie.
           Puis vient le solstice d'été correspondant à la Saint Jean (Baptiste) avec ses rites de feux spéciaux dont la flamme, cendre, fumée de purification, comme aussi les aspersions d'eau et les baignades rituelles qui, en outre, doivent assurer les pluies nécessaires au pâturages et aux récoltes.
           - La moisson,
           - le dépiquage,
           - l'ensilage des céréales donnent lieu à des rires antiques.

           Cet aperçu très sommaire et nécessairement incomplet n'a d'autre objet de que de signaler ici l'attachement des Indigènes musulmans aux très anciennes pratiques magico-religieuses de leurs ancêtres d'avant l'Islam.
           Ces manifestations qui généralement ne sont pour eux que des rites traditionnels, vidés de la croyance qui les avait fait naître, ont pu ainsi être parfois déplacées.
           On notera par exemple que divers groupements indigènes ont reporté un certain, nombre de ces coutumes saisonnières aux époques, à date variable dans le calendrier lunaire, de fêtes musulmanes comme l'Aïd el Kébir ou Achourâ.
           Ce faisant, peut-être ont-ils pensé unir à l'Islam des traditions qui leur sont chères bien que remontant au plus pur paganisme.

           II. La législation civile musulmane donne ici sa forme à la famille et à la société, pour la plus grande partie des Berbéro-Arabes ; car le droit coutumier berbère n'existe plus que dans un petit nombre de tribus rurales (au Maroc surtout) et son domaine se réduit encore sous nos yeux.
           On a noté ci-devant les caractères de cette législation familiale, dan l'article sur les Berbères. La vie familiale et sociale de nos indigènes algériens est donc réglée par la loi religieuse musulmane.
           La famille est fondée sur l'inégalité des droits, la polygamie (bien des gens assurent, un peu légèrement, que la polygamie n'existe plus chez les Indigènes algériens. Les statistiques officielles donnent un démenti à cette assertion. C'est ainsi qu'en 1932, pour 16.208 mariages monogames, on relève 5.59 mariages polygames : en 1933, 19.448 monogames contre 5.448 polygames.
           Ces chiffres sont éloquents,) le droit de correction corporelle du mari sur ses femmes et de répudiation de celles-ci à sa seule volonté, ainsi que sur le droit de contrainte matrimoniale du père sur les enfants mineurs et même sur les filles majeure en droit malékite (l'une des quatre écoles classiques du droit musulman sunnite).

           Le droit de concubinage du chef de famille avec ses femmes esclaves (admis par la législation musulmane, les droits à la succession du père par les enfants de la concubine étant les mêmes que ceux des enfants légitimes) a disparu au moins théoriquement en Algérie avec l'esclavage du fait de la conquête française.
           Le chef de famille est donc le chef absolu du groupe familial ; il jouit, peut-on dire, de tous les pouvoirs et représente la famille tant en religion que dans la vie civile et sociale.
           Sur un point seulement, la femme mariée semble plus favorisée que la femme occidentale même, puisque la loi musulmane l'autorise à faire valoir elle-même ses biens propres et à disposer de ses revenus.
           Toutefois l'exercice de ce droit semble illusoire ; à a ville elle ne peut quitter la maison que voilée et avec l'autorisation maritale ; à la campagne, bien que vacant dévoilée à ses travaux au dehors, elle est d'une ignorance totale ; à la ville le plus souvent elle n'est représentée en justice que par l'intermédiaire d'un mandataire mâle.
           La femme musulmane n'acquiert une certaine liberté juridique que lorsqu'elle est veuve.
           En effet elle ne quitte la tutelle paternelle que pour passer sous l'autorité maritale.
           Le premier mariage est un contrat civil passé entre les pères ou tuteurs des futurs conjoints ; ils en décident librement les conditions en présence de deux témoins et fixent le montant du " don nuptial " (sadaq) obligatoire, que versera le père du marié au père de la mariée.
           Et bien souvent ce contrat se passe dans une mosquée en présence d'amis, ce qui lui donne un semblant de valeur religieuse.
           Si par la suite le mari répudie sa femme, il abandonne le don nuptial.
           Celui-ci réunit aujourd'hui les qualités de l'ancien mahr ou " don de réciprocité " de compensation, consacrant l'unité de deux familles (comme le mohar israélite) et l'ancien sadaq qui était un " don volontaire " du fiancé à la fiancée, l'équivalent du mattam (don) israélite.

           Ainsi constituée et régie la famille musulmane, cellule constitutive du corps social apparaît fragile et peu cohérente.
           L'ignorance dans laquelle sont l'un de l'autre les conjoints avant leur mariage, n'est pas une garantie de bonne harmonie du ménage ; l'existence de la jeune femme dans la maison des parents de son mari (à la ville surtout) sous la surveillance, souvent peu bienveillante de la belle-mère n'est pas toujours gaie.
           La répudiation toujours possible est pour la femme une menace qui ne l'incite pas à tenir avec économies les intérêts de la maison ; elle cherche plutôt à faire faire à son mari des dépenses dont elle profitera personnellement :
           - vêtements,
           - parures,
           - bijoux, surtout s'il y a plusieurs épouses. Telle est la règle en droit.
           En fait elle subit bien des tempéraments ; Le nombre de musulmans monogames et des ménages très unis est considérable.

           Les enfants jouissent d'ordinaire de l'affection de leurs parents.
           Pourtant leur éducation laisse passablement à désirer, même dans la bourgeoisie. Elle appartient dans la première enfance à la mère généralement ignorante et dont l'existence est bornée aux choses de la maison.
           Même dans la meilleure société, la mère n'ayant :
           - aucune culture,
           - pas la moindre notion d'hygiène et de puériculture, n'est en rien préparée à donner à ses enfants les soins nécessaires à former leur esprit et leur cœur.
           S'il s'agit d'un garçon, le père, lorsque l'enfant arrive à l'âge de huit à dix ans, lui donne, lorsqu'il en a le temps et s'il le peut lui-même,
           - quelques notions des usages,
           - de la façon de prier,
           - de saluer,
           - de manger etc.
           Mais il se sent peu qualifié comme éducateur et ne sait assurer son autorité sur ses fils qui lui cachent à peu près tout ce qu'ils font et qui n'ont pour lui qu'un respect plus formaliste que réel.

           On peut imaginer ce qu'est l'éducation des enfants et la vie familiale lorsque le père a plusieurs femmes.
           Celles-ci se haïssent sincèrement les unes les autres ; chacune cherche par tous les moyens (surtout magiques) à capter la confiance du " maître " et à perdre ses concurrentes dont chacune est sa dorra " sa calamité " comme elle l'appelle d'un nom particulièrement significatif.
           Naturellement les enfants, nés de ces divers lits sont dressés, dès leur jeune âge, les uns contre les autres.
           Comme tous sont égaux en droit successoral, chacune des femmes cherche à retirer pour ses enfants la plus grosse part des faveurs paternelles.
           Celles-ci se manifestent parfois, de la part du père, par des déclarations d'immobilisation de biens au bénéfice de tels ou tels de ses fils.
           On vient de dire que les enfants d'un même père sont également traités par le droit successoral ; encore faut-il tenir compte du sexe, car le garçon dans le partage des biens du père, reçoit une part double de celle qui est attribuée à la fille.

           Ainsi peu ou pas dirigé dans sa famille, par des parents qui ne savent le plus souvent prendre aucun ascendant sur lui, l'enfant s'élève seul, au milieu de ses petits camarades en s'inspirant plus ou moins de l'exemple de ses parents et de ses proches.
           Il acquiert ainsi une certaine habitude des usages et des mœurs, des principes de civilité qu'il appliquera ensuite dans ses rapports familiaux et sociaux.
           - Selon son intelligence, plus ou moins ouverte,
           - son activité plus ou moins grande,
           - sa nature plus ou moins bonne,
           - il se fera une existence qui sera bien plus son fait que celui de l'orientation qu'il aura pu recevoir de ses parents.

           Chez les gens du peuple, en dehors du don nuptial qu'il reçoit à l'occasion du mariage de ses filles, le père cherche à tirer tout ce qu'il peut du travail de ses enfants, garçons et filles, soit en les employant aux travaux des champs et des troupeaux chez les ruraux, soi, chez les citadins, en leur donnant de bonne heure un métier ou une profession.

           C'est surtout à l'école primaire française, spéciale aux Indigènes, fréquentée déjà par les garçons et quelques milliers de fillettes, qu'il appartient, en donnant à ceux-ci la connaissance de notre langue pour les rapprocher de nous :
           - de leur distribuer une instruction adaptée à leurs besoins et
           - de contribuer à leur éducation.
           - Cette école, partant du plan traditionnel de la vie indigène, doit y apporter, avec à propos, les améliorations morales, les transformations possibles et progressives qu'elle comporte dans le domaine matériel et intellectuel.
           Le but est de faire évoluer prudemment ces sociétés indigènes, car on ne saurait transformer brusquement et à coups de règlements leurs concepts archaïques, en vue des conditions nouvelles de vie et de milieu qui sont celle de l'Algérie du XXe siècle dans lesquelles elles sont appelées désormais à se développer.

           Il est à peine besoin de dire qu'une telle œuvre d'instruction et d'éducation nécessite de la part des maîtres :
           - une connaissance minima des indigènes,
           - de leur religion,
           - de leurs mœurs et
           - de leur coutumes.

           Si l'école française, spéciale aux indigènes musulmans peut avoir une heureuse influence grâce à l'instruction et à l'éducation qu'elle distribue à l'enfance, elle ne constitue du moins que l'un de ces multiples éléments du programme de la France, en vue du relèvement :
           - matériel,
           - moral, intellectuel et
           - social, des populations indigènes, dont elle a été jusqu'ici la tutrice attentive.

           L'objet de ces lignes n'est point :
           - de tracer le programme de la politique indigène suivie en Algérie, moins encore en Afrique du Nord, par la Métropole,
           - ni d'en souligner les bons et les mauvais côtés.
           On constatera seulement que, après bien des tâtonnements en Algérie, la France s'en est finalement tenu à une politique d'association, la perspective de fond étant une assimilation progressive de l'élément indigène en vue d'une fusion très lointaine avec l'élément européen.
           Or d'après ce que l'on vient de dire de la législation civile musulmane, c'est celle-ci, à cause de son caractère anachronique, excluant notamment la femme de tout rôle social qui apparaît comme le principal obstacle aux tentatives d'évolution des Indigènes vers la norme moderne de la civilisation occidentale.
           C'est cette législation archaïque, admise dans son sens le plus étroit, non les dogmes et les pratiques cultuelles de l'Islam, c'est-à-dire la religion proprement dite qui s'oppose à la fusion des éléments indigène et européen de l'Algérie.
           C'est ce qu'a compris, pour mettre son pays sur le plan de la civilisation occidentale, l'actuel dictateur de la Turquie, en imposant aux Musulmans de ses États le code civil suisse.

           La France ne veut ni ne peut en faire autant en Algérie pour son propre code civil.
           Par la loi du 4 février 1919, elle a largement ouvert, aux Indigènes algériens qui le désirent l'accession à la pleine citoyenneté et à la législation civile française en même temps.
           Quand ceux des intellectuels musulmans formés dans nos lycées et nos universités, qui sont de langue et de culture françaises désirent sincèrement gravir avec la France les degrés de la civilisation moderne auront compris que c'est là et non dans les droits électoraux ou une pseudo assimilation politique aux Français, sans abandon par eux des formes périmées de l'organisation familiale qu'est la voie à suivre, la fusion des éléments franco-musulman de ce pays sera bien près de se faire. Toute mesure prise par le gouvernement français pour rapprocher de nous les Indigènes algériens et les mettre à même à s'élever au niveau de notre civilisation, mais qui n'impliquerait pas d'abord une assimilation de le cellule familiale, élément essentiel d'évolution de toute société humaine, sera vouée à l'échec.

           Que de leur côté les intellectuels musulmans algériens qui sont sincèrement épris de l'Islâm et qu'ils ne se montrent pas plus attachés à leur législation civile de la famille, ce qui est affaire temporelle et non pas spirituelle, qu'à l'exercice de la prière devant Allah, si négligée par eux, bien qu'elle constitue l'un des devoirs essentiels de leur religion et la question qui divise encore Indigènes et Européens de ce pays aura trouvé sa vraie solution.
           Quant au rêve d'indépendance et de rejet de la tutelle française en Algérie qu'entrevoient quelques Indigènes, on se bornera à y répondre ici par cette opinion d'un journaliste musulman, cité par A.G. Bouvreuil, en conclusion d'un article paru dans le Bulletin du Comité de l'Afrique française (novembre 1939, p 590) :
           - " Un État ?
           - Un royaume (indigène de l'Algérie) ?
           - Et avec quoi ?
           Au bout de dix ans, la moitié des nôtres aurait péri de misère, de typhus et de la peste, ou par des voies plus rapides du baroud et de l'assassinat. "
Encyclopédie coloniale et maritime.
Alfred Bel, ancien directeur de la Medersa de Tlemcen.
Algérie et Sahara sous la direction d'Eugène Guernier,
chargé de cours à l'Institut d'Études Politiques
de l'Université de Paris


PHOTOS DE BÔNE
Envois par divers lecteurs

ENTREE PLAGE CHAPUIS


PLACE DES GARGOULETTES




PLAGE FABRE





LE MIRAMAR




PLAGE SAINT-CLOUD





PLAGE TOCHE




Les conséquences des décrets Crémieux
Envoi de M. Christian Graille

           On dit souvent que le décret Crémieux a éloigné les musulmans algériens de la France et a été l'élément déterminant des soulèvements de 1871 en Algérie.
           Remarquons tout d'abord qu'il n'y a pas eu un seul décret du 24 octobre 1870, mais quatre tous présentés par Adolphe Crémieux.
           - L'un deux, nomme à de hautes fonctions dans l'administration de l'Algérie,
           - un autre y crée quatre cours d'assises et précise le mode de constitution des jurys populaires.

           Mais les deux autres ont, chacun en ce qui le concerne, une importance capitale.
           Commençons par revenir en arrière.
           Lors de sa capitulation en juillet 1830, le Dey d'Alger signe un document rédigé sous la dictée du général de Bourmont, document qui précise entre autres que la religion et les coutumes des Algériens seront respectées "
           Le texte intégral de ce document a été approuvé par le Roi Charles X et a été publié au Moniteur Universel dans sa partie officielle et ce dans les premiers jours du mois d'août 1830.
           Il prend donc force de loi en France et on peut l'on peut l'assimiler à un traité international. Louis Philippe n'est jamais revenu sur cet acte.
           Lors de la discussion sur la Constitution à donner à la seconde République, il a été proposé qu'on adjoigne au début de son texte un article proclamant que " l'Algérie est partie intégrante de la France. "
           Lors de la discussion de cet article en juin 1848 à l'Assemblée Nationale, le général Lamoricière s'est vivement opposé à son adoption, disant en substance que la nature même de la population algérienne interdisait pour très longtemps de rendre automatiquement applicable en l'état, la totalité de la législation française et qu'il faudrait y apporter des modifications pour pouvoir la transposer en Algérie.

           La voix du général Lamoricière fut entendue et le mot " intégrante " ne fut pas inscrit dans la constitution.
           Donc, depuis l'origine et jusqu'en 1860, l'Algérie est une terre française administrée par l'armée et soumise à un régime qui tient compte, au mieux, de l'obligation de respecter la religion et les coutumes des Algériens indigènes.
           A partir de cette date de 1860, la politique dite du royaume arabe avec d'abord le cantonnement puis le ralentissement sérieux de la création de centres de peuplement et de la colonisation individuelle n'ont pu que conforter les musulmans algériens dans la certitude que jamais la déclaration du général de Bourmont ne serait oubliée.
           Le sénatus-consulte du 14 juillet 1865 permet aux indigènes algériens d'accéder à la citoyenneté française complète.
           Il faut bien reconnaître que ce texte n'obtint pas du tout le succès désiré.

           En fait de 1866 à 1870, le Bulletin des Lois publie les décrets accordant la pleine citoyenneté française à 148 Juifs et 123 Musulmans algériens.
           En revanche durant la même période sont naturalisés Français 199 Juifs marocains. L'effondrement de l'Empire entraîne avec lui de lourdes pertes humaines subies par les Turcos (en Alsace en particulier) et les spahis.
           Les unités algériennes payent un lourd tribut au cours de combats défensifs qui précèdent le siège de Metz.
           Et puis arrive l'annonce de la publication des décrets Crémieux. Le premier modifie complètement l'esprit du gouvernement de l'Algérie qui cesse d'être un territoire dont l'administration est, sauf rares exceptions, sous les ordres d'un militaire de haut rang. A
           partir de ce jour les trois départements de l'Algérie deviennent pratiquement indépendants les uns des autres et sont directement rattachés à la Métropole, le gouverneur général civil ne coordonnant pratiquement plus que les problèmes de colonisation.

           L'Algérie est devenue dans les faits " partie intégrante de la France ".
           On peut donc craindre que dans un très bref délai les lois faites pour la métropole ne soient appliquées sans précaution aucune en Algérie.
           De plus, la population algérienne devient, par un coup de baguette magique, formée de citoyens de droit commun.
           Cette transformation est un viol manifeste de la déclaration du maréchal de Bourmont. On a délibérément bousculé la religion et les mœurs d'une partie des Algériens. Alors, qui nous dit, à nous musulmans, que demain un texte analogue ne nous imposera pas d'abandonner notre statut individuel coranique pour nous obliger à vivre sous les lois édictées par le code civil français ?
           Evidemment, une telle menace est insupportable aux yeux de nombreux musulmans ajoutée à la déconvenue que certains chefs de " grandes tentes " tels Mokrani, Ben Gana ou bien d'autres, ont ressentie après l'abandon du rêve du royaume arabe et l'on comprend le déclenchement des révoltes de 1871.

           Les révoltes ont été matées mais, pour les musulmans, sont restées la vexation d'avoir été moins considérés que les Juifs et surtout la constatation que la France avait joyeusement renié sa parole solennelle et que, par conséquent, on ne pouvait plus lui faire entièrement confiance, surtout en matière de statut individuel.
           Isaac-Jacob Crémieux plus connu sous le nom d'Adolphe Crémieux, né le 30 avril 1796 à Nîmes, de parents " juifs du pape " vivant à Carpentras. Il fut ministre de la justice du 4 septembre 1870 au 17 février 1871 et député du département d'Alger de 1872 à 1875.

           Les deux plus importants décrets Crémieux (24 octobre 1870
           N° 136 : " Les Israélites indigènes des départements de l'Algérie sont déclarés citoyens français ; en conséquence leur statut réel et leur statut personnel seront, à compter de la promulgation du présent décret, réglés par la loi française, tous droits acquis jusqu'à ce jour restant inviolables.
           Toute disposition législative, tout sénatus-consulte, décret, règlement ou ordonnance contraires sont abolis. "

           N° 137 Art.1 - " La qualité de citoyen français réclamée en conformité des articles 1 et 3 du sénatus-consulte du14 juillet 1865 ne peut être obtenue qu'à l'âge de 21 ans accomplis. "
           Art 11 - " L'indigène musulman qui veut être admis à jouir des droits de citoyens français doit se présenter en personne devant le chef de bureau arabe de la circonscription dans laquelle il réside, à l'effet de former sa demande, et de déclarer qu'il entend être régi par les lois civiles et politiques de la France. Il est dressé procès-verbal de la demande et de la déclaration. "
           Les autres décrets statuent notamment sur :
           - la fin de l'administration militaire en Algérie,
           - l'interdiction de la polygamie aux Juifs,
           - celui du 25 novembre 1870, réformant l'usage de la peine capitale.
" Mémoire vive "
Revue du Centre de Documentation Historique sur l'Algérie
C D H A N° 48 2e trimestre 2011

L'Armée d'Afrique.
Envoi de M. Christian Graille

           Le 14 juin 1830, débarquait sur la plage de Sidi-Ferruch le corps expéditionnaire français fort de 35.000 hommes environ :
           - Artillerie : 2.327 soldats,
           - génie : 1.310,
           - infanterie : 30.852,
           - cavalerie : 534.
           Le commandement et la troupe ignoraient tout :
           - du pays,
           - du climat,
           - des Indigènes.
           Si les pertes au combat furent légères, la maladie fit mourir en deux mois 800 hommes. Et le moral baissa alors que les températures augmentaient.
           Le maréchal de Bourmont, commandant de l'expédition s'en inquiéta et envisagea la formation de corps d'auxiliaires indigènes qui non seulement permettraient d'augmenter les effectifs de l'armée mais favoriseraient également le rapprochement entre les métropolitains et la population locale.
Les Zouaves.

           Le lieutenant général de police d'Alger, écrivit à Bourmont :
           " la tribu des Zouaoua fournissait aux Turcs des soldats enrôlés par l'intermédiaire de leur représentant à Alger Ce représentant ayant offert ses services aux Français, il proposait la constitution d'un corps qui serait immédiatement engagé au service de la France contre les habitants des campagnes insoumis. "
           Dès le 23 août, Bourmont pouvait annoncer au ministre de la guerre que 500 zouaves étaient déjà réunis à Alger.
           Son successeur le général Clauzel prenait un arrêté le 1er octobre 1830 pour officialiser la création de ce corps indigène : il était formé de deux bataillons de zouaves, à six compagnies, et d'escadrons à cheval qui deviendront ensuite " les chasseurs indigènes " avant d'être absorbés en 1831 par " les chasseurs d'Afrique ", qui compteront dans leurs rangs des indigènes et des Français.
           L'uniforme créé par le commandant Duvivier, comportant les célèbres culottes bouffantes resserrées aux chevilles.
           Les hommes du 1er bataillon étaient coiffés d'un turban rouge, ceux du 2e d'un turban vert.
           A partir de 1854, Napoléon III décida d'utiliser ces régiments, de l'armée d'Afrique, notamment les zouaves, partout où l'armée française serait engagée :
           - Crimée,
           - Italie,
           - Chine,
           - Mexique,
           - France.
Les chasseurs d'Afrique.

           Le 17 novembre 1831, étaient créés deux régiments de cavalerie légère, le 1er et le 2e régiments de chasseurs d'Afrique, composés de conscrits français et d'auxiliaires indigènes…du moins jusqu'en 1834, date à laquelle les régiments deviennent uniquement français.
           La première tenue des chasseurs d'Afrique, modifiée à plusieurs reprises, se composait :
           - d'une longue tunique bleue,
           - d'un large pantalon garance à trois plis, liseré de bleu,
           - de bottes noires,
           - d'une vaste ceinture blanche, (rouge pour les officiers) portée sur la veste ;
           - sur la tête une czapka (casquette) à la mode polonaise, encombrante coiffure d'où partait une fourragère rejoignant la contre épaulette gauche.

           Les chasseurs portaient une giberne (ancienne boite à cartouches des soldats) dans le dos, maintenue par une large bande de cuir de couleur blanche.
           L'armement se composait d'un sabre, et, selon les escadrons, d'un mousqueton ou d'une lance.
           Cet ensemble s'il ne manquait pas d'allure, n'était en revanche ni adapté au combat ni au climat de l'Afrique.
           En outre le fait que les prises d'armes devaient être éprouvantes pour les troupiers suant sous leurs czapkas, la lance se révéla très vite inefficace contre un adversaire souvent insaisissable…
           Cette première tenue ne fut plus portée que pour les parades.

           En campagne les chasseurs adoptèrent vite l'uniforme que l'imagerie populaire a rendu familier :
           - la czapka est remplacée par une casquette rouge à visière (casquette " taconnet " du nom du fabricant),
           - la veste bleue se raccourcit nettement,
           - un petit ceinturon blanc maintient un pantalon garance plus étroit, qui devient noir au-dessus du genou,
           - des bottes noires prennent bien le pied.
           Si la giberne est conservée la lance en revanche est abandonnée au profit du fusil. Même cette tenue s'avéra insupportable lors de grosses chaleurs, et plus d'un rapport d'inspection se plaindra du relatif laisser-aller des hommes dans le port de l'uniforme !
           Mais quelquefois s'y ajoutait un certain panache : ainsi par tradition, les chasseurs n'oubliaient jamais de retrousser leurs manches avant de charger ! Jean Aucouturier.
La Légion étrangère.

           Paris le 10 mars 1831,
           Louis Philippe, Roi des Français
           A tous, présents et avenir, salut,
           Vu la loi du 9 mars 1831
           Vu le rapport de notre ministre,
           Secrétaire d'Etat au département de la guerre
           Nous avons ordonné et ordonnons ce qui suit :
           sera formé une Légion composée d'étrangers. Cette Légion prendra la dénomination de Légion étrangère.
           Mais la Légion étrangère ne pourra pas être employée sur le territoire continental du royaume.

           En ce mois d'août 1831 la Légion étrangère débarque à Alger.
           N'ayant rien à défendre, elle a tout à conquérir.
           A commencer par sa tenue. Pour le moment elle est tout bonnement vêtue de l'uniforme réglementaire de Dunkerque à Romorantin :
           - Pantalon garance,
           - habit bleu roi boutonnant sur la poitrine,
           - capote de drap gris vert roulée dans un étui milleraies (tissu de velours à côtes fines et très rapprochées) placés sur le havresac (sac que le fantassin portait sur le dos et que contenait son équipement), lourds shako (couvre-chef en forme de cône tronqué avec une visière).

           Seule distinction qui marque leur distinction de l'infanterie : les boutons ; ils comportent outre une étoile à cinq branches, l'inscription qui figure toujours gravée en capitales, Légion étrangère.
           Sept bataillons forment cette nouvelle unité, composé chacun, dans la tradition, de soldats appartenant à la même nation. Trois bataillons sont en effet allemands, un espagnol, un italien, un belge et un polonais. Ces sept bataillons sont répartis dans les trois provinces côtières
Chèche, chéchia, haïk.

           La tenue était imposante :
           - deux amples burnous à capuchon, couleur blanc et rouge,
           - un pantalon bouffant bleu rayé garance,
           - des bottes " françaises à éperons.
           L'armement se composait :
           - d'un sabre,
           - d'un fusil de dragon
           - ou d'un pistolet.

           La principale distinction entre spahis français et spahis arabes demeurait la coiffure. " Les Indigènes ont la tête rasée à l'exception d'une petite touffe au sommet, ils ne se découvrent jamais.
           La coiffure est alors composée de :
           - deux calottes feutrées et résistantes : une blanche et une rouge placées l'une dans l'autre, la rouge à l'extérieur,
           - une bande de mousseline appelée chèche les recouvre ainsi que la nuque, une partie du front et des oreilles… " note le capitaine Borelly dans son historique du 1er régiment de spahis (Paris, Lavauzelle 1894).

           En grande tenue le chèche est remplacé par le haïk, sorte de turban blanc démesurément long.
           Les Français portaient une chéchia rouge avec turban rayé blanc et bleu.
           Les montures faisaient l'objet de soins attentifs. Le tapis de selle " simple couverture feutrée, formée de six feuilles doubles aux couleurs vert, rouge, bleu " avait une origine religieuse (Ali, gendre du Prophète aurait été le premier à en faire usage).
           Les spahis arabes mettaient un point d'honneur à posséder un harnachement luxueux (selles recouvertes de velours cramoisi chamarré d'or… " note encore le capitaine Borelly.
Les chefs de tente.

           Les spahis avaient souvent des familles nombreuses ce qui posait des problèmes d'intendance et de vie en communauté. Aussi le régiment fut-il organisé en 1852 en smalas.
           Voici ce qu'en dit le capitaine Borelly : " L'établissement en smala est la réunion sur un territoire déterminé et appartenant à l'État, des familles de cavaliers indigènes d'un escadron, avec :
           - leurs tentes, chevaux, bestiaux.
           Pour faire partie d'une smala, il faut :
           - appartenir à une tribu arabe où se trouve le territoire,
           - jouir d'une certaine considération dans la tribu,
           - être chef ou fils de chef de tente.
           Chaque cavalier indigène reçoit un lot de terrain de 15 à 18 hectares environ , il a pour mission de le faire prospérer. "
La charrue et le cheval.

           Un krammès (métayer) au moins doit être à sa disposition, en tout temps, pour diriger l'exploitation afin que le spahi soit toujours prêt à quitter la charrue pour monter à cheval.
           Les exercices militaires ont lieu à des heures déterminées en dehors des travaux agricoles.
           Le logement d'une smala comporte un bordj (fort) qui contient :
           - le pavillon des officiers avec la chambre réservée dite des hôtes,
           - le logement du cadre français,
           - des écuries pour les chevaux de l'escadron,
           - une maison d'école (on y enseigne la langue arabe aux Français et, par réciprocité, la langue française aux Indigènes),
           - un café maure,
           - enfin un espace suffisant pour mettre, en cas de guerre, les familles des spahis et leurs richesses à l'abri des tentatives de l'ennemi.
A la kouba.

           Les officiers indigènes peuvent recevoir des lots de terrains où ils sont généralement campés. Les spahis indigènes sont établis en douar, comme la tribu, c'est-à-dire sous la tente.
           Les jours de grandes fêtes religieuses, ils se rendent à la kouba (coupole, tombeau d'un grand saint) la plus voisine et se joignent aux indigènes des tribus pour les célébrer.
           Ils sont autorisés à amener leurs chevaux pour exécuter des fantasias (fêtes équestres).
           Les smalas sont commandées par les officiers de l'escadron qui doivent résider sur leur territoire.
           Dans le cas de contestation en dehors des règlements militaires, le différend est porté par le plus ancien officier indigène, chargé de recueillir les réclamations devant le cadi (juge musulman) de la circonscription qui jugent le différend. "

           Les spahis étaient donc organisés de façon bien particulière.
           Les smalas seront dissoutes, le terrain distribué en concession…
           Les spahis participeront :
           - aux campagnes du Sénégal,
           - du Tonkin,
           - à la guerre de 1870, à la première guerre mondiale. Ils abandonneront les chevaux pour les blindés mécanisés à la veille de 1940…

Jean Aucouturier.
Historia Algérie. Histoire et nostalgie. 1830-1987.


Les fils de colons.
Envoi de M. Christian Graille

                  L'écho d'Oran publie un excellent article sur la colonisation que nous nous faisons un plaisir de reproduire en Premier-Djidjelli.
                  Nous le reproduisons d'autant plus volontiers parce qu'il est dû à la plume d'un de nos amis, M. Montbrun du Conseil Général d'Oran, que notre ville a eu la bonne fortune de posséder dans ses murs, lors de la récente visite de notre sympathique député, M. Thomson.

                  Une revendication qui se reproduisit dans les trois départements algériens avec une égale intensité est celle qui consiste à réclamer des terres pour les fils de colons.
                  Nous avons cependant constaté avec peine que partout on ne tient que faiblement, très faiblement compte des nombreuses demandes de nos jeunes Algériens.
                  - Y a-t-il pourtant une catégorie de citoyens dont les réclamations soient plus légitimes ?
                  - Ne devrait-on pas, dans l'intérêt même du peuplement de la Colonie, de son développement, leur donner une satisfaction immédiate ?

                  Que de fois nous sommes-nous fait l'écho de plaintes semblables ici-même.
                  Si cela pouvait être une consolation pour les Oranais, nous leur dirons qu'à Constantine et à Alger les colons ne sont pas mieux partagés.
                  Nous connaissons un village près de Stora, de création récente, peuplé d'immigrants, pour les deux tiers seulement de colons algériens.
                  Ces immigrants découragés :
                  - par les difficultés premières de l'installation,
                  - par de mauvaises récoltes,
                  - par les épreuves d'un climat nouveau, ont presque tous disparu tandis que les colons algériens sont restés.

                  Est-ce que cet exemple ne démontre pas que dans la création des centres la proportion d'enfants du pays devrait être supérieure à celle des habitants venus de France ? Le colon algérien :
                  - est acclimaté,
                  - il connaît les cultures locales,
                  - il est rompu à des fatigues que ne connaissent pas les immigrants et qui les découragent en si peu de temps.

                  On devrait placer ces derniers dans un milieu d'Algériens qui :
                  - les encadreraient,
                  - les initieraient à nos travaux,
                  - les feraient profiter de leur expérience,
                  - dans l'adversité leur donneraient du courage.
                  Au lieu de cela, c'est une minorité, une grande minorité d'Algériens qui entourent les nouveaux venus.
                  N'est-il pas souverainement injuste d'oublier à ce point les fils des premiers cultivateurs de ce sol ?
                  Leurs pères sont eux-mêmes trop à l'étroit dans leurs concessions ; les familles comptent beaucoup d'enfants pour lesquels la concession paternelle est insuffisante.
                  Aussi qu'arrive-t-il ?
                  Las d'attendre, ils émigrent et nous pourrions citer les noms des nombreux villages dans les trois départements dont les fils de colons sont partis déjà depuis longtemps à la République Argentine.
                  Il convient de les retenir ici en leur donnant des terres, des concessions, qui puissent leur assurer le moyen de vivre en travaillant.
                  Il ne faut pas, en effet, renouveler la faute commise au début dans certains villages où on a donné des concessions de vingt hectares seulement avec un petit lot industriel et quelques ares de jardin.
                  Il est reconnu que c'est absolument insuffisant, que ces vingt hectares ne peuvent pas faire subsister un cultivateur alors même qu'il n'a pas d'enfants.

                  Dans les nouvelles créations, il est indispensable de donner au moins cinquante hectares. On entre dans cette voie dans la province de Constantine, dans les villages de Taher, de Chekfa, par exemple, et à côté des anciens centres à concessions de vingt hectares qui meurent d'épuisement on voit de beaux villages très prospères, pleins d'avenir parce que le concessionnaire a reçu :
                  - quarante-cinq à cinquante hectares de terre de culture,
                  - un lot à bâtir,
                  - un lot de jardin et
                  - quatre ou cinq cents oliviers.

                  La démonstration est ainsi faite et certes les terres ne manquent pas en Algérie pour la colonisation si on veut bien enlever au Service des forêts ces immenses territoires dont il ne tire aucun profit :
                  - Qu'on installe les villages nouveaux dans ces conditions,
                  - qu'on les peuple surtout de colons du pays auxquels on adjoindra quelques immigrants, et l'on retiendra en Algérie toute une génération de travailleurs expérimentés, de cultivateurs consommés, endurcis au climat, pour la détourner de cette émigration en Amérique chaque jour plus inquiétante.
                  Le sort de l'Algérie est intimement lié à cette grosse question de la terre aux colons.

l'Impartial de Djidjelli (12-10-1890)


La naissance de Vaccin
Par M. Marc Donato


          - Dis, maman, c'est papa qui a mis la petite graine dans ton ventre ?
          - Eh oui, Mamour, et neuf mois, après tu étais là…
          Eternelle et universelle histoire empreinte d'émotion. Seulement cette fois-ci, c'est un virus affamé sexuellement, fils de Priape, qui a glissé subrepticement sa petite graine empoisonnée dans la matrice de toute une Humanité violentée. C'était, il y a neuf mois, ou presque, et le premier confinement a commencé en mars. La grossesse inattendue afficha un ventre qui n'a cessé de prendre de l'ampleur, tant l'appétit de ce fœtus était grand : en France, 5 000 morts, 10 000, 13 000, 20 000, 50 000 et, en fin d'année, 2020, plus de 62 000. Neuf mois d'une gestation qui a inquiété tous les obstétriciens des micro-organismes, affolé tous les accoucheurs de remèdes, angoissé tous les spécialistes des bacilles, terrorisé les virologues de tout poil, infecté les méninges des sages-femmes bactériologues. La gravidité posait problème. Rien ne pouvait faire que la situation se passe correctement. Pas de solution en vue. Virus-Priape allait avoir un descendant.

          Et puis, au terme des neuf mois, un espoir est apparu. C'était en décembre. Hanouka et Noël, fêtes juive et chrétienne, s'étaient donné rendez-vous le 18 et le 25 du dernier mois de l'année ; le 25 du mois de kislev, pour l'une, le 25 du mois de décembre, pour l'autre. Hanouka, ses beignets et ses galettes de pommes de terre, Noël et sa bûche, prosaïquement pour les gourmands et les mécréants. Mais surtout, pour les croyants, Hanouka, fête de l'optimisme, avec ses neuf petites flammes sur les neuf branches de la hanoukia et Noël, fête de l'espérance, avec un sauveur de l'Humanité. Et voilà que ce Messie était annoncé, sa venue était imminente et notre Humanité prête à accoucher, le 25 décembre.
          - Il arrive, on l'aperçoit… Il est là.
          - C'est une fille ou un garçon ? S'enquiert Covid, le père putatif.
          - C'est un garçon, annonce l'accoucheur… On l'appellera Vaccin.
          Aie, la tête de Covid ! Cocufié par Pfizer et Pasteur, il ne s'attendait pas à voir ce rejeton qui ne lui ressemblait pas, prompt un jour à lui planter une lame dans le cœur. "Tu quoque, fili", aurait-il dit, comme César à Brutus, son beau-fils assassin. Toi aussi, mon fils…

          Le bébé ? Un petit flacon au bouchon de plastique, disposé à le tuer, lui, Covid 19, l'auteur de ses jours !
          "Il vous est né aujourd'hui un Sauveur".
          Et voilà que par-delà les nuages, un chœur céleste entonne ce chant à la gloire du nouveau-né :
          Il est né ce fameux vaccin
          Sonnez, hautbois, résonnez, musettes.
          Il est né ce fameux vaccin,
          Chantons tous son avènement.

          Hosanna ! Le monde entier chante ses louanges. Alléluia ! Chez nous, la Castafiore matinale de RTL célèbre sa venue, le ténor de BFM nous assène la nouvelle à coups de gourdin directs, le simulateur d'Europe 1 crie victoire d'une voix macronienne, la grande prêtresse de C News hurle dans des tons de contre-ténor à la magie incantatoire ; tous célèbrent la naissance de Vaccin. Un beau cadeau de Noël glissé dans le cuir des babouches et dans le feutre des charentaises, au grand dam de sainte Chloroquine, de la réglisse, de l'urine ou de l'huile à frein, mises au rancart ! L'optimisme de Hanouka se vérifie ; l'espoir de Noël se concrétise.
          Tout de suite après l'enfantement - bien sûr, on ne serait plus en France, que diable ! - la polémique apparaît, opposant les pour et les contre. Casaque verte, toque blanche, juchés sur leur cheval de bataille, les pour éperonnent en faveur de Vaccin ; casaque rouge, toque noire, montés sur leurs grands chevaux, les contre aiguillonnent pour démontrer les risques apportés par ce même Vaccin.
          Covid, lui, fait de la résistance. Il tempête, il rue, il s'enfle, refusant farouchement de reconnaître la paternité de ce fils ingrat dont il connaît l'ultime et inéluctable dessein.

          Alors, pour ou contre ? Avec cette obtention, il en va du vaccin comme de la naissance du Petit Jésus, comme des lumières de Hanouka. On croit ou on ne croit pas dans les vertus de ce Messie ou dans la force de ces flammes vacillantes. Si on y croit, pas de problème, le Paradis dans quelques mois, dans quelques années.
          Si on ne croit ni en Dieu ni en diable, c'est également un choix respectable. Mais on sait qu'un jour, si besoin était, sait-on jamais ? Dieu, Allah, ou Yahvé tendraient sans faiblir leur main toujours secourable.

          Il en va du vaccin comme de l'intervention divine, on change d'avis, et Vaccin sera toujours là, à portée de main. Il suffira de faire signe et d'offrir courageusement au soignant son deltoïde dénudé.

Marc Donato - 29 décembre 2020


TIMGAD
Brochure de 1951
À LA MEMOIRE DE TOUS CEUX À QUI NOUS DEVONS TIMGAD
RESSUSCITEE ET PARTICULIEREMENT Â CELLE DE
CHARLES GODET QUI LUI CONSACRA SA VIE


TIMGAD
Antique THAMUGADI
Christian COURTOIS                  
Chargé d'enseignement             
â la Faculté des Lettres d'Alger 



                 CETTE PLAOUETTE EDITEE SUR L'ORDRE DE M. ROGER LEONARD GOUVERNEUR GENERAL DE L'ALGERIE PAR LA DIRECTION DE L'INTERIEUR ET DES BEAUX-ARTS (SERVICE DES ANTIQUITES) A ETE TIREE EN NOVEMBRE 1951 SUR LES PRESSES DE L'IMPRIMERIE OFFICIELLE A ALGER

Tête de jeune fille (Korê ?)
 






Le Capitole



Photo vue d'ensemble

AVANT-PROPOS

                 Ce petit livre est destiné en principe aux touristes, mais à une sorte de touristes rares : ceux qui ne sont pas pressés. S'il s'en trouve, comme je l'espère, ils n'auront qu'à suivre l'itinéraire qu'on a établi à leur intention. lI ne leur échappera, je crois, rien d'essentiel, mais il leur faudra deux jours, car les ruines de Timgad sont vastes.
                 Le touriste moyen, celui qui ne dispose que de ces deux ou trois heures qu'on appelle une demi-journée, trouvera sur le plan qui accompagne ce guide le tracé d'un itinéraire réduit qui suffira à lui donner une idée d'ensemble des ruines. En se rapportant à la Table des monuments, dont les numéros sont les mêmes que ceux du plan, il saura à quelle page figure la description de tel ou tel édifice.
                 J'ai tenté d'être aussi bref et aussi précis que possible, mais dans une matière qui se présentait si riche ou était la juste mesure ? Ce qui me console d'avance du reproche qu'on pourra m'adresser d'avoir été trop long, c'est qu'on ne manquera pas de me faire celui d'avoir été trop bref.
                 Depuis la grande publication que A. Boeswillwald, R. Cagnat et A. Ballu, parue entre 1891 et 1905, aucune étude d'ensemble n'a été consacrée à Timgad, si ce n'est de tout petits livres. Nul doute que les techniciens eussent préféré un travail plus savant que celui-ci.
                 Je m'excuse auprès d'eux de ce que ce n'était point mon objet. Mais j'ai du moins tenté d'alléger leurs regrets en faisant suivre cette plaquette d'une bibliographie sommaire et en indiquant à la Table des Monuments, par des sigles dont on aura la clef par la Bibliographie, le ou les endroits où se trouvent les descriptions les plus détaillées des divers édifices. Je n'ai fait exception que pour quelques-uns uns qui figurent dans des publications pratiquement inaccessibles.
                 J'ai vérifié soigneusement sur place ce que j'avais écrit sur la foi des livres. Qu'on ne s'étonne donc pas si je ne suis pas toujours d'accord avec mes devanciers, mais quel qu'ait été mon soin, j'ai sans doute laissé passer quelques erreurs. J'espère que ceux qui les constateront voudront bien me les pardonner. L'archéologie n'est pas, comme le croient les sceptiques, un pur travail d'imagination, mais elle n'est pas si proche de la certitude que veulent le dire parfois les dogmatiques. Puissent ses défaillances être une excuse suffisante à celles d'un historien.

                  Et, pour finir, un conseil pratique. Il est très facile de se guider à travers les ruines de Timgad à la condition de repérer les points cardinaux. Qu'on ne perde donc pas de vue que la route qui traverse le village actuel est tracée Nord-Sud et que ce village est lui-même situé au Nord de la ruine romaine.
C. C.                 

TIMGAD
I
LE SITE, LE ROLE ET L'HISTOIRE DE TIMGAD

                 Timgad n'exerce peut-être pas sur celui qui la découvre la même séduction que d'autres champs de ruines de l'Afrique du Nord. On ne trouve ici ni le charme de Tipasa, dispersée dans son paysage grec, ni celui dont s'enveloppent les ruines de Djemila. Bâtie sur un sol relativement peu accidenté, Timgad est une ville aux rues droites et monotones, où la raison a eu plus de port que le cœur. Elle n'a jamais tout à fait dépouillé la rudesse de ce qu'elle fut à son départ : une ville militaire.

                  Mais il ne faut point s'en tenir aux premières impressions qu'elle apporte : ni à la surprise de son immense spectacle de colonnes et de murs ruinés, ni à l'émotion intellectuelle d'une richesse archéologique qui, dans tout le monde romain, n'a guère son équivalent qu'à Pompéï. Il faut le voir au printemps au milieu des blés en herbe et quand la neige fraîche couvre encore les sommets les plus proches. Il faut la voir sous le soleil de midi, dressant ses pierres mornes dans la plaine brûlée. La nuit aussi, quand la lune en transfigure l'image. Peut-être alors deviendra-t-on sensible à la docilité d'une beauté sévère.

Vue Générale. A gauche, le cardo maxlmus Nord

                  Les Hautes Plaines, qui à travers l'Algérie s'intercalent entre les deux Atlas, ne constituent pas un ensemble uniforme, mais sont souvent coupées par des chaînons qui les compartimentent. Ainsi ou Nord du massif de l'Aurès qui culmine à 2.307 m. (dj. Chelia) émerge en quelque sorte une longue arête montagneuse, dont l'élément principal, le Dj. bou Arif atteint 1746 m. au Ras Fourar. Entre les deux s'allonge une plaine étroite qui vers l'Est ne dépasse guère une vingtaine de kilomètres de large et qui, à l'Ouest, de Timgad à Batna, n'est le plus souvent qu'un assez étroit couloir. Cette plaine est à une altitude moyenne d'un millier de mètres (Timgad : 1.040 au Musée, 1.080 au fort) si bien que les chaînons qui la bordent au Nord et au Sud ne semblent, à l'œil, qu'assez modestes et d'autant que les ondulations de la plaine compromettent en quelque sorte les horizons. Mais l'altitude ne se fera pas oublier du touriste imprudent. Elle saura lui rappeler à l'occasion qu'il est dans un pays froid où le soleil est chaud.
                 Les étroits chaînons du Nord ne sont que des accidents topographiques. Mais il n'en va pas de même de l'Aurès. Ce dernier est un énorme massif qui, de la vallée de l'Oued El-Kantara à celle de I'Oued El-Abiod, développe ses chaînons sud-ouest, nord-est, sur une centaine de kilomètres de longueur. Il est demeuré jusqu'aujourd'hui une zone refuge des traditions berbères. Tel il nous apparaît, tel Procope la vu voici quinze siècles : d'abord sauvage, d'accès difficile. La montagne se défend elle-même, enlevant aux hommes l'obsédant souci des forteresses.

                  A vrai dire, la pénétration romaine semble y avoir été plus profonde qu'on ne l'imaginait naguère. Mais en dépit des routes qui les traversaient, l'Aurès resta en dehors des territoires vraiment romanisés. L'Empire ne s'attacha pas d'ailleurs à son intégration. On préféra contenir les populations frustes et rétives que de tenter une assimilation dont la difficulté se mesurait assez bien et dont le profit eut été maigre.
                 La solution du problème de l'Aurès apparut dans un réseau de fortifications qui ceintureront le massif rebelle et cette politique, inaugurée par les Flaviens, à la fin du premier siècle de notre ère, resta celle de l'Empire, pour autant qu'il la pût pratiquer, jusqu'à l'époque byzantine.


La Cour du Théâtre et (ou fond, à droite) le Forum

                 Thabudeos (Thouda), Badias (Badès), ad Majores (Henchir Besseriani) surveillèrent le massif vers le Sud ; Mesarfelta (el-Outaya) et Calceus (El-Kantara) vers l'Ouest. Mais, c'est vers le Nord que s'intensifiaient les cultures et c'est de ce côté qu'il convenait d'opposer une barrière plus solide à la concupiscence des montagnards. A cette intention s'élevèrent entre autres Mascula (Khenchela) Thamugadi (Timgad) et Lambaesis (Lambèse) où s'établit la légion à laquelle incombait le maintien de la paix romaine en Afrique : la IIIème Legio Augusta.

                  Cette organisation ne fut pas I'œuvre d'un jour la Légion avait été cantonnée d'abord beaucoup plus à I'Est à Ammaedara (Haïdra). Mais vers la fin du règne de Vespasien (69-79) elle s'était installée à Theveste (Tébessa). Quelques décades plus tard elle avait trouvé à Lambèse son siège définitif. On ignore à quelle date précise. Mais il est possible que ce dernier transfert n'ait pas été opéré sans hésitation et que Timgad ait servi de camp provisoire à la légion, à la fin du 1er siècle.
                 Peut-être a-t-on retrouvé le médiocre rempart qui l'entourait, si médiocre que certains n'ont pas manqué d'y voir une construction de basse époque. Si cette hypothèse est valable, la Timgad primitive aurait été enfermée dans une enceinte rectangulaire d'environ 355 mètres sur 325 et son extension aurait coïncidé à peu près avec celle de la ville fondée plus tard par Trajan. On serait en même temps amené à penser que Timgad a pu être municipe avant de devenir colonie. Peut-être municipe et colonie vécurent-ils un temps côte à côte.

                 Si Lambèse, située à une vingtaine de kilomètres plus à l'Ouest et à proximité de la grande voie Nord-Sud qui emprunte le défilé d'El-Kantara, était à coup sûr un meilleur emplacement pour le quartier général de la Légion, Timgad n'en était pas moins un excellent point stratégique placée à l'entrée du couloir que suivait jadis la voie romaine Tébessa-Lambèse, que suit aujourd'hui la route qui la joint à Batna, elle commande en outre les voies d'accès aux grandes vallées aurassiennes de l'Oued El-Abdi et de l'Oued El-Abiod que gagnaient des voies romaines. Le site où la ville devait s'élever ne se prêtait pas moins à son établissement : un plateau ondulé, légèrement incliné du sud ou Nord forme en bordure de la plaine l'ultime contrefort de l'Aurès Un double réseau d'oueds dont les sources sont toutes proches et qui convergent vers l'aval le limitent à l'Est et à l'ouest. Un mamelon permettait la construction facile d'un théâtre. La pierre était abondante : grès dans les environs immédiats, calcaires blanc ou bleu, qu'on trouvait à quelques dizaines de kilomètres au Sud ou au Nord. Enfin l'eau ne manquait pas. L'Aïn-Morris, qui alimente encore Timgad, sourd à 3 kilomètres au Sud. On connaît l'existence d'autres sources aujourd'hui disparues et les organisations hydrauliques qu'on a retrouvées ça et là montrent que les précipitations servaient, elles aussi, à l'alimentation de la ville.

                  Si l'on ajoute que la campagne d'alentour était riche en grain, ou témoignage de Procope, et en huile comme l'attestent les moulins à huile trouvés aux environs, et qui à basse époque s'installèrent jusque dans la ville même, on comprend que le site de Timgad on été retenu par l'autorité romaine pour fonder une ville et que le camp de la Légion, si tant est qu'il ait existé, n'ait pas été abandonné après la fixation de celle-ci à Lambèse.
                 Quoi qu'il en soit, c'est sous le règne de Trajan (98-117) en l'année 100, L. Munatius Gallus étant légat, que fut fondée par ordre de I'Empereur la colonie de Thamugadi ou, pour lui donner son nom officiel, la Colonia Marciana Trajana Thamugadi dont les habitants furent rangés dans la tribu Papiria. La légion fut chargée des travaux qu'imposait la création d'une ville.
                 Cette ville de Trajan ne fut quelque temps qu'un chantier dont les premiers colons furent sans doute très peu nombreux, deux cent cinquante, a-t-on dit. Mais on n'en avait pas moins tracé, dès le déport, un plan d'ensemble : la ville avait la forme d'un carré de 1.200 pieds de côté, soit environ 355 mètres. Ce carré était coupé par deux voies principales suivant ses médianes : le cardo maximus du Nord au Sud, le decumanus maximus de l'Est à l'Ouest. Chacun des carrés ainsi délimités fut divisé en trente six îlots carrés, d'environ 20 mètres de côté, ou insulae que séparèrent des cardines et decumani secondaires, plus étroits que les précédents.

                  Ce plan strictement géométrique ne fut toutefois pas intégralement respecté. Pour des raisons qui nous échappent, on ne construisit du côté de l'Ouest que cinq rongées d'insulae au lieu de six. D'autre part, la construction de monuments publics ou privés amena le groupement de deux ou de plusieurs insulae. Celle du forum, en particulier, eut pour conséquence de déporter vers l'Ouest le cardo maximus Sud qui ne se trouve plus dons le prolongement du cardo maximus Nord.
                 Enfin, les remaniements multiples que commande le déroulement de la vie apportèrent quelques entorses au plan primitif. Cependant, ce plan resta dans ses grandes lignes inscrit sur le sol et rien n'est plus net ni plus frappant que sa disposition générale en damier, dans laquelle des rues rectilignes, dallées de grès, sauf le cardo et le decumanus maximus qui le sont de calcaire bleu, séparèrent les blocs monotones des insulae.
                 Timgad grandit vite et, dès la seconde moitié du IIème siècle, elle avait déjà débordé le cadre dans lequel Trajan avait prétendu l'enfermer. Sa superficie primitive était d'une douzaine d'hectares, elle finit par en couvrir au moins cinquante, débordant ses limites initiales principalement ou Sud et à l'Ouest, de port et autre de la route de Lambèse. Mais ces constructions nouvelles, toutes spontanées celles là, n'obéirent plus comme celles qui les avaient précédées à une direction générale. Le tracé des rues fut fait suivant une géométrie moins exigeante et le contraste est flagrant entre la régularité que présente I'aspect de la ville de Trajan et le caractère assez anarchique de ses faubourgs.

L'arc dit de Trajan (21) et le decumanus maximus (partie ouest)
                  N'en concluons pas, pour autant, que Timgad ait été une ville immense, même à son âge d'or. Elle n'était pas même à coup sûr une des cités les plus importantes de I'Afrique. Sans doute ne risque-t-on guère de se tromper en lui attribuant environ 15.000 habitants. Cela représente une densité moyenne de trois cents à l'hectare, le chiffre est déjà considérable.

Vue aérienne
                 Nous savons peu de chose de l'histoire de Timgad. Les textes antiques ne la nomment presque jamais et, quand ils le font, c'est le plus souvent sans rien ajouter à la mention de son nom. Mais les très nombreuses inscriptions découvertes permettent d'en mesurer la médiocrité. Ce fut une petite ville, comme tant d'autres dans l'Empire, où les vétérans se retirèrent volontiers, mais qu'aucune activité économique de quelque envergure, ni aucun événement intellectuel considérable ne vinrent agiter. Si l'on en juge par ce que nous savons d'elle, la vie y fut parfaitement " quotidienne ". Seules les ambitions humaines en venaient parfois troubler la quiétude.
                 Tel rêvait d'être décurion ou duumvir, comme qui dirait conseiller municipal ou Maire, voire de représenter la ville au concilium provincial où les cités s'associent dans la célébration du culte impérial. Rien n'est trop coûteux pour atteindre ces nobles buts ; celui-ci fait bâtir à ses frais un marché ou une bibliothèque ; celui-là élève une statue en l'honneur de l'Empereur ou à la gloire des Dieux, ne manquant pas, bien entendu, de graver sur la pierre ce que lui doit la cité et qui, à défaut de la faveur de ses contemporains, lui vaut parfois la modeste immortalité que constitue le souvenir des archéologues. Mais ces ambitions ne durèrent qu'autant qu'elles furent profitables et l'épigraphie nous montre qu'au IVème siècle, on ne se fit pas faute d'échapper comme on put à d'onéreux honneurs. L'Etat dût alors inscrire de force sur l'album municipal tous ceux à qui leur fortune faisait un droit de figurer.
                 Le grand événement de l'histoire de Timgad fut en somme celui de tout I'Empire : l'apparition du Christianisme. Dès 256, pour le moins, la communauté de Timgad avait un évêque et peu de temps après, sous Valérien (253-260) ou sous Dioclétien (234-305), elle eut à compter des martyrs. Mais c'est le schisme donatiste qui plus que ce glorieux témoignage allait lui donner quelque lustre. La Numidie en fut la citadelle et les habitants de Timgad apportèrent, en nombre, semble-t-il, leur enthousiaste appui au parti de Donat. Timgad fut un moment la capitale de la secte, lorsque son évêque Optat en fut à la fin du IVème siècle le véritable chef. Un concile donatiste s'y tint en 397 et le successeur d'Optat, Gaudentius, avec lequel St Augustin lui-même ne dédaigna pas de se mesurer (contra Gaudentium, vers 421-422), fut à son tour le champion d'une cause que I'hostilité impériale avait inclinée vers la mort.
                  Mais les désordres suscités par le schisme, l'affaiblissement du pouvoir que sollicitait partout une tâche surhumaine ne furent point sans inconvénient pour la ville. Elle se trouva la proie tentante de ceux mêmes que sa crainte avait si longtemps maintenus dans la sagesse. Peut-être restaura-t-on alors l'antique rempart. Si la chose est vraie, on doit conclure qu'il fut impuissant. A la fin du Véme siècle ou au début du VI" les Maures de I'Aurès détruisirent la ville. Les murailles furent rasées et les habitants déportés, nous dit Procope, et I'archéologie confirme les incendies dont Timgad fut victime, malheureusement sans en assurer la date. Mais il ne faudrait pointa prendre Procope au mot et imaginer un anéantissement de la cité contre lequel les pierres protestent. A l'époque byzantine encore, l'activité agricole se maintenait alentour, et dans la ville elle-même subsistait une vie précaire. Solomon, le général de Justinien, n'eut pas besoin, quoiqu'il s'en soit glorifié, de la réédifier depuis ses fondations. II n'en reste pas moins que l'élément essentiel de la Timgad byzantine ce fut la forteresse qui se dressa à 400 m. au Sud de la Ville de Trajan.
                  Au milieu même du VIIème siècle, à la veille même de la conquête arabe, Ies Byzantins élevèrent encore une modeste chapelle et quelques indices laissent à penser que la ville ne fut pas abandonnée immédiatement après. Mais, sur ces derniers jours de Timgad, nous ne savons rien. Les ruines se recouvrirent peu à peu de terre et d'herbes, les souvenirs d'oubli. Pas un seul des historiens ou géographes arabes n'en a, à ma connaissance, fait mention. Ce n'est qu'en 1765 que le voyageur anglais Bruce la redécouvrit. On ne voyait plus alors, semble-t-il, que le sommet de l'arc de Trajan, le capitole, le théâtre, la forteresse et, çà et là, des pans de murs et des colonnes éparses. Il fallut attendre l'occupation française pour que les ruines attirassent de nouveau les archéologues. Une courte mission épigraphique de L. Renier, en 1851, en inaugura l'exploration scientifique, mais les fouilles ne commencèrent qu'en 1880. Elles n'ont pas cessé depuis et la majeure partie de la ville est aujourd'hui ressuscitée à nos yeux. Il n'est pourtant pas exclu que des fouilles futures réservent encore d'heureuses surprises.
  
A SUIVRE


COTES
Par M. Bernard Donville
   
            Bonjour à tous

            En ce début d'année je ne peux faillir à la tradition j'espère donc que pour nous tous elle soit favorable à notre conception de notre mode de vie. Et que notre mémoire ne soit pas polluée de "storidités" malsaines.
            Nous allons démarrer une incursion nouvelle de ce qui fut notre histoire. Je vais vous proposer un voyage le long des côtes de notre pays perdu ;pour certains vous retrouverez dans des cadres familiers pour d'autres vous les découvrirez: "De golfes en caps,de ports en phares , le long des côtes algériennes".
            Je me suis astreins pour ce qui correspondait à des activités humaines à conserver des vues d'époque, bien sûr viellies, mais pour les paysages j'ai, quand ce fut possible,retenu des photos récentes. Vous me pardonnerez, j'espère, mes divagations de commentaires qui ont parfois été faites comme si je me trouvais encore là bas.
            Le premier chapitre, qui je l'espère vous donnera le "gousto", est une introduction visuelle à ce qui vous attend toutes les deux semaines.

            Le deuxième chapitre : Nous démarrons le voyage à l'est par La Calle.

            J'espère que nous n'avons perdu personne en route et que vous découvrirez un peu de chez nous
            

            Bonnes lectures à tous
            Amitiés, Bernard
            

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cotes1

cotes2-la calle

A SUIVRE



DEMAIN LA VEILLE
De Jacques Grieu

      
       Si le jour d'"avant-hier" est bien veille d'"hier",
       Le mot "surlendemain" de l'"avant-veille" est frère.
       Si le mot de "la veille" au mot "demain" s'oppose,
       Alors celui d'"hier" ne sert pas à grand-chose.

       Pourquoi le jour d'"après", dans notre dictionnaire,
       Est-il toujours placé avant le jour d'"hier ?"
       "Hier", lui, est placé après le "aujourd'hui!"
       "Passé" après "futur" est tout aussi gratuit !

       Quand on dit que demain rouvriront les cinés,
       Les bars et les restos, c'est façon de parler;
       Urgence et contagion nous ont fait confinés !
       Les couvre feux d'hier sont-ils bien les derniers ?

       Promettre est-il toujours la veille de tenir ?
       Tenir n'est pas toujours lendemain de prédire.
       Entre hier et demain on rencontre "aujourd'hui"
       Qui passe de la veille au présent par minuit.

       Aujourd'hui plus qu'hier et bien moins que demain,
       Les choses qu'on veut faire expirent au lointain.
       Quand les morts de demain vont saluer ceux d'hier,
       Alors c'est la Toussaint qui nous sert de repère…

       Le plus beau lendemain ne nous rend pas la veille :
       On ne crée pas deux fois ce qui nous émerveille.
       Les mensonges d'hier sont dogmes ce matin.
       Ce que j'étais hier, le serais-je demain ?

Jacques Grieu                  

Algérie ! Algérie !
Lettre ouverte à Benjamin Stora
De M. Gomez, le 25 janvier 2021
Envoi de Mme Leonelli.
Article paru dans DREUZ info. de M.GOMEZ            

               Lettre ouverte adressée à Benjamin Stora concernant le " Rapport sur les questions mémorielles portant sur la colonisation et la guerre d'Algérie, pour Monsieur le Président de la République Emmanuel Macron. "
                Débutons par vos " Préconisations ", car cela commence bien :
                Constitution d'une commission (Une de plus, pourquoi pas !) " Alliance et Vérité " qui pourraient être constituée par des personnalités engagées dans le dialogue franco-algérien, comme Mme Fadila Khattabi, qui préside le groupe d'amitié France-Algérie de l'Assemblée Nationale, comme Karim Amellal, ambassadeur et des intellectuels, médecins, chercheurs, chefs d'entreprise, animateurs d'associations (comme Coup de Soleil, précisez-vous) et un secrétariat général chargé d'assurer la mise en œuvre et le suivi des décisions prises par cette commission.

                Et quelles seraient ces décisions, qui devraient être prises par cette commission ?
                Des commémorations : par exemple, et en tout premier, la commémoration des accords d'Evian, le 19 mars 1962, réclamée par plusieurs associations d'anciens combattants (Nous les connaissons toutes et surtout leur idéologie d'extrême gauche, notamment la FNACA).

                Puis, bien entendu, la commémoration de la date du 17 octobre 1961, date à laquelle, selon vos sources " a eu lieu une répression contre des travailleurs algériens en France ".
                Non, Stora, il s'agissait d'une manifestation interdite, organisée par le FLN avec la participation de militants du FLN, nos ennemis à l'époque, et non pas de " braves travailleurs algériens " !
                Que savez-vous de la répression de dette manifestation, Stora ? Absolument rien.
                200 Arabes jetés dans la Seine et des milliers de blessés ? Où sont-ils passés ? Pas dans les morgues, pas dans les hôpitaux, pas rejetés par la Seine, consultez les rapports officiels de l'époque. Ou alors, vous les avez sans doute lus, en tout premier lieu, dans le livre de fiction du communiste Jean-Luc Einaudi, publié plusieurs années plus tard et repris par tous les médias gauchistes.
                Vous citez les enfants d'immigrés qui réclameraient justice pour leurs pères tués ce mois d'octobre 1961 ? On souhaiterait les noms de ces " jetés dans la Seine " et soi-disant disparus ?

                Puis, et surtout, recueillir la parole des témoins frappés douloureusement par cette guerre pour établir plus de vérités et parvenir à la réconciliation des mémoires " réclamée par un grand nombre d'historiens français qui affirment " la responsabilité première de ce conflit à la France, pour avoir établi un système colonial très fermé, interdisant pendant plus d'un siècle la progression des droits pour les indigènes musulmans. ". Car il ne s'agit pas re renvoyer dos à dos Français et Algériens dans les atrocités de cette guerre " ce qui serait méconnaître les causes fondamentales de la lutte contre les dénis de droits, la dépossession et la répression continues, dont toute la responsabilité incombe à la France coloniale. Et vous citez ainsi Emmanuel Alcaraz. (Vous êtes un véritable fantaisiste, Stora, n'avez-vous pas eu connaissance de tous ces témoignages, depuis soixante années ? N'avez-vous pas déjà recueilli tous ceux qui abondent dans votre camp : livres, films, documentaires, etc. ?)
                Et là nous atteignons le pire du ridicule : la construction d'une stèle à Amboise de l'émir Abd-el-Kader, sans oublier la restitution à l'Algérie de son épée (et pourquoi pas également une stèle dédiée à Messali Hadj, ainsi qu'aux dirigeants du FLN, appréhendés dans un avion et tous détenus en France ?) mais également la reconnaissance par la France, après celle de Maurice Audin, de l'assassinat d'Ali Boumendjel (Paraît-il " défenestré " par l'officier français Aussaresses, qui l'aurait signalé lors de ses divagations et ses vantardises, dans un livre où il " avouerait " avoir " de ses mains " assassinés 24 suspects algériens) mais aussi ceux de Larbi Ben M'hidi, d'Abane Ramdane, de Krim Belkacem, de Mohamed Boudiaf, tous assassinés par le FLN, et, pourquoi pas, des 374 villageois massacrés à Melouza puisque sympathisants de Messali Hadj !
                Et, au passage, vous n'omettez pas de signaler le massacre colonial des Malgaches, entre 50 et 80.000 morts, selon différentes sources, mais aussi les 40.000 morts ou blessés par les mines déposées le long des frontières de la Tunisie et du Maroc.

                Enfin, la proposition d'entrer au " Panthéon " de l'avocate des assassins du FLN, Gisèle Halimi, et pourquoi pas accompagnée de Maître Vergès ?
                Et, bien entendu, comme Emmanuel Macron vous a certainement demandé (c'est en tous les cas ce que l'on constate) la récapitulation de tous ce que l'Algérie peut reprocher à la colonisation française, et non pas le contraire, vous n'oubliez pas la contamination des populations sahariennes par les essais nucléaires français, la pratique massive de la torture, les centres de rétention pour des milliers d'Algériens - sans jugement.
                Tout cela parfaitement documenté par la nouvelle génération d'historiens en France ou à l'échelle internationale !
                Grâce à eux, et à vous, Stora, beaucoup de Français découvrent ces horreurs, ces épouvantables massacres qui, vous n'omettez pas de le rappeler, ont été signalées en Algérie, lors de chaque célébration du 8 mai 45, aussi bien en 2005 qu'en 2008, par les ambassadeurs de France " Alors que les Algériens fêtaient dans tout le pays, avec les Européens, la victoire sur le nazisme, cette folie meurtrière et la très lourde responsabilité des autorités françaises de l'époque ", sans préciser, évidemment, que le déclenchement de ce " massacre " fut provoqué par une première folie meurtrière de certains
" indépendantistes " partisans de Messali Hadj.

                Les Français, et même le monde entier, pourraient également " faire connaissance " avec toutes ces abominations provoquées par " le colonialisme ", grâce à l'organisation, que vous proposez, d'un colloque international dédié au refus de la guerre d'Algérie par de hautes personnalités, comme François Mauriac, Raymond Aron, Jean-Paul Sartre, André Mandouze, Paul Ricœur, plus quelques autres sans doute que vous auriez pu rajouter car ils n'en manquent pas, de ces personnalités du refus, dans votre carnet d'adresses.
                (Je peux vous en proposer quelques dizaines " pour une Algérie Française ", dans mon carnet d'adresses !)

                Vous m'étonnez quand vous affirmez que " l'indépendance de l'Algérie, en France, fut suivie par une longue période d'abandon et que ce domaine serait resté en friche pendant des décennies. " La plupart des " intellectuels " français se désintéresseront de l'Algérie après 1962 ". Vous faites référence aux " intellectuels " de cette gauche qui est la vôtre et non pas des " intellectuels " qui, dès 1962, n'ont jamais cessé de s'y intéresser, à l'Algérie d'avant, de pendant et d'après l'indépendance. Mais sans doute que, pour vous, il ne s'agissait pas d'intellectuels, nous savons tous qu'ils ne peuvent être que de gauche, n'est-ce-pas ?
                Vos préconisations ainsi détaillées (six pages auraient suffi, les autres deux cent pages ne sont que du remplissage inutile, qui permettrons l'édition d'un livre !), analysons tout de même brièvement car elles expliquent mieux votre idéologie acquise dans votre jeunesse " Trotskiste " et extrême gauchiste, ainsi que votre passage de 14 années au sein de l'OCI (Organisation Communiste Internationaliste), qui, hélas, ne s'est pas améliorée avec l'âge.

                Votre " livre " débute par les déclarations d'Emmanuel Macron, en 2017, alors candidat à la présidentielle " crime contre l'humanité de la colonisation ", vous poursuivez par la reconnaissance de l'Etat français, en 2018, du traître Maurice Audin. Vous prenez soin de rappeler ensuite " que plusieurs présidents français ont déjà condamné les massacres commis pendant la colonisation. Le discours de François Hollande, en 2012, sur la férocité du système colonial. Sur la mise en place de zone interdite " où l'on pouvait tirer sans sommation sur un civil. ". (Est-ce que plusieurs présidents algériens ont condamné les assassinats et les massacres commis par le FLN et l'ALN ?), et que les nombreux travaux de chercheurs, en France, ont bien documenté cette séquence d'histoire avec une grande publication d'ouvrages et vous citez les noms de ceux qui méritent votre empathie puisqu'ils ont témoigné de leur haine du système colonial et de leur proximité avec les Algériens, notamment Pierre Vidal-Naquet, Gisèle Halimi, Sylvie Thénault, Raphaëlle Branche et Tramor Quemeneur, qui ont tous démontré la réalité du système répressif en Algérie entre 1954 et 1962.

                Vous situez parfaitement votre camp en couvrant d'éloges ces combattants algériens " qui ont tenu en échec durant vingt années la première armée du monde et, notamment, le bey Ahmed, de Constantine, et l'émir Abd-el-Kader et en mettant en accusation la France sur la répression sanglante de la révolte en Kabylie de 1871 (fort peu connue, selon vous, par la société française " habituée aux récits sur la mission civilisatrice de la France ".
                Vous prenez soin de nous informer que toutes les infrastructures construites par la colonisation (routes, hôpitaux, écoles, ports, aéroports, voies ferrées, centrales thermiques et électriques, etc.) l'ont été surtout au bénéfice des populations européennes et non pas au bénéfice des populations algériennes " qui n'en n'ont tirées aucun profit, bien au contraire " puisqu'elles ne comptabilisent que les dépossessions foncières et la baisse démographique et les brutalisations subies ".

                Vous atteignez le ridicule lorsque vous reprochez aux nombreux européens venus d'Espagne, d'Italie, etc. " d'avoir développé un nationalisme français exacerbé ". Sans doute auriez-vous souhaité que ces européens développent plutôt un nationalisme algérien contre la France. Fort heureusement, ils ne vous ressemblaient pas !
                Vous ne manquez pas de signaler les articles du quotidien " Le Monde " sur les témoignages des femmes torturées et violées par l'armée française ainsi que des témoignages de soldats ayant assisté à des scènes de tortures mais, vous êtes totalement silencieux sur les femmes enlevées, torturées et violées, les enfants massacrés contre des murs, les civils torturés par les gendarmes du colonel Debrosse, à la caserne des Tagarins, sur les hauteurs d'Alger.
                Vous osez vous apitoyer sur le sort " des femmes de réconfort ", terme utilisé par les Japonais pour désigner " les esclaves sexuelles de l'armée japonaise ", elles avaient entre 14 et 18 ans, recrutées de force, kidnappées, pour être conduite dans des bordels militaires de campagne. Mais pas un seul mot de pitié pour les dizaines de femmes enlevées, kidnappées " l'âge avait moins d'importance " et dirigées vers les bordels militaires de campagne de l'ALN, ni une seule larme versée sur ces dizaines de civils innocents que l'on a vidé de leur sang, dans des hôpitaux FLN, pour l'offrir aux militaires de l'ALN. Mais certainement que vos " intellectuels " gauchiste n'étaient pas au courant de ces horreurs, bien trop occupés à se délecter de celles organisées par l'armée française !

                Vous vous permettez même, Stora, d'interpréter, comme bien d'autres de votre bord, les pensées d'Albert Camus, omettant de citer ses déclarations " contre l'indépendance de l'Algérie et qu'il le ferait savoir que toute la presse française et algérienne ".
                Je peux vous certifier, moi qui ai eu le privilège de le connaître et de l'approcher, qu'il ne se serait jamais ni excusé, ni repenti, contre ceux qu'il considérait comme " ses ennemis ", les assassins du FLN.
                Il y aurait, selon vous, beaucoup à faire au niveau de l'éducation nationale de la France au sujet des décolonisations difficiles, cruelles. Il faudrait accentuer cette connaissance d'une histoire coloniale…je suppose " à la sauce Stora !), car, si je vous ai bien compris : " Le métissage, le " vivre ensemble " a échoué dans l'Algérie coloniale, mais il doit réussir dans la France d'aujourd'hui, car sa réussite est un enjeu majeur. "

                C'est dans cet objectif que vous souhaitez " la rédaction commune d'un manuel scolaire, sur le modèle franco-allemand " et regrettez qu'il ne soit pas envisagé (car il n'est pas envisageable, Stora, par vos amis algériens et fort heureusement car il aurait une couleur verte et blanche affirmée par votre présent rapport, pour démontrer " les hontes enfouies de combats qui ne furent pas tous honorables (Ceux du FLN l'étaient sans doute davantage) contre les nationalistes algériens qui ont vécu l'injustice coloniale et ont trop longtemps attendu l'indépendance. "
                Vous compatissez sur le traumatisme profond que cette guerre de libération a laissé aux Algériens : déplacements massifs de populations rurales, pratique de la torture, internements arbitraires et exécutions sommaires, mais pas un mot sur le traumatisme laissé par cette guerre sur les " Pieds-Noirs ", n'est-ce-pas ? Eux n'ont subi ni torture, ni assassinat, ni massacre, ni internements arbitraires, ni enlèvements, ni disparus, ni exécutions sommaires…puisque vous ne le signalez à aucun moment !
                En revanche, il semble que vous ne soyez pas au courant " qu'il n'y a jamais eu de départ organisé vers la métropole, pour les harkis et leurs familles ". Ceux qui sont en France depuis 1962 sont arrivés clandestinement, avec l'aide d'officiers français, et contre les ordres formels du gouvernement. Les autres ont été massacrés par dizaine de milliers sur place.

                D'accord pour le métissage (qui a si bien réussi entre arabes et juifs !) mais pour le " vivre ensemble ", il me semble, nous qui avons vécu plus que vous dans cette Algérie coloniale, n'avoir pas souvenir qu'il ait échoué, comme vous l'affirmez. Il se vivait parfaitement, en accord avec chaque communauté et religion. Il serait même souhaitable, me semble-t-il, qu'il se vive aussi bien en France actuellement, ce qui est loin d'être le cas, Stora, chaque jour nous en apporte la preuve.
                " Il faut aller vers plus de vérités ", toujours selon vous. Sur ce point nous sommes totalement d'accord : plus de vérités mais des deux côtés et ce n'est pas avec " vos vérités " que nous y arriverons.
                " Pourquoi toujours éviter d'évoquer la page sombre du passé français ? ", poursuivez-vous. Et si l'Algérie s'intéressait davantage à " la face sombre de son passé (et de son présent, par la même occasion) ? Qu'en pensez-vous, Stora ?
                " Pas de repentances, écrivez-vous page 124, mais reconnaissance par la France des discriminations et exactions dont ont été victimes les populations algériennes et mettre en avant des faits précis, déjà établis depuis longtemps par les historiens (vos historiens proches n'est-ce pas ?)

                Vous ne manquez aucune occasion de faire l'apologie de tous ceux qui ont été, et sont toujours, les alliés des Algériens, contre leur patrie, la France, surtout dans le monde religieux, et de tous les traîtres qui ont aidé physiquement ou financièrement les ennemis de la France (page 45) et si le contact a été brisé c'est, évidemment par la faute des exactions commises à la fin de la guerre d'Algérie, par certains commandos extrémistes de l'OAS, par exemple l'assassinat, le 15 mars 1962, de Mouloud Feraoun. (Nous tenons à votre disposition la liste de tous les assassinats des extrémistes du FLN durant la guerre d'Algérie, et elle est bien longue !).
                Vous souhaitez l'ouverture des " Archives " mais non pas pour vous intéressez aux injonctions et renseignements qu'elles délivrent mais, surtout, pour interpréter " ce qu'il y a aux marges " de ces documents, ce qu'il y a, à côté ou derrière, les mots couchés sur le papier ; donc pour y déceler ce qui, en creux, en mots, disait du réel, mais surtout les lacunes et les absences de représentations et entendre les voix des oubliés des histoires étatiques. D'aller au-delà de l'archive, saisir surtout ce qui la dépasse et la déborde " car le sens n'est pas immédiatement donné par l'archive, il est à chercher ". Nous vous avons parfaitement compris, Stora, vous souhaitez ces archives afin de les interpréter et de les aménager à votre cuisine.

                Vous citez Paul Ricoeur : " Des peuples souffrent d'un défaut de mémoire, comme s'ils fuyaient devant la hantise de leur propre passé. Le pardon peut-il guérir ? "
                Cette citation, Stora, l'appliquez-vous à la France, à l'Algérie, ou aux deux ?
                Et pour conclure, pour le moment, voici la longue liste des personnes qui ont permis à Benjamin Stora de mener à bien la rédaction de ce rapport.

                Consultez-la, elle est significative et vous comprendrez tout ce qui a précédé !
· Kader Abderahim, politologue, journaliste.
· Karim Amellal, ambassadeur, délégué interministériel sur la Méditerranée.
· Linda Amiri, historienne.
· Rachid Arhab, journaliste.
· Pierre Audin, comité Josette et Maurice Audin.
· Agnès Aziza, pour l'Association des amis du cimetière Saint-Eugène d'Alger.
· Françoise Banat-Berger, cheffe du service interministériel des Archives de France.
· Amine Benyamina, psychiatre, président de la Fédération française d'addictologie.
· Michel Berthélémy, ancien appelé. Emmanuel Bonne, diplomate.
· Patrick Bouveret, ICAN et Observatoire des armées.
· Nadja Bouzeghrane, journaliste.
· Naoufel Brahimi El Mili, journaliste au Soir d'Algérie.
· Raphaël le Branche, historienne.
· Abdelmadjid Chikhi, directeur des Archives nationales algériennes.
· Jean-Marie Collin, ICAN et Observatoire des armées.
· Jacques Cros, ancien adhérent de la FNACA.
· Geneviève Darrieussecq, ministre déléguée auprès de la ministre des Armées, chargée de la Mémoire et des Anciens combattants.
· Bruno Dary, général d'armée, président du Comité national d'entente.
· Cent trente-sixième gouverneur de Paris de 2007 à 2012, actuellement président du comité de la Flamme sous l'Arc de Triomphe, association ayant la charge de raviver la flamme de la tombe du soldat inconnu.
· Xavier Driencourt, ancien ambassadeur de France en Algérie.
· Serge Drouot, FNACA, membre de la commission Guerre d'Algérie-Jeunesse-Enseignement (GAGE). Patrick Durel, diplomate.
· Delphine Falchier, responsable cellule Maghreb-MoyenOrient à l'Agence française de développement (AFD).
· Christophe Farnaud, directeur Afrique du Nord, Moyen Orient. Quai d'Orsay.
· Malika Fecih, adhérente de l'Association des anciens appelés en Algérie et leurs amis contre la guerre (4ACG).
· François Gérard, membre fondateur d'une association de fils de harkis.
· François Gouyette, ambassadeur de France en Algérie. Jean Grosset, membre du Conseil économique, social et environnemental (CESE).
· Laëtitia Habchi, responsable projets, AFD. Abdelkader Haroun, commissionnaire divisionnaire de police à Roubaix.
· Fatiha Hassanine, comité Josette et Maurice Audin.
· Stanislas Hutin, ancien appelé. Nacer Kettane, président de Beur FM.
· Salah Lebdioui, ambassadeur d'Algérie en France.
· Nicolas Lescanff, dessinateurs BD. Didier Leschi, directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII).
· Gilles Manceron, historien. Djanina Messali-Benkelfat, fille de Messali Hadj.
· Samia Messaoudi, journaliste. Abdelmadjid Merdaci, historien.
· René Moreau, ancien appelé. Georges Morin, fondateur de Coup de soleil.
· Paul Morin, historien Jacques Nakache, membre fondateur de l'Association des juifs originaires du Constantinois (AJOC).
· Didier Nebot, membre fondateur de Morial. Tony Orengo, ancien appelé.
· Guy Pervillé, historien.
. Jacques Pradel, membre fondateur de l'Association nationale des pieds-noirs progressistes et leurs amis (ANPNPA).
· Tramor Quemeneur, historien. François-Xavier Ricard, ancien appelé, président de la 4ACG. Rémy Rioux, directeur général de l'AFD.
· Jean-Louis Roy, fils de Jules Roy Kamel Sadji, fils de harkis, association Mémoire du camp du Logis d'Anne.
· Fatiha Saou, comité Josette et Maurice Audin. Sadek Sellam, historien.
· Richard Senghor, ministère de l'Éducation nationale.
· Dominique Sopo, SOS Racisme. Pierre-François Souyri, historien de l'Asie.
· Sylvie Thénault, historienne. Jean-Félix Vallat, maison des agriculteur rapatriés (MAFA).
· Jean-Louis Wander, sociologue.
· Naïma Yahi, historienne.
· Youssef Zerarka, journaliste.
· Henri Zuber, conservateur général du patrimoine.
M. Publié par Manuel Gomez le 25 janvier 2021
https://www.dreuz.info/2021/01/25/une-lettre-ouverte-a-benjamin-stora/
Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Manuel Gomez pour Dreuz.info.



Au suivant…
Par M. Marc Donato


          Vaccinodrome. Voilà un mot qui revient sans cesse dans cette période de pandémie et de vaccination envisagée. Quoiqu'il en semble, il n'est pas nouveau ; pas très ancien non plus, puisqu'il apparaît avec Mme Bachelot, Roselyne, pour les amis, alors ministre de la Santé, lors de la vaccination contre le grippal H1N1 en 2008-2009 ; on avait multiplié les lieux d'injections et créé ainsi des vaccinodromes. Le mot m'a intéressé et je me suis plu à le décortiquer.

          Les cruciverbistes connaissent bien le palindrome, ce mot ou groupe de mots qui peut se lire indifféremment de gauche à droite ou de droite à gauche en gardant le même sens : "la mariée ira mal", "Roma Amor" ou même le récurrent palindrome batave en trois lettres qui pointe souvent son bout de nez-erlandais dans les grilles avec le mot "Ede", petite commune de Hollande. On rajoutera les cousins de la famille : hippodrome, cynodrome, vélodrome. Ils ont tous un gène commun, "drome", qui évoquait la course, en grec ancien. Un palindrome court en sens inverse (palin), Vincennes est célèbre pour son hippodrome et ses chevaux (hippos), Oraison (04) avait son cynodrome (chien) où des lévriers aussi étiques que stupides venaient s'essouffler derrière un lapin en peluche.

          L'autodrome a un peu disparu, il fait parfois surface dans des enseignes publicitaires. Même le vaisseau du désert, le dromadaire, court, lui aussi, après les nuages. Par contre, on ne court pas dans les aérodromes (encore que !), ni sur les boulodromes, sauf à la longue, pour les trois pas précurseurs d'un carreau victorieux. Mais voilà qu'on court aujourd'hui vers les vaccinodromes. Drôle de mot tout de même, un peu ironique, avec ce mariage de "vaccin" et de "drome". Peut-être parce qu'on y vaccinerait à tour d'épaule. Pour le tour de bras, on attendra d'avoir le nombre de doses attendues.

          L'heure des vaccinodromes a sonné. Vaccinodrome gouvernemental, vaccinodrome communal, c'est la course, en effet pour multiplier les lieux d'injections : gymnases, salles des fêtes, bowlings, églises, même, comme la cathédrale anglicane de Salisbury reconvertie en centre de vaccination contre le covid-19, ce qui n'est pas sans me poser un problème moral : le vaccin administré dans une église aurait-il plus d'efficacité, ne serait-ce que spirituelle, que celui reçu dans une salle des fêtes ? On imagine bien des seniors sortant de la salle des fêtes, ragaillardis par la grâce de Pfizer, regagnant leurs pénates sur un air de valse, des plus de 75 ans prendre la ligne directe cathédrale de Salisbury-Paradis, ou encore des papis, mamies regonflés par Moderna, effectuant un salto arrière à la sortie du gymnase.

          Ah ! Ces vaccinodromes ! Si on arrive à obtenir un rendez-vous, on se pointe vers ces nombreux boxs alignés prêts à recevoir les candidats à la précieuse inoculation. Et là, je ne peux m'empêcher… Désolé, je ne me remettrai jamais de mon esprit graveleux ! C'est à Jacques Brel que je pense. Jacques Brel et sa chanson tellement réaliste que je vous invite à écouter sur la toile : Au suivant.

          "Nous étions cent vingt à être le suivant de celui qu'on suivait ". C'était l'heureux temps des BMC, b… militaires de campagne, quand l'Intendance et le Service de Santé se préoccupaient de l'hygiène sexuelle de la troupe… Ici aussi, au vaccinodrome : au suivant, 9 heures 15. Au suivant, 9 heures 30… Au suivant, 9 heures 45. .. Quinze minutes, c'est la durée précisément calculée par des énarques minutieux pour une éjaculation vaccinale anticovid. Au suivant… Toute la journée. Dans les deux cas, contrôle médical à l'entrée. Bon, pas bon. Et, si tu es bon, tu offres ton épaule à l'infirmière comme les troufions arboraient leur anatomie flamboyante devant l'infirmier militaire. Au suivant, 10 heures…
          Au suivant, au suivant…
          "Tous les suivants du monde devraient se donner la main"…

          Mais, gymnase, église ou salle des fêtes qu'est-ce qu'un vaccinodrome sans vaccin ? Un hippodrome sans trotteur n'est qu'une morne prairie, un cynodrome sans ses coursiers, un pré pour les vaches, un vélodrome sans cyclistes, un vulgaire anneau de béton. Un vaccinodrome sans vaccin n'est plus qu'une église, une salle des fêtes ou un gymnase. Alors, les maires, les départements, les régions se seraient démenés pour rien ? De quoi vous vacciner contre la politique.
          Au suivant… Au suivant…

Marc Donato -26 janvier 2021



Le con finement
Envoyé par Eliane

       Autrefois, les gens qui restaient chez eux sans parler à personne étaient qualifiés de cons finis. Aujourd'hui ils sont simplement des cons finés.

       Le con finement nous est parvenu par les chefs des gouvernements s'adressant à leurs cons citoyens. Tout cela est con sternant. Cela commence à nous mettre la con pression et nous entendons de nombreux potes se con plaire dans la con plainte médiatique.

       Faute de mieux nous nous tournons vers l'église, ce lieu con sacré pour demander à Dieu de con jurer ce fléau. On nous dit alors que, pour ne pas être cons damnés, nous devrions pour pénitence nous con fesser.

       À la maison, pas toujours facile de con tinuer à bien s'entendre avec nos cons pagnes ou nos cons joints. Il faut faire des cons promis et prendre quelques cons primés pour faire passer la pilule. Nous en sommes cons vaincus, il faut rester à la maison dans le con fort, nous limiter à manger des plats cons gelés et penser avec con passion à ceux moins bien lotis.

       Bientôt tout ira mieux et le virus aura été con battu avec succès.

       Mais restera la facture à payer. Et là, soyez-en sûrs, nous serons alors tous cons cernés.



Drôle de début d'an 2021 !
Par M. Robert Charles PUIG
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       Surtout, drôle de gouvernement " marcheur " qui semble buter sur les nids de poules qui bordent son parcours chaotique et désordonné. Il est tellement hésitant ce pouvoir, d'une prudence d'autruche avec plus souvent la tête dans le sable sans fixer l'horizon, l'avenir !
       Que peut-on penser, espérer d'un locataire de l'Élysée qui se démène comme un pauvre diable pour faire semblant d'avancer et dont on a l'impression qu'il marche à reculons et embrouille le peuple de ses messages incompréhensibles. Il couvre ses hésitations derrière une panoplie de " Conseils et de Comités ". Le Conseil de défense ; celui de la santé... le Comité pour l'écologie et celui anti-Covid 19... Il semble qu'à chaque situation nouvelle il faille créer quelque chose, comme le prochain " Grenelle " des policiers ! Le pays qui a déjà de nombreuses lois ne peut-il s'en sortir sans créer mille nouveautés comme si nos " marcheurs " boiteux avaient peur de tomber sur un champ de mines de mauvaises intentions les menant au tribunal du peuple.
       Je pense que ce qui pend - le terme est-il juste ? - au nez du gouvernement, c'est un " J'accuse " " initié par les plus de 75 ans qui trouvent lignes téléphoniques, mails et portes closes lorsqu'il veulent bénéficier d'un vaccin absent et hors leur demande.

       Les " marcheurs " et leur chef craignent l'erreur, la faute et pourtant, ils ont de la chance... Nous ne sommes plus au temps de la guillotine ! Ils savent que tenant le pouvoir à l'Assemblée nationale, ils ne risquent rien … pour le moment. Ils tirent la couverture à eux, se protègent de mille façons et peut-être urinent-ils dans leur slip, car ils nous ont trompés avec les masques dont un nouvel épisode apparaît entre masque de tissu ou autre - à ce sujet, quel beau masque " Lacoste " que le ministre de la santé ! - Il y a eu les tests, les vaccins en trop petit nombre puis les aiguilles non conformes pour vacciner, lorsque cela se fait. Rien ne va plus et Napoléon doit se retourner dans son mausolée.
       En vérité nos marcheurs ont peur de prendre des décisions rapides, énergiques et leur prudence de vieille carne nous met au 35ème rang des peuples les mieux protégés contre la pandémie.

       Bien entendu, pour montrer que le pays est gouverné - mal - il y a le dossier " retraite " qui sort de son ombre, il y a le dossier " Grenelle ou Beauvau " de la police, il y a la charte sur l'islam, très incomplète.

       Il y a plus inquiétant ! Le dossier de l'Algérie française que le pouvoir macroniste, à la fois progressiste et de mauvaise foi veut clore définitivement à sa manière, en donnant le pouvoir de le gérer, de l'étouffer, au sieur Benjamin Stora accompagné d'un des plus anti France du FLN, un dénommé Abdelmadjid Chikhi, l'homme du président algérien, dictateur mis en scène par l'armée. Que va-t-il sortir de cette réunion des faux dévots ? Je crains la repentance sans que la métropole puisse s'élever contre cette sanction anti républicaine.
       Il n'y a pas que la guerre en Algérie que l'armée a du perdre sous De Gaulle, il y a eu les propos d'ambassadeurs soumis à la propagande d'État qui ont critiqué notre épopée de 132 ans, il y a eu les écrits d'un Hollande se demandant hypocritement ce que l'armée française avait fait " là-bas ", les paroles honteuses, humiliantes d'un Macron bateleur. Il y a eu mille offenses que nous avons subi et dont il faut laver le drapeau de ces tâches infâmes.
       C'est notre objectif. Nous conduira-t-il à la victoire et l'honneur, avant 2022 ?

       Oh France ! Oh Nation ! Oh Patrie ! Allez-vous laisser le pays être humilié par l'Élysée et les organisateurs d'une mascarade et de cette repentance que nous combattons depuis si longtemps ? Les deux terniront définitivement l'Histoire de notre pays en ouvrant nos frontières au miasme morbifique d'une mondialisation putride !

Robert Charles PUIG / janvier 2021       
      


Les derniers pas d'" En Marche " de 2020 !
Par M. Robert Charles PUIG
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       En vérité que des faux pas qui nous laissent pantois et sceptiques sur ce que sera demain même si Macron nous annonce le " Printemps " pusillanime, sans savoir où nous mène la Covid-19. C'est ça les " En Marche ! ", de l'autosatisfaction et le brouillard pour 2021. Merkel, à juste titre a promis de la sueur à ses sujets... C'est plus réaliste.
       Souvenons-nous du faux pas de Darmanin avec son article 24. La police a-t-elle besoin d'être protégée? Cela a fait un micmac qui profite aux extrémistes de gauche... Ils défilent et cassent... Heureusement qu'au dernier samedi il y avait tellement de policiers que les manifestants ont été étouffés. Darmanin a tiré son épingle du jeu et redoré son képi. Cela lui permet à nouveau de jouer les Sarkozy de gauche et d'" En Marche " puis... il replonge dans le piège de la rave-party bretonne. Des jeunes qui narguent les gendarmes. Le pouvoir s'incline, laisse faire, se soumet... Il s'incline même devant les footballeurs du PSG qatari qui se mettent à genoux pour protester contre une fausse nouvelle, un faut problème de racisme pour montrer qu'ils existent, sans être sanctionnés... Comme quoi l'argent ne fait pas l'intelligence de tous les sportifs.
       Mais, où en est le pays en ce nouvel an 2021 sous le Premier ministre Castex ? Ouf ! Le Brexit se termine sur un pouding coupé en deux, mais nous sommes toujours la cible des islamistes, toujours en confinement et plus encore en couvre-feu. Est-ce la bonne solution ce couvre-feu à 18 heures ? Pauvres commerçants et pauvres acheteurs potentiels...

       En vérité quelle drôle d'année qui se termine ! Il n'y a pas eu que les propos du président " traversant la rue pour trouver du travail ", il y a eu ses tristes mots sur le " crime contre l'humanité " en faveur du FLN, des égorgeurs de civils... Il y a eu cette comparaison avec la Shoah... En fait, où allons-nous avec un président si américanisé, content de ne plus avoir Trump pour adversaire et qui veut une France comme celle de Biden, progressiste, multi-couleur comme les publicités à la télé, avec l'amour des minorités, l'allégeance à l'Algérie et la fin de l'esprit français...
       Bien entendu parfois, il se rappelle de la République et de la France, alors de cérémonie en cérémonie, de De Gaulle aux poilus, il parle, parle pour gagner des bulletins de votes chez les anciens, puis il rencontre les jeunes, les flatte hypocritement et tape sur la police puis, pour se faire pardonner, sentant l'erreur, et la grogne des policiers, il promet une grande messe policière... Il voit loin, vers 2022 et chatouille une jeunesse marxiste, anti-tout et surtout anti-blanc. Cela lui importe peu. Il est américain dans l'âme et le " blanc " l'indiffère, pourvu qu'il gagne les prochaines élections... Avec qui ? Les socialistes, les " Verts " ? Les arabes de France, ceux qui à 75 % ne se sentent pas français. Pour cela pas d'hésitation. Il promet l'arabe dans toutes les écoles. Sait-il cet ignorant que le Maghreb, avant d'être arabe sous la lame du yatagan, était berbère et souvent chrétien ? L'arabe n'est pas maghrébin. C'est une importation des barbares d'Orient cruels, sanguinaires et esclavagistes. C'est cela que l'on veut enseigner aux jeunes français qui ont des difficultés à apprendre notre langue si ancienne du temps ou l'Europe des élégances ne parlait que notre langue, le français ? Mais notre président est différent. Il est " ni-ni " et il cherche des voix, sauf celles des français.
       Pourtant j'ai une crainte avec son histoire mémorielle de l'Algérie, l'Algérie française. Il tient tellement à l'effacer de l'histoire de la République et de la France... Pour cela il a trouvé un renégat à sa solde qui fera ce qu'il voudra. Benjamin Stora, serviteur de son maître fera tout pour nous condamner avec l'appui d'un suppôt du président algérien Abdelmadjid Tebboune, pur produit FLN et anti-France, A. Chikhi. Ils vont concocter la fin d'Algérie française avec Macron et à la clé, la repentance.

       Finis nos racines P-N et notre soleil de " là-bas ". Finis notre mémoire et nos souvenirs. Après De Gaulle qui avait ignoré l'Armée d'Afrique, Macron ensevelira notre épopée pied-noir et nous avec... C'est son idée forte pour rallier à lui les votes des radicaux musulmans français... Ceux qui ne se sentent pas français...
       J'espère que vous serez nombreux à vouloir vous élever contre cet effacement de 132 ans d'épopée et de victoires françaises.
       De Gaulle nous a menti, Macron veut nous enterrer définitivement.

       Quels que soient les événements, la pandémie qui nous fait du mal, qui tue parce que ce gouvernement a mal géré son approche, il y a par-dessus tout cet autre objectif qui veut notre mort morale : la repentance. Il y tient ! Il la veut pour que nous n'ayons plus de passé, plus d'histoire et que la France devienne une terre d'envahissement d'autres cultures, d'autres us et coutumes. Pour que bientôt, il n'y ait plus de République française, plus de grands hommes ayant construit cette terre européenne pour en faire une Nation.
       Allons-nous le laisser faire ? Je sais qu'aujourd'hui nous devons nous protéger contre cette fameuse Covid-19 qui nous agresse... Nous devons rester vigilants, faire face avec des mains propres et un masque, mais nous ne devons pas oublier que nous avons une cause à défendre contre la volonté d'un gouvernement sans culture, sans " Une Histoire ! " C'est notre rôle de Pied-noir.
       Voilà où nous en sommes en cet an nouveau. Dans la mouise.

       Pendant ce temps trois militaires français sont morts au Mali. Ils ont sauté sur une bombe artisanale parce que leur véhicule était mal protégé. Un matériel obsolète, dépassé, faussement blindé. Castex revient du Mali avec deux militaires de plus qui viennent de mourir. Toujours ces bombes " artisanales ", plus violentes que nos armes.
       Pauvre armée française ! Pauvre pays soumis qui préfère financer l'immigration sauvage sur notre territoire que son armée démunie de matériel moderne !
       Amicalement à toutes et tous.
       Que 2021 nous apporte la lumière et la victoire.

Robert Charles PUIG / 02 / 01 / 2021       
      


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Envoi de l'ASAF
      
RÉCONCILIATION : De l’Allemagne à l’Algérie
https://www.asafrance.fr/item/reconciliation-de-l-allemagne-a-l-algerie.html


       Lorsque, 18 ans après la fin de la 2e Guerre Mondiale, la réconciliation entre la France et l’Allemagne est devenue réalité, les deux chefs d’Etat, Adenauer et de Gaulle, ont incarné une volonté politique commune. Le général de Gaulle pouvait à juste titre s’appuyer sur le succès de sa tournée en République fédérale allemande en 1962. Il y avait été follement acclamé par une population subjuguée par l’hommage qu’il rendait au « Grosse Deutsche Volk » dans ses discours en langue allemande. La réconciliation était dès lors possible car voulue et partagée par les deux adversaires d’hier.

       C’est une grande naïveté de penser que la réconciliation entre la France et l’Algérie sera effective par la vertu d’une nième repentance française alors que la repentance n’est pas partagée. Il faudrait pour cela que chacun reconnaisse ses responsabilités dans le conflit et que le pardon soit réciproque. En fait la réconciliation, avec tout ce qu’elle comporte d’enjeux intérieurs, ne sera possible que lorsque l’Algérie reconnaitra ses fautes elle aussi et cessera de faire porter à la France la responsabilité de la situation désastreuse du pays, près de 60 ans après son indépendance.

       Emmanuel Macron avait déjà commis une inacceptable injure à la France et à son histoire en qualifiant la colonisation de l’Algérie de « crime contre l’humanité ». Souhaitons qu’il rompe définitivement avec la repentance outrancière....

       Non, il n’y a, hélas, aucune comparaison possible avec les acteurs du Traité de l’Elysée en 1963... ! Force est de constater qu’il n’est pas facile d’être un homme d’Etat à la hauteur de l’Histoire d’un grand pays..
Jacques FAVIN LEVÊQUE
Officier général (2s)
22 janvier 2021
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VISION : Le fond des choses.

       Je me souviens qu’un de mes maîtres répétait que les vrais problèmes n’avaient pas de solution. Ceux que les humains réussissaient à résoudre sans provoquer des catastrophes n’étaient pas vraiment des problèmes. Quant aux tourments des hommes, seuls le temps et sa longueur, la bonne foi et la patience peuvent les adoucir.

       Une convention réunie par le hasard des tirages au sort, dont les solutions sont connues depuis longtemps, ou un référendum de pacotille sans le moindre risque, dont la réponse est dans la question, ne sauraient résoudre l’insistante angoisse du réchauffement climatique. Il y a plus grave. L’agitation politique attisée par l’émotion des réseaux sociaux confondus avec l’opinion publique, finit par céder aux extrêmes.

       Laissée aux activistes de l’idéologie militante « verte », la solution a abouti à envisager de fermer « le parachute de secours » (*) écologique des centrales nucléaires, principal atout de la faible empreinte carbone de la France.

       De la même manière, les cicatrices, douleurs et tensions de la question algérienne, conséquences d’une longue guerre meurtrière et d’un arrachement infligé à une partie des Français, ne s’effaceront pas par la magie activiste à sens unique d’un universitaire dont l’objectivité historique est ouvertement biaisée.

       Appliqué à relativiser systématiquement les torts partagés des massacres, il recommande de prêter l’oreille à un pouvoir politique algérien dont la matrice politique baigne toujours dans la haine de la France à qui les héritiers des rebelles réclament réparation.

       Au lieu de réparer la mémoire comme le prétendent ses instigateurs, le rapport pourrait bien l’enflammer. Oubliant que seule la longue marche du temps apaise les plaies encore à vif, la précipitation activiste ne fait que les raviver.

       C’est un souci. Surtout que l’utopie d’un apaisement à sens unique est percutée de plein fouet par l’extrémisme religieux qu’aucun acte de tolérance n’a la moindre chance de désarmer.

       Certains ont peut-être imaginé qu’un rapport de 150 pages, un peu borgne, un peu minimaliste qui se targue d’humanisme généreux, serait un baume sur la blessure ouverte de nos banlieues. Ils se trompent.

       Chez nous au 21e siècle des têtes de citoyens égorgés roulent sur le pavé, tandis que la bien-pensance tolérante se réjouit qu’une partie des Musulmans moins hallucinés aient accepté que l’apostasie ne soit pas punie de mort.

       Ce débat moyenâgeux qui, dans les médias univoques français confits dans la répétition anesthésiée, n’a soulevé aucun tollé, croise l’angle mort du rapport Stora. Dans une partie non négligeable du territoire national, la tolérance dont il se réclame est - et sera – perçue, non comme une générosité, mais comme une soumission. (*) L’expression est de Jean-Marc Jancovici, ingénieur, polytechnicien, télécom Paris.
François TORRES
Officier général (2s)
26 janvier 2021
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Soumission ou souveraineté

       Constatant que les géants américains du numérique mettent en péril la souveraineté de la France et des États européens, le commissaire en chef Jacques Tabary souligne que ceux-ci disposent désormais des moyens techniques et législatifs qui leur permettent d'échapper à l'emprise croissante américaine s'ils en ont la volonté politique.

       La Constitution du 4 octobre 1958 stipule : " Le peuple français proclame solennellement son attachement aux Droits de l'Homme et aux principes de la souveraineté nationale ". Cet article a pour but de démontrer que cette Loi fondamentale n'est pas respectée dans le domaine numérique. La souveraineté numérique peut couvrir (ou dépendre de) plusieurs aspects dont notamment le stockage des données, les systèmes d'exploitation, les applications logicielles, la capacité à se protéger des attaques informatiques, à assurer la protection des données personnelles ainsi qu'industrielles et commerciales (1)

       Aujourd'hui, les données françaises et européennes qui, pour beaucoup, constituent " l'or noir " de l'économie contemporaine sont stockées à 80 % aux États-Unis, ou dans des serveurs américains. Ainsi les données de santé des Français sont depuis 2019 hébergées par Microsoft, en dépit de l'avis défavorable de l'ANSSI (2), dans le cadre du marché " Health Data Hub ". Renault, entreprise dont l'État est actionnaire, confie le traitement de ses données industrielles à Google. BPI France, banque publique d'investissement, organisme de financement et de développement des entreprises, fait enregistrer les demandes de crédit des entreprises françaises au sein d'une solution Amazon. 85 % des entreprises du CAC 40 ont confié leurs données à Microsoft...

       La domination des " GAFAM " (3) conduit à un transfert massif des données et de valeur ajoutée vers elles. Elle pose ainsi un grave problème de souveraineté nationale S'agissant des ordinateurs fixes, le système d'exploitation " Windows " de Microsoft et les applications " MS Office " écrasent toute la concurrence. Ils équipent 80 à 90 % des ordinateurs des particuliers, des entreprises et des administrations. Cette proportion monte à 100 % dans 2 ministères régaliens : les Armées et la Justice… Ceci n'est pas sans poser problème s'agissant de la sécurité : o Les logiciels de Microsoft sont les vecteurs privilégiés des " malwares ", en raison de leur position dominante ; o Les remontées " techniques " périodiques de données, faites sans accord de l'utilisateur, sont également sujettes à interrogation.*

       " Soumises au Cloud Act, les GAFAM sont obligées de répondre aux demandes des services de renseignement américains "

       Le système " Androïd " de Google équipe 75 % des ordiphones, Apple arrivant en deuxième position. Ces deux systèmes sont considérés comme de véritables aspirateurs à données : o Quand la Banque Postale demande à ses clients de télécharger sur " Google Play " l'application " Certicode + ", elle fournit gratuitement à Google le nom et l'adresse IP du client concerné, ce qui complétera son profil commercial ; en comptant le nombre de téléchargements, Google obtient aussi la liste nominative de tous les clients de la banque, donnée stratégique majeure qu'elle devrait protéger à tout prix ;

       o L'association Tégo (ex-AGPM et GMPA) recommande aussi le téléchargement de son application mobile sur " Google Play " ; cette fonctionnalité intéressant surtout les jeunes militaires, Google pourra ainsi facilement rapprocher la qualité d'adhérent de Tégo, qui découle du téléchargement, avec sa géo-localisation ; de là à en déduire à quelle unité militaire située à proximité appartient l'adhérent, il n'y a qu'un pas ... Soumises au " Cloud Act ", les " GAFAM " sont obligées de répondre aux demandes des services de renseignement américains, même si les données qu'elles gèrent sont situées à l'étranger.

       Il existe une grande porosité entre elles et ces services : o Microsoft (4) a été la première entreprise à participer au programme de surveillance PRISM de la NSA (5) ; elle a aidé celle-ci à avoir accès aux messageries " Outlook " et " Hotmail " ; o Amazon vient de nommer à son conseil d'administration l'ancien chef de la NSA, le général Alexander, qui a supervisé la surveillance de masse dénoncée par Edgar Snowden.

       Cette proximité et la mainmise totale des GAFAM sur l'internet mondial ont permis, grâce aux informations obtenues par l'espionnage industriel américain, à General Electric de prendre le contrôle d'Alstom, à FMC de mettre la main sur Technip, à Total, Schlumberger, Alcatel, BNP, Société Générale, Crédit Agricole de payer des dizaines de milliards de dollars d'amendes. C'est ce dont prend acte implicitement la Cour de Justice de l'Union européenne le 16 juillet 2020 par l'arrêt " Schrems 2 ", du nom de l'avocat qui a contesté le transfert des données opéré par Facebook Ireland vers sa maison-mère aux États-Unis. Ce jugement historique, qui aurait dû faire la " une " des médias, rend illicite tout transfert de données à caractère personnel vers une société soumise au droit américain. Le Conseil d'État étant saisi de l'affaire " Health Data Hub ", la CNIL (6), dans la suite de l'arrêt précité, lui transmet le 8 octobre dernier, un mémoire (7) demandant aux acteurs stockant des données de santé, de cesser de confier leur hébergement à Microsoft ou à toute société soumise " au droit états-unien ". Le coup de tonnerre provoqué par l'arrêt " Schrems 2 " doit contraindre le gouvernement français à abandonner son acceptation tacite de la domination américaine. Une idée largement diffusée est que, hors des GAFAM, il n'y aurait point de salut. Pourtant le potentiel européen est immense et les solutions alternatives existent : o Il ressort de travaux d'avril 2016 (8), que l'UE dispose d'une capacité de stockage suffisante sur son territoire pour assurer l'hébergement et le traitement des données à caractère personnel des citoyens européens actuellement traitées aux États-Unis ; la " licorne " (9) française OVH, entreprise de niveau mondial, avait ainsi largement les moyens de traiter les données de santé des Français ;

       o Que ce soit pour les particuliers, les entreprises ou les administrations, le système d'exploitation " Windows " peut être avantageusement remplacé par son équivalent libre " Linux ", dont la fiabilité et la robustesse sont mondialement reconnues, y compris par la NASA et l'US Navy, qui en a équipé ses sous-marins nucléaires ; la Gendarmerie nationale l'emploie depuis 15 ans ; l'ANSSI a développé un système " Clip OS ", également basé sur un noyau Linux, capable de gérer des informations de plusieurs niveaux de sensibilité ;

       o s'agissant de la bureautique, les logiciels libres représentent une alternative performante et très économique aux produits Microsoft ; la suite libre la plus populaire est " LibreOffice ", issue d'un logiciel commercial allemand " StarOffice " dont la licence a été rendue libre ; elle comprend les mêmes modules que " MS Office " et est aussi performante ; elle en utilise sans difficulté les fichiers, tant en import qu'en export ; o le marché public " de support logiciel libre " gagné par ATOS permet aujourd'hui à toutes les administrations centrales de bénéficier du support de 350 logiciels " open source " dont nombre d'outils collaboratifs.

" L'Europe et la France peuvent donc
restaurer leur souveraineté numérique "

       De manière générale, tous les produits propriétaires ont une alternative libre. Les logiciels libres sont plus sûrs :
       o d'une part, leur code source est ouvert, c'est-à-dire libre d'accès, contrairement à celui des logiciels propriétaires ; cette situation permet donc à la communauté de repérer et réparer plus rapidement les failles logicielles, les erreurs et négligences de programmation ;
       o d'autre part, n'étant pas soumis à une logique commerciale, les données techniques qu'ils récoltent sont strictement limitées à ce domaine et ne sont pas revendues.

       L'Europe et la France peuvent donc restaurer leur souveraineté numérique et se détacher de la vassalisation actuelle envers nos " alliés " américains

       Cet objectif n'est pas hors de portée. Il faudrait pour cela une volonté politique ferme et durable. Mais les discours et les actes du gouvernement sont contradictoires :
       o lors de la restitution publique du rapport sur l'intelligence artificielle du député Cédric Villani, le 28 mars 2018, le président de la République définit la souveraineté nationale comme " la capacité pour une nation de définir par elle-même les normes auxquelles elle se soumet et non de se voir imposer ces règles de l'extérieur " ;

       o mais, dans son intervention du 14 septembre 2020 devant les principaux acteurs français du numérique, il limite cette notion de souveraineté au niveau européen et au domaine économique, comme la promotion de " licornes " ou de " start-up ".

       D'autre part :
       o le ministère des Armées continue de préférer " Windows " et " MS Office " dans le cadre d'un accord " open bar " passé sans appel d'offres en 2009, contre l'avis des experts militaires ;
       o le choix de Microsoft en 2019 pour héberger les données de santé des Français était contraire à l'intérêt national :
       - le Conseil d'État exige, par ordonnance de référé du 13 octobre 2020, le renforcement des clauses contractuelles du marché " Health Data Hub " pour qu'il ne soit soumis qu'au droit de l'Union européenne ;
       - leur traitement est un marché d'avenir qui échappe ainsi à une société française
       o l'Éducation nationale renouvelle au mois d'août 2020 son parc de licences Microsoft pour un montant de 8,3 M € ; cette décision très critiquable oriente des millions de jeunes vers ces produits à la fois payants et non souverain ; est-ce là le rôle de ce ministère ?
       o il en est de même des organismes de formation professionnelle qui continuent à former systématiquement leurs stagiaires sur les logiciels de cette société.

       " Seule une volonté politique lucide et forte pourrait dégager la France des tentacules états-uniennes en mettant en œuvre des solutions alternatives "
       L'Europe et la France peuvent donc restaurer leur souveraineté numérique "


       Il est donc mensonger de parler de souveraineté numérique. La Constitution de la République n'est clairement pas respectée. Seule une volonté politique lucide et forte pourrait dégager la France des tentacules " états-uniennes " en mettant en œuvre des solutions alternatives :
       o relocalisation des données en Europe ;
       o abandon de la préférence générale donnée à Microsoft dans les services publics - notamment dans les Armées et dans l'Éducation Nationale - de manière à ne pas favoriser l'addiction des jeunes aux GAFAM ;
       o respect des textes en vigueur qui incitent à choisir au maximum les logiciels libres.

       L'arrêt " Schrems 2 " est une opportunité de restaurer la souveraineté numérique nationale en relançant l'informatique française. Il doit conduire le gouvernement à mettre sur pied en urgence une vraie politique numérique qui ne se résume pas, comme aujourd'hui, à la promotion des applications " StopCovid " et " Tous antiCovid ".
Jacques TABARY
Commissaire en chef de 1ère classe (er)
Membre de l'ASAF

1/ Rapport sur la possibilité de créer un Commissariat à la souveraineté numérique.
2/ Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information.
3/ Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft.
4/ " MICROSOFT handed the NSA access to encrypted messages ", The Guardian, 12 juillet 2013.
5/ National Security Agency.
6/ Commission nationale informatique et libertés. " Soumises au Cloud Act, les GAFAM sont obligées de répondre aux demandes des services de renseignement américains "
7/https://www.usine-digitale.fr/article/microsoft-doit-se-retirer-du-health-data-hub-d-apres-la-cnil. N1014634
8/ Rapport sur la possibilité de créer un commissariat à la souveraineté numérique - page 20.
9/ Le terme " licorne " est employé pour désigner une startup valorisée à plus d'un milliard de dollars.


https://www.asafrance.fr/archives/resultats-de-recherche-archives/item/numerique-soumission-ou-souverainete.html

La RÉDACTION de l’ASAF
www.asafrance.fr


AVIS AUX ANNONCEURS
Par M. M. Jean Pierre Bartolini

        Chers Amis, Chers Lecteurs,
        Je reçois chaque mois du courrier de parution de livres, d'œuvres de spectacle ou autres événements à caractères lucratifs au sens financier.
        Sans entrer dans les justifications ou non du caractère financier des annonces, je me dois encore, de préciser que le site de Bône et la Gazette ne vivent que par mon investissement financier (matériel informatique, hébergement, achats de documentation et même déplacements) et sans regret ; par ma disponibilité dont l'emprise est plus forte que celle qui revient normalement au domaine familial qui ne me l'a jamais reproché et dont je loue la patience ; par le bénévolat, la gentillesse et le dévouement des chroniqueurs qui contribuent à cette Gazette et qu'il faut remercier mille fois ; par l'apport gracieux de documentation des lecteurs que je remercie aussi pour comprendre l'esprit de cette modeste réalisation.

        Une fois ces précisions dites et redites, je dois encore rajouter que mes sites et cette Seybouse n'ont aucun caractère commercial, haineux, racial, repentant, spécialement politique ou religieux, etc… ou contraire à la loi et aux respects des bonnes mœurs et des mémoires plurielles. Les seuls buts sont la mémoire et la vérité telles que nous les avons vécues et que nous connaissons, nous les Pieds-Noirs, les expatriés d'Algérie. La diffusion, l'explication et la compréhension de ses buts nous amèneront, je le pense sincèrement, au but suprême qui est la Paix. La Paix des Mémoires, des Âmes, des Cœurs, en un mot celle des Hommes.
        Donc en regard de cela, je réserve le passage des annonces et publicités sur la Seybouse dans ce respect. Chaque annonce diffusée devra être accompagnée d'un large extrait ou chapitre de l'ouvrage.
        Pour accomplir cette tâche, surtout pour les livres, pour l'audio ou la vidéo, je dois m'assurer que ceux-ci sont conformes à ce respect, à cet esprit en ayant aussi et surtout mon libre choix.
        Pour exercer ce libre choix de faire de la publicité gratuite des annonceurs, il faut que je lise des ouvrages ou des chapitres publiables sur le site, que je visionne des DVD ou que j'écoute des CD. Il me faut du temps. Certains annonceurs m'envoient ou me proposent spontanément leurs œuvres (même si je dois les renvoyer) et en plus ils ont l'amabilité et la patience d'attendre ma décision. Je les en remercie sincèrement car j'ai encore des livres reçus et à lire.
        Par contre, d'autres annonceurs, que nous ne connaissons ni d'Adam ni d'Eve, font du harcèlement par messages interposés (d'autres Webmasters sont dans le même cas), alors qu'ils n'ont même pas le réflexe d'exprimer ce qu'ils attendent de nous, de nous faire parvenir leurs œuvres et (ou) de permettre la diffusion de très larges extraits. En plus de cela, certains sont impolis et même agressifs dans leurs propos si nous n'accédons pas à leurs " désirs ".

        Je l'avais déjà dit et je le redis, je ne passerai plus de publicité pour des œuvres que je n'aurai pas lues, regardées ou écoutées. J'ai déjà refusé de faire de la publicité pour quelque chose qui n'était pas conforme à notre mémoire, à notre vérité et je le referai. J'ai peut-être commis des erreurs, si c'est le cas je les assumerai et les réparerai.
        De plus, ne sera plus fait mention de prix sur les annonces car la Seybouse est un site non commercial et il pourrait être sanctionné par le fisc pour des recettes cachées, j'ai déjà reçu des avertissements. Pour cela, l'adresse de contact des auteurs sera mentionnée.
        Je suis au regret de m'en tenir à ces décisions qui seront comprises par la majorité et critiquées par une minorité. Je suis un bénévole parmi tant d'autres, qui s'investit financièrement et temporellement sans compter et qui a la liberté de se rendre ses comptes.

        Je repasserai plusieurs fois cette Avis, car certains ne l'auraient pas lu auparavant et d'autres ne le liraient ni cette fois-ci ni plus tard, sur ce numéro.
        Avec mes profonds remerciements.
        Amicalement
        J.P.B.,
        Webmaster à but non lucratif du site de Bône et de la Seybouse.


LIVRE D'OR de 1914-1918
des BÔNOIS et ALENTOURS

Par J.C. Stella et J.P. Bartolini


                            Tous les morts de 1914-1918 enregistrés sur le Département de Bône méritaient un hommage qui nous avait été demandé et avec Jean Claude Stella nous l'avons mis en oeuvre.
             Jean Claude a effectué toutes les recherches et il continu. J'ai crée les pages nécessaires pour les villes ci-dessous et je viens de faire des mises à jour et d'ajouter Oued-Zenati, des pages qui seront complétées plus tard par les tous actes d'état civil que nous pourrons obtenir.
             Vous, Lecteurs et Amis, vous pouvez nous aider. En effet, vous verrez que quelques fiches sont agrémentées de photos, et si par hasard vous avez des photos de ces morts ou de leurs tombes, nous serions heureux de pouvoir les insérer.

             De même si vous habitez près de Nécropoles où sont enterrés nos morts et si vous avez la possibilité de vous y rendre pour photographier des tombes concernées ou des ossuaires, nous vous en serons très reconnaissant.
             Ce travail fait pour Bône, Aïn-Mokra, Bugeaud, Clauzel, Duvivier, Duzerville, Guelaat-Bou-Sba, Guelma, Helliopolis, Herbillon, Kellermann, Millesimo, Mondovi, Morris, Nechmeya, Oued-Zenati, Penthièvre, Petit et Randon, va être fait pour d'autres communes de la région de Bône.
POUR VISITER le "LIVRE D'OR des BÔNOIS de 1914-1918" et ceux des villages alentours :

 LA VILLE DE BÔNE A SUBI UNE MISE A JOUR TRES IMPORTANTE
AU MOIS D'AOUT 2020   

CLIQUER sur ces adresses : Pour Bône:
http://www.livredor-bonois.net

             Le site officiel de l'Etat a été d'une très grande utilité et nous en remercions ceux qui l'entretiennent ainsi que le ministère des Anciens Combattants qui m'a octroyé la licence parce que le site est à but non lucratif et n'est lié à aucun organisme lucratif, seule la mémoire compte :
http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr
                         J.C. Stella et J.P.Bartolini.
 


NOUVELLES de LÁ-BAS
Envois divers


Selon son wali :

Envoyé par Julien
https://www.elwatan.com/regions/est/annaba/selon-son-wali-annaba-quatrieme-ville-la-plus-sale-du-pays-31-12-2020#:~:text=De%20m%C3%A9moire%20annabie%2C%20jamais%20un,d'heure%20de%20sa%20vie.


Par El Watan - l Par M. MOHAMED FAWZI GAIDI 31 DÉCEMBRE 2020

«Annaba, quatrième ville la plus sale du pays»

        Le maire a reconnu la présence des immondices partout

        De mémoire annabie, jamais un wali n’a qualifié sa wilaya de quatrième ville la plus sale du pays. C’était le cas, la semaine écoulée, à la cité Pont Blanc où le maire de la ville, Tahar Merabet, a passé le plus mauvais quart d’heure de sa vie.

        En présence de la presse, écrite et audiovisuelle, Djamel-Eddine Berimi, le wali de Annaba, n’a pas lésiné sur les mots pour sermonner le maire face à un tas d’immondices qui continue à se former depuis plusieurs semaines. Et ce sont les habitants qui l’ont dénoncé au wali qui, lui, leur a rendu justice, illico-presto, face à la négligence, sinon l’incompétence de ceux qui ont été «élus» pour les servir. «Ne dites plus que Annaba est la quatrième ville d’Algérie.

        C’est la quatrième wilaya en matière de saleté et d’ordures. Qu’on se mette d’accord, je ne veux plus voir ces ordures. Il suffit simplement de mobiliser des engins pour régler ce problème. Si vous n’avez pas les moyens financiers, je peux prendre en charge les dépenses», a tonné le wali face à un maire qui, véritablement mal à l’aise, n’arrivait plus à justifier cette situation de laisser-aller.

        Pire, sa réponse l’a enfoncé davantage lorsqu’il a déclaré au wali : «C’est partout ce problème de déchets.» Etonné, voire abasourdi, le wali lui a rétorqué : «Comment vous dites que c’est partout à travers la ville de Annaba ? Il y a les engins, les moyens financiers et les agents de la voirie.» Pour sortir de cette situation, plus que désobligeante, notamment devant les citoyens et la presse, le maire, qui n’arrivait pas déjà à se défaire du problème du retard dans le bitumage des routes, a promis au wali de : «Régler ce problème d’ici la semaine.»

        Médiatisée sur les réseaux sociaux, la vidéo, ayant filmé la colère du wali face un maire embarrassé, a suscité des réactions virales où le maire a été leur cible à travers un lot de critiques proférées par les internautes à son encontre.

        Force est de relever que le wali était au courant des conséquences de cette situation d’insalubrité. En effet, les rongeurs, moustiques et autres insectes et bestioles nuisibles ont envahi la ville du fait de cette saleté que Tahar Mérabet, lui-même, a reconnu qu’elle s’est généralisée malgré les moyens matériels et financiers proposés officiellement par le wali.

        Parallèlement, les citoyens se plaignent toujours de la lente cadence dans le bitumage des routes de la ville, notamment les automobilistes qui voient leurs moyens de locomotion se dégrader du fait des secousses après le décapage des routes. «Pourquoi n’a-t-on pas partagé en plusieurs lots cette opération de bitumage pour ne pas dépendre d’une seule entreprise, démunie qui plus est ?», s’interrogent les habitants de Annaba. A suivre.
MOHAMED FAWZI GAIDI 31 DÉCEMBRE 2020           


Les discours contredisent les constats :

Envoyé par Pauline
https://www.elwatan.com/category/edition/sports

Par El Watan - par NADJIA BOUARICHA 18 JANVIER 2021

Transition énergétique, un pari difficile à tenir

           Avec une durée d’ensoleillement dépassant les 2000 heures annuellement, pouvant atteindre 3900 heures dans les Hauts-Plateaux et le Sahara, l’Algérie dispose d’un gisement solaire des plus élevés au monde.

           On pourrait également compter l’apport de l’énergie éolienne ou autres ressources, moins importantes que le solaire, mais bien existantes et efficaces, notamment dans certaines régions. La richesse de l’Algérie est telle que l’on pourrait même diversifier les ressources selon les régions et les espaces géographiques.

           Pourquoi donc la transition vers l’énergie propre tarde à venir ? Qu’attendent donc les pouvoirs politiques pour amorcer ce passage écologique qui ouvrirait la voie à une nouvelle ère qui nous débarrasserait enfin de cette dépendance maladive aux hydrocarbures. Nous savons ce que nous avons et comment l’exploiter mais force est de constater que la volonté politique réelle ne dépasse pas la pensée pour arriver à l’action.

           Dans son dernier rapport intitulé «Transition énergétique en Algérie : leçon, état des lieux et perspectives…», le Commissariat aux énergies renouvelables et à l’efficacité énergétique (CEREFE) fait le constat amer des blocages entravant la mise en marche du programme de développement des énergies renouvelables.

           Lancé en février 2011, il était question d’arriver à une capacité de production électrique à partir de l’énergie renouvelable de l’ordre de 40% à l’horizon 2030, et assurer ainsi une production de 22 000 MW, dont 10 000 MW destinés à l’exportation. Résultat de l’application du programme, à peine 36.3 MW ont été réalisés.

           L’écart est énorme entre les objectifs et les réalisations après une dizaine d’années durant lesquelles les tergiversations ont pris le dessus sur les actions.

           La révision du programme, effectuée en 2015, prévoyait une production de 4500 MW dont les deux tiers issus de l’énergie solaire photovoltaïque avant l’année 2020. Nous sommes en 2021 et cet objectif est bien loin d’avoir connu un début de réalisation, souligne le rapport du CEREFE (traité dans le détail par le supplément économie d’El Watan au début de l’année en cours).

           Pire encore, en mai 2020, le même projet a subi de légères modifications et a été proposé comme neuf sous un autre intitulé, baptisé «Tafouk1» et tablant sur une production de 4000 MW au lieu de 4500. «La seule activité visible sur le terrain dans le domaine des Energies renouvelables depuis 2015 a essentiellement été dominée par la réception des centrales solaires photovoltaïques totalisant 343 MW du programme lancé en 2014 par SKTM.»

           Même Sonatrach tarde à accélérer le passage au renouvelable à l’heure où les compagnies pétrolières internationales ont compris depuis quelques années déjà que le moment était venu d’amorcer le virage du renouvelable. La reconversion de 80 000 véhicules du parc roulant de l’Etat en GPL et de 200 000 voitures de particuliers, c’est bien mais tellement insuffisant comme effort pour gagner le pari écologique.

           Aller vers cette énergie nécessite des investissements lourds et un savoir-faire impliquant une révision de la mentalité des cercles de décisions et un changement radical du climat des affaires. Dans son rapport, le CEREFE a souligné que plus de 70% des capacités de production solaire photovoltaïque cumulées à ce jour dans le monde sont injectées sur les réseaux de distribution.

           L’organisme suggère que «le déploiement d’installations solaires photovoltaïques connectées au réseau de distribution et assurant des productions de petites ou moyennes capacités, serait une bonne introduction à une stratégie encore plus large».

           Le CEREFE plaide pour l’encouragement de l’autoconsommation, qui est une option moins complexe à déployer et moins capitalistique. «C’est une solution peu coûteuse et moins risquée puisque ne nécessitant pas de stockage… Mais un investissement initial pouvant être assuré en partie par les propriétaires eux-mêmes moyennant des montages financiers simples» soutient le rapport.

           Ce dernier reste prudent quant à l’option des grandes centrales dont les coûts de production sont insoutenables surtout dans la situation financière actuelle du pays.

           Intervenant sur les ondes de la radio, le président du Cluster Energie solaire, Boukhalfa Yaici, a plaidé pour le recours aux instruments de la finance verte disponibles sur les marchés internationaux, afin de diversifier les modes de financement des projets de développement des énergies renouvelables et d’appeler à l’implication du secteur privé de manière importante afin d’améliorer l’application du programme de développement des énergies renouvelables.
NADJIA BOUARICHA 18 JANVIER 2021                      



70 porteurs de projet poursuivis en justice

Envoyé par Marcel
https://www.liberte-algerie.com/est/70-porteurs-de-projet-poursuivis-en-justice-352378


 Liberté-Algérie - Par A. ALLIA 14/01/2021

DANS LE BUT DE RÉCUPÉRER DES ASSIETTES FONCIÈRES À ANNABA

           Lors d’une réunion consacrée à la promotion de l’investissement productif et à la gestion du foncier industriel, qu’il a animée, lundi, le wali de Annaba a fait part de l’intention de l’État de redynamiser les programmes publics à travers l’amélioration de la gestion des zones industrielles et des zones d'activités.

           S’agissant de la wilaya de Annaba, Djamel Eddine Berimi a évoqué les défis et les nouveaux enjeux à relever afin de booster le développement local en inventoriant les voies et moyens à mettre en œuvre pour y arriver dans les meilleurs délais.

           Ceci après avoir levé les obstacles à l'investissement local par la simplification des procédures administratives, fiscales et douanières et de formuler des propositions visant à stimuler les investissements locaux et les opérateurs.

           Dans la perspective de relancer le secteur productif privé précisément, le chef de l’exécutif a indiqué que des actions ont été engagées au niveau de tout le parc industriel de la wilaya, à commencer par la zone industrielle Aïn Sayed d’une superficie de plus de 13 ha, où des efforts sont consentis pour son raccordement au réseau d’électricité afin d’y relancer des projets d’investissements programmés.

           Le wali a assuré que des opérations d’aménagement et de réhabilitation ont été engagées dans les autres zones industrielles, dont celles de la région de Tréat et au niveau des autres daïras. Tout à son sujet, il a révélé que des poursuites judiciaires ont été engagées à l’encontre de 70 investisseurs potentiels, afin de récupérer le foncier dont ceux-ci disposaient avant de le réattribuer à d’autres porteurs de projet d’investissement.

           Le wali a rappelé que les investisseurs défaillants n’ont pas respecté les clauses du cahier des charges et n’ont même pas lancé leurs projets, malgré les facilités qui leur ont été accordées et les mises en demeures dont ils ont été destinataires.

           Avant de clore cette rencontre, Djamel Eddine Berimi a invité les directeurs concernés à définir les potentialités et opportunités d’investissement offertes par la wilaya dans les divers secteurs, notamment ceux de l’industrie, du tourisme et de l’agriculture. Il mettra l’accent sur le rôle qu’aura à jouer l’université Badji-Mokhtar dans cette dynamique, à travers, notamment, son incubateur d’entreprises et de start-up.
A. ALLIA                      



VIDÉO. Ce que disait Aït Ahmed en 1989 sur la révolution algérienne

Envoyé par Sébastien
https://www.tsa-algerie.com/video-ce-que-disait-ait-ahmed-en-1989-sur-la-revolution-algerienne/


 TSA-Algérie - Par Rédaction 10 Janv. 2021


           La radio française France Culture a commémoré ce vendredi le soixantième anniversaire du référendum sur l’autodétermination de l’Algérie en publiant sur les réseaux sociaux un reportage reprenant les déclarations de Hocine Aït Ahmed, effectuées en 1989 dans lesquelles il « raconte le combat de sa vie ».

           « Je suis l’un des premiers maquisards de l’Algérie puisque j’ai pris le maquis en 1945 et depuis, je n’ai pas retrouvé une vie normale en Algérie », affirmait Aït Ahmed en 1989.

           « J’ai quitté mes études au lendemain des évènements de Sétif. La tragédie de Sétif a tellement été forte que personnellement, j’étais convaincu que penser à son avenir personnel, à sa carrière personnelle n’avait pas de sens. Le parti avait demandé des volontaires et j’ai quitté mes études en 1945 », expliquait-il.

           « Pour nous, la présence des Européens était une très grande richesse aussi, compte non tenu évidemment de leur participation à la colonisation. Il y avait un exemple de démocratie qui s’organisait à côté de nous. Dans la mesure où les Européens étaient des citoyens à part entière, notre statut de sujets éclatés nous paraissait insoutenable. Dans la mesure également où les Européens vivaient dans le luxe, notre misère à nous nous paraissait insoutenable », relatait le fondateur du FFS, décédé en décembre 2015.

           De sa cohabitation avec les Européens, Hocine Aït Ahmed affirmait avoir « appris beaucoup de choses. On savait ce que c’était un budget, une représentation parlementaire, une gestion municipale… Ce que la plupart des pays arabes ignorent encore jusqu’à maintenant. Donc notre conscience politique s’est formée très rapidement et notre conscience révolutionnaire aussi puisqu’on a appris de la résistance française, de la guerre d’Indochine. Tout cela nous était rendu possible car nous avions accès à la presse française », soutenait-il.

           « Je pense que le système colonial a été aussi malgré lui une ouverture sur le monde qui a permis de nous enrichir », soulignait Aït Ahmed, qui considérant les Européens qui étaient en Algérie comme étant des Algériens.
           « J’ai tout le temps pensé que l’Algérie était formée de cette formidable et fabuleuse mosaïque ethnique et que le problème de l’avenir de l’Algérie pour nous à l’époque était irréductible à une ethnie, à une langue, à un chef. Nous étions tellement opposés à l’hitlérisme, à la conception d’un chef, d’une ethnie, d’une langue, que nous considérions que l’organisation de la cité devait avoir pour base le pluralisme ethnique, linguistique et politique », affirmait Hocine Aït Ahmed, revenu d’exil en décembre 1989.
           Hocine Aït Ahmed, fondateur du FFS, premier parti d’opposition en Algérie, évoquait également l’attaque contre la Grande poste d’Oran en 1949 qu’il affirme avoir organisé « de A à Z ».

           « Comme nous n’avions pas d’armes et d’argent, nous avons été obligés de préparer un coup contre la pose d’Oran. J’ai organisé de A à Z cette attaque contre la poste d’Oran avec pour consigne stricte qu’il n’y ait pas d’effusion de sang. Il n’y a pas eu d’effusion de sang », soulignait Aït Ahmed, ajoutant que « Cette attaque nous avait rapporté une somme importante, quelques millions, mais elle aurait pu nous rapporter davantage si je n’avais pas donné de consigne stricte puisque le responsable de la poste avait refusé d’ouvrir le coffre. Et bien on n’a pas tiré », faisait-il savoir.

           Au sujet de la révolution algérienne, Hocine Aït Ahmed expliquait en 1989 que « notre pari à nous n’était pas un pari sur la force militaire algérienne. C’était un pari sur la psychologie des Algériens, sur le fait que les Algériens, quand pendant des années on les appelait pour voter, ils vous disent non donnez-nous des armes. Le vote, ça ne sert à rien, de toute façon les élections sont truquées. Alors c’est que les esprits étaient préparés », expliquait-il.

           « C’était un pari de confiance dans la société algérienne. Ce pari a été gagné grâce au peuple algérien, grâce à ce phénomène d’auto-mobilisation extraordinaire qui a fait que la plupart des problèmes militaires, politiques, économiques, sociaux qui s’était posé à la société algérienne, au peuple algérien, n’a pas été réglée sur instruction des dirigeants mais par les Algériens eux-mêmes », affirmait le fondateur du FFS.
           « Je dirais qu’à force de responsabilité, le muscle était devenu cerveau », conclut Aït Ahmed.

           LA VIDEO, ICI : https://www.dailymotion.com/video/x7yk89s


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Le symbole du coq !
Envoyé par Jean

On comprend mieux le symbole du coq
français en ce moment:
On nous cloue le bec, on nous met sur
la paille et on nous fait coucher comme
les poules, le tout... sous le contrôle des
poulets ! Ça fout la chair de poule non ?




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